lundi 29 janvier 2024

 

Les jeunes Ukrainiens « refusent de se battre » : Des soldats « très âgés » sont recrutés, ils constituent « la majorité » de l’armée ukrainienne

"Le pays n'est pas en mesure de continuer à se battre".

Analyses:        Blog El Diablo

Les problèmes de mobilisation de l’Ukraine sont de plus en plus évidents. Le pays n’a plus assez de jeunes citoyens pour continuer à se battre, c’est pourquoi il fait appel à la population plus âgée. Actuellement, selon les responsables locaux, la moyenne d’âge des combattants de Kiev est supérieure à 40 ans, ce qui montre à quel point le pays est affaibli et incapable de continuer à se battre à long terme.

Dans une récente interview accordée à Espresso TV, Aleksey Tarasenko, commandant de la 5e brigade d’assaut de Kiev, a admis les données critiques concernant l’âge moyen des soldats ukrainiens. Il a déclaré qu’il était urgent de mener de nouvelles campagnes de mobilisation afin d’enrôler des personnes plus jeunes, car le recrutement d’hommes âgés pose une série de « problèmes ».

« L’armée attend avec impatience de nouveaux renforts, car la situation dans de nombreuses unités est critique en termes de personnel (…) Même ceux qui viennent laissent souvent à désirer. La plupart du temps, il s’agit d’hommes d’un âge beaucoup plus avancé, avec une multitude de problèmes qui se posent généralement », a-t-il déclaré aux journalistes.

Selon M. Tarasenko, la plupart des jeunes Ukrainiens recrutés précédemment sont déjà « partis ». Ses arguments et ses données confirment l’aile du parlement ukrainien qui souhaite non seulement appeler à une nouvelle mobilisation totale, mais aussi durcir les sanctions à l’encontre de ceux qui se soustraient à la conscription. L’objectif est d’augmenter le nombre de jeunes soldats afin de rafraîchir des troupes affaiblies par deux années de tensions intenses.

En décembre, le président Vladimir Zelensky a dévoilé un plan visant à appeler 500 000 nouveaux soldats. Cependant, selon le gouverneur de Nikolaev, Valery Kim, ce nombre serait également insuffisant et il faudrait recruter au moins 2 millions de nouveaux soldats pour qu’il y ait un réel changement en faveur de l’Ukraine sur le champ de bataille.

En fait, les chiffres semblent irréalistes. L’Ukraine n’est pas en mesure de mener de nouvelles grandes campagnes de mobilisation parce qu’elle a déjà perdu plus de 500 000 soldats sur le front. Les Ukrainiens qui n’ont pas encore été mobilisés sont essentiellement ce qui reste dans le pays pour occuper tous les rôles non militaires – s’ils sont appelés, il y aura une crise dans plusieurs secteurs de la société civile ukrainienne.

Le pays s’efforce de résoudre ce problème en rapatriant les Ukrainiens qui ont fui à l’étranger, mais il s’agit d’une tâche compliquée. Les personnes fuyant les guerres sont considérées comme des réfugiés, et non comme de simples migrants, selon le droit international, ce qui rend illégal le retour de ces citoyens dans leur pays d’origine par les pays d’accueil. Il est peu probable que l’Ukraine parvienne à un accord avec les pays occidentaux sur ce sujet, espérant seulement que les États alliés conseilleront aux Ukrainiens de rentrer volontairement dans leur pays.

Tous ces faits créent une sorte d’impasse pour Kiev. Le pays n’est pas en mesure de poursuivre les combats. Ce qu’il reste à envoyer au front, ce ne sont pratiquement que des vieillards, des femmes, des adolescents et des personnes souffrant de graves problèmes de santé. La majorité de la population masculine jeune a déjà été décimée ou a fui le pays, avec un grave problème démographique causé par la décision de Kiev de mener la guerre jusqu’à ses ultimes conséquences.

Toutefois, le gouvernement ukrainien n’est pas véritablement responsable de la décision de poursuivre ou non les combats. Les parrains du régime ont clairement indiqué depuis le début que la guerre devait se poursuivre jusqu’au dernier Ukrainien. Même aujourd’hui, alors que l’aide commence à diminuer en raison de l’attention croissante portée par les États-Unis à Israël, il ne semble pas y avoir d' »autorisation » pour que Kiev cesse de se battre. En effet, le régime néonazi a accepté de travailler par procuration pour une alliance qui ne se préoccupe pas du bien-être et de l’avenir du peuple ukrainien – et qui n’a pas d’objection à anéantir la population ukrainienne dans le seul but d’essayer d' »user » la Russie.

En outre, il est nécessaire de rappeler que même si l’Ukraine parvient à améliorer le nombre de ses recrutements et à envoyer davantage de troupes sur le champ de bataille, cela n’aura certainement pas d’impact réel sur l’issue finale du conflit. Les Russes continuent de se battre avec seulement un petit pourcentage de leur capacité militaire réelle, Moscou disposant d’une capacité de mobilisation abondante. Si Kiev augmente le nombre de ses troupes sur le terrain, Moscou pourra appeler davantage de réservistes et disposera de suffisamment de troupes pour procéder à autant de mobilisations que nécessaire – alors que l’Ukraine est de plus en plus démographiquement incapable de procéder à de nouveaux enrôlements.

En fin de compte, l’Ukraine n’a plus que deux options : continuer sur sa voie suicidaire et causer des dommages encore plus irréversibles à sa propre population, ou agir souverainement, rompre avec l’Occident et accepter les conditions de paix de la Russie.

Lucas Leiroz de Almeida

 

Article original en anglais :

Young Ukrainians “Refuse to Fight”: “Very Old” Soldiers Are Being Recruited, They Constitute “A Majority” in Ukrainian Army

Cet article en anglais a été publié initialement sur le site InfoBrics et sur la page en portugais de GR-Mondialisation.

Traduction : Mondialisation.ca

Image en vedette : InfoBrics

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Crise du monde agricole, retour sur l'histoire.

Publié le 27 Janvier 2024 par Canaille Lerouge

Les petits et moyens paysans

ne peuvent se reconnaître

dans la FNSEA

dirigée par des millionnaires

de l’agro-business et

responsables directes de la situation.
 

Crise du monde agricole, retour sur l'histoire.


La Confédération CGT vient de rendre public un communiqué appelant ses militants "d’aller là où s’est possible" pour construire les convergences revendicatives indispensables pour combattre une politique agricole au service des grands agrariens, forme française des latifundiaires, qui protège la grande distribution et les grands groupes agro-industriels.
https://snjcgt.fr/2024/01/25/la-cgt-appelle-ses-militant·es-a-aller-rencontrer-les-travailleuses-travailleurs-agricoles-les-agricultrices-et-agriculteurs/

La Fédération CGT de l'agriculture et de la forêt a rendu public un communiqué qui explique bien le contexte et propose aux professionnels de la branche des solutions pour sortir de ce carcan.

Le "aller là où s’est possible" mérite un approfondissement qui renvoie à qui est sur quels barrages, pour quelles revendications ?

Il est évident que les relations avec les militants du MODEF et nombre de ceux de la Coordination Paysanne qui savent se mobiliser pour apporter une solidarité concrète aux travailleurs en lutte ou (et) venir avec leur production dans les cités populaires pour que grévistes ou (et) habitants profitent de leurs productions ne sont pas de même nature qu’avec les accapareurs des aides publiques (PAC et autres indemnités, prêts bonifiés, service privilégiés du système bancaire etc.).

Il est bien clair que sont visés ici la FNSEA et ses appendices du CNJA et autres.
Cela demande de procéder à quelques rappels historiques Les évènements d’avant hier et d’hier permettant d’éclairer aujourd’hui et d’aider à tracer une autre route pour demain.

En cette année du 80e anniversaire de la Libération il faut se tourner vers les années de la collaboration avec l’occupant et ses organisations. L’organisation pétainiste de l’agriculture est structurée par la "Corporation Paysanne" dont les origines remontent à l'agrarisme,idéologie et mouvement social rural de la fin du XIXe siècle porté par un catholicisme intransigeant -aujourd’hui on dit intégriste - fondamentalement antirépublicain, et prônant le rassemblement du "journalier au châtelain" autour de la terre. Ce mouvement trouvera son aboutissement dans l’État français installé à Vichy. C’est la fameuse phrase de Pétain depuis l’hôtel du parc pour prôner ce "retour à la terre" et cette Corporation Paysanne en proclamant "La Terre, elle ne ment pas".

