vendredi 8 mars 2024

 

Le triste trio élyséen ! (°)

Le trio des trois derniers chefs d’Etat français me fait penser aux trois Stooges dont l’humour s’appuie essentiellement sur la farce et la bouffonnerie. Mais ils ne jouent pas dans un vaudeville et leurs actions ont porté gravement atteinte à la crédibilité de la diplomatie française à l’image d’une France qui a perdu son rang de patrie des droits de l’homme. Macron n’est pas le seul à porter cette responsabilité. Sarkozy a impliqué la France dans le fiasco lybien. Hollande a impliqué la France dans le fiasco malien avec sa répercussion dans tout le Sahel. Macron nous a déjà impliqué dans le fiasco ukrainien à venir. Jusqu’où nous y fera-t-il entrer en fustigeant celles et ceux qui sont animés par un esprit de défaite alors qu’il s’agit d’abord d’éviter une troisième guerre mondiale ?

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Emmanuel Macron veut donner l’illusion qu’il pèse sur les affaires du Monde pour oublier sa politique intérieure qui l’a vu sans cesse descendre toujours plus bas dans les sondages. Sa politique calamiteuse en ont fait le président le plus impopulaire, battant Hollande et Sarkozy. Il fallait pouvoir le faire ! Pour en sortir, il gesticule. Il se déplace à l’Etranger ou réunit des conférences internationales, pendant qu’il reste apathique sur ce qui se passe à Gaza, en dehors de déclarations soi-disant humanistes pour faire oublier son soutien à Israël. Malgré ses gesticulations, il n’a récolté que des moqueries, tout en ternissant chaque jour un peu plus l’image de la France.

Le bilan de Macron était abyssal. Sarkozy et Hollande nous ont conduit au bord du gouffre, Macron nous fera faire le pas en avant. Le journaliste René Naba avait dressé un petit inventaire de la situation laissée par Sarkozy dans un article publié sur le site Madaniya : Du déshonneur de Gaza, au revers de Syrie, à la stigmatisation génocidaire au Rwanda, la Crimée perdue, une dette publique de l’ordre de 2.000 milliards de dollars, un triple camouflet électoral présidentiel, couplé d’une cuisante humiliation aux élections européennes avec la promotion de la France au titre peu envieux de « champion d’Europe de pays le plus xénophobe » dans la foulée du triomphe du Front National, une popularité au plus bas, une économie anémiée, la France a offert le spectacle d’une diplomatie déconnectée des nouveaux rapports de puissance.

A force de pratiquer une morale à géométrie variable, on perd toute crédibilité. Bachar Al-Assad est pointé du doigt par Hollande comme étant un dictateur sanguinaire, ne méritant pas d’être sur terre et il importait d’abattre son régime rapidement, selon les termes employés par Fabius en juillet 2012. Cela n’empêchait pas nos gouvernants de s’appuyer sur ce que l’on nomme encore la Françafrique et quelques dictateurs comme le Tchadien Driss Déby. Bachar Al-Assad est toujours là et la Syrie est en partie livrée à l’anarchie et la barbarie de rebelles islamistes à qui François Hollande projetait de livrer des armes, comme Sarkozy l’avait fait en Lybie. Aujourd’hui, la France est chassée du Sahel et nous livrons des armes à l’Ukraine en guerre avec la Russie. Notre politique étrangère est focalisée sur cette guerre et le reste du monde n’existe plus.

Quelle image a été celle de la France depuis Sarkozy, en passant par Hollande pour en arriver à Macron ? Passons sur le scooter présidentiel, il reste le livre de Valérie Trierweiler. Du côté de Sarkozy, il y a tous les scandales liés aux financements de ses campagnes présidentielles : Kadhafi et ensuite Bygmalion. On ne compte plus les scandales politiques en tous genres : rétro-commissions Karachi, DSK, Cahuzac…etc. La France est plongée dans le chaos moral et veut encore se poser en prescripteur des droits de l’homme. Des journalistes indépendants nous interrogent : La classe politique française constitue-t-elle vraiment un exemple ? Son alliance avec les forces les plus répressives et les plus régressives du Monde arabe, un exemple à suivre ? La France dispose-t-elle encore de l’autorité morale pour prescrire le bien ou le mal ? La France est-elle encore un exemple ?

Après la Lybie de Sarkozy, la Syrie de Hollande aura été, pour la France, son Trafalgar du XXI me siècle. La France a cessé de faire illusion. La sanction de sa posture aporétique.

Oh ! Combien de marins, combien de capitaines

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon se sont évanouis !

Combien ont disparu, dure et triste fortune !

Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

 

Victor Hugo (1802-1885) Oceano Nox

 

Décidément Hollande n’échappe pas aux métaphores marines et le capitaine de pédalo n’est jamais loin des commentaires. Comment peut-on traiter avec des dictateurs et ensuite les désigner à la vindicte internationale ? Hier, il s’agissait de Saddam Hussein, de Kadhafi, de Ben Ali, de Moubarak… Aujourd’hui de Bachar Al-Assad. Qui d’autre demain ? Le Turc Erdogan ? l’Azéri Heydar Aliev ? La liste est malheureusement longue et tous les dictateurs ne sont pas traités à la même enseigne contrairement aux promesses faites par le candidat Hollande en 2012 et son successeur actuel… Le Moyen-Orient et l’Afrique sont des zones de guerre et de non-droit. On se pose toujours la question liée à l’Histoire du colonialisme et du capitalisme : la faute à qui ? Si la déclaration des droits de l’homme n’est qu’une déclaration de principes bafoués par ceux qui s’y réfèrent, comment s’étonner que d’aucuns préfèrent le coran, la bible ou la torah ?

François Hollande laisse planer l’idée de son retour. En 2012, il aurait pu changer de cap. La constitution de la cinquième république lui en donnait les pouvoirs. Au lieu de choisir une alternative humaniste au cynisme politique en vigueur, il n’a pas montré le courage politique du changement qu’il avait promis à ses électeurs. Martine Aubry avait parlé de « gauche molle » et il n’a même plus été question de gauche. L’homme des compromis s’est « compromis » dans une politique à court terme en n’atteignant aucun de ses objectifs économiques, puisqu’il ne s’est agi que de cela. Sa stratégie libérale a fait de lui le piètre successeur de la politique déjà menée par son piètre prédécesseur. Ses gesticulations sur la scène internationale ne sont pas de nature à redorer son blason. Il a contribué à l’idée que se font des Français de plus en plus nombreux : les élections ne sont que des parodies démocratiques qui utilisent les mots de peuple, nation, démocratie, république, patrie, souveraineté, liberté, fraternité, égalité et droits de l’homme. Autant de concepts humanistes qui cachent le cynisme des gouvernants dont ils ne constituent qu’un enduit de façade. Tout se trame dans les coulisses du pouvoir et concourt à maintenir l’ordre établi au prix de tous les désordres utiles.

