mercredi 24 février 2021

Un chanteur espagnol jeté en prison pour avoir loué Staline et l’URSS

Ce qui est évident à la lecture de ce texte sur le deux poids, deux mesures de l’occident en matière de liberté d’opinion, c’est que les “démocraties” occidentales sous couvert de “terrorisme” sanctionnent de plus en plus des “crimes” d’opinion qui les contestent et encouragent les fascismes. C’est pour cela qu’une législation anti-terroriste dans une situation où on construit une unique alternative Le Pen-Macron n’est en fait qu’une manière de transformer la démocratie en acceptation du néo-libéralisme, d’une commune oppression des peuples en tant que travailleurs alors qu’elle est présentée sous une forme raciste ou ici anti-communiste (stalinienne) pour diviser les travailleurs. (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop pour histoireetsociete)

                            18 février 2021

Photo: REUTERS / Lorena Sopena

Texte: Vladimir Dobrynin

https://vz.ru/world/2021/2/18/1085750.html

Des émeutes et des affrontements avec la police ont secoué plusieurs villes d’Espagne – et tout cela à cause de l’arrestation d’un homme qui assure que «l’URSS reviendra». Pourquoi le chanteur Pablo Hasel a-t-il été placé en détention, pourquoi déteste-t-il la démocratie espagnole et la monarchie, et d’où lui vient son admiration pour l’Union soviétique?

Le rappeur espagnol Pablo Rivadulla Duro, mieux connu sous son nom de scène Pablo Hasel, d’après le personnages d’un recueil d’histoires de la littérature arabe, ira finalement en prison. Plusieurs dizaines de policiers, pour appréhender le chanteur, ont dû menacer de prendre d’assaut les locaux de l’université de Lleida. Le chanteur s’y était barricadé et y avait passé la nuit entouré d’une cinquantaine de ses partisans. Mais à la fin, tout s’est passé sans faire de victimes et sans bris de verre, même s’il y avait de la fumée dans les locaux, comme on peut le voir dans les images publiées par la presse espagnole. Montant dans une voiture de police après avoir été détenu, Hasel a crié: “Mort à l’Etat fasciste!”, “Ils ne nous feront jamais taire!”

Pablo Rivaduglia est né à Lerida (Lleida est la version catalane du nom de la ville) en 1988. Comme la plupart des Catalans, il n’est pas enthousiaste à l’idée d’avoir leur autonomie au sein du royaume espagnol, et cela se reflète dans son travail, qui est principalement consacré à la critique de la famille royale et de ses activités. La démocratie moderne, qu’il décrit comme la tyrannie, est un autre sujet auquel Hasel réagit vivement.

D’où vient que Pablo, pour le moins, n’aime pas le monarque espagnol? Le fait est peut-être que, de son point de vue, le gouvernement dissimule les machinations du roi détrôné, contraint de quitter son pays en raison de soupçons d’avoir reçu illégalement 65 millions d’euros de ses collègues saoudiens et de ne pas avoir payé d’impôts dessus.

Les médias espagnols estiment qu’à un âge trop jeune il “a commencé à lire des livres” et qu’il y a “puisé fermement de nouvelles règles”. Les livres n’étaient pas les bons, en conséquence “sa vision du monde s’est formée sous l’influence de personnalités telles que Vladimir Maïakovski, Joseph Staline et Che Guevara”. C’était le chemin de Pablo vers le Parti communiste espagnol (rétabli) –selon l’abréviation espagnole CPE (r). Le parti a été fondé en 1975 quelques jours avant la mort du dictateur Franco, c’est-à-dire juste à la veille du triomphe de la démocratie. Que Pablo a prise à la lettre et une fois atteint un âge raisonnable, il a décidé d’utiliser les valeurs qu’elle proclamait (en particulier la liberté d’expression).

Les autorités ont enduré ces déclarations jusqu’à ce que Hasel décide de défendre le secrétaire général du CPE (r), Manuel Perez Martinez, emprisonné pour 17 ans.