Pour s’y opposer, la résistance paysanne s’organise, alimentant et renforçant les maquis, accueillant les réfractaires au STO, faisant étapes des filières d’évasion, fournissant nombre de FTP et autres combattants. Un ex député SFIO du Finistère élu de 1936 qui en 40 a refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain (qui le fera emprisonner en septembre 40 et démettre de ses mandats), François Tanguy Prigent est un des organisateurs de Libération Nord dans le Finistère, une organisation qui se propose de rassembler les ex confédéré de la CGT et des militants socialistes rejetant le pétainisme. Il participera activement à la Résistance au titre du Comité d’Action socialiste (officier FFI dans la libération de la Bretagne). Tanguy Prigent va créer dans la clandestinité la Confédération Générale de l’Agriculture (CGA), un syndicalisme agricole proche du syndicalisme ouvrier. Rappelons qu’historiquement les salariés de l’agriculture et des forêts sont syndiqués à la CGT, l’agro-industrie n’avait pas la dimension d’aujourd’hui.
Il sera ministre de l’agriculture et du ravitaillement à la Libération, il prononcera la dissolution de la Corporation Paysanne plus que largement compromise dans la collaboration.
C’est lui qui publiera les décrets d’application de la loi portée par Waldeck Rochet donnant un statut au fermage et au métayage sortant l’immense majorité des paysans et leur famille de la soumission aux hobereaux massivement regroupés dans l’ex Corporation Paysanne promis à une épuration qui sera loin d’être réalisée.

La liberté syndicale est rétablie en France par la loi du 12 mars 1946 . La CGA convoque un congrès qui sera constitutif de la FNSEA. Il se déroule dans la nuit du 13 au 14 mars 1946. seuls les agriculteurs exploitant peuvent alors y être adhérents. Lors des élections départementales désignant les délégués à ce tout premier congrès, les moins compromis des anciens de la Corpo Paysanne sont poussés comme candidats de l’ex appareil pétainiste. Ils obtiennent un tiers des places.

Dès 1947, avec l’aide appuyée des agrariens des grandes plaines céréalières, l’appui de l’église et du MRP (parti conservateur néo chrétien de droite), l’aide discrète de la partie la plus à droite du RPF de De Gaulle, les anciens de la Corporation Paysanne non épurée ressurgissent massivement avec l'aide financière du CNPF (MEDEF d’alors). Ils vont avec tous leur relais politiques et religieux isoler les "rouges" et s’emparer de l’organisation.

Ce processus va conduire à ce que le congrès de 1953 autorise les propriétaires fonciers non exploitants à adhérer à la FNSEA et y prendre des responsabilités. Cela toujours avec l'aide active des gros céréaliers en particulier d'Île de France pour prendre en main les leviers du syndicalisme agricole afin d'en faire des outils du libéralisme agraire.
Cette marginalisation des petits agriculteurs du sud et du centre de la France surtout des métayers et fermiers va les conduire en 1959 à fonder le MODEF organisation calé sur des bases progressiste où cohabitent des militants communistes socialistes et anarchisants.

Si l’Église a eu un rôle idéologique décisif au coté des partis de droite pour faire revenir les non épurés de collaboration, n’oublions pas le Crédit Agricole, bras séculier financier tenu par l’agro industrie et les grands propriétaires fonciers, chargé de l'étranglement des petits et de ceux qui refusaient de se plier au dogme qui se construisait autour du marché commun, du libre-échangisme et l'arrivée de la PAC captée pour 80 % de ses aides par 20 % des plus riches agrariens.

Comble de duplicité ceux qui stérilisent la production vivrière de leurs terres pour faire du fioul de colza qui alimentent leurs engins ou pour spéculer avec la bourse de Chicago se servent de la détresse de ceux qu’ils ont exclus du tour de table et que l’UE tente de finir de liquider pour le plus grand profits des Auchan Leclerc etc, des grands groupes de l’agro industrie et leurs méthode quasi terroriste de gestion de leur salariés et les petits producteurs. Ces petits producteurs au bord de la ruine sociale et économique que tentent de sauver le MODEF et la Coordination Paysanne avec pour cette dernière les limites des comportements et déclarations parfois surprenantes face à l’UE et la PAC.

Voilà qui donne un éclairage pour regarder avec qui construire et éclaire sur ce "aller là où s’est possible".
Le MODEF, oui à coup sûr. La Coordination Paysanne oui ; mais là où sont les héritiers de la pétainiste Corpo Paysanne et le MEDEF, pas question.

 

Génocide : les masques tombent, les responsables et les complices devront aussi tomber

La décision de la Cour internationale de justice (CIJ), officialisée vendredi 26 janvier 2024 constitue un événement historique majeur, dont les implications dépassent largement le conflit israélo-palestinien.

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J'observe qu'une campagne médiatique coordonnée a été déclenchée afin de tromper l'opinion publique sur la nature et les conséquences de cette décision de justice, parallèlement à de nombreuses tentatives de diversion. En toute logique, on peut s'attendre à des tentatives de discréditer la CIJ elle-même.

J'ai entendu à plusieurs reprises, aussi bien dans des médias français, allemands ou américains, des formules du type : "La CIJ demande à Israël de prendre plus de précautions envers les civils palestiniens". Cet énoncé est totalement faux et volontairement trompeur.

Premièrement, la CIJ ne "demande" pas à Israël, elle ORDONNE à Israël de cesser immédiatement des actes qu'elle a reconnu comme constitutifs de génocide. La cour a été très loin dans ses démonstrations, elle a reconnu que les actes commis par l'armée d'occupation israélienne sont de type génocidaire, non seulement par les faits, mais également par l’intentionnalité. Elle a également ordonné que cessent et soient punis tous les propos constituant des incitations au génocide. Le procès n'est pas terminé, mais sur le fond, la question juridique est déjà tranchée. Pour des raisons techniques, et parce que la justice à le devoir d'examiner les faits de manière exhaustive, le procès peut être long, avant que le verdict définitif ne soit prononcé. La "Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide" prévoit donc des mécanismes qui visent simplement à ne pas attendre qu'un génocide soit terminé et entièrement qualifié juridiquement pour entreprendre des actions afin de le stopper. Nous sommes dans ce cas de figure. La cour a reconnu dans les actions israéliennes 4 des 5 actes constitutifs de génocide, tels que décrits dans l'article II de la convention, à savoir :

 

  • Meurtre de membres du groupe ;
  • Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
  • Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
  • Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

 

Il y a un second point fondamental qu'il faut mettre en lumière concernant la convention. Vous imaginez bien que lorsqu'on a affaire à des individus qui commettent un génocide, c'est-à-dire des fous criminels, on ne compte pas sur eux pour arrêter leurs crimes lorsque la justice le demande. C'est donc l'autre aspect contraignant de la convention : à daté de vendredi 26 janvier 2024, l'ensemble des pays signataires de la convention sont dans L'OBLIGATION de prendre toutes les mesures possibles pour empêcher le génocide, sachant que ces mesures bénéficient d'un statut d'extra-territorialité. Ceci signifie donc que l'état français est dans l'obligation d'agir de manière concrète, sincère et efficace à l'arrêt des actes décrits plus haut, sans quoi les responsables actuels pourront être poursuivis en justice pour non-respect de la convention, et le cas échéant, pour complicité de génocide. Et des poursuites similaires pourront être menées à l'encontre d'individus pour des propos visant à inciter au génocide. Le gouvernement a été très occupé à mettre en place toute sortes de dispositifs pour lutter contre la "haine en ligne", il est désormais légitime, et même moralement obligatoire de se saisir de ces mécanismes pour dénoncer la haine contre les Palestiniens, qui est une incitation au génocide. De plus, lorsque le verdict final sera rendu, et que très probablement l'acte de génocide sera définitivement reconnu, tout individu qui niera ce crime contre l'humanité sera passible des sanctions prévus par la loi dite "Gayssot" de 1990, qui réprime la négation des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. 

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En tant que citoyen, c'est plus que jamais un devoir moral de soutenir les associations de défense des droits des Palestiniens, qui pourront, avec votre aide, entreprendre les actions juridiques appropriées contre les apologistes du génocide, ou d'éventuels criminels de guerre bi-nationaux.

J'évoquais des "diversions" en introduction, effectivement, tout un baratin, un "hasbaratin" si j'ose dire, c'est immédiatement mis en branle dans les médias pour tenter de détourner l'attention.

L'affaire de l'UNRWA, minable tentative de compromettre une organisation caritative de plusieurs milliers de membres à l'aide de 12 personnes dont les Israéliens ont arraché des aveux grâce à des "techniques d'interrogatoire" très sophistiquées. En français, ils ont été torturés. Piètre contre-feu, typique du caractère minable et sordide des pratiques du pouvoir israélien.

Les questions autour du cessez-le-feu, ou plutôt du fait que la cour ne l'ai pas demandé, sont instrumentalisées de manière totalement délirante. Certains vont jusqu'à prétendre que c'est un feu vert pour continuer des actions "militaires" légitimes, c'est absolument faux. La raison pour laquelle la cour n'a pas demandé directement et explicitement un cessez-le-feu, c'est qu'elle traite la plainte de l'Afrique du Sud contre Israël, la partie palestinienne n'est pas représentée au procès, la cour ne peut donc pas techniquement ordonner un cessez-le-feu, qui logiquement devrait concerner les deux partis. Cependant, les exigences qu'elle a imposé à Israël impliquent objectivement un arrêt des hostilités. La question est donc très secondaire.