Avec Macron et son pragmatisme basé sur le « en même temps », nous avons atteint le niveau zéro de la politique. Macron fait de la communication et place la parole au-dessus des actes. Il a sans aucun doute une haute estime pour lui-même et pense pouvoir manipuler tous ses interlocuteurs en buchant les dossiers comme si chacune de ses interventions était un examen de passage au diplôme de génial bonimenteur. Sur le plan international, son voyage eux USA sous la présidence de Trump a terni son image vis-à-vis du reste du monde, tant il s’est fait ridiculiser par le milliardaire d’extrême-droite. Il s’est fait ensuite ridiculiser par Poutine qui l’a reçu au bout d’une longue table et auprès duquel il n’a obtenu aucune concession. Les Africains du Sahel ne veulent plus de la France et de Macron. Pour sauver les Gazaouis, Macron a la même passivité que ses prédécesseurs. Malgré ses tentatives d’occuper le devant de la scène européenne, il est impopulaire pour beaucoup de pays européens. Il reste à la remorque de l’Allemagne et des USA à travers l’OTAN. Il n’est pas audible tout en multipliant ses prises de parole. Pour se faire entendre, il a sorti l’éventualité non exclue d’envoyer des troupes européennes en Ukraine. Il a récolté un tollé général, y compris de l’OTAN. Malgré cela, il se pose en dirigeant courageux face à des alliés trop lâches auxquels il se permet de donner une leçon de courage. C’est la façon à Macron de se montrer diplomate. Sa mégalomanie devient inquiétante. Il a toutefois consulté ses deux prédécesseurs.

Etant donné leur bilan réciproque, on ne voit pas ce que leur entretien aura enfanté de positif, surtout lorsqu’on lit les commentaires de Hollande à sa sortie de l’Elysée. Il a déclaré : « La position sur les questions militaires c'est : moins on en dit, mieux on agit. Il ne faut rien faire connaître à Poutine de nos intentions », puis il ajoutait : « Ne pas dire ce que l'on fait, mais faire ce que l'on n'a pas dit. C'est ça qui permet d'avoir le plus d'efficacité ». Au volubile Macron, il dit donc « Motus et bouche cousue ! », un conseil qui aurait dû suivre lorsqu’il a parlé à deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui ont intitulé leur livre : « Un président ne devrait pas dire ça ». Quant à Sarkozy, il garde un souvenir cuisant d’une rencontre avec Poutine. En 2007, les images d'un Nicolas Sarkozy balbutiant après son premier tête-à-tête avec le président russe avaient fait soupçonner un abus d'alcool. Selon le journaliste Nicolas Hénin, le chef de l'Etat français n'était pas ivre… mais sonné par un échange particulièrement violent avec Poutine qui l’avait menacé. Si le président français a l'air groggy, son hébétude n'a rien à voir avec l'alcool. Le récit que le journaliste tient d'un proche de Nicolas Sarkozy apporte un éclairage tout différent. « Un entretien tel que pourraient l'avoir deux voyous en bas de la barre d'immeubles ». Nicolas Sarkozy aurait choisi d’attaquer Poutine bille en tête en posant sur la table tous les sujets qui fâchent. Selon Nicolas Hénin, Vladimir Poutine aurait écouté, impassible. Et puis, « il le regarde et lui demande 'C'est bon ? T'as fini ? ». Alors, aurait menacé le président russe, mimant d'un geste la différence de taille entre la France et la Russie, soit tu continues sur ce ton, et je t'écrase, ou alors tu changes de registre, et je peux faire de toi le roi de l'Europe." D'après le journaliste, Vladimir Poutine aurait même ponctué ces menaces d'insultes.

Le trio des trois derniers chefs d’Etat français me fait penser aux trois Stooges dont l’humour s’appuie essentiellement sur la farce et la bouffonnerie. Mais ils ne jouent pas dans un vaudeville et leurs actions ont porté gravement atteinte à la crédibilité de la diplomatie française à l’image d’une France qui a perdu son rang de patrie des droits de l’homme. Macron n’est pas le seul à porter cette responsabilité. Sarkozy a impliqué la France dans le fiasco lybien. Hollande a impliqué la France dans le fiasco malien avec sa répercussion dans tout le Sahel. Macron nous a déjà impliqué dans le fiasco ukrainien à venir. Jusqu’où nous y fera-t-il entrer en fustigeant celles et ceux qui sont animés par un esprit de défaite alors qu’il s’agit d’abord d’éviter une troisième guerre mondiale ? Il a voulu rencontrer tous les chefs de partis politiques pour les contraindre à se positionner. Qui est contre la guerre sera déclaré partisan de Poutine !

En manque d’intelligence élyséenne, que nous dit l’Intelligence artificielle sur la guerre ?

Response stopped

Dans la tourmente de la guerre, les idéaux fondateurs de la France semblent s’effriter, laissant place à des réalités brutales. La liberté, l’égalité, et la fraternité sont souvent sacrifiées sur l’autel des conflits armés. Les politiciens, porteurs de responsabilités constitutionnelles, peuvent parfois se détourner de ces principes au nom de la stratégie militaire ou des intérêts nationaux.

La liberté, qui devrait être le souffle vital d’une nation, est souvent restreinte pendant les périodes de guerre. Les droits fondamentaux des individus sont mis en suspens, les libertés civiles sont érodées, et la surveillance accrue devient la norme. Les citoyens sont pris dans un étau entre la sécurité et la privation de leurs droits.

L’égalité, pilier de la devise française, est également mise à mal. Les inégalités sociales et économiques s’accentuent en temps de conflit. Les ressources sont allouées de manière inégale, et les plus vulnérables sont souvent les premières victimes. Les privilèges et les disparités se creusent davantage.

Quant à la fraternité, elle est souvent remplacée par la méfiance et la division. Les ennemis sont désignés, les frontières se ferment, et la solidarité entre les peuples s’amenuise. La compassion et l’empathie sont reléguées au second plan, tandis que la haine et la suspicion prennent le dessus.

