mercredi 3 novembre 2021

 

LES VACCINS LUCRATIFS NE SUFFISENT PAS A MAÎTRISER UNE PANDÉMIE


WIM DE CEUKELAIRE

 (Extraits d'un article publié le 2 Nov. sur le blog "Le Grand Soir"

 

La vision occidentale du monde fait obstacle à la science

Peut-être devrions-nous encore aller au-delà des critères de l’OMS. Après tout, l’OMS est une institution de la famille des Nations unies. Il s’agit d’un produit de l’ordre mondial établi en 1930 après la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’architecture des Nations unies a été conçue.

Cela peut expliquer pourquoi la diversité n’est pas mentionnée dans les critères de l’OMS. La diversité des sujets dans les essais de vaccins aux États-Unis laisse beaucoup à désirer, avec une sous-représentation des plus vulnérables : les personnes âgées et les minorités de couleur23. C’était également le cas dans les essais de vaccins24. La diversité dans ces essais est cruciale pour augmenter l’acceptation de la vaccination dans la lutte contre les antivax antiscientifiques. En effet, ce sont les groupes sous-représentés qui sont les plus vulnérables au Covid-19. Ils sont en fin de compte les plus susceptibles de ne pas être vaccinés25.

Cette diversité est d’autant plus importante que les vaccins devront à terme être utilisés à l’échelle mondiale. La lenteur du déploiement du vaccin Pfizer au Japon, par exemple, est en partie due au fait que les autorités exigent que les vaccins soient aussi testés localement26. Que cela se justifie scientifiquement ou non n’entre pas en ligne de compte. Le fait est qu’une population d’essai suffisamment diversifiée au départ pourrait favoriser grandement une diffusion ultérieure dans le monde entier.

Enfin, il existe un parti pris à l’encontre des concepteurs et des fabricants de vaccins non occidentaux. Outre les géants pharmaceutiques classiques, il existe d’autres acteurs. Le plus grand producteur de vaccins est une société indienne, Serum Institute of India. Cette société ne fabrique que des vaccins sous licence. Elle dépend donc de la volonté des géants pharmaceutiques de rendre leur savoir disponible. Il existe d’autres entreprises dans des pays non occidentaux qui ont développé leurs propres vaccins contre le coronavirus. Le russe Gamaleya et les chinois Sinovac et Sinopharm sont les plus connus.

  • Il est intéressant de noter que le développement de ces vaccins a été motivé par d’autres raisons et non par de nouvelles technologies. Ces vaccins utilisent principalement des techniques traditionnelles probablement mieux adaptées à un déploiement à grande échelle dans le cadre de campagnes de vaccination dans le monde entier, car elles peuvent utiliser les capacités de production existantes27.

Les vaccins chinois et russes sont utilisés avec succès à grande échelle dans plusieurs pays28. De plus, ces producteurs de vaccins sont généreux en vaccins et même en licences pour initier la production dans les pays en développement29. Cependant, pendant longtemps, ces vaccins n’ont pas été pris au sérieux. En outre, ils ne correspondent pas aux exigences des accords internationaux sur le contrôle de la qualité des vaccins. Par exemple, l’OMS dispose d’une procédure abrégée pour l’approbation des produits pharmaceutiques provenant d’un nombre limité de pays, principalement occidentaux, dotés d’« autorités réglementaires rigoureuses » 30. Les produits approuvés par ces régulateurs — de toute évidence principalement des pays occidentaux — sont presque automatiquement approuvés par l’OMS également. Les produits provenant d’autres pays doivent être soumis à une procédure lourde et longue, comprenant des inspections locales.

Ainsi le vaccin de Sinopharm n’est devenu le premier vaccin non occidental reconnu que le 7 mai 2021, soit plus de 4 mois après la reconnaissance du vaccin de Pfizer. Le vaccin Sinovac n’a suivi que le 1er juin, tandis que l’inspection du vaccin russe Sputnik V n’était pas encore terminée31. Cette approbation de l’OMS est importante, par exemple pour l’utilisation par les institutions de l’ONU et pour la distribution par Covax, le centre de distribution mondial des vaccins Corona, mais elle est également considérée par de nombreux pays comme une référence « indépendante ».

Pour la recherche et le développement de vaccins, il aurait néanmoins été préférable que les vaccins occidentaux et non occidentaux soient simplement mis sur un pied d’égalité afin de pouvoir être évalués simultanément. Dès lors il est probable que des recherches et des informations importantes provenant de ces pays soient restées dans l’ombre.



A la mémoire de Domenico Losurdo

 

 Contribution au débat sur la défense du climat.