Les Israéliens se retranchent derrière leur rhétorique frelatée autour du 7 octobre. C'est un regret exprimé par les Palestiniens, la cour n'a pas considéré dans son "périmètre" l'ensemble des actes dont les Israéliens se sont rendu coupables, y compris avant le 7 octobre. On notera cependant que le mot "fétiche" de la propagande israélienne, "terroriste", n'a pas été prononcé par la cour concernant la résistance palestinienne. Les Israéliens, disais-je, prennent prétexte de ce qu'ils nomment "les massacres du 7 octobre". Je ne reviens pas sur les fables sordides des "bébés décapités", ni des prétendus violes de masse, non seulement la presse américaine a démenti ces allégations, après leur avoir donné crédit, mais on remarque aussi qu'il aurait été très facile pour les Israéliens de convoquer une enquête internationale, réalisée par une entité indépendante, pour fournir des preuves crédibles aux yeux du monde. Au lieu de cela, ce sont des militants sionistes intégristes qui continuent à propager des récits grotesques qu'on nous demande de croire sur parole.

J'avais fait un article sur ce sujet en novembre 2023, et toutes les révélations qui ont suivi n'ont fait que le confirmer. On peut désormais brosser un tableau assez précis des événements du 7 octobre. Premièrement, la presse occidentale a cherché à dissimuler la dimension militaire de l'opération palestinienne. C'est d'abord et avant tout l'armée israélienne qui a subi une défaite retentissante. La question des civiles a également été totalement éludée par la presse au profit de comptines macabres. Il faut comprendre que particulièrement dans les kibboutz, les colonies israéliennes avoisinant Gaza, la séparation entre civil et militaire n'est qu'une question d'uniforme, les civils sont armés et organisés pour la défense des lieux, hommes et femmes. Enfin, il est parfaitement clair et démontré que l'armée israélienne a tué un nombre considérable de ses compatriotes, en vertu de la "directive Hannibal".

Dernière arnaque visible dans la presse, certains veulent faire croire que les ordres de la CIJ à l'état d'Israël sont conditionnés par la libération des otages du Hamas. C'est évidemment faux.

Les réactions internationales à la décision de la CIJ montrent une fois de plus l'isolement croissant des pays sous domination des Etats-Unis, qui s'auto-proclament "communauté internationale", enfermés dans une rhétorique absurde et minable, qui consiste à dire : "nous sommes indéfectiblement attachés au droit international et à la CIJ, c'est pourquoi nous ne respecterons pas le droit international ni la CIJ". Le quai d'Orsay, ou disons ce qu'il en reste, a fait un communiqué dans cette veine, la prodigieuse stratégie diplomatique française consiste désormais à jouer à l'imbécile, à l'idiot du village qui comprend tout de travers. Vu le niveau du personnel politique, la bande de pieds nickelés qui entoure leur grand leader Macron, c'était assez prévisible.

Notre brillant ministre des affaires étrangères, Stéphane Séjourné, avait, à l'Assemblée nationale le 17 janvier, prononcé ces paroles : « Les mots ont un sens, Madame Obono, et accuser l’état juif de “génocide“, c’est franchir un seuil moral ». Ce que notre ministre n'avait pas compris, c'est dans quel sens le "seuil moral" est franchit avec ces propos. Si l'anti-sémitisme est contraire aux principes républicains, le philo-sémitisme l'est tout autant. Cet état d'exception permanent sur une base communautaire a été trop longtemps toléré. Le résultat est désastreux pour tout le monde, c'est le syndrome de l'enfant gâté. Même en dehors des questions morales ou idéologiques concernant le sionisme, force est de constater que la stratégie israélienne est suicidaire, qu'elle n'est correctement caractérisée que par les mots "connerie crasse".

Agora Vox

 

L’ère du vide

« Un taxi vide est entrée dans la cour du Parlement, et monsieur Clément Attlee en est descendu » (Winston Churchill)

Aujourd’hui, je vais me lancer dans un style littéraire inédit : je vais commenter des non-évènements. Je parle bien entendu de la nomination d’un non-premier ministre, en la non-personne de Gabriel Attal le 9 janvier dernier. Un non-évènement suivi d’un autre, la conférence de presse du non-président de la République du 16 janvier.

Il paraît que depuis le 9 janvier, nous avons un nouveau premier ministre, c’est-à-dire, un homme qui depuis l’Hotel Matignon « détermine et conduit la politique de la nation », selon les termes consacrés par la Constitution. Est-il possible, sans consommer des produits illégaux, imaginer Gabriel Attal dans ce rôle ? Impossible, non, difficile, certainement, surtout après avoir constaté qu’il hérite ses principaux ministres du gouvernement d’Elisabeth Borne, et que ceux-ci déclarent rester en poste par la volonté exclusive de l’occupant de l’Elysée sans même en avoir discuté avec le nouveau premier ministre.  

Et ce n’est pas une question d’âge : à 34 ans, on peut avoir beaucoup vécu. Pensez à ces jeunes qui à vingt ans ont connu l’enfer des tranchées. Ou bien ceux qui ont rejoint la Résistance ou la France Libre en laissant tout derrière eux, avec au bout la perspective des batailles, de la torture, de la déportation, de la mort. Quatorze ans plus tard, ils avaient vécu pour beaucoup la fraternité des combats, la peur de l’arrestation, la prison, la déportation, les combats de la Libération et ceux de la reconstruction. Ils avaient vécu des tragédies, et eu l’opportunité d’en tirer les leçons. Plus près de moi, je pense à mon grand-père, qui à trente-quatre ans avait vécu un pogrom, une émigration, le métier de contrebandier, la vie à l’usine, une grève sanglante, une crise économique – celle de 1929 – et formé une famille avec la responsabilité de mettre le pain sur la table tous les jours.

Rien de tel pour Gabriel Attal, exemple presque caricatural du cursus honorum de l’apparatchik socialiste du XXIème siècle, cet homme dont l’histoire tient dans deux arrondissements parisiens, comme l’écrit si joliment « Le Temps ».  Né dans un foyer aisé, éduqué dans la meilleure école privée parisienne que l’argent puisse acheter, passé par cette institution bâtie sur le bavardage qu’est Sciences Po Paris, formé dans la politique étudiante et rentré dans le monde des cabinets ministériels sans passer par la case « boulot ». Sa vie active commence… avec un stage comme attaché parlementaire de Marisol Touraine alors députée, qu’il suivra comme conseiller lorsqu’elle deviendra ministre. Dès lors, tout son parcours se fait dans le petit monde de la politique façon PS. En bon apparatchik socialiste, il se présentera à la première opportunité pour avoir un mandat, ce sera en 2014 pour devenir conseiller municipal à Vanves. Il quittera le parti socialiste lorsque Macron annoncera sa candidature… mais pas avant de s’être assuré de l’investiture du parti présidentiel aux élections législatives. Elu député, il connaîtra une ascension fulgurante. A quoi le doit-il ? A sa connaissance des dossiers ? A sa vision stratégique ? Que nenni : « grâce à son sens politique et à son aisance à l’oral. Et surtout, en profitant du vide. Alors que beaucoup de ses collègues du groupe LREM, composé en majorité de novices, n’osaient pas prendre la parole en public au début de la législature, lui a très vite crevé l’écran en défendant l’action d’Emmanuel Macron avec un aplomb et une facilité déconcertants pour son jeune âge » (Alexandre Lemarié, « Le Monde », 16 octobre 2018).

Mais derrière cette facilité de parole, cet aplomb qui feraient de lui, n’en doutons pas, un excellent directeur de la communication, quelle profondeur, quel vécu, quelle tragédie personnelle, quelle expérience formatrice qui le rendraient réceptif aux joies, aux peines, aux malheurs et aux besoins de la nation qu’il est chargé en théorie de conduire ? Il n’y a chez lui rien, à part l’ambition dévorante. Pas de projet, pas d’engagement, rien. Sa promotion à Matignon réalise les mots prophétiques du cardinal de Retz : « l’homme public ne monte jamais si haut que lorsqu’il ne sait pas où il va ».

Tout ça n’a guère d’importance, parce que personne ne demandera à Gabriel Attal de conduire et déterminer la politique de la nation (1). Non. Le président de la République n’a pas nommé un premier ministre, dont il n’a que faire. Avant lui, le président avait nommé une préfète dont la mission était de faire ce qu’on lui demandait de faire. La mission d’Attal – et il semblerait qu’il l’ait acceptée – est de diriger une campagne électorale, celle des élections européennes. Et non de diriger – et encore moins de former – un gouvernement. Comment le pourrait-il d’ailleurs, alors que ses principaux ministres tiennent leur légitimité et prennent leurs ordres à l’Elysée, et s’en vantent publiquement ? Même le privilège d’annoncer les orientations du nouveau gouvernement lui est dénié : ce sera le président de la République qui, dans sa conférence de presse à peine quelques jours après l’avoir nommé, donnera le « la ». On économise ainsi le travail : Attal n’aura plus qu’à en faire le résumé devant la représentation nationale quand il prononcera finalement – trois semaines après sa nomination, un record – son discours de politique générale.

Ce qui m’amène à la conférence de presse du président. En regardant cet étrange spectacle, je n’ai pu m’empêcher de me demander ce que Mongénéral en aurait pensé. Le décorum était certes digne de la république gaullienne était là : le bureau solitaire, les couleurs nationales, la devise de la République dans laquelle, par une étrange maladresse, la « fraternité » figurait en caractères deux fois plus petits que les deux autres éléments du triptyque républicain. Seul manquait l’élément essentiel, le président de la République.

