lundi 23 novembre 2015

SIMON CASTERAN ÉCRIT A DAESH


Mon cher Daech,

J'ai bien lu ton communiqué de presse victorieux. Comme on l'imagine, tu dois être heureux du succès de tes attaques menées vendredi soir à Paris. Massacrer des civils innocents qui ne demandaient qu'à jouir d'un bon match de foot, d'un concert de métal ou tout simplement d'un petit restau entre potes, ça défoule, pas vrai ? Alors certes, ça ne te change pas beaucoup des milliers d'exactions commises quotidiennement, depuis des années, en Irak et en Syrie. Mais en bonne multinationale des lâches et des peine-à-jouir que tu es, il te fallait t'imposer sur le marché occidental. Ce que tu as fait, dès janvier, avec l'attentat de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher. Toutes mes félicitations : grâce à tes happenings sordides et sanglants, la marque Daech est plus forte que jamais. Elle a même effacé jusqu'au souvenir d'Al-Qaeda qui, à côté de toi, semble désormais presque raisonnable.
Donc, tu as tué. Oh bien sûr, pas par goût du sang et de la violence, mais au nom «d'Allah le Très Miséricordieux». Moi qui croyais que la «miséricorde» suppose la bonté et l'indulgence envers les autres, je ferais mieux de jeter mon dictionnaire. Et de m'acheter une Kalachnikov et des grenades, pour m'en aller distribuer à mon tour amour et compassion partout où vous vous trouvez. Avant de laisser, sur vos corps enfin bénis, la photo de ma cousine Madeleine, que votre miséricorde a lâchement assassinée vendredi au Bataclan.
L'eussiez-vous connue, que vous l'auriez détestée immédiatement. C'était une femme libre et heureuse, pleine de cette lumière intérieure qui vous manque tant. Horreur suprême, c'était aussi une intellectuelle, qui aimait son métier de prof de lettres en collège. Car oui, chez nous, les femmes ont non seulement le droit d'être éduquées, mais aussi d'enseigner. Tout comme elles ont le droit d'aller où bon leur semble, d'écouter de la musique, de boire de l'alcool et d'aimer qui elles veulent. Sans burqa, ni violence. Bref, de jouir de cette liberté qui vous fait tant horreur. Et dont Paris, «la capitale des abominations et de la perversion», dis-tu, s'est fait depuis longtemps la représentante.
Oui, chers sœurs et frères, n'en doutons pas : l'abomination et la perversion n'est pas à chercher dans le massacre d'innocents par des fanatiques surarmés, qui travestissent le Coran en un manuel du parfait petit terroriste, mais dans cette vie païenne, faite de plaisirs et de joie. Cette «fête de la perversité» qui réunit, de semaine en semaine, des milliers «d'idolâtres» ; lesquels, au lieu d'adorer la Mort comme vous le faites en «(divorçant) de la vie d'ici-bas», préfèrent se rassembler pour communier ensemble, dans un instant de partage et d'adoration de l'existence.
À ce titre, mon petit, ridicule, mesquin Daech, je te dois un aveu : moi aussi, je suis un pervers et un idolâtre. J'aime la vie, le métal, les restaus et, parfois même, regarder un match de foot. Mea culpa, mea maxima culpa. Je suis un Croisé, comme tu dis. Un Croisé de la liberté, de l'amour et de la convivialité ; à la différence, cependant, que contrairement à toi, j'ai évolué depuis le Moyen Âge. Ma religion n'est pas faite de fer et de sang, comme la tienne, mais de chair et d'espoir. Aussi, si tu veux un bon conseil, mon cher Daech, dépêche-toi : car l'Histoire est sur tes talons, et déjà les Lumières que tu veux éteindre menacent ton califat d'un autre âge.
«Allah est le plus grand», écris-tu. «Or c'est à Allah qu'est la puissance ainsi qu'à Son messager et aux croyants. Mais les hypocrites ne le savent pas» (sourate 63, verset 8). Sur ce point, je ne peux que te donner raison. Qu'on l'appelle Dieu, Yahvé ou Allah, le Tout-puissant n'a guère besoin que l'on tue en son nom, ni que l'on pervertisse Ses lois. Alors, pourquoi continuer à tuer ? Ton Seigneur est-il si faible, dans ton esprit, qu'il ne puisse agir de lui-même ? Je ne peux le croire. Ce que je crois, en revanche, c'est que tu t'arranges bien de Son silence. Qu'en tuant au nom de ce même islam et des musulmans que tu prétends défendre, tout en les assassinant, c'est la Création divine que tu détruis. Ce qui fait de toi un impie, un pécheur, encore plus coupable que le croyant que tu exècres, ou les païens que nous sommes. Mais cela, les hypocrites ne le savent pas.
Simon Casteran(*)

