vendredi 11 mars 2022

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Existe-t-il des mauvais et des bons capitalistes, pardon entrepreneurs libres et non faussés?

Si l'on en croit Les Echos, quotidien patronal français, les capitalistes sont tous en Russie, potes de Poutine. Et depuis l'agression militaire russe en Ukraine, ils sont dans le camp des mauvais.

C'est vrai qu'avec la fin de l'URSS, avec le soutien du FMI -Fonds Monétaire International pour ceux qui ne suivraient pas- et de la BCE, banque de l'UE du capital, sous Elstine et Poutine, les oligarques ont rapiné à leur seul profit les secteurs clés de l'économie soviétique, notamment la très lucrative industrie pétrochimique et gazière.

Et dans l'Ukraine, ex-république soviétique, des oligarques ont aussi prospéré. L'un d'eux fut même président de ce pays de 2014 à 2019. Mais dans cette guerre en Ukraine, gageons qu'ils sont à l'abri et pas dans le besoin.

Donc feu à volonté sur les oligarques russes dans les Echos.

En France, pas de ça. Il n'existe que des entrepreneurs qui ont réussi. Ils sont tous beaucoup plus riches que les plus riches de l'oligarchie russe. Mais secret défense, comme dirait JY Le Drian, ex-ministre socialiste de Hollande, devenu ministre macroniste des affaires étrangères du patronat français.

Citons-en quelques uns toutefois: Arnault, Bolloré, Drahi, Bettencourt-Meyer, Dumas, Dassault, Wertheimer frères, Pinault, Mulliez, etc. Ils contrôlent également presse et médias comme Le Parisien, Radio Classique, Bfmtv, Canal plus et ses satellites, l'Obs ou le Monde, le JDD et Paris Match, Europe 1, l'agence Havas, Hachette, etc, etc. Sans parler des instituts de sondages.

Bref, ce ne sont pas des oligarques, simplement des hommes et des femmes qui font dans le libéralisme. Pas dans le capitalisme. Le capitalisme, ça n'existe plus en France depuis la chute du Mur de Berlin.

Et ces dernières années, la sphère politique française n’a pas échappé à l’emprise des oligarques russes. Mediapart revient sur quatre histoires emblématiques. Où l’on retrouve, pêle-mêle, le Rassemblement national, Nicolas Sarkozy, Alexandre Benalla et l’actuel ministre de la justice Éric Dupond-Moretti. Mais chut, campagne présidentielle oblige.

 

Sommet de Versailles : Plus d’armes et d’armements n’apporteront jamais la paix.

vendredi 11 mars 2022 par PRCF

Un sommet européen se tient le 10 et 11 mars à Versailles. Assurant la présidence de l’Union pendant le premier semestre 2022, Macron avait annoncé ce sommet début décembre.
Le président de la République avait alors déclaré : " nous devons passer d’une Europe de coopération à l’intérieur de nos frontières à une Europe puissante dans le monde, pleinement souveraine, libre de ses choix et maîtresse de son destin.".

Depuis le 24 février, les perspectives ont évolué, profitant de la situation Ukrainienne ils accélèrent la mise en place de nouveaux outils de financement européens pour leurs multinationales...
Au sein de l’UE, les monopoles, comme les États luttent pour affirmer leur place dans les concurrences entre capitalistes au sein de l’Europe et au plan international pour le contrôle des marchés, des voies de communications, le cyberespace, l’énergie, l’alimentation, l’accès aux matières premières et de la force de travail…

L’objectif est clair pour l’UE : museler les peuples en s’attaquant aux libertés, accroitre une politique de guerre comme un moyen de s’imposer dans la concurrence acharnée que se mènent les monopoles capitalistes dans le monde.

« L’Europe de la défense doit être une Europe qui s’assume. Qui a la liberté de protéger ses citoyens et de préserver ses intérêts », en clair ceux du capital ! avait lancé Florence Parly.

« Le moment est venu pour l’Europe de passer à la vitesse supérieure" pour se "défendre contre les cyber attaques, agir là où l’Otan et l’ONU ne sont pas présents et gérer les crises à temps", déclare la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, donc d’être les "supplétif" des USA.