A sa place, le fauteuil était occupé par un candidat, débitant un discours de campagne. La rémunération du travail ? Tout le monde sait qu’elle se dégrade depuis dix ans, mais le candidat nous promet qu’en 2024 son gouvernement va prendre des mesures « pour mieux gagner sa vie au travail » et s’assurer que « la dynamique salariale soit au rendez-vous des efforts ». Les « déserts médicaux » ? Ce n’est pas un secret que la situation s’aggrave d’année en année depuis vingt ans, mais promis juré, en 2024 on fera ce qu’il faut. La sécurité ? Les trafics gangrènent les quartiers et les points de deal fleurissent au vu et au su de tout le monde depuis des lustres, mais en 2024 « dix opérations « place nette » seront menées chaque semaine contre le trafic de drogue, dans toutes les catégories de ville ». A l’entendre nous expliquer que l’école va mal, que l’hôpital va mal, que l’industrie va mal, que l’ordre public va mal, mais que désormais on va voir ce qu’on va voir, on a l’impression qu’il a oublié qu’il préside aux destinées de la France depuis six longues années, et qu’il participe à la conduite des affaires de la nation au plus haut niveau depuis une décennie.

Comme le politique n’a plus de projet global, pas de boussole qui donne un sens à son action, sa communication ne peut qu’être réduite aux sacro-saintes « annonces », sorte de liste au père noël que présidents et ministres égrènent à chaque apparition publique, et qui est soigneusement composée pour satisfaire chaque segment de l’opinion sans mécontenter les autres. Liste dont les électeurs que nous sommes écoutons la lecture un peu comme les vaches regardent passer le train, parce que l’expérience a largement montré qu’il ne sort jamais de ses rails, et qu’au bout du compte il suit la même voie, qui dans le cas d’espèce est une voie de garage. Mal réfléchies, ne s’inscrivant dans aucune cohérence, ces annonces restent dans la catégorie du vœu pieux, quand ce n’est pas du recyclage d’annonces précédentes, ou de dépenses déjà prévues et qui sont resservies régulièrement. Cela fait penser à ce pays latino-américain raconté par Gabriel Garcia Marquez où chaque autorité nouvellement élue réclame le privilège d’inaugurer un hôpital. Mais comme d’hôpital, il n’y en a qu’un, le méchant bâtiment est régulièrement « inauguré »… (2)

Le macronisme n’a jamais été un projet. Il était et reste la conjuration des ambitions personnelles des seconds couteaux venus de la droite et de la gauche « de gouvernement » qui, dans un contexte de rejet des partis traditionnels, et soutenus par une bourgeoisie et des classes intermédiaires pressées de faire sauter ce qui reste de l’œuvre du Conseil national de la résistance, ont vu une opportunité de prendre le pouvoir. Avec un discours faussement « moderne », en se prétendant « progressistes », en usant et abusant de ce « en même temps » censé contenter tout le monde, ils ont pu faire illusion pendant quelques années. Mais après six ans au pouvoir, l’heure du bilan n’est pas loin : il montre qu’ils n’ont rien à dire au pays, rien à lui proposer, aucune conviction profonde à faire partager, aucun combat collectif à engager. Macron veut jouer le personnage de De Gaulle, mais pour cela il lui manque ce qui faisait l’essentiel du discours gaullien, une « certaine idée de la France ».

Ce manque de vision explique d’ailleurs pourquoi le macronisme est réduit, depuis ses débuts, à jouer les pompiers. L’action n’est pas guidée par un projet, mais par l’urgence de faire face aux crises et aux accidents au fur et à mesure qu’ils se présentent, en général en jetant quelques milliards dans le trou. Quand les gilets jaunes ont cassé l’Arc de Triomphe, ils ont eu 15 milliards entre subventions et réductions fiscales. Quand ça a commencé à s’agiter sur l’inflation, on a jeté soixante milliards en subventions à l’énergie. Et maintenant, alors que les agriculteurs bloquent les routes, qu’est-ce qu’on leur offre ? Un projet pour une agriculture de demain, qui permettra aux agriculteurs de vivre de leur travail ? Non, bien sur que non. On ne leur propose qu’une liste de mesurettes et quelques centaines de milliers d’euros de prolongation de la détaxe sur le gasoil.

Le seul souci de la macronie, c’est de garder le pouvoir, sa seule problématique, c’est de durer. Macron est prêt à signer la loi sur l’immigration la plus droitière de notre histoire, parce que les voix sont à droite. Si elles étaient à gauche, il serait en train de serrer la main des immigrés clandestins à l’Elysée. Attal, qui en son temps conchiait la ligne anti-communautariste de Manuel Valls qu’il estimait trop « jacobine », marque des points en se faisant passer pour l’ennemi numéro un de l’abaya. Tous deux étaient antinucléaires sous François Hollande, quand il s’agissait de fermer Fessenheim, ils jurent pour le nucléaire aujourd’hui – sans qu’on voie d’ailleurs grande chose bouger.  Vous me direz qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Je vous répondrais qu’il ne s’agit pas ici d’avis, mais de discours. Parce qu’en dehors de quelques vagues opinions, je ne suis pas persuadé que Macron pas plus que Attal n’aient de convictions faites sur ces questions, qu’ils aient un véritable « avis » qui serait susceptible de changer. Ou du moins un avis qui résisterait un tant soit peu aux appétits électoraux. L’exemple de la loi immigration, où le président demande à sa majorité de voter un texte qui jette par-dessus bord tout son discours sur la question pour racoler la droite, et n’hésite ensuite, devant la grogne de ses troupes, à demander au Conseil constitutionnel de le refaire, souligne jusqu’à la caricature l’absence de convictions de la tête de l’exécutif. Un célèbre homme politique avait choisi le slogan « mes idées ? mais ce sont les vôtres ! ». Le couple Macron-Attal lui donne largement raison (3).

On dit que si dans les années 1920 l’académie des Beaux-Arts de Vienne avait été moins stricte dans sa procédure d’admission, bien des malheurs auraient été évités au monde. Il est probable que si la Comédie française avait appelé le jeune Emmanuel ou le jeune Gabriel à rejoindre sa troupe, la France se serait bien mieux portée. Beaucoup de commentateurs négligent en effet ce point commun aux trajectoires de notre président et de son premier ministre. Tous deux ont été et sont  des passionnés de théâtre, et celui-ci a joué un rôle important dans leur parcours. C’est vrai pour Macron, qui s’est découvert lui-même et a découvert le seul amour de sa vie dans des cours de théâtre. Cet amour du théâtre ne l’a jamais quitté : c’est une constante de son parcours politique. Depuis 2017, il joue chaque jour une pièce qui s’appelle « moi, président » devant un public de moins en moins nombreux et de moins en moins intéressé. Et en le regardant, on ne peut que rappeler le constat de la pièce d’Eduardo de Filippo qu’il s’était proposé, à 15 ans et avec l’aide de sa professeure de théâtre, de réécrire : « la parfaite vérité, c’est et ce sera toujours la parfaite fiction ».

Gabriel Attal partage avec le président ce détail biographique. Pour lui aussi, le théâtre a joué un rôle fondamental dans sa formation même si, contrairement au président, il n’a pas poussé la chose jusqu’à coucher avec son professeur – quoi que puissent dire les ragots malveillants. On comprend alors pourquoi Macron a choisi Attal. Tous deux agissent comme si la politique était d’abord un spectacle, comme si la mission de l’homme politique était de faire partager une fiction. Peu importe que la couronne soit en laiton, que l’épée soit en bois, pourvu que les gens y croient. Et peu importe que le royaume soit perdu, que le personnage soit mort, puisque le cadavre se relèvera pour rentrer chez lui une fois le rideau tombé. Cela explique peut-être pourquoi notre président donne plus d’importance à la parole qu’à la réalité, pourquoi il est insensible aux désastres et aux malheurs que ses décisions provoquent, pourquoi il semble presque surpris lorsqu’il constate que, contrairement à ce qui arrive lorsqu’on est sur les planches, les paroles ne s’envolent pas lorsque le rideau tombe.

Descartes

(1) C’est d’ailleurs une constante du macronisme que de réduire le rôle du premier ministre. Avec Castex puis Borne, le choix s’était porté sur des hauts fonctionnaires ayant une mentalité préfectorale, c’est-à-dire, aptes à conduire n’importe quelle mission confiée par l’autorité sans états d’âme quelles que fussent leurs convictions personnelles. On pouvait alors parler de « vide » politique, mais au moins était-ce un « vide » techniquement compétent. Avec Attal, on se trouve devant un « vide » qui ne sait faire autre chose que communiquer… sur le vide.  

(2) Comme tous les communicants vous le diront, une bonne campagne s’organise autour d’un leitmotiv. Mitterrand 1981 c’était « la force tranquille », Ségolène Royal 2007 c’était « l’ordre juste ». Macron 2024, ce sera le « réarmement ». Pourquoi pas, après tout. Seulement, parler de « réarmement » implique de caractériser une menace. Or, c’est là le grand absent du discours présidentiel. On est invité à se « réarmer », mais on ne sait pas très bien contre qui, contre quoi. Or, la nature de la menace dicte la forme du réarmement. On ne choisit pas les mêmes armes pour combattre l’islamisme, la finance, le communautarisme ou le déclin économique.