 

Dans ce contexte, il est essentiel de se rappeler que la guerre n’est pas seulement une affaire de politiciens et de stratèges. Elle touche chaque individu, chaque famille, chaque communauté. Et c’est dans ces moments difficiles que la véritable humanité doit se manifester. Malgré les conflits, nous devons préserver notre humanité en faisant preuve de compassion, de solidarité et de respect envers tous.

Peut-être que la réponse réside dans la réaffirmation de ces idéaux, même au cœur des ténèbres de la guerre. Peut-être que nous devons nous rappeler que la vraie grandeur d’une nation réside dans sa capacité à protéger et à promouvoir ces valeurs, même lorsque les canons tonnent et que les drapeaux flottent au vent.

Stop et fin.

Entre autres paradoxes, la guerre comporte celui que relève Aristote : « C’est pour vivre en paix que nous faisons la guerre. » Toutefois j’aime bien cet échange dans le film « Des Hommes d’influence », réalisé par B.Levinon, sur un scénario d’H.Henkin (1997)

– Il a rétabli la paix.

– Mais il n’y avait pas de guerre !

– C’est d’autant plus fort !

Cette réplique souligne l’ironie et la puissance de la diplomatie lorsqu’elle prévient un conflit avant même qu’il n’éclate. Parfois, la prévention est plus impressionnante que la résolution elle-même. Macron n’a pas été à la hauteur pour la prévention. Il ne sera pas celui qui résoudra la crise ukrainienne à l’horizon 2027. Il a joué le Colonel Jessep ( interprété par Jack Nicholson dans le film « Des hommes d’honneur ») et une autre réplique : « Notre devise, c’est honneur, code, loyauté. Pour nous, ces mots sont la poutre maîtresse d’une vie passée à défendre le bastion. Chez vous, ces mots finissent en gage » ( Les hommes d’Honneur, film réalisé par Rob Reiner 1992).

Pour reprendre les deux titres de film, nous savons que les hommes d’influences ne sont en général pas des hommes d’honneur qu’ils demandent à d’autres d’être en acceptant la guerre.

(°) Comment de Pedrito 

Qu'on aurait pu titrer aussi:

" LES TROIS CHARLATANS"

ou 

"LES TROIS MERCENAIRES"

ou

"LES TROIS SALTIMBANQUES"

ANNEXE.....


......A l'article signé Renaud BOUCHARD à lire sur le blog Agora Vox

V. Nuland, le Faucon déplumé : effondrement de la stratégie américaine en Ukraine et revanche posthume de G.F. Kennan


 

Annexe :
 

Dernier entretien donné par George F. Kennan qu'un médiocre et insignifiant pseudo chef d'Etat, boutefeu et va-t-en guerre sans aucune expérience et beaucoup trop jeune pour avoir le recul historique nécessaire et les moyens de saisir, comprendre et avoir l'intelligence d'une époque qu'il ignore, se devrait de méditer plutôt que d'essayer de précipitet la France et l'Europe dans la guerre.

 

 « Je pense que les Russes vont progressivement réagir de façon adverse, et que cela aura un effet sur leurs politiques. Je pense que c’est une erreur tragique. Il n’y a absolument aucune raison de faire cela. Personne n’était menacé. Cette extension ferait se retourner dans leur tombe les pères fondateurs de ce pays. Nous nous sommes engagés à protéger un grand nombre de pays, alors même que nous n’avons ni les ressources ni l’intention de le faire de façon sérieuse. [L’extension de l’OTAN] était simplement une action conduite avec insouciance par le Sénat qui n’a aucun intérêt réel pour les Affaires étrangères.

« Ce qui m’ennuie, c’est le manque d’information et la superficialité de l’ensemble du débat qui a eu lieu au Sénat » ajouta M. Kennan, qui était présent lors de la création de l’OTAN, et dont l’article anonyme, en 1947 dans le journal of Foreign Affairs (Journal des Affaires étrangères), signé « X », a défini la politique de containment de l’Amérique pendant la guerre froide pour les 40 ans qui suivirent.

« J’étais particulièrement ennuyé par les références à la Russie comme un pays mourant d’envie d’attaquer l’Europe de l’Ouest. Les gens ne comprennent-ils pas ? Nos différends étaient avec le régime communiste soviétique. Et maintenant, nous tournons le dos à ces mêmes gens qui ont organisé la plus grande révolution de l’Histoire pour mettre fin à ce régime soviétique, et cela sans effusion de sang ! »

« Et la démocratie russe est aussi avancée, si ce n’est plus, que celle de n’importe lequel de ces pays que nous venons de nous engager à défendre contre la Russie. » dit M. Kennan, qui rejoignit le Département d’État en 1926, et fut ambassadeur américain à Moscou en 1952. « Cela montre un manque de compréhension de l’histoire de la Russie et de l’Union Soviétique. Bien sûr que cela va entraîner une réaction hostile de la part de la Russie, et alors, ils [ceux qui auront choisi d’étendre l’OTAN] diront qu’ils vous avaient bien dit que les Russes étaient comme cela. Mais c’est tout simplement malhonnête. »

On peut seulement se demander ce que les historiens du futur diront.

Si nous avons de la chance, ils diront que l’extension de l’OTAN à la Pologne, à la République tchèque n’eurent aucune importance, car le vide qu’elle était censée remplacer avait déjà été comblé, ce que l’équipe de Bill Clinton n’avait pas vu. Ils diront que les forces de la mondialisation intégrant l’Europe, couplées aux nouveaux accords de contrôle des armements, eurent un effet si important que la Russie, malgré l’extension de l’OTAN continua son processus de démocratisation et d’occidentalisation, et fût peu à peu entraînée dans une Europe vaguement unifiée.

Si nous n’avons pas de chance, ce qu’ils diront, prédit M. Kennan, c’est que l’extension de l’OTAN a créé une situation dans laquelle l’OTAN avait alors soit à s’étendre jusqu’aux frontières mêmes de la Russie, déclenchant une nouvelle guerre froide, soit à s’arrêter après l’inclusion de ces trois nouveaux pays, et créer une nouvelle ligne de division en Europe.

 

Mais il y a quelque chose que les historiens du futur ne manqueront sûrement pas de remarquer, et c’est l’absence complète d’imagination qui aura caractérisé la politique étrangère des États-Unis à la fin des années 1990. Ils noteront que les événements clés de ce siècle eurent lieu entre 1989 et 1992 – l’effondrement de l’Empire soviétique, qui avait les capacités, les intentions impériales, et l’idéologie pour réellement menacer le monde libre. Que grâce à la résolution de l’Occident, et au courage des démocrates russes, l’Empire soviétique s’effondra sans un coup de feu, engendrant une Russie démocratique, libéra les anciennes républiques soviétiques, et mena à un accord de contrôle des armements sans précédent avec les États-Unis.