Le camarade Arenas (pseudonyme du secrétaire général) a été mis derrière les barreaux en raison de son “appartenance au Groupe de résistance antifasciste (GRAPO)”. Le groupe a été créé en 1975 (quelques mois avant le départ de Franco pour un autre monde), a proclamé le marxisme-léninisme et l’antifascisme comme son idéologie, et son objectif était de construire une “république populaire, fédérale et socialiste” en Espagne. Le GRAPO est considéré comme une organisation terroriste dans l’Union européenne et aux États-Unis.

Le GRAPO était considéré comme la “branche armée” du Parti communiste. Il a fonctionné à la fin des années 70 – début des années 80 du siècle dernier. Il a à son compte environ 80 policiers tués. Le groupe obtenait lui-même de l’argent pour ses actions, en l’extorquant à des hommes d’affaires et même en dévalisant une fois une succursale de la banque Banco del Noroeste. Il ne jouissait pas d’un grand soutien. Des solitaires se faisant appeler membres du groupe de temps en temps menaient de petites actions jusqu’en 2011.

«Le GRAPO était la légitime défense contre l’impérialisme et ses crimes», «Je pense aux balles que les juges nazis ne trouveront jamais» – les tribunaux espagnols interprètent ces déclarations de Pablo Hasel comme de la propagande du terrorisme. En effet, qui est Hasel? Selon les lignes des verdicts de la cour, c’est une personne qui soutient et glorifie le terrorisme. Mais lui-même n’a pas commis d’actes de terrorisme. Admirer la brutalité de quelqu’un d’autre est à peu près la même chose que les jeunes de 14 ans échangeant volontiers leurs opinions sur les exploits du pirate Peter Blood et des corsaires.

Hasel a été arrêté pour la première fois à Lleida en octobre 2011, presque immédiatement après la sortie de sa vidéo Democracia su puta madre (la version la plus proche de la censure peut se traduire par «Démocratie, ta pute de mère»), consacrée au sort du camarade Arenas. Le rappeur a été condamné à deux ans de probation “pour avoir loué le terrorisme dans les paroles”.

En 2017, le parquet a exigé qu’on lui en ajoute encore «cinq» pour «insulte à la couronne et diffamation de l’État», publiée sur les réseaux sociaux. En 2018, il a été condamné à deux ans et un jour de prison, peine réduite à neuf mois, et le processus de dépôt et d’examen d’un appel a été retardé jusqu’en janvier 2021. A cette époque, les médias espagnols ont commencé à analyser « 64 tweets et aphorismes pour lesquels il est allé en prison».

Les plus impressionnants sont les suivants:

” GRAPO était la légitime défense contre l’impérialisme et ses crimes.”

Le bandit Bourbon [le roi Juan Carlos I] a fréquenté la monarchie saoudienne, parmi ceux qui financent Daech. Rien ne change. “

“Si les gens aiment tellement la monarchie, comme nous le disent les autorités, laissez aller la famille royale sans accompagnement dans nos rues.”

“Ada Colau [le maire de Barcelone] ne traitera pas le roi de criminel pour avoir vendu des armes à l’Arabie saoudite ou pour vivre de manière luxueuse au prix de la pauvreté de la majorité de la population.”

“Encore une famille a été expulsée de sa maison, après qu’on lui ait coupé l’eau et l’électricité : le capitalisme c’est la  barbarie, naturellement, je suis nostalgique de l’URSS.”

“Staline est un leader exceptionnel qui a envoyé des fonctionnaires corrompus au GOULAG. Nous devons retrouver la société qu’il dirigeait! Quelles que soient les manipulations qu’ils entreprennent pour interpréter les événements historiques, il reste toujours un héros pour des millions de Russes qui aspirent à se libérer du joug capitaliste et de ceux qui les ont trahis. “

    «Je suis coupable de réaliser que le capitalisme est la racine du problème. Qu’il sert les intérêts d’une poignée de sacs d’argent qui nous exploitent. »

“L’URSS reviendra, elle reviendra certainement, car il n’y a pas d’avenir sans socialisme. De plus en plus de peuples emprunteront la voie du communisme et les exploiteurs iront travailler dans les mines en Sibérie.”