Ce sommet ce sera aussi celui d’une intégration plus poussée de l’Union Européenne dans l’OTAN pour appliquer le programme militaire imposé par les USA qui veulent accélérer le déploiement en Europe de nouvelles bases militaires et des nouvelles bombes nucléaires B61-12 et les nouveaux missiles nucléaires à moyenne portée en direction de ses ennemis désignés : la Russie et la Chine.

"Les États membres doivent également en faire plus", a averti la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.
"Il nous faudra payer " le prix du courage, de la paix et de la liberté ", a renchéri le chancelier allemand Olaf Scholz, annonçant au parlement allemand des investissements militaires de 100 milliards d’euros et un budget annuel de la défense de 2 % du PIB, l’Allemagne veut des F35 équipés de bombes nucléaires pour rééquiper son aviation.

Cette décision allemande, qu’ils légitiment par le fait que la Russie a attaqué l’Ukraine, permettra de faire sauter le dernier verrou lui interdisant d’accéder au rang de grande puissance militaire mondiale, effaçant ainsi définitivement les dernières obligations nées de la défaite nazie de 1945, les États-Unis portent une responsabilité essentielle dans cette évolution.

À Berlin, des soignants ont adopté une résolution contre l’invasion russe mais aussi contre la politique de réarmement portée par le gouvernement allemand. « 100 milliards d’euros pour les forces armées allemandes sont décidées du jour au lendemain. Ces 100 milliards d’euros pourraient être utilisés pour employer 200 000 soignants avec un salaire de 4 000 euros pendant dix ans et ainsi atténuer la crise actuelle dans le secteur des soins." dénoncent-ils.

Le chancelier autrichien vient d’annoncer, dans la foulée, une hausse substantielle de ses dépenses de défense, tout comme le gouvernement danois.
La Finlande, compte acheter des missiles et renforcer ses liens militaires avec les États-Unis,
La Suède pense à organiser un référendum sur une adhésion à l’Otan…

En France, une nouvelle hausse du budget de la défense en 2022, devrait atteindre les 41 milliards d’euros (contre 39,2 en 2021), des hausses plus importantes (+ 3 milliards par an) sont prévues à partir de 2023, Une enveloppe de programmation militaire globale de 295 milliards d’euros sur sept ans 2018/2025, l’Armée de l’air disposera de 210 Rafale.

La « Préparation et emploi des forces » obtiendra 10,8 milliards d’euros. 1,2 milliards financera les surcoûts des opérations extérieures et des missions extérieures. !

À ce sommet la force rapide d’intervention de 5 000 hommes sera en discussion.

À qui veulent-ils faire croire « qu’une nouvelle ère, annonciatrice de davantage de souveraineté et même de paix » va sortir de ce sommet !

Plus d’armes et d’armements n’apporteront jamais la paix.

Suite aux sanctions, une autre arme de guerre est dans les mains des impérialistes : celle des céréales.

Les pays impérialistes jouent avec des millions de tonnes de céréales sur le marché pour la production des multinationales de l’agroalimentaire, condamnant des pays entiers à la famine. Arrêtons par la lutte cette machine de guerre, la mainmise sur les céréales pour garantir les profits des grands monopoles agricoles devient aussi une question de vie ou de mort pour des millions d’êtres humains.

Notre Parti se bat contre l’impérialisme, exige le retrait de la France de l’OTAN, ce bras armé des grandes puissances capitalistes sous la direction des États-Unis, dont les dépenses s’élèvent à 1051 milliards de dollars 778 pour les USA et 273 pour l’U-E soit plus de 50% des dépenses mondiales, face à la Chine 185 milliards de dollars, pour la Russie les dépenses s’élèvent à 61.7 milliards de dollars.

Nous refusons que les peuples se laissent entraîner dans un futur conflit impérialiste qui se fera contre eux. Il faut assurer la souveraineté et l’indépendance de la France, lutter pour libérer la France de la domination capitaliste.
L’objectif du capital est clair : développer une politique de guerre comme un moyen pour s’imposer dans la concurrence acharnée que se mènent les monopoles capitalistes dans le monde. Cette politique de surarmement ne peut mener qu’au désastre, elle ne peut être combattue que par la lutte des peuples contre la guerre et par la lutte politique pour ouvrir une perspective révolutionnaire et avancer vers la construction d’une société socialiste.