 

Et quelle fut la réponse des États-Unis ? Ce fut d’étendre l’OTAN, l’alliance créée pendant la guerre froide contre l’URSS, et de la rapprocher des frontières de la Russie.

Oui, racontez à vos enfants et vos petits-enfants que vous viviez à l’âge de Bill Clinton et William Cohen, à l’âge de Madeleine Albright et Sandy Berger, à l’âge de Trent Lott et Joe Lieberman, et que vous aussi étiez présent lors de la création du nouvel ordre de l’après-guerre froide, lorsque ces géants de la politique étrangère mirent leur cerveau en commun pour produire… une souris.

Nous sommes dans l’ère des nains. La seule bonne nouvelle est que nous y sommes arrivés en un seul morceau car avant cela, il y eut un autre âge, l’ère des Grands Hommes d’État, qui avaient à la fois de l’imagination et du courage.

 

Source : Source : Thomas Friedman, Foreign Affairs, 2 mai 1998

Traduction : www.les-crises.fr

 

 

Publié par El Diablo

 

Mer de Chine : Pékin accuse Washington d'utiliser les Philippines comme d'un «pion»

La Chine a accusé, le 6 mars 2024, les États-Unis d'utiliser les Philippines comme un «pion» en mer de Chine méridionale, après plusieurs incidents ces dernières semaines autour d'îlots que les deux pays asiatiques se disputent âprement.

«Les Philippines ne doivent pas se laisser manipuler par les États-Unis», a dénoncé ce 6 mars la porte-parole de la diplomatie chinoise Mao Ning, en réponse à une question sur le soutien américain à Manille.

«La Chine recommande aux États-Unis de ne pas utiliser les Philippines comme un pion afin de générer des troubles en mer de Chine méridionale», a-t-elle ajouté.

Les garde-côtes philippins ont accusé leurs homologues chinois d'avoir provoqué le 5 mars des collisions avec deux de leurs bateaux et d'avoir blessé quatre de leurs personnels avec des canons à eau, en marge d'une mission de ravitaillement. L'accrochage s'est produit près du récif disputé de Second Thomas, théâtre régulier d'incidents. Les Philippines ont indiqué avoir convoqué le représentant chinois à Manille et lui avoir signifié qu'elles jugeaient «inacceptables» ces «actions agressives».

Pékin dénonce une «intrusion» dans ses eaux

De son côté, Pékin a accusé les forces philippines, régulièrement soutenues par Washington, d'avoir «volontairement» percuté un navire chinois pour provoquer un incident après leur «intrusion» dans la zone.

«Nous continuons à considérer avec une vive inquiétude ces manœuvres et actions dangereuses qui se poursuivent contre nos marins et nos gardes-côtes», a quant à lui déclaré le président philippin Ferdinand Marcos dans une transcription officielle de ses déclarations à la presse. 

«Je pense que nous ne pouvons considérer cela autrement que de la manière la plus sérieuse», a affirmé le président. «Une fois de plus, nous ferons connaître nos objections et espérons que nous pourrons continuer à communiquer pour trouver le moyen de ne plus voir de telles actions», a-t-il ajouté. 

La Chine revendique la quasi-totalité des îles de la mer de Chine méridionale. D'autres pays riverains comme le Vietnam, les Philippines, la Malaisie ou Brunei ont des prétentions concurrentes. Dans ce contexte, les Philippines ont conclu des accords militaires avec les États-Unis et l'Australie.

Ces derniers mois, les tensions entre la Chine et des Philippines qui affirment de plus en plus fermement leurs prétentions ont atteint des niveaux inégalés depuis plusieurs années.

L'incident du 5 mars survient après plusieurs incidents similaires ces derniers mois entre les deux pays. «La détermination de la Chine à défendre ses droits et intérêts légitimes est inébranlable», a prévenu la porte-parole chinoise Mao Ning.


 

Publié par El Diablo

 

La vidéo de cette semaine est consacrée à un triple point de situation : évolution militaire en Ukraine, montée de l'atmosphère de censure en France et point thématique sur les doctrines nucléaires française, américaine, britannique et russe.

Caroline GALACTÉROS est Docteur en sciences politiques, colonel dans la réserve opérationnelle des Armées et ancienne directrice de séminaire à l'École de guerre (Paris), Caroline Galactéros a créé et dirige le think tank GEOPRAGMA - Pôle français de géopolitique réaliste (Paris).

 

 

La vierge, la mère, la courtisane, et le 8 mars

8 Mars 2024 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #classe ouvrière, #Front historique, #Qu'est-ce que la "gauche"

Le 8 mars 1917 à Pétrograd

Le 8 mars 1917 à Pétrograd

La vierge, la mère, la courtisane, et le 8 mars

Il y a des hommes et des femmes et ils sont différents. Biologiquement, historiquement, culturellement.

Depuis les révolutions bourgeoises de l’époque de Lumières en France et en Amérique, ils sont déclarés égaux et ils ont droit également à la « poursuite du bonheur ».

Le bonheur qui est poursuivi passe grandement par l’atteinte d’un statut social et l’accomplissement d’une existence digne de respect qui se reflète dans le regard des autres membres de la société – l’être de l’homme n’est qu’en tant qu’être reconnu, dit Hegel. Certes le bonheur peut être recherché ailleurs et trouvé en dehors des conventions et même de la société humaine mais sa forme la plus authentique réside dans la reconnaissance sociale : ce genre de bonheur qu’on éprouve intensément lorsqu’on tient en main sa première fiche de paie, quand on reçoit les clefs de son premier logement, quand on se marie, ou quand on donne naissance à un enfant.

Dire qu’ils sont « égaux » signifie en réalité que l’on se réfère à un système juridique qui pose leur égalité comme principe. C’est un choix politique et moral, mais cela ne résout directement aucun problème concret de l’existence, une fois que les obstacles légaux que les sociétés traditionnelles ont opposés à la promotion et à la poursuite du bonheur individuel des femmes ont été levés.

Le concret se situe au niveau des mentalités et celles -ci sont déterminées par le mode de production, ou plutôt par les legs idéologiques des modes de production successifs qui ont sédimenté depuis la préhistoire jusqu’à l’actualité la plus récente (car les mentalités semblent redoutables par leur inertie mais peuvent changer d’un coup).