“Le féminisme des exploiteurs en jupe ne représente pas les intérêts d’une femme de la classe ouvrière.”

La presse espagnole moderne a une attitude particulière à l’égard de l’URSS. Les principaux journaux du pays décrivent régulièrement les efforts héroïques de la Division Bleue espagnole qui se gelait dans les tranchées et mangeait de la vache enragée, participant au blocus nazi de Leningrad. Et voilà qu’un jeune homme loue cette même l’URSS qui a survécu à la guerre et qui l’a gagnée.

Le 13 février, à Madrid, où la quarantaine des coronavirus est endémique, une manifestation a eu lieu à la mémoire des combattants «bleus», programmée pour coïncider avec la date de leur défaite finale à Krasny Bor en 1943. Pour cette marche de trois cents nazis de la Juventud Patriota de Madrid (Jeunes patriotes de Madrid), l’autorisation officielle des autorités a été obtenue. En même temps, il est interdit à trois personnes de s’arrêter pour bavarder dans la rue. Et il est impossible d’obtenir l’autorisation pour une manifestation en général (et à plus forte raison anti-quarantaine).

La BBC britannique souligne en clair que “le rappeur espagnol Pablo Hasel a été condamné à la prison pour avoir insulté le roi”. Seule l’Espagne ne le remarque pas.

À propos, les principaux journaux du royaume pyrénéen ont préféré garder le silence sur Navalny ce jour-là: ils contredisent en quelque sorte les demandes de “libérer immédiatement le prisonnier politique russe” en incarcérant un musicien qui n’a troublé la paix du pays qu’avec ses chansons et tweets. Par ailleurs, le vice-premier ministre du gouvernement espagnol Pablo Iglesias a récemment déclaré: “Comment pouvons-nous considérer notre pays comme une démocratie si les conflits politiques ont cessé d’être réglementés par les canaux politiques, et sont finalement résolus par les tribunaux et la police?”

La formulation standard, que les libéraux russes aiment utiliser est: “Vous ne pouvez pas emprisonner pour des mots, la vraie démocratie ne fait pas cela.” Comme vous pouvez le voir, elle le fait très bien, et cela est reconnu dans les hautes instances espagnoles.

Le lendemain, des manifestations spontanées ont commencé dans plusieurs villes d’Espagne demandant la libération du rappeur et appelant la police à «ne pas recourir à la violence». Environ 200 artistes du pays, dont le réalisateur Pedro Almodovar et le célèbre acteur Javier Bardem, ont signé une pétition demandant “de revoir la législation sur la diffamation et de ne pas assimiler la critique de la monarchie au terrorisme”.

Les manifestations ne sont pas restées pacifiques longtemps – déjà mercredi, elles ont dégénéré en affrontements avec la police, utilisant des bouteilles et des pierres comme “arme du prolétariat” d’une part, et une réponse civilisée avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc d’autre part. Au matin du jeudi 18 février, le nombre de détenus à Madrid, Barcelone, Gérone, Lleida se comptait par dizaines.

Note de Pedrito

Qui peut nier à la lecture des multiples crimes et dérives tels celui -ci,  qui illustrent notre info quotidienne, qui pourra encore nier  que nos démocraties "libérales" occidentales sont malades du fric, du capitalisme, de l'égoïsme  et de la folie criminelle que ce mal engendre jusque chez les gosses de 13 ans dont les "bandes" criminelles sont la seule famille, sans autre repères que ceux des parents déboussolés par des décennies de promesse trahies par la gauche caviardée? 

Qu'est devenu le Parti qui redonnait espoir aux plus pauvres et aux plus humbles?

Le Parti Communiste au service du peuple et de la lutte des classes sociales laborieuses, et non des pros de la lutte des places!!