Nous luttons pour le respect de la souveraineté des peuples de chaque pays dans tous les domaines, contre tout instrument supranational, contre tout organisme politique ou militaire, ou gouvernement supranational. Nous voulons une étroite coopération entre les pays européens dans tous les domaines, une coopération qui impulse un véritable développement économique et social dans l’intérêt des peuples, des accords mutuellement avantageux qui assurent le développement de chaque Nation, qui respectent la souveraineté de chaque peuple, ses acquis sociaux et démocratiques.

Nous luttons pour instaurer une véritable politique de paix, développer la coopération pacifique, pour une politique de désarmement dans le monde, avec la dissolution de l’OTAN et de tous les pactes militaires.

Nous appelons à organiser la mobilisation et l’organisation immédiate de la classe ouvrière, de tous les travailleurs et du peuple pour dire Non à la guerre impérialiste ! Rejoignez notre combat

 

Le Président de la République populaire de Lougansk, Leonid Pasechnik, a signé un décret sur l'abolition de la loi ukrainienne sur la décommuisation des noms des rues et villes dans les territoires libérés de la république.


Article et traduction Nico Maury


La Loi de décommunisation annulée sur les territoires libérés de la République Populaire de Lougansk
La Guerre en Ukraine a débuté en 2014. Et les premières victimes furent les communistes.

Aujourd'hui un coflit meurtrier déchire des peuples frères. D'un côté une Russie qui n'est pas l'Union soviétique mais une puissance impérialiste avec a sa tête Vladimir Poutine, un oligarque nationaliste, de l'autre côté une Ukraine qui n'est pas une démocratie, dans laquelle le Parti communiste est interdit, les militants communistes sont persécutés et assassinés et dans laquelle les nostalgiques de la collaboration avec le nazisme s'expriment publiquement et sont honnorés.

La loi dite de "décommunisation" en Ukraine a été adopté le 9 avril 2015 par la Rada (Parlement ukrainien) et promulgué le 15 mai suivant par le président Petro Porochenko.

Le Gouvernement du fasciste Arseni Iatseniouk a établi un paquet de lois interdisant la propagande et les symboles communistes. L'espace public doit aussi, en 6 mois, être débarrasé des symboles et monuments soviétiques, les noms des rues et villes d'inspiration communiste doivent aussi être renommés.

Cette loi instaure la primauté des combattants nationalistes et collaborateurs des nazis au détriment des anciens combattants soviétiques.

Et le 16 décembre 2015, la cour d’appel administrative du district de Kiev confirme la demande du ministère de la Justice d'interdire les activités du Parti communiste d'Ukraine. Le 18 décembre 2015, la Commission de Venise a déclaré que les lois de décommunisation de l'Ukraine n'étaient pas conformes aux normes législatives européennes.

Cette loi n'est pas appliquée en Crimée, et dans les Républiques Populaire de Donetsk et Lougansk (DNR, LNR).

Le 11 mars 2022, la République Populaire de Lougnask annule cette loi dans les territoires libérés du Donbass occupés par l'Ukraine depuis le déclenchement de l'Opération dite "anti-terroriste" (ATO).

Le Président de la République populaire de Lougansk, Leonid Pasechnik, a signé un décret sur l'abolition de la loi ukrainienne sur la décommuisation des noms des rues et villes dans les territoires libérés de la république.

La Loi de décommunisation annulée sur les territoires libérés de la République Populaire de Lougansk

 

Publié par El Diablo

ODESSA, 2 mai 2014 : un MASSACRE occulté

« Qui ne connaît la vérité n’est qu’un imbécile.
Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge,
celui-là est un criminel ! »

Bertolt Brecht

(La vie de Galilée)