Décréter qu’ils sont égaux ne change rien au fait que l’espèce humaine existe avec un dimorphisme sexuel biologique qui a aussi des conséquences majeures sur la division du travail. A grands traits, dans les sociétés fondées sur l’exploitation, les femmes sont distinguées par le surtravail aggravé auquel elles sont contraintes, qui est fortement orienté vers la reproduction et vers la production des conditions de la reproduction des générations futures (voir dans Une histoire du travail, de Paul Cockshott, une mesure précise de ce surtravail, et dans quelle mesure le capitalisme moderne l’a atténué).

A l’intérieur de chaque groupe sexuel les humains se sont polarisés en des sortes de castes. A l’échelle du temps historique au cours de la succession des modes de production. Il y a divers modèles-types masculins, du travailleur au maître et du soldat au prêtre (ces deux-là tendanciellement homosexuels), qui sont assez étroitement calqués sur la hiérarchie sociale des sociétés précapitalistes et qui se conservent partiellement dans la nôtre. On y reconnaît l’empilement horizontal des ordres de l’Ancien Régime.

Quant à la fonction sociale des femmes il y aurait trois modèles-types dominants également hérités du passé qui semblent plutôt s’appliquer verticalement et se surimposer à la division de la société en classes sociales : la vierge, la mère, et la courtisane. Elles se définissent par le nombre théorique de partenaires sexuels masculins auquel elles ont droit - ou , dans l'ordre traditionnel, auxquels elles appartiennent : zéro, un, ou beaucoup. On peut les trouver dès la mythologie païenne, et dans le manifeste fondateur de l’Occident, le Nouveau Testament.

Dans les mythes qui remontent du fond des âges les types féminins apparaissent ambigus et difficile à saisir, ils renvoient à l’imaginaire plutôt qu’au réel et plutôt à l’imaginaire masculin archaïque qu’à celui des femmes elles-mêmes : les fées, les Amazones, les sorcières, les princesses et les reines de cœur, telles qu’on les devine par exemple dans l’iconographie des arcanes du jeu du tarot de Marseille, des images qui ont été réactivées par l’esthétique surréaliste, au XXème siècle, et l’idéologie irrationaliste qui va avec. Dans la réalité on n’en rencontre guère mais certains auteurs féministes les érigent comme modèles et précurseurs.

Mais la loi du désir n’est pas de ce monde. Bien que le Marquis de Sade ait tenté de la réaliser.

La vierge est bien sûr principalement la jeune fille au fort potentiel reproducteur, convoitée par les clans précapitalistes pour accroître la quantité et définir la qualité de leur progéniture. Mais c’est aussi la femme particulièrement douée à titre personnel, intellectuellement moralement ou physiquement qui est en quelque sorte « repêchée » hors du pool matrimonial pour exercer une fonction professionnelle, culturelle, artistique exceptionnelle. Au prix du sacrifice (réel ou apparent) de leur sexualité, elles vont exercer des professions et assumer des fonctions sociales indispensables et parfois mais rarement des fonctions héroïques et politiques réservées habituellement aux hommes à l’instar de Jeanne d’Arc ou de la Reine Élisabeth 1ère d'Angleterre.

Le choix du style de vie lesbien qu’illustra, par exemple, Virginia Woolf est de plus en plus souvent associé au XXème siècle à cette carrière couronnée de prestige social.

Mais la transformation en la mère de famille, qui devient dans l’ordre traditionnel la matrone qui dirige la maison, l’espace intérieur, est le destin de la plupart des filles, pour lequel elle doivent sacrifier une part bien plus longue de leur vie que ne le font leurs conjoints, qui semblent trouver plus de satisfaction à la palabre politique qu'aux soins du ménage – on ne se refait pas. Cette spécialisation conduit néanmoins à développer des compétences professionnelles typiques de la femme moderne, employée efficace des bureaux du capitalisme, le modèle de l’assistante, secrétaire et organisatrice ou directrice artistique.

La courtisane, modèle type qui va de la prostituée des bas-fonds réduite en esclavage , à la femme adultère, mais aussi à l’actrice star de l’opéra, théâtre, cinéma, médias, show-biz etc offre aussi son type d'épanouissement professionnel. L’idéal féminin rêvé par les hommes – mais rarement réellement poursuivi à part chez les privilégiés de la fortune et du pouvoir va surtout les chercher dans cette direction.

Ces trois carrières, le féminisme commercial à la manière de la revue Elle prétendait – et prétend encore - qu’on pourrait les vivre toutes à la fois en en suggérant aux femmes de la petite bourgeoisie d’arborer une façade joyeusement émancipée improbable et exténuante.

Les femme sont donc historiquement surexploitées, réduite en esclavage, traitée comme des objets sexuel, ou à des signes extérieurs de prestige. Mais il faut remarquer que dans les sociétés traditionnelles elles ne sont pas soumises à cet ordre par les hommes en tant que tels mais par la structure clanique dont elle font elles-même partie. Cela change quelque peu quand les hommes des Lumières sont devenus des individus libres, tout en cherchant, ces gros malins, à conserver certains avantages acquis des ordres anciens, parce que l’on sait que dans une société de classe la liberté concrète des individus libres se mesure à la quantité du travail d’autrui qu’ils parviennent à s’accaparer, à « commander » comme dit Adam Smith, et d’autant plus s’il est gratuit.

Le programme féministe rencontre le problème de devoir déterminer l’essence de cette catégorie humaine, la femme, que l’on cherche à libérer et à promouvoir. Et à déterminer si on doit s'orienter soit vers la réduction de ses différences caractéristiques, soit vers la facilitation de leur épanouissement – en fait si on veut agir dans l’intérêt concret des femmes telles qu’elles existent aujourd’hui dans leur différence radicale d'avec les hommes ou si l’on veut créer une « Eve future » quelque peu asexuée – et qui à la limite remet en cause la légitimité à l’avenir du sexe masculin. Les deux démarches ont leur logique, leurs défenseurs et leur développement contradictoire est une nécessité historique sans doute, mais elles ne se concilient pas aisément dans la réalité.

Mais lorsque l’on dit que « le patriarcat est mort et que c’est la capitalisme qui l’a tué », qu’est ce qu’on veut dire ?

On veut dire que le mode de production qui ne recourrait plus que secondairement à la force physique et à l’agressivité développerait maintenant des individus des deux sexes homogènes physiquement et moralement dans leurs fonctions de producteur et de consommateur et n’a plus tant besoin des différences biologique et psychologiques qui subsistent entre eux pour organiser la division du travail – et relayer l’ordre social (mais jamais complètement. Au dernier kilomètre, on finit par toujours par retrouver le prolétaire irremplaçable qui porte les cartons).