(3) J’entends déjà votre objection, cher lecteur. Prenons la réforme des retraites. N’est-ce pas là un exemple des convictions de notre président ? N’est-ce pas un exemple où il a fait voter par conviction un texte rejeté par une large majorité des électeurs ? La réponse est simple : le texte qui a été voté n’est pas celui que Macron avait défendu. Rappelez-vous : à l’origine, le président voulait une réforme qui instituait un système « à points », ce qui sur le fond n’était pas une mauvaise idée. A la fin, il s’est retrouvé à faire voter une simple mesure d’âge. Un peu l’illustration du principe énoncé par Groucho Marx : « voici mes convictions, mais si elles ne vous plaisent pas, j’en ai d’autres ». Et s’il est resté droit dans ses bottes, ce n’est pas par conviction mais pour deux raisons tactiques : la crainte que reculer sur une réforme emblématique réduise ses marges de manœuvre pour l’avenir, à l’image de ce qui était arrivé à Juppé en 1995 ; et la conviction que le vote mettrait en difficulté le groupe LR…

 

 

Le mot, humble, de Pedrito 

Rien que le titre :  " L'ère du vide " !!!

Magistral !!! 

Merci monsieur Descartes

Si au moins le petit personnage -et sa troupe de guignols- qui règne sur notre pays martyrisé par tant d'incompétences additionnées  pouvait le lire....Et prendre la leçon d'humilité qui leur rendrait raison et sagesse.... 

La pantomime devant la botte de paille restera dans les annales de la Macronie. Et tant d'autres....

On peut toujours rêver.

En attendant: plus les jours passent, plus le désastre submerge le pays.

 

LA PHRASE DU JOUR.....

     tirée de l'article  de 'RÉVEIL COMMUNISTE " du 28 Janvier signé G.Q. :


 "LES CONDITIONS SUBJECTIVES DE LA RÉVOLUTION SOCIALE"

 

 

Aujourd’hui, les ouvriers penchent vers la droite, parce que faute qu’on leur propose quelque chose de concret, ils ont cessé de croire aux lendemains qui chantent pour la classe ouvrière, et qu’au niveau de leur difficile vie quotidienne, ils ont développé un rejet massif de l’immigration, du laxisme sécuritaire, et de l’assistanat, c’est à dire de ce que propose ce qui fait figure aujourd’hui de « gauche » et qui est tombé à un niveau d'adhésion d'environ 10% dans la population.

 

Note de Pedrito

On peut dire que la classe ouvrière s'est dépolitisée, essentiellement la plus jeune, au point de se laisser séduire par les pires des discours: ceux de la division, de la haine de l'autre, opposés au lien indispensable de la solidarité. Celle que craignent les capitalistes. Le seul combat qui ait toujours été couronné des plus grandes conquêtes sociales. Au terme de luttes  menées avec de puissants syndicats de travailleurs.

Qui combat ce système injuste où il y a de plus en plus de milliardaires d'un côté et des salariés de l'autre qui vivent de plus en plus mal de leur travail et de leurs efforts? De leurs sacrifices?

Qui?

Surtout pas la droite ni l'extrême droite !!! Ni même le PS ! Il n'est qu'à voir Fabius et tous les anciens socialistes qui pataugent dans le marigot de la Macronie. Toujours à la recherche d'un morceau de gras et de selfies et de caméras pour parader sur les écrans de merdias à genou devant les magnats de la presse muselée.

Les écolos? Combien sont ils, réellement anti capitalistes et anti impérialistes?

Le PC a encore du boulot pour remonter la pente. Retrouver ses racines marxistes vraiment internationalistes.....Et débarrassées du carcan trompeur de l'OTAN, l'outil de l'impérialisme US !


 

Pourquoi les Américains sont-ils toujours mal à l’aise avec l’athéisme ?

Face à la mentalité “protestante”, puritaine des Etats-Unis, ce que Marx notait déjà comme se rapportant au fétichisme de la monnaie, de l’homme abstrait, “times is money”, il y a dans la mentalité chinoise, (mais aussi chez les juifs qui ne sont dit Marx que “les pores” d’un monde non marchand permettant pendant des siècles cet échange minimal) un aspect dubitatif sur les conséquences possibles des événements. Voyez cette fable chinoise rapportée par Marianne : Un sage se fait voler son cheval, tout son entourage le plaint et lui s’interroge “peut-être que c’est un bien ou un mal, qui sait ?” la semaine qui suit le cheval revient avec une jument. Le village s’extasie sur la prescience du sage, qui demeure dubitatif. Effectivement le fils de la maison veut chevaucher la cavale et il se casse une jambe et devient boiteux. “Comme tu avais raison de douter”, oui mais la guerre est déclarée et le fils à cause de son infirmité est exempté d’aller se faire tuer… On peut continuer à l’infini, mais cette “attente” est le produit d’une vie suspendue aux accidents, coups du destin, (le fait est qu’il y a pour un juif historiquement menacé, quelque chose de rassurant comme pour le paysan chinois quand les emmerdements sont là alors que dans la félicité le doute vous taraude). Mais cela se résout essentiellement dans la vie terrestre et pas dans un au-delà qui n’intéresse pas réellement celui qui traque les signes d’un devenir soumis aux aléas de la nature comme un paysan cherche les signes de la future récolte. Attendre ce que l’expérience vous apprend au lieu de se référer à la loi morale avec ou sans dieu. Le contraire du puritanisme, d’où la tentative éperdue de ceux qui aux Etats-Unis veulent rationaliser leur refus de la guerre, et sont à la recherche d’un impératif catégorique, par le biais de Spinoza et de la connaissance comme prière… Ou encore aller comme Biden demander aux Chinois d’intervenir auprès des Houthis ne relève-t-il pas de la même obstination métaphysique quant à la vocation que dieu attribuerait à la nation américaine ? en violation totale de la logique des faits. (note et traduction de Danielle Bleitrach histoireetsociete)

Deux nouveaux livres explorent ce que les incroyants croient réellement.

Par Casey Cep22 octobre 2018


Écoutez cette histoirehttp://audm.herokuapp.com/player-embed?pub=newyorker&articleID=5bc74dba33b38f2d31b3dbe8

Daniel Seeger avait vingt et un ans lorsqu’il écrivit à son comité de conscription local pour dire : « J’ai conclu que la guerre, d’un point de vue pratique, est futile et contre-productive, et que d’un point de vue moral plus important, elle est contraire à l’éthique. » Quelque temps plus tard, il reçut le formulaire 150 du United States Selective Service System, lui demandant de détailler ses objections au service militaire. Il lui fallut quelques jours pour répondre, parce qu’il n’avait pas de réponse à la première question du formulaire : « Croyez-vous en un Être Suprême ? »

Insatisfait des deux options disponibles – « Oui » et « Non » – Seeger a finalement décidé de dessiner et de cocher une troisième case : « Voir les pages jointes ». Il y avait huit de ces pages, dans lesquelles il décrivait la lecture de Platon, d’Aristote et de Spinoza, qui avaient tous « développé des systèmes éthiques complets d’intégrité intellectuelle et morale sans croyance en Dieu », et concluait que « l’existence de Dieu ne peut être prouvée ou réfutée, et l’essence de sa nature ne peut être déterminée ». Pour faire bonne mesure, Seeger a également utilisé des citations effrayantes et des mots barrés pour trafiquer la déclaration imprimée qu’il devait signer, de sorte qu’elle se lisait comme suit : « Je suis, en raison de ma formation et de ma croyance « religieuses », consciencieusement opposé à la participation à la guerre sous quelque forme que ce soit. »

Au moment où Seeger a soumis son formulaire, à la fin des années 1950, des milliers d’objecteurs de conscience aux États-Unis avaient refusé de se battre dans les deux guerres mondiales. Ceux qui appartenaient à des traditions religieuses pacifistes, comme les mennonites et les quakers, étaient envoyés à la guerre en tant que non-combattants ou pour travailler comme agriculteurs ou pompiers sur le front intérieur par l’intermédiaire de la fonction publique civile ; finalement, il en fut de même pour ceux qui pouvaient prouver leur propre pacifisme indépendant et motivé par la religion. Ceux qui ne le pouvaient pas étaient envoyés en prison ou dans des camps de travail. Mais alors que les lois sur le service sélectif avaient été révisées à maintes reprises pour clarifier les critères de l’objection de conscience, elles ne tenaient toujours pas compte des jeunes hommes qui, comme Seeger, refusaient de dire que leur opposition à la guerre provenait de la croyance en un Être suprême.

