lundi 30 mars 2020

L'EMBELLIE? BIENTÔT....QUAND LES YEUX S'OUVRIRONT?

Il parait que le jeudi 12 Mars au soir, plus de 35 millions de foyers étaient rivés à leur poste de télé, pour écouter le petit roi soliloquer - très peu de monde ne croit à ce qu'il raconte, à part lui et ses sujets- sur ses mérites et talents pour gérer la crise due à la pandémie. 
Hélas pour lui.... je n'y étais pas. Comme d'habitude en pareille circonstance, préoccupé à chercher une émission un peu plus attrayante à mon goût, j'ai abandonné à d'autres le soin de lui laisser croire que ses discours pouvaient présenter le moindre intérêt pour le commun des citoyens. Pour la bonne raison que je suis confiné chez moi depuis le 24 avril - correction: 24 Février !-  avec un érysipèle ô combien douloureux à la jambe gauche, insupportable et lancinante souffrance, nuit et jour, il est facile de comprendre que les distractions sont rares lorsqu'on reste immobilisé 24 heures sur 24 sur son canapé, ( repos absolu, allongé ) les programmes télé sont généralement et à quelques rares émissions près d'une nullité catastrophique, déprimante, à tel point que, si j'avais un tout petit pouvoir, comme les endormeurs patentés nous le laissent croire,  je préconiserais la création d'une commission spéciale, au ministère de la culture, destinée à nous faire échapper à l'abêtissement quotidien  que la plupart des programmes télé nous servent du matin au soir jusque tard dans la nuit. Comment nous épargner ces séries de navets avec pour unique thème le crime, leurs pâles scénarios où policiers et gendarmes, évidemment présentés en héros, parviennent à faire régner la justice et le droit, alors que dans la vie de tous les jours, mon expérience et mon âge me permettent en toute modestie d' en témoigner, çà n'est pas du tout comme cela que les choses se passent. Gendarmes et policiers ont rarement le beau rôle que leur attribuent les scénarios romanesques.  Le pire, ce sont les chaines qui nous servent "en boucle" des centaines et des milliers de fois les mêmes "infos" qui finissent par devenir indigestes. Si encore on pouvait se rabattre sur des chaines où nous serions peu ou prou épargnés du coronavirus.....Mais non! Les plateaux télé rivalisent pour nous imposer les mêmes programmes imbuvables avec les mêmes "spécialiste invités" qui chaque jour ont  vissé leur cul sur le plateau. Combien peut être payé par exemple l'infâme personnage qui distille chaque soir ses idées nauséabondes sur CNEWS?(*) Et combien sont-ils comme lui les chiens de garde de ce système pourtant condamné par les pandémies et la pollution irrémédiables, et qui sont grassement payés pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes? Il n'y aurait pas d'argent pour mieux répartir les richesses? Alors qu'en un tournemain,  les milliards sont sortis de la manche du petit Jupiter et celle de Trump pour redonner du baume au cœur du grand patronat !! 
Pour revenir à la gestion de la crise, on ne peut s'empêcher de penser, même si des penseurs au dessus-de nous veulent nous faire avaler la pilule, que Macron et son équipe de menteurs(°) s'y sont pris bien tard pour prendre les mesures draconiennes nécessaires pour affronter cette pandémie annoncée et connue par lui tout au moins depuis longtemps. Ainsi aurait été évité le rassemblement mortifère en février des évangélistes de Mulhouse, puis celui de Bourtzwiller, Ht Rhin, autorisé, par qui?  le 22 MARS ( !!!!! ) . Sans parler du désastre, en Italie, - ils font fort, eux aussi, les Italiens ! -  de ce match de foot entre Bergamo ( Italie ) et Valencia (Espagne), en pleine pandémie annoncée. Ah! Le foot! Et ses publics dont on pourrait longtemps épiloguer, entre fanatisme, hooliganisme, et racisme....Ailleurs, en France toujours: comment une fiesta a pu être organisée ces jours derniers sur un bateau de croisières amarré dans un port de Loire Atlantique, sans que personne ne la fasse interdire? Ils sont forts, les préfets ! Comment tant d'inconscients, d'irresponsables, ont pu se rassembler et accomplir leur folie sans être inquiétés ?
Il parait aussi que le président du Burundi, pays d'Afrique, a déclaré, je cite,  "le pays a donné la première place à Dieu, c'est donc une exception ( le Burundi ) que Dieu garde et protège de tout malheur" . Enfin, c'est des USA, encore eux, que nous vient la bonne nouvelle, toujours à propos du Covid-19: une secte américaine - dont je n'ai pas retenu le nom, mais elles sont là-bas des cent et des mille - prétend que ses croyants seront épargnés par la pandémie. Pareil enfin en Corée du Sud, où la mort a pourtant frappé plusieurs membres d'une secte, après un "rassemblement" .
Profondément, viscéralement, athée, je garde un profond respect pour celles et ceux animés de leur foi religieuse. Mais que penser d'un tel fanatisme, qui pour moi confine à la folie?
Tiens? Je reviens au confinement! Obsession? Vivement le retour à la liberté d'aller, de venir.....Vivement surtout que les citoyens du monde revoient leur jugement sur le capitalisme fanatisé qui conduit la planète à l'impasse, aux désastres annoncés. Au pire ....
Et pourtant: je veux rester optimiste, jusqu'au bout.

(°) Tous autant qu'ils sont, ils nous mentent, jusqu'à la ministre porte parole de Macron - difficile d'écrire son nom et de le prononcer -qui avoue crument qu'elle ment pour protéger son invincible petit patron.
(*)
L’islamophobie zemmourienne ne connaît pas de répit y compris en période de pandémie de coronavirus. Dans son émission quotidienne, l’obsessionnel  Zemmour  constate avec une certaine excitation que   le  confinement  n’est pas respecté par des “africains”, ce qui signifie musulman dans l’esprit borné et  raciste  du  bateleur haineux de LCI.   Il prend comme exemple  la ville de  Nogent-sur-Oise  où les habitants, selon  ce pitre plusieurs fois condamné pour “provocation à la discrimination, à la haine”,   affirment  que le coronavirus  “c’est une maladie de Blancs, qu’ils sont protégés par Allah”. Quelle est la source du postillonnant  Zemmour?  On espère  par ailleurs que la distanciation sociale  est respectée avec la présentatrice présente sur le plateau qui risque gros en ces temps de coronavirus.  La fameuse  source de  Zemmour est un  policier qu’il aurait eu au téléphone. Dans  quelques jours, le venimeux  Zemmour  va nous expliquer qu’il a eu un épidémiologiste sur son smartphone,  qui lui a démontré  preuves à l’appui,  que le coronavirus vient de la viande halal consommée en grande quantité par les mahométans.(Blog de M. Dandelot)






Les masques et la plume

Publié le 30 Mars 2020

Quand le style cisèle l'idée 
Quand la plume de sa pointe est fleuret 
Certes, l'autre est toujours là
mais le coup porte.

Les masques et la plume
Lisez, savourez.
Faites que ce texte saute les murs du confinement 
Cergy, le 30 mars 2020
Monsieur le Président,
« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.  
Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » -  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.
Annie Ernaux(°)

(°) Annie Ernaux est écrivain. Elle vit à Cergy, en région parisienne. Son œuvre oscille entre l'autobiographie et la sociologie, l'intime et le collectif. Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge la rhétorique martiale du Président.