(*) Simon Casteran, journaliste toulousain, a perdu sa cousine, Madeleine, 30 ans, professeur de français, vendredi soir, morte au Bataclan à Paris. Sur son blog personnel, lessermonsdulundi.com, il adresse à Daech une lettre forte, intelligente et inspirée de la soif de vie de sa cousine.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Pedrito
je profite de cet espace de liberté pour vous proposer de regarder (et de diffuser si elle vous plait) cette vidéo de 2 sociologues français qui peut, selon moi, etre reliée aux attentats subis par notre peuple et qui, en tout cas denonce un systeme ultra liberal que des gens comme vous et moi combattent. Patrick Sabatier 13300

http://www.fgtb-wallonne.be/outils/videos/violence-riches

j aimerais savoir ce que vous en pensez

pedrito a dit…

Il y avait autrefois, du moins lorsque j'ai découvert la réalité de la lutte des classes, et que j'ai commencé mon combat politique, DEUX classes antagonistes, le monde du travail, et le CAPITALISME, le grand patronat, les riches, du moins ceux qui s'en croyaient.
Le néo libéralisme de droite ou socialiste aujourd'hui écrase la planète, mais surtout il la DÉTRUIT, - qui pourrait le nier?- sans que la contestation sociale et politique de notre pays agenouillé ne puisse opposer de résistance suffisante, les écolos font plus de politique politicienne - lutte des places d'élus - que d'écologie, les religieux de tout poil font leur marché dans cette crise sans précédent, les burqas "fleurissent", les sportifs se signent sur les stades, les nouveaux dirigeants socialistes sont au moins aussi libéraux que la droite, également aussi électoralistes - Hollande, Macron, Vals sont avant tout des politiciens professionnels, comme tous les énarques et leurs disciples de nos cantons ruraux -ils ne cherchent qu'à se faire réélire, leurs moutons ne savent même plus distinguer la droite de la gauche, ils rompent les ponts avec leurs anciens "camarades", comme le font les anciens amis entrés au FN, et la gauche idéaliste de ma jeunesse s'est tellement fourvoyée avec le PS qu'elle ne peut plus s'extirper du marécage où Mitterrand l'a emprisonnée.
On se sent de plus en plus seuls, ceux qui refusent cette idéologie abêtissante...

Monique et Michel Pinçon Charlot analysent parfaitement l'état du monde! Mais qui pourra nous sortir du bourbier? Sûrement pas les votes pour les uns ou les autres. J'avais commencé à ressentir le malaise, le "socialisme" russe par avance condamné, lors de mon voyage en URSS, en 1972, avec Jack DION à la tête d'une poignée de CDH de l'époque: les Soviétiques copiaient les Occidentaux, en premier lieu les Américains, leur système était déjà perverti, une pâle copie du capitalisme, dans le domaine agricole, notamment, cultures intensives, une classe dirigeante, et une classe opprimée, les libertés en moins.
Il y a longtemps que j'ai renoncé, sans perdre pied, mais l'espoir n'y est plus.

Merci pour cette vidéo, Paul, j'espère qu'elle permettra à d'autres de s'interroger