Le 8 mars n’est donc pas la journée de la femme en général mais celle de l’ouvrière, car elle commémore une grève ouvrière new-yorkaise de la fin du XIXème siècle. L’ouvrière salariée de la métropole industrielle, avec sa machine à coudre, matérialisait en effet le premier type sociologique féminin qui ne dépendait plus d’aucun homme en tant que tel pour sa survie économique, qui pouvait sortir des cadres contraignants des mentalités collectives et malgré ses conditions d'existence très difficiles se trouvait dans la même situation riche de promesses révolutionnaires que le reste de la classe ouvrière.

Mais le point important après plus d'un siècle de développements est que le rôle social de la mère de famille est de plus en plus déprécié dans une société qui planifie la décroissance de la population et l’appauvrissement qui l’accompagne comme horizon, au nom d’un écologisme superficiel et malthusien.

Si la reproduction de la population continue tant bien que mal à l’avenir, c’est à dire si l’espèce humaine ne disparaît pas, ce rôle conservera sa nécessité, et si le socialisme n’est pas instauré sur la planète, la vie ne sera pas facile pour celles qui le rempliront. Le sort actuel peu enviable des mères célibataires qui doivent survivre avec un revenu bien en dessous de la valeur de leur force de travail risque de s’étendre à toutes les femmes qui font des enfants, sauf les plus riches qui peuvent déléguer les tâches à la domesticité, avec la dissolution ou l’affaiblissement des liens familiaux qui accompagne le programme d’émancipation individualiste égocentrique et narcissique de la bourgeoisie du nouvel âge du capitalisme.

En attendant, les symboles traditionnels des deux sexes, les armes de Mars et le miroir de Vénus révèlent comment les hommes et les femmes restent piégés l’un à l’autre dans une dialectique de la violence et du narcissisme, où la libération des individus se renverse en son contraire, quand on renonce au dépassement du capitalisme.

GQ, 8 mars 2024

PS Contrairement à ce que se figure l’imaginaire malthusien, loin de diminuer, la richesse per capita s’accroît avec la population, car elle est proportionnelle non aux ressources naturelles, ni au nombre d’individus n, mais au nombre d’interactions entre les individus qui accroît leur productivité et leur créativité, donc sauf erreur à 2 puissance n).

Le processus de crash démographique peut être irréversible. La croissance atteint forcément un plafond physique, tandis que la décroissance brutale après l’explosion d’une population est un mode de la disparition d’une espèce vivante des plus courants.

 

 

L’Afrique du Sud saisit à nouveau la Cour internationale de justice après les premiers signes de famine à Gaza

vendredi 8 mars 2024 par Stéphanie Maupas     blog A.N.C.

D’après le journal Le Monde...
Pretoria demande aux juges de La Haye d’ordonner à Israël et au Hamas de mettre fin à leurs combats. Dans une première décision, rendue fin janvier, la CIJ s’était contentée d’enjoindre à Israël de ne pas commettre d’actes génocidaires.

Mourir de faim à Gaza n’est plus un « risque » mais une réalité, écrit l’Afrique du Sud dans une nouvelle requête déposée le 6 mars sur le bureau des juges de la Cour internationale de Justice (CIJ). Un mois et demi après que la plus haute instance judiciaire de l’ONU a rendu une première ordonnance sur la guerre en cours dans l’enclave palestinienne, Pretoria lui demande de prononcer des mesures supplémentaires contre Israël, qu’elle accuse de violer la convention sur la prévention et la répression du crime de génocide.

L’Afrique du Sud décrit une situation « terrifiante » et « indescriptible » à Gaza, et affirme qu’« au moins quinze enfants palestiniens, y compris des bébés, sont déjà morts de faim la semaine passée ». « Des morts prévisibles, ajoutent les avocats de Pretoria, mais complètement évitables. »

Pour ce faire, l’Afrique du Sud demande à la CIJ d’agir d’urgence, sans même convoquer de nouvelles audiences, dénonçant « le mépris » d’Israël envers leur ordonnance du 26 janvier. Les juges avaient alors évoqué un risque « plausible » de génocide des Palestiniens de Gaza et enjoint à Israël de ne pas commettre d’actes génocidaires et de punir toute incitation au génocide. La demande sud-africaine de suspension des opérations militaires israéliennes avait été rejetée, mais les juges de La Haye avaient ordonné à l’Etat hébreu de garantir l’accès des Gazaouis à l’aide humanitaire.

Israël invoque la légitime défense

Le 26 février, comme la CIJ le leur avait demandé, les autorités israéliennes ont remis à la Cour un rapport, censé attester de leurs efforts pour se conformer à l’ordonnance du 26 janvier. Ce document, confidentiel, a été transmis à l’Afrique du Sud. Durant cet intervalle d’un mois, 4 548 Palestiniens ont été tués affirme Pretoria, et les difficultés des organisations humanitaires à faire rentrer de l’aide dans Gaza se sont encore aggravées.

Depuis la saisine de la Cour, fin décembre 2023, l’Etat hébreu rejette la procédure, arguant que son offensive à Gaza relève d’un acte de légitime défense, en réponse à l’attaque du Hamas le 7 octobre dans le sud d’Israël.
Cette fois, alors que la famine menace, Pretoria demande aux juges d’ordonner aux deux parties, à Israël et au Hamas, de cesser les combats et de libérer les otages israéliens à Gaza en échange de prisonniers palestiniens. L’Afrique du Sud demande aussi aux juges d’ordonner aux 153 Etats parties à la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide de « s’abstenir de toute action, et en particulier de toute action armée ou de soutien à [l’armée], qui pourrait porter atteinte au droit des Palestiniens de Gaza d’être protégés contre les actes de génocide ».

Plainte du Nicaragua

Ce faisant, Pretoria demande implicitement aux juges d’ordonner un embargo international sur les livraisons d’armes à Israël. Dans le même esprit, vendredi 1er mars, le Nicaragua a porté plainte contre l’Allemagne pour complicité de violation de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, demandant à la Cour d’ordonner à Berlin la suspension de ses ventes d’armes à l’Etat hébreu. A moins qu’elle ne décide de rejeter la demande de Managua, la Cour pourrait tenir des audiences sur ce point prochainement.