 

La question écologique est une question scientifique et politique réelle, qui reflète le fait impossible à nier que l'Humanité est devenue une force naturelle d'ordre de grandeur géologique pendant ces deux derniers siècles de révolution industrielle, et peut-être même était-ce déjà le cas sans qu'elle n'en ait clairement conscience depuis l'invention de l'agriculture au cours de la révolution néolithique qui commença il y a dix mille ans.

 

En termes matérialistes, l'Humanité et la conscience commune qu'elle développe sont devenus les responsables de la poursuite de l'équilibre physique qui permet à la planète Terre d’abriter la vie, et sont comptables vis à vis d'elles-mêmes du maintien des formes actuelles de la vie non-humaine.

 

Le projet global de l'Humanité depuis qu'elle en a un, c'est à dire depuis l'apparition des grands empires de l'Antiquité, puis de leurs reflets dans le ciel imaginé des religions monothéistes, est plutôt axé sur la création d'une continuité éternelle de l'humanité elle-même, conçue comme séparée du milieu qui a permis son apparition, la cause de son apparition étant d’ailleurs déplacée dans la transcendance d'un Dieu créateur. Pour le monde des monothéismes, la fin est programmée et l'Humanité sera sauvée, après un tri salutaire du bon grain et de l'ivraie, dans un autre monde après la destruction de celui-ci.

 

Il n'est donc pas particulièrement étonnant que la civilisation monothéiste ait abouti à Auschwitz, à Hiroshima et à la fosse à purin des déchets accumulés par la marchandise, où nous allons nous noyer rapidement si rien n'est fait.

 

Descartes, en posant que l'homme devait devenir « maître et possesseur de la Nature » introduisit une aggravation de la contradiction de la conscience humaine sous sa forme religieuse dans la mesure où comme la nature devint le champ réel de l'action humaine, sa modification catastrophique à l'échelle du temps géologique fut impérative : réaliser un paradis sur la Terre signifiait détruire la Terre telle qu'elle était, ce qui est aujourd'hui pratiquement réalisé. Cette contradiction ne fut pas immédiatement perçue, car les moyens techniques de transformer le monde habitable étaient encore très limités vers 1640 au moment de la publication du Discours de la Méthode, et nul ne pouvait prévoir alors que la science allait devenir un moyen de production, et de destruction, de l'ampleur qu'elle est devenue dans le mode de production capitaliste.

 

Hegel termine et couronne la philosophie occidentale (ce qui suit dans la culture sous cette désignation, ce n'est plus de la philosophie, mais de la littérature) en réalisant une synthèse dialectique dont la conclusion est fort inquiétante : l'humanité n'est au fond comme la Terre qu'une sorte de suppôt de l'Esprit dont on peut penser qu'il n'a plus besoin pour se contempler dans la gloire de sa réalisation en soi et pour soi. L'humanité après avoir créé Dieu serait en passe d'être détruite par lui !

 

La culture occidentale qui a conquis la Terre depuis Christophe Colomb contient cependant une autre conception forte de son rapport à la nature et au monde : la pensée rationnelle formalisée dans une première puissante synthèse par le philosophe grec Aristote, au quatrième siècle avant JC, pour lequel le monde est incréé et éternel, et qui offre le cadre de pensée nécessaire pour reconvertir l'humanité en une force susceptible de ne pas s’autodétruire avec le sol sur lequel elle repose.

 

Lorsque Marx proclame la fin de la philosophie dans les Thèses sur Feuerbach en 1845, la fin de l'activité qui consiste à interpréter le monde, et son remplacement par celle de la transformation du monde, il parle du monde économique et social, dont le monde des idées n'est qu’une émanation, et il n'envisage encore la terre que comme une inépuisable source de valeurs d'usages. D'un autre coté, la théorie marxiste, de par la révélation du mode de production capitaliste comme une structure irrationnelle et incontrôlée d'accumulation infinie du capital, dévoile son caractère mortifère et apocalyptique, à très court terme à l'échelle géologique. Cette accumulation sans limite provient directement de l'exploitation des travailleurs.

Marx conserve l'idée cartésienne de mettre la nature au service de l'humanité, mais démontre la nécessité pour ce faire de briser par une révolution violente l'État qui protège le capital qui est voué à l'accumulation sans limite. Le capital l'a mis à son service, en récupérant le personnel composé des reliquats des anciennes classes dirigeantes de rentiers de la terre, que Marx veut remplacer par une dictature de la conscience dont le prolétariat est devenu le dépositaire. Seule cette conscience débarrassée de la passion du profit peut prendre en charge le futur de l'humanité, et de la Terre, à très long terme.

 

Aujourd'hui la seule tradition théorique existante qui puisse construire un projet rationnel pour sauver l’humanité et la Terre ensemble et sortir du capitalisme qui va sinon les détruire inexorablement est celle qui est issue de Marx.

 

Marx remet sur ses pieds...

POUR

 Blog "çà n'empêche pas Nicolas" de Jean Lévy