Au fil du temps, les conseils de conscription en sont venus à ressembler à des séminaires de philosophie de première année dans leurs tentatives de décider qui se qualifiait et ne se qualifiait pas pour le statut de C.O. Ce n’était pas le cas d’un socialiste juif qui dirigeait une entreprise de gravure, mais d’un artiste de pulp et d’un athée qui faisait appel à l’idée d’un humanisme laïc ; certains membres de l’Ethical Culture Society se sont qualifiés, mais pas d’autres ; au début, les Témoins de Jéhovah ne l’ont pas fait, en partant de la théorie selon laquelle quelqu’un qui est prêt à combattre le diable pendant Harmaguédon devrait être prêt à combattre les ennemis de l’Amérique pendant une guerre ; un écrivain devenu consultant financier qui n’appartenait à aucune église mais avait lu « des philosophes, des historiens et des poètes de Platon à Shaw » obtint le statut de C.O. après deux lectures rapprochées contradictoires de sa pièce anti-guerre. Différentes commissions sont arrivées à des conclusions très différentes, diverses commissions d’appel ont confirmé et infirmé ces décisions sans beaucoup d’uniformité et, inévitablement, certains de ces appels se sont retrouvés devant les tribunaux fédéraux. Lorsque le conseil local de Seeger n’a pas été touché par son argument, il l’a porté jusqu’à la Cour suprême, où, en 1965, les juges ont conclu à l’unanimité qu’un conscrit n’avait pas besoin de croire en Dieu pour avoir une conscience qui pouvait s’y opposer.

La victoire de Seeger a contribué à marquer un tournant pour une minorité qui s’était autrefois vu refuser le droit de témoigner devant les tribunaux, même pour sa propre défense. Les athées, longtemps discriminés par les autorités civiles et ridiculisés par leurs concitoyens, se sont soudainement retrouvés éligibles à certaines des exemptions et protections qui étaient auparavant réservées aux croyants. Mais, au cours des décennies qui ont suivi l’arrêt U.S. v. Malgré l’augmentation du nombre de personnes qui s’identifient comme non-croyantes, leur position devant les tribunaux et dans la sphère publique a été lente à s’améliorer. Les Américains, en grand nombre, ne veulent toujours pas que les athées enseignent à leurs enfants ou les marient. Ils préféreraient, selon les sondages, un président féminin, gay, mormon ou musulman plutôt qu’un athée à la Maison Blanche, et certains d’entre eux ne s’opposent pas aux tentatives d’empêcher les non-croyants d’occuper d’autres fonctions, même lorsque la fonction est celle de notaire public. Les athées ne sont pas les bienvenus dans la loge maçonnique, et bien que les Boy Scouts of America aient ouvert leur organisation aux homosexuels et aux filles, ils continuent d’interdire tout participant qui ne s’engage pas à « faire mon devoir envers Dieu ».

Une telle discrimination est à la fois une cause et un effet de la manière grossière dont nous analysons la croyance, qui n’a guère changé depuis que Daniel Seeger a rempli sa demande de C.O. : cochez « Oui » et d’interminables questions s’ensuivent ; cochez « Non » et l’interrogatoire se termine. Le manque de croyance en Dieu est encore trop souvent considéré comme signifiant l’absence de toute autre croyance morale significative, ce qui a fait des athées une minorité facile à vilipender. C’est particulièrement vrai en Amérique, où l’insistance sur l’idée que nous sommes une nation chrétienne a lié le patriotisme à la religiosité, ce qui a conduit à des paroxysmes aussi étranges que celui produit par le président Trump lors du Sommet des électeurs sur les valeurs de l’année dernière : « En Amérique, nous n’adorons pas le gouvernement, nous adorons Dieu. »

Comme cette remarque le suggère, le seul mur que l’administration actuelle ne veut pas construire est celui entre l’Église et l’État. La manifestation la plus évidente de cette résurgence du nationalisme chrétien a été l’animosité envers les musulmans et les juifs, mais le groupe le plus littéralement exclu de toute vision pieuse de l’Amérique est, bien sûr, les athées. Pourtant, les préjugés nationaux à leur encontre sont bien antérieurs à Daniel Seeger et à son comité de conscription. Elle a ses racines à la fois dans l’histoire intellectuelle du pays et dans une impulsion anti-intellectuelle persistante : l’incapacité généralisée à considérer ce que les incroyants croient réellement.

L’antipathie américaine pour l’athéisme est aussi vieille que l’Amérique. Bien que de nombreux colons soient venus dans ce pays dans le but de pratiquer librement leur propre foi, ils ont apporté avec eux une notion de liberté religieuse qui ne s’étendait qu’aux autres religions, souvent aux autres confessions chrétiennes. De John Locke, ils ont hérité l’idée que les athées ne peuvent pas être de bons citoyens et ne doivent pas être intégrés dans le contrat social ; Dans « Une lettre concernant la tolérance », Locke avait écrit : « Ceux qui nient l’existence d’un Dieu ne doivent pas du tout être tolérés. »

La véritable liberté religieuse était rare dans les colonies : les dissidents étaient condamnés à des amendes, fouettés, emprisonnés et parfois pendus. Pourtant, étonnamment, aucun athée n’a jamais été exécuté. Selon les professeurs de Cornell R. Laurence Moore et Isaac Kramnick, les auteurs du nouveau livre « Godless Citizens in a Godly Republic : Atheists in American Public Life » (Norton), c’est seulement parce qu’aucun athée ne s’est présenté à l’exécution. Les non-croyants étaient soit peu nombreux dans l’Amérique coloniale, soit prudents à l’idée de se faire connaître ; Le clergé et les magistrats se donnaient rarement la peine d’en parler, même par dérision.

L’un des rares à l’avoir fait fut Roger Williams, qui, après avoir été banni de la colonie de la baie du Massachusetts pour avoir répandu « des opinions diverses, nouvelles et dangereuses », offrit une vision de la séparation de l’Église et de l’État si extrême qu’elle semblait accommoder les athées. Dans son livre « The Bloudy Tenent of Persecution, for Cause of Conscience », publié à Londres en 1644, Williams écrit qu’« un pilote païen ou antichrétien peut être aussi habile à porter le navire jusqu’au port de son choix, que n’importe quel marin chrétien ». Il faisait référence au navire de l’État, mais sa tolérance n’a jamais été pleinement mise à l’épreuve : aucun athée n’a jamais essayé d’occuper un poste dans le Rhode Island, la colonie qu’il a fondée. Pourtant, son argument était audacieux à une époque où la plupart des colonies avaient établi des églises et collecté des impôts ecclésiastiques pour les soutenir.

VIDÉO DU NEW YORKERLeonard Cohen sur la préparation à la mort

Il était donc frappant de constater qu’après la guerre d’indépendance, lorsque les hommes qui s’étaient réunis pour la Convention constitutionnelle interdisaient les tests religieux pour les titulaires de postes, dans l’article VI. Il n’y aurait pas d’église gouvernementale, pas de religion d’État et, à l’exception d’avoir été signé en l’an de grâce 1787, aucune mention de Dieu dans le texte fondateur de l’Amérique. La liberté religieuse a été formellement établie dans le premier amendement de la Constitution. « La Constitution impie », comme Moore et Kramnick l’ont appelée dans un livre précédent, était principalement le produit de Thomas Jefferson et James Madison, qui se sont battus pour garder Dieu en dehors du document. Mais, bien que ni l’un ni l’autre n’aient été des chrétiens croyants, les deux hommes étaient monothéistes et, comme John Locke, leurs idées sur la tolérance ne s’étendaient généralement qu’à ceux qui croyaient en une puissance supérieure.

C’est un autre des révolutionnaires qui est devenu un héros pour les non-religieux. Thomas Paine, dont le « Common Sense » s’était vendu à un demi-million d’exemplaires l’année où les États-Unis ont déclaré leur indépendance, est mort paria à cause d’un pamphlet qu’il a écrit plus tard sur la religion. Attaquer le roi d’Angleterre, c’était bien, mais quand Paine, dans « L’âge de raison », a jeté son dévolu sur le roi des rois, il a été ridiculisé comme un « reptile répugnant » et un « sale petit athée ». Peu importait que Paine, comme Jefferson, s’identifie réellement comme déiste, ou que son texte s’ouvre sur la déclaration brutale « Je crois en un seul Dieu » ; ses critiques du christianisme étaient si scandaleuses qu’il a été inscrit dans l’histoire comme un incroyant.

Telle est l’étiquette glissante d’« athée » dans le contexte américain : elle est collée à ceux qui le rejettent explicitement, évitée par les incroyants qui souhaitent éviter sa stigmatisation. Les athées et leurs détracteurs font souvent une confusion désespérée de la catégorie, parfois parce qu’il est vraiment compliqué d’évaluer la croyance, mais souvent pour d’autres raisons. Certains athées essaient de revendiquer comme l’un des leurs tous ceux qui, morts ou vivants, ont déjà réfléchi à deux fois à la religion – et il y a un peu de ce glissement chez Moore et Kramnick, où les non-affiliés religieux (les soi-disant « nones ») sont tous assimilés aux incrédules. Certains croyants, quant à eux, utilisent l’athéisme pour discréditer quiconque n’est pas d’accord.

Pour les athées, au moins, cette élasticité définitionnelle offrait une sorte de sécurité dans les chiffres, aussi gonflés soient-ils : au fur et à mesure que leurs rangs grossissaient, leur volonté de rendre publiques leurs croyances controversées augmentait également. Au dix-neuvième siècle, Robert Ingersoll, « le grand agnostique », faisait payer un dollar par tête aux milliers de personnes qui se rassemblaient pour l’entendre critiquer le christianisme ; croyants et sceptiques ont eu des échanges de plusieurs mois dans les pages des journaux ; et les débats entre des gens comme le laïc J. Spencer Ellis et le théiste Miles Grant remplissaient les salles comme le font aujourd’hui Sam Harris contre William Lane Craig et Bill Nye contre Ken Ham.