L’Afrique du Sud demande encore aux juges d’ordonner à Israël la levée du blocus de Gaza et, de nouveau, l’accès des Palestiniens à l’aide humanitaire. Elle rappelle l’hécatombe du 29 février – 118 Palestiniens tués et 700 blessés – causée par des tirs israéliens et des mouvements de foule lors de l’entrée de camions d’aide dans Gaza. « Israël massacre désormais des Palestiniens désespérés et affamés qui cherchent à obtenir de la nourriture pour leurs enfants qui meurent lentement », écrit Pretoria.

L’Afrique du Sud dénonce aussi les « tentatives délibérées [d’Israël] de paralyser l’UNRWA », l’agence des Nations unies qui assure notamment la logistique de l’aide humanitaire, et « dont dépendent pour leur survie la grande majorité des hommes, des femmes, enfants et bébés assiégés, déplacés et affamés ».

Pour conclure, les avocats de l’Afrique du Sud mettent en garde les juges. En juillet 1993, alors que la Bosnie-Herzégovine accusait la Serbie de génocide, les juges avaient ordonné des mesures d’urgence, mais rejeté par la suite une seconde demande de Sarajevo. Deux ans plus tard, à Srebrenica, l’armée serbe exterminait de 7 000 à 8 000 hommes bosniaques, tous musulmans. Un massacre que la CIJ a reconnu comme génocide en 2007.
Cette fois, l’Afrique du Sud demande à la Cour d’agir « avant qu’il ne soit trop tard, pour faire ce qui est en son pouvoir pour sauver les Palestiniens de Gaza d’une famine génocidaire ».

 

Kiev a commencé à transformer Kharkov en ville fantôme, par Dmitri Rodionov

Voilà la description de l’Ukrainisation que Macron propose comme modèle d’intégration européenne… Voici le prix que les peuples payent quand ils vendent leur souveraineté et indépendance. (note de Danielle Bleitrach traduction de Marianne Dunlop pour histoire et société)

https://svpressa.ru/politic/article/407306/

L’Ukraine annonce l’expulsion des habitants de la plus grande métropole et la prépare à la défense

Kiev évacue de force les habitants de la région de Kharkov vers des centres d’hébergement temporaire sans leur fournir aucune garantie sociale, a déclaré un expert militaire, le lieutenant-colonel à la retraite de la LPR Andrei Marotchko.

“L’administration militaro-civile de la région de Kharkov a allongé la liste des localités dont les habitants doivent être expulsés. La soi-disant évacuation est en fait une déportation, car la population ne veut pas quitter ses maisons, et elle est expulsée de force, principalement les familles avec enfants”, a-t-il déclaré.

Selon M. Marochko, les représentants des autorités ukrainiennes ne cachent même pas que le maximum auquel les citoyens peuvent s’attendre est d’être maintenus dans des centres d’hébergement temporaire. Personne n’assure les garanties sociales en versant de l’argent aux résidents.

Rappelons que la même chose s’est produite à Artiomovsk, Avdeevka et dans d’autres villes à l’approche du front. L’Ukraine se prépare-t-elle à céder Kharkov ? Dans quelle mesure la réduction du nombre de ses habitants facilitera-t-elle l’occupation de la ville par les forces armées russes ? Et à quoi doivent s’attendre les habitants de Kharkov expulsés de leurs maisons ?

– Si l’on tient compte du fait que les représentants des autorités ukrainiennes ne cachent même pas que le maximum auquel les citoyens évacués/déportés peuvent s’attendre est d’être logés dans des centres d’hébergement temporaire, deux conclusions sont inévitables – Mikhail Ignatov, docteur en philosophie, directeur du département de sociologie et de gestion de l’université technique d’État V.G. Shukhov, en est certain.

Premièrement, Kharkiv va apparemment devenir une ville forteresse. Et deuxièmement, le fait est que les autorités ukrainiennes ont commencé à prendre en compte les coûts de réputation et donc à évacuer leurs citoyens, mais que les finances ne leur permettent pas de le faire de manière adéquate.

En outre, compte tenu de leur attitude jésuitique générale à l’égard de la population, je pense que les “évacués” sont très probablement considérés comme la future main-d’œuvre bon marché – puisqu’il n’y a pas de fonds pour les entretenir, ils seront simplement forcés d’accepter des emplois mal rémunérés.

Alors oui, l’évacuation devient une déportation, et l’Ukraine devient un marché aux esclaves. Tout comme l’aiment les colonisateurs des pays occidentaux.

“SP” : A Kiev, ils admettent la reddition de la ville ?

– À Kiev, tout d’abord, ils admettent le besoin de gagner de l’argent sur la douleur des autres – plus les autorités ukrainiennes actuelles nous résistent, plus elles obtiendront le soutien de l’Occident, qui peut être volé par la suite. Apparemment, c’est la raison pour laquelle ils abandonnent Kharkov, qu’ils n’ont jamais considérée comme leur propre ville, ainsi que toutes les autres villes de l’est de l’Ukraine, à leur sort.

“SP : Sur quelle base juridique cela se fait-il ? Si quelqu’un ne veut pas partir, comment peut-on le forcer ?

– Le respect des droits de l’homme et le gouvernement actuel de l’Ukraine sont des concepts antinomiques. Peu importe les documents frauduleux qu’ils utilisent pour légitimer leur action. Ils ne font que ce dont ils ont besoin, pas ce dont le peuple ukrainien a besoin.

“SP : Pourquoi surtout les familles avec enfants ?

– Les familles avec enfants sont celles qui ne peuvent pas résister. Le fait même d’avoir des enfants les contraint fortement. En même temps, je le répète, les familles avec enfants sont une ressource qui permet d’alimenter les rangs de la main-d’œuvre bon marché. De l’esclavage, en quelque sorte.

“SP” : Où les envoie-t-on ? Qu’est-ce qui les attend là-bas ?

– Ils seront déportés plus près des frontières occidentales de l’Ukraine, où l’environnement culturel est complètement différent de celui de l’Est. Là, ces personnes seront le plus impuissantes possible et on pourra leur faire n’importe quoi.

“SP : Et ceux qui partent d’eux-mêmes, qui sont-ils ? Des gens qui ont peur ? Des Ukronazis idéologiques ?

– Ceux qui peuvent partir d’eux-mêmes, la plupart d’entre eux l’ont fait il y a longtemps. En 2022. Premièrement, c’est cher. Ensuite, il y avait certains obstacles de la part des autorités ukrainiennes. Ne serait-ce que la mobilisation sans fin menée par les autorités ukrainiennes.