Article publié initialement sur ce blog le 3 avril 2016 

Odessa, 2 mai 2014 

Qui s’en souvient en France ? Encerclés par une foule en furie, plusieurs dizaines de membres et partisans du mouvement anti-maïdan réfugiés à la maison des Syndicats, à Odessa le 2 mai 2014, sont brûlés vifs ou asphyxiés, d’autres achevés à coups de barres de fer après s’être jetés par les fenêtres pour échapper à l’incendie. Qualifiés de « prorusses », ils avaient fait l’objet d’une opération de « nettoyage » lancée à l’instigation de groupes néo-nazis qui s’étaient déjà illustrés à Kiev quelques semaines auparavant dans la pseudo-révolution orchestrée dans la capitale pour renverser par la force le gouvernement démocratiquement élu. Or, sans ces groupes, et leur encadrement comme fer de lance des manifestations, il n’y aurait jamais eu de « révolution » sur la place Maidan. Quant à Odessa, non seulement des activistes ukrainiens d’obédience fasciste ont bel et bien constitué les troupes de choc armées, cuirassées et casqués qui ont assailli puis envahi la Maison des Syndicats pour y « liquider la racaille pro-russe », comme en témoignent de nombreuses vidéos filmées par des gens n’ayant rien à voir avec le FSB (1), mais le déroulement de cette opération a pu s’effectuer sans que les autorités locales n’interviennent pour y mettre fin, la police, présente sur les lieux faisant preuve d’une remarquable passivité, tandis que les pompiers dont la caserne trouvait à proximité, battaient le record de lenteur pour se rendre sur place.

Sans doute, le gouvernement de Kiev s’est-il vu obligé de procéder à quelques limogeages de responsables locaux, à commencer par le gouverneur de la région d’Odessa, sous peine de perdre aux yeux de l’étranger une légitimité démocratique déjà douteuse. Mais les coupables directs ou indirects du carnage semblent toujours bénéficier, bientôt deux ans après l’événement, d’une totale impunité. Bien plus, certains d’entre eux continuent de patrouiller et parader dans les rues d’Odessa, à pied ou en véhicules, pour poursuive la chasse aux « prorusses » et menacer les habitants de la ville qui trouveraient à y redire, et ce jusque dans les tribunaux. Résultat : les parents et amis des victimes en sont encore à attendre que lumière soit faite sur les conditions de leur disparition, terme à prendre dans les deux acceptions du terme, puisque les cadavres de certaines d’entre elles n’ont pas encore été retrouvés.

C’est afin que justice soit rendue qu’une Association des mères des personnes assassinées s’est constituée pour qu’une enquête sérieuse soit réalisée sur ce qui s’est passé à Odessa le 2 mai 2014. Une justice qui, jusqu’ici, semble malheureusement encore relever de la mission impossible. En ce domaine en effet, c’est la parodie qui prédomine. Seul un activiste « pro-ukrainien » c’est-à-dire antirusse et vraisemblablement sympathisant sinon militant de Pravy Sektpr ou Svoboda, a été poursuivi, alors que les assiégeants et les assaillants de la Maison des Syndicats se comptaient par dizaines. À l’inverse, mais de manière complémentaire, 20 manifestants catalogués comme « pro-russes » étaient mis en examen. « Enquête judicaire opaque » titrait un journaliste du Monde, journal pourtant acquis aux positions pro-européennes et néo-libérales des nouveaux dirigeants ukrainiens (2). Effectivement, cette enquête traînait au point d’inciter un certain nombre de personnalités à former un « groupe du 2-mai » qui mènerait ses propres investigations. Néanmoins, bien que composé en principe de personnes de « toutes les opinions politiques » et que son travail ait été « considéré comme objectif et sérieux », selon le même journaliste qui ne précise d’ailleurs pas à qui ledit travail devait cette considération, il ne semble pas que l’éclaircissement des faits survenus le 2 mai 2014 auquel il a abouti ait donné pleine satisfaction.