Avec les non-croyants qui ont commencé à s’affirmer, les croyants ont commencé à protéger leur foi de manière plus agressive contre l’offense ou l’examen. Les lois sur le blasphème étaient appliquées contre ceux qui insultaient Dieu, Jésus-Christ, le Saint-Esprit ou la Bible. Un ancien pasteur baptiste devenu libre-penseur du nom d’Abner Kneeland a été arrêté dans le Massachusetts pour un article qu’il avait écrit expliquant pourquoi il ne croyait plus en un Dieu monothéiste ; Même l’éminent prédicateur unitarien William Ellery Channing ou l’ancien pasteur unitarien Ralph Waldo Emerson, qui ont tous deux pris la défense de Kneeland, n’ont pas pu lui épargner une peine de prison. À New York, un homme du nom de John Ruggles a été condamné à trois mois de prison pour avoir insulté Jésus ; en Pennsylvanie, un autre homme, Abner Updegraph, a été condamné à une amende pour avoir qualifié la Bible de « simple fable » qui contenait « beaucoup de mensonges ». (Des lois contre le blasphème, bien que rarement appliquées, existent toujours dans le Massachusetts, le Michigan, l’Oklahoma, la Pennsylvanie, la Caroline du Sud et le Wyoming.) Tous les États, sauf trois, ont adopté des lois sabbatariennes, qui ont été imposées à tout le monde, y compris aux observateurs religieux dont le sabbat ne tombait pas le dimanche. (De telles interdictions persistent dans les lois bleues, qui restreignent maintenant principalement la vente d’alcool le dimanche.) Un marchand juif a porté son cas jusqu’à la Cour suprême de Pennsylvanie, mais s’est vu refuser une exemption parce que, selon les mots de la cour, « tout ce qui frappe à la racine du christianisme tend manifestement à la dissolution du gouvernement civil ».

Peu de ceux qui ont été poursuivis pour avoir violé les lois sur le sabbat ou le blasphème se sont effectivement identifiés comme athées, mais cela n’a pas empêché leurs détracteurs de les dénoncer comme tels. En effet, l’accusation d’athéisme est devenue un moyen commode de discréditer les croyances non théologiques, y compris l’anarchisme, le radicalisme, le socialisme et le féminisme. L’agnosticisme d’Elizabeth Cady Stanton et l’athéisme d’Ernestine Rose ont été retenus contre les premières suffragettes, et après que huit anarchistes prétendument impies aient été reconnus coupables d’avoir tué onze personnes lors de l’affaire Haymarket à Chicago et que le président William McKinley ait été assassiné par un anarchiste qui avait rejeté les enseignements catholiques, l’athéisme est devenu lié, dans l’imagination populaire, au terrorisme intérieur. « Les attaques publiques contre la religion », écrivent Moore et Kramnick dans leur récit de la façon dont l’athéisme est devenu anti-américain, « étaient présumées conduire à la défense d’autres idées dangereuses. »

Cette présomption est devenue à la fois plus populaire et plus puissante pendant la guerre froide. Ce n’était pas la politique ou l’économie, disaient certains, qui distinguait l’Amérique de ses ennemis, c’était la religiosité. « De la racine de l’athéisme découle la mauvaise herbe du communisme », a déclaré le député catholique Louis Rabaut, sur le parquet de la Chambre des représentants. Deux siècles après que les Fondateurs aient écrit une constitution impie, le gouvernement fédéral a obtenu la religion : entre 1953 et 1957, un petit-déjeuner de prière est apparu sur le calendrier de la Maison Blanche, une salle de prière a été ouverte dans le Capitole, « In God We Trust » a été ajouté à toutes les monnaies, et « under God » a été inséré dans le serment d’allégeance. Les Fondateurs avaient déjà choisi une devise, bien sûr, mais E pluribus unum s’est avéré trop laïc pour l’époque. Alors même que les tribunaux invalidaient les lois sur le blasphème et reconnaissaient les droits des non-théistes au statut d’objecteur de conscience, les législateurs de tout le pays essayaient de promouvoir le christianisme d’une manière qui ne violait pas la clause d’établissement. Ils ont réussi, bien qu’à un prix : les tribunaux ont maintenu les références à Dieu dans les serments, les serments, les prières et les hymnes au motif qu’ils n’étaient pas réellement religieux. L’expression « déisme cérémoniel » a été inventée par un doyen de la faculté de droit de Yale en 1962, et dans les décennies qui ont suivi, elle a été utilisée par un tribunal après l’autre pour expliquer les exceptions au premier amendement. Comme dire « Que Dieu vous bénisse » quand quelqu’un éternue, les tribunaux ont conclu que ces « sous Dieu » et « En Dieu nous avons confiance » sont inoffensifs ; Ils appartiennent au domaine du patriotisme, pas de la prière.

Il n’est pas surprenant que ni les croyants ni les non-croyants ne croient cela. Chacune de ces décisions est une victoire à la Pyrrhus pour les dévots, pour qui les invocations de Dieu sont sacrées, et aucune victoire du tout pour les athées, pour qui les invocations de Dieu, lorsqu’elles sont parrainées par l’État, sont des tentatives évidentes de promouvoir la religion. Les contestations judiciaires du serment d’allégeance, en particulier, persistent, parce que les non-croyants sont préoccupés par son importance dans la vie quotidienne des écoliers. Les poursuites judiciaires pour mettre fin à la récitation du serment dans les écoles publiques ont commencé presque aussitôt que les mots « sous Dieu » ont été ajoutés, et bien que le « déisme cérémoniel » ait longtemps contrecarré ces défis, les non-croyants ont récemment commencé à poursuivre une stratégie différente. Au lieu d’affirmer que le serment viole la clause d’établissement du premier amendement, ils ont commencé à faire valoir qu’il viole la clause d’égalité de protection du quatorzième amendement, car il présente une occasion pour les enfants non croyants d’être ostracisés. David Niose, le directeur juridique de l’American Humanist Association, est l’un de ceux qui ont suggéré que les athées pourraient même être une classe suspecte, le genre de minorité qui mérite une protection spéciale de la part des tribunaux.

Mais les athées sont-ils une classe suspecte, ou juste une classe sceptique ? Contrairement aux minorités raciales, leur condition n’est pas immuable, mais, comme beaucoup de minorités religieuses, elles sont sujettes à l’hostilité et aux préjugés. L’athéisme, cependant, n’est pas une identité, une idéologie ou un ensemble de pratiques uniques, et en parler de cette façon est aussi réducteur que de parler de « religion » plutôt que de judaïsme, de bouddhisme ou de christianisme – ou, plus utile encore, de judaïsme réformé, de bouddhisme mahayana ou de pentecôtisme. « Athéismes » est un concept plus précis, comme le démontre le philosophe John Gray dans son nouveau livre, « Sept types d’athéisme » (Farrar, Straus et Giroux), et qui pourrait aider les Américains à aller au-delà de leur lutte insoluble sur l’existence de Dieu.

Gray, qui a enseigné à Oxford, Harvard, Yale et à la London School of Economics avant de se consacrer à plein temps à l’écriture, commence par offrir une définition très provisoire et idiosyncrasique de « athée » : « toute personne n’ayant aucune utilité pour un esprit divin qui a façonné le monde ». Comme il le concède, cela rend la catégorie si vaste qu’elle inclut certaines des principales religions du monde : ni le bouddhisme ni le taoïsme ne présentent de dieu créateur. Pourtant, cette capacité est appropriée, parce qu’elle suggère, à juste titre, qu’il n’y a pas de vision du monde athée unique. Une grande partie de l’animosité et de l’opprobre dirigés contre les non-croyants en Amérique vient du soupçon que ceux qui ne croient pas en Dieu ne pourraient pas croire en quoi que ce soit d’autre, moral ou autre. La raison pour laquelle les athées n’ont pas été autorisés à témoigner devant les tribunaux pendant si longtemps était la certitude que les témoins qui n’étaient pas disposés à prêter serment à Dieu n’avaient aucune raison d’être véridiques, puisqu’ils ne craignaient pas le jugement divin. L’enquête de Gray, bien qu’elle ne soit pas exhaustive, est un correctif bienvenu à ce point de vue peu généreux.

C’est aussi un regard rafraîchissant au-delà des soi-disant « nouveaux athées » qui ont récemment dominé la conversation autour de l’incrédulité. Gray ne tolère pas ce qu’il décrit comme leur « répétition fastidieuse d’une querelle victorienne entre la science et la religion » et, contrairement à Moore et Kramnick, qui croient que de nouveaux athées comme Sam Harris et Richard Dawkins ont généré un « réveil athée », Gray les rejette dans un seul chapitre. « Les nouveaux athées ont dirigé leur campagne contre un segment étroit de la religion tout en ne comprenant même pas cette petite partie », écrit-il. Selon le récit de Gray, ils ignorent presque entièrement le polythéisme et l’animisme, tout en insistant pour lire les versets de la Genèse ou les lignes du Credo de Nicée comme s’il s’agissait de théories scientifiques primitives. Tous les monothéistes ne sont pas littéralistes et, pour beaucoup d’entre nous, aujourd’hui et à travers l’histoire, le jardin d’Eden n’est pas une hypothèse erronée sur l’évolution, mais une riche histoire symbolique sur le bien et le mal.