Dans la pratique juridique, il existe un terme de réinstallation, lorsque des personnes sont obligées, sur décision des autorités, de quitter leur lieu de résidence permanente pour un temps ou de façon permanente en raison d’une menace, rappelle Alexander Dmitrievsky.

Mais les législations russe et ukrainienne obligent à fournir aux personnes expulsées un espace de vie équivalent, sauf en cas d’expulsion temporaire. En Russie, cette norme est respectée, mais l’Ukraine n’a tout simplement pas d’argent pour cela : nous les expulserons, et le reste, c’est votre problème.

“SP : Qu’en est-il du “bouclier humain” ?

– Les leçons de la phase actuelle du conflit palestinien montrent que si l’ennemi commence à se couvrir de civils, nous serons d’abord obligés de plaindre notre propre soldat. Nous pouvons prétendre tant que nous voulons que nous ne sommes pas une “armée israélienne sanguinaire”, mais nous n’avons tout simplement pas la capacité de mobilisation nécessaire pour sacrifier des fantassins en masse afin de sauver la vie de civils.

En Ukraine aussi, on comprend parfaitement : que l’on se couvre ou non d’un “bouclier humain”, aucune image de propagande du style de Bucha ou d’Irpeni sur les écrans de télévision occidentaux n’empêchera la Russie d’atteindre les buts et les objectifs des forces de défense stratégique.

“SP : Plus tôt, Zelensky a déclaré que les dirigeants et le commandement militaire s’efforçaient de renforcer la défense de Kharkov en raison de l’approche de l’armée russe. Se préparent-ils à la reddition ?

– En tout cas, personne ne rendra à Kharkov sans une bataille très brutale. Kharkov, même sans travaux de fortification, est déjà une énorme zone fortifiée en soi : additionnons Avdeevka, Artiomovsk et Marioupol, puis multiplions le résultat par deux ou trois.

Les vastes zones de développement urbain constituent en elles-mêmes un sérieux obstacle, et ici nous avons développé des communications souterraines sous la forme de l’un des plus grands métros de l’ex-URSS. Et de vastes zones industrielles, où presque toutes les entreprises étaient engagées dans la production de produits de défense : inutile de dire qu’en URSS, tout était construit pour résister en cas d’attaque atomique !

En clair, Kharkov est la place forte où Kiev espère infliger un dommage extrêmement fort à la Russie, faisant de notre victoire, si ce n’est une victoire à la Pyrrhus, une victoire qu’il faudra payer très cher.

SP : Pourquoi les familles avec enfants sont-elles expulsées en premier lieu ?

– Parce que le refus d’évacuer peut être perçu comme une violation malveillante des droits d’un mineur, avec toutes les conséquences que cela implique pour les parents. Après tout, un adulte a plus de liberté d’action et il est beaucoup plus facile d’imposer une décision à un mineur.

Le sort de la population géorgienne d’Abkhazie, qui a été forcée de quitter la zone de conflit pour d’autres régions de Géorgie en 1992-1993, montre très clairement ce qui attend les personnes évacuées. Nombre d’entre eux vivent encore dans des hôtels et des sanatoriums délabrés où ils ont été placés il y a trente ans. Et la plupart de ces citoyens n’ont aucune chance d’obtenir leur propre logement.

SP” : Beaucoup de gens partent-ils par leurs propres moyens ?

– Oui, beaucoup. Et la plupart d’entre eux ne sont pas des nationalistes idéologiques, ni des personnes liées aux forces de l’ordre ou aux fonctionnaires, mais des citoyens ordinaires. Aussi étrange que cela puisse paraître, la principale raison de leur départ est la forte détérioration de la situation économique à l’approche de la ligne de front : en fait, les gens partent après avoir perdu leur emploi.

SP” : Certains s’empressent de vendre leur appartement pour presque rien. N’espèrent-ils plus revenir ?

– Tout d’abord, ils se rendent compte que personne ne les dédommagera pour leurs biens perdus en Ukraine ou à l’Ouest. Par conséquent, même s’ils vendent leurs appartements pour presque rien, ils n’auront pas tout perdu. La deuxième chose, c’est que la question du retour à Kharkov va traîner pendant des décennies, pour autant qu’elle soit possible.

“SP” : Dans quelle mesure la réduction de la population de la ville facilitera-t-elle sa libération ?

– L’évacuation massive et forcée de la population est menée par l’Ukraine afin de rendre impossible la restauration des territoires qui tomberont sous le contrôle de la Russie. La tâche de l’Ukraine est de transformer Kharkov en une ville fantôme pour laquelle il n’y aura tout simplement personne pour qui la reconstruire. Imaginez une mégapole géante, dans laquelle le réseau électrique, le chauffage, l’approvisionnement en eau, les transports et les communications sont conçus pour des millions d’abonnés. Pouvez-vous l’imaginer ?

Rappelons-nous les cours de physique, selon lesquels la source d’énergie et la charge doivent être comparables en termes de capacité : les communications techniques commencent à s’autodétruire en cas de grave pénurie d’utilisateurs.

Il est donc fort probable que les entreprises stratégiques de la ville libérée de Kharkov, telles que le nœud ferroviaire, devront fonctionner par roulement pendant des décennies. Il n’y aura tout simplement personne pour peupler ces territoires.

– Hélas, nous ne pouvons pas encore parler d’une offensive sur Kharkov, selon Alexandre Averine, ancien membre de la milice de la LNR.

Une opération de libération de Koupiansk, perdue à l’automne 2022, semble plus réaliste.

Le régime de Kiev n’est pas à l’aise avec les images des habitants des districts libérés saluant l’armée russe. Il est compréhensible que ce soient les partisans de la Russie qui refusent de quitter les zones d’hostilités potentielles. Zelensky et ses sbires n’ont aucune piété pour eux. Par ailleurs, ils n’ont même pas réussi à faire sortir tous les habitants d’Avdeevka.

Il est difficile de prédire à quel point la population urbaine finira par diminuer. S’il y a une bataille pour Kupiansk comme pour Artiomovsk ou Avdeevka, même les partisans sincères de la Russie pourraient partir – il est trivialement difficile de survivre dans une ville détruite où se déroulent des combats.

De même, si notre armée parvient à contourner la ville et à menacer l’adversaire d’encerclement, il y aura des options. Récemment, les soldats ennemis ont perdu un peu de leur force d’âme. Les personnes attrapées dans les rues par les offices de recrutement ne brûlent pas d’envie de mourir pour Zelensky et ses partenaires occidentaux.