Il faut dire que la version des faits concoctée par ce « groupe du 2 mai » concordait un peu trop, n’en déplaise à l’envoyé du Monde, avec les attentes de tous ceux qui, à Odessa comme à Kiev, souhaitent que l’affaire honteuse d’un meurtre de masse perpétré par des ultra-nationalistes dans un pays européen dont on se félicite à l’étranger qu’il soit en passe de rejoindre la grande famille des « démocraties », soit au plus vite étouffée, enterrée et oubliée. Ainsi le coup d’envoi des affrontements était-il imputé aux activistes « prorusses » qui auraient attaqué une manifestation pacifique pro-ukrainienne, c’est-à-dire nationaliste, spontanément organisée par les supporteurs de deux équipes de football à l’issue un match. Les deux premiers morts de la journée proviendraient de leurs rangs, atteints par les balles de tireurs « russophiles » sans que cela soit encore prouvé. Un scénario qui n’était pas sans rappeler celui fabriqué après coup dans la foulée de la « révolution de Maïdan » avant que l’on ne découvre qu’en réalité, les snipers qui avaient tiré sur la police aussi bien que sur les manifestants le 20 février 2014 faisaient partie d’un « groupe clandestin » où « se trouvaient impliqués, directement ou indirectement, l’extrême-droite (Pravy Sektor, Svoboda) et un parti oligarchique pro-occidental (Patrie) », avec pour objectif, grâce à un « meurtre de masse perpétré sous une fausse bannière », de « l’emporter dans le conflit assymétrique de Maïdan et prendre le pouvoir en urkraine » (3).

La suite du récit ne dépare pas le début. Les « deux camps » auraient ensuite« échangé des cocktails Molotov, provoquant l’incendie ravageur du fait de la quantité de combustible stockée par les anti-Maïdan dans le bâtiment » (4). Enfin, les commandos munis de barres ou de battes cernant l’immeuble en flammes auraient « dans leur grande majorité essayé de sauver les personnes pris au piège » au lieu de les achever comme en attestent pourtant les scènes filmées de multiples videos.

Que le « journal de référence » que Le Monde est censé être — de révérence à l’égard des puissants, en fait — se fasse le relais des mensonges et des contre-vérités destinés à dissimuler ou travestir une réalité aussi gênante pour les nouveaux dirigeants ukrainiens que pour leurs alliés euro-atlantistes, n’a rien qui doive surprendre. La présentation unilatérale pour ne pas dire caricaturale qui en est faite, de même que celle de la pseudo-révolution de Maïdan, offre un bon exemple de ce manichéisme primaire auquel cède le complexe médiatico-politico-intellectuel de notre pays pour embrigader une opinion publique qu’ils formatent plutôt qu’ils ne la forment. On a là une fable typique de ce que peut produire ou, dans ce cas, reproduire une presse françaisemainstream en phase avec la réécriture de l’histoire en temps réel par les autorités officielles ukrainienne ; et ce afin de relativiser l’importance des évènements funestes qui ont endeuillé une partie de la population d’Odessa, en falsifier la signification et nier leur propre implication en plus de celle, avérée, de leurs supplétifs d’extrême-droite.

Si ce conte à dormir debout avait le mérite, comme s’en félicite notre journaliste mondain, d’écarter l’« hypothèse avancée par les médias russes du massacre délibéré » (5) , il ne pouvait toutefois convaincre que les gens déjà convaincus. Ce qui n’était apparemment pas le cas d’un groupe de membres du Parlement européen qui, préoccupés par l’absence de données fiables relatives au massacre, demanderont en mai 2015 au Premier ministre Arseni Iatseniouk de « tout mettre en œuvre pour rendre publics les résultats des enquêtes sur les meurtres commis sur le Maïdan et les meurtres de masse perpétrés à Odessa ». Peine perdue. Dans un rapport très critique publié en octobre 2015, les experts européens d’un comité consultatif international créé à l’initiative du Secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjorn Jagland, jugeaient que l’enquête menée en Ukraine, censée établir les circonstances exactes du massacre et évaluer le travail des services municipaux d’urgence le jour des troubles, « ne répondait pas aux exigences de la Convention européenne des droits de l’homme ». Bien plus, outre qu’elle ne pouvait pas « être qualifiée d’indépendante et efficace », ils estimaient que le « contexte général » qui régnait en Ukraine empêchait les enquêteurs de « réaliser de sérieux progrès dans l’élucidation de la tragédie d’Odessa ».

On comprend dès lors que les mères des victimes du carnage n’aient plus d’autre recours aujourd’hui que de s’adresser à l’ONU pour qu’il ne demeure pas impuni. D’où leur requête auprès d’une instance compétente de cet organisme en matière de protection des droits humains, mandatée pour les cas de tortures, exécutions sommaires, disparitions forcées et détentions arbitraires, pour qu’une commission internationale réellement indépendante, impartiale et objective puisse faire enfin éclater la vérité sur ce qui s’est passé à Odessa le 2 mai 2014 et que les responsables soient punis.

C’est la raison pour laquelle, une conférence suivie d’un débat s’est tenue dans les locaux de l’ONU à Genève le 21 mars 2015 au Palais des Nations, en marge des travaux du Conseil des Droits de l’Homme, avec la participations de M. Xavier Moreau, co-fondateur du site Stratpol, spécialiste des questions géopolitique, de Mme Victoria Malchulko, fondatrice et présidente de l’Association des mères du 2 Mai, témoin direct des évènements survenus ce jour-là et de Mme Elena Radzikhovskaiya, mère d’André Brazhevsky, tué lors du siège et de l’incendie de la Maison des Syndicats, toutes deux enseignantes, l’une à la retraite, l’autre en activité, et habitantes d’Odessa. Le but de cette conférence était d’une part, de retracer l’évolution de l’Ukraine depuis la «révolution» de la Place Maïdan, d’exposer l’impact sur le pays du changement de régime qui s’en est suivi, de replacer la tuerie d’Odessa dans ce contexte socio-historique, tant national qu’international, et de pointer le rôle des différents acteurs de ce drame. D’autre part, il s’agissait de faire connaître à partir de témoignages, non seulement le déroulement concret des évènements mais aussi les multiples obstacles rencontrés pour que la lumière soit faite sur les responsabilités directes et indirectes des autorités de la ville dans cette violence sans précédent à Odessa.

Il faut croire, cependant, que cette recherche de la vérité ne plaisait pas à tout le monde et encore moins l’idée de créer une commission d’enquête libérée de la pression des pouvoirs en place en Ukraine. Après la tentative d’un certain Mykola Cusin, président d’un Comité de Défense de la Démocratie en Ukraine, branche européenne du Comité des Ukrainiens d’Amérique du Nord, pour faire annuler la conférence, sous prétexte qu’elle offrirait une tribune à l’anti-américanimsme, l’antisémitisme, la russolâtrie et l’extrême droite, trois agents provocateurs dont une journaliste urkrainienne mêlée de très près aux évènements du 2 mai, sont venus jouer les agents d’ambiance à leur manière : interruptions du conférencier accompagnées d’injures à son égard, prises de paroles bruyantes sans y être conviés, discours haineux interminables… L’intention de ces perturbateurs était évidente : saboter la conférence et surtout faire capoter la projet de mise en place d’une commission d’enquête internationale. Il a fallu que je leur explique ainsi qu’à l’assistance que nous étions dans une assemblée de gens de pays civilisés et non dans la jungle qu’était devenue l’Ukraine depuis l’arrivée au pouvoir de leurs commanditaires aidés de leurs acolytes néo-nazis pour les obliger à se taire, tâche rendue aisée par les applaudissements approbateurs de la plupart des gens présents.

Le calme revenu, Mme Elena Radzikhovskaiya a pu exprimer, au nom des mères qui comme elle, ont été privées de leurs fils par ce qu’il faut bien appeler un assassinat collectif, le souhait qu’un maximum de personnes des autres pays se solidarisent avec elles pour que les coupables, quels qu’ils soient, soient identifiés, poursuivis, jugés et châtiés.

Que celles et ceux qui se refusent à rejoindre la cohorte des imbéciles ou des criminels, au sens où Bertolt Brecht les désignait, signent cet appel. Les mères des Ukrainiens assassinés le 2 mai 2014 leur en sauront gré.

 Jean-Pierre Garnier - Le 28 mars 2016

(1) FSB : Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie Service secret chargé des affaires de sécurité intérieure. Principal successeur du KGB soviétique dissous en novembre 1991.

(2) Benoît Vitkine, « Odessa, un an après le drame du 2 mai », Le Monde, 02.05.2015

(3) Ivan Katchanovski, « The “Sniper’s Massacre ”in the Maidan in Ukraine » september 2015 The “Snipers’ Massacre” on the Maidan in Ukraine | Oriental review. org