La plus grande plainte de Gray est que les nouveaux athées ne parviennent pas à offrir une vision morale plus cohérente que celle qu’ils veulent remplacer. La stratégie qu’ils défendent, l’éthique scientifique, a déjà été essayée, avec un échec notable. Auguste Comte et ses collègues positivistes du XIXe siècle envisageaient un Grand Pontife de l’Humanité qui présiderait aux côtés de prêtres-scientifiques ; Malheureusement, les scientifiques de l’époque pratiquaient la phrénologie. Plus tard, les humanistes évolutionnistes et les monistes ont remplacé l’ordre de Dieu par des anthropologies « scientifiques », puis ont construit des hiérarchies raciales et ont placé les Européens blancs au sommet. Aujourd’hui, la version véhémente de la science en tant que religion est le transhumanisme, qui prétend que la technologie surmontera les limites humaines à la fois physiques et mentales, peut-être grâce à la bio-ingénierie, à l’intelligence artificielle ou aux cyborgs qui peuvent transporter le contenu de notre cerveau. Gray n’est pas optimiste quant à de tels développements, s’ils se produisent un jour, parce que nous avons déjà un modèle du chaos qui a lieu lorsque certains mortels se voient accorder des pouvoirs divins : « Quiconque veut avoir un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler un avenir post-humain devrait lire Homère. »

Dans l’ensemble, Gray est du genre à voir le verre à moitié vide, et ce que les autres considèrent comme nouveau ou prometteur, il le voit souvent comme dérivé ou tout simplement stupide. Il soutient, par exemple, que l’humanisme laïc est en réalité un monothéisme déguisé, où l’humanité est Dieu et où le salut peut être atteint par nos propres efforts plutôt que par une intervention divine. Contrairement au linguiste – et nouvel athée – Steven Pinker, Gray considère l’idée que le monde s’améliore comme une évidence stupide. « L’augmentation cumulative des connaissances en science n’a pas d’équivalent en éthique ou en politique », souligne-t-il. Les religions sont toujours florissantes, tout comme les guerres entre elles, et les régimes laïcs ont fait autant, sinon plus, de ravages sous les auspices du jacobinisme, du bolchevisme, du nazisme et du maoïsme.

Gray s’intéresse particulièrement aux athées qui, en plus de n’avoir aucune foi dans le divin, n’en ont pas dans l’humanité. (Compte tenu de son propre penchant intellectuel, on le soupçonne de se délecter à la fois de leur pessimisme et de leur impopularité.) Ce ne sont pas des misothéistes – ceux qui haïssent Dieu, comme le marquis de Sade, de nombreux nouveaux athées et le critique littéraire William Empson, dont Gray cite les « Sept types d’ambiguïté » comme une influence. Ce sont des penseurs comme George Santayana, un matérialiste pur et dur qui se moquait du progrès humain jusqu’à l’indifférence à la souffrance humaine, mais qui aimait tellement les traditions catholiques qu’il a choisi de vivre la fin de ses jours sous la garde des religieuses. De même, le romancier Joseph Conrad n’avait aucune foi en Dieu et a perdu sa foi dans le progrès après avoir été témoin de la colonisation du Congo, mais il a magnifiquement écrit sur ceux qui ont affronté de front leur destin vide : les marins survivant à l’indifférence de la mer. De tels hommes – et presque tous les athées du livre de Gray sont des hommes – ne reconnaîtraient pas l’athéisme plein d’espoir qui fait fureur aujourd’hui. (Gray fait de la place à Ayn Rand, qui vole brièvement la vedette, alors que ses adeptes lèvent leurs porte-cigarettes en tandem avec les siens, épousent des compagnons choisis par « le Collectif » et font des claquettes à leurs mariages parce que Rand considère que c’est la seule forme de danse vraiment rationnelle.)

Gray s’intéresse également à ceux qui pratiquent ce qu’il appelle « l’athéisme du silence » et qui sont particulièrement attirés par ceux-ci. Ces athées, comme ceux qui rejettent la notion de progrès humain, n’attirent pas souvent un grand nombre d’adeptes. Au lieu de chercher des substituts pour Dieu, ils essaient d’acquiescer à quelque chose qui transcende la compréhension humaine. Gray admire l’athée mystique Arthur Schopenhauer, qui ne croyait pas en Dieu et ne croyait pas particulièrement à la réalité non plus. Gray inclut également dans cette catégorie des penseurs qui étaient clairement pieux, tels que Spinoza, qui rejetait un Dieu créateur mais voyait Dieu comme une substance éternelle dans toute la création, et le philosophe russe Lev Shestov, qui a écrit que la raison devait être surmontée pour que nous connaissions Dieu, et que la révélation « nous porte au-delà des limites de toute compréhension humaine et des possibilités que la compréhension admet ».https://227c00b2c0f5acd054c6dd283ac9f7f0.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-40/html/container.htmlADVERTISEMENT

Ce genre de théologie apophatique a beaucoup en commun avec le mysticisme athée, soutient Gray, parce que dire que Dieu n’existe pas n’est pas si différent de dire que nous ne pouvons pas comprendre l’existence de Dieu. Dans les deux cas, le monde matériel peut être caractérisé par une compréhension limitée et un émerveillement sans limite. C’est la charité si rarement accordée aux athées en Amérique : l’idée qu’eux aussi peuvent être impressionnés et lutter pour donner un sens à l’humain et au cosmique. « Un monde sans Dieu est aussi mystérieux qu’un monde imprégné de divinité, et la différence entre les deux peut être moindre que vous ne le pensez », écrit Gray.

Les cosmologies, en d’autres termes, peuvent faire d’étranges compagnons de lit, et une partie de ce que Gray fait de mieux dans « Sept types d’athéisme » n’est pas seulement d’établir des distinctions entre les athées, mais d’établir des liens entre les non-croyants et les croyants. Les chrétiens ignorants de leur propre histoire, par exemple, seront surpris d’apprendre que leurs premiers ancêtres dans la foi ont eux-mêmes été ridiculisés en tant qu’« athées » parce qu’ils refusaient de participer au culte polythéiste : en grec, atheos signifie « sans dieux », et non anti-Dieu. Pendant ce temps, ceux qui sont venus à l’athéisme par l’intermédiaire des nouveaux athées pourraient être surpris de constater que beaucoup de leurs ancêtres intellectuels n’ont pas fait la guerre à la religion, ou même n’ont ressenti aucun dégoût pour elle.

En toute justice, les athées américains contemporains peuvent être enclins à faire la guerre à la religion parce que la religion leur fait la guerre depuis si longtemps. Une brève trêve a été conclue à la fin de l’administration Obama, lorsque le Congrès a adopté, et que le président a signé, une nouvelle version de la Loi sur la liberté religieuse internationale qui incluait officiellement les non-croyants. « La liberté de pensée, de conscience et de religion est comprise comme protégeant les croyances théistes et non théistes et le droit de ne professer ou de pratiquer aucune religion », a déclaré la loi.

Cette loi a étendu de nouvelles protections importantes aux athées. Pourtant, comme Gray aurait pu le prédire, il est difficile, dans ce moment politique particulier, de croire que le cercle des droits s’élargit pour les athées ou pour qui que ce soit d’autre. Moore et Kramnick, qui ont écrit une histoire approfondie et utile du statut juridique et politique des athées en Amérique, croient sans surprise qu’un tel travail est salvateur – que comprendre les préjugés contre les athées dans le passé peut aider à y mettre fin à l’avenir. Gray n’a pas un tel espoir, et pourtant son livre offre une voie à suivre. Il nous y aide à comprendre comment ceux qui ne croient pas en Dieu, ou d’ailleurs ceux qui le croient, se sont orientés dans l’univers. La foi, après tout, a conduit les puritains à Plymouth Rock, mais les a ensuite conduits à exécuter trois de leurs voisins quakers ; il a inspiré les esclavagistes américains mais aussi les abolitionnistes américains ; et, quoi qu’on accuse l’athéisme de faire d’autre dans ce pays, il a soutenu la curiosité scientifique et le pacifisme profond du double lauréat du prix Nobel Linus Pauling, la philanthropie d’Andrew Carnegie et l’art et l’activisme de Lorraine Hansberry. Nous tous, nihilistes inclus, croyons quelque chose – beaucoup de choses, en fait, sur nous-mêmes, sur le cosmos et les uns sur les autres. En fin de compte, la chose la plus intéressante à propos d’une conscience est la façon dont elle répond, pas à qui elle répond. ♦Publié dans l’édition imprimée du numéro du 29 octobre 2018, sous le titre « Sans prière ».

Casey Cep est rédactrice au New Yorker et l’auteure de « Furious Hours : Murder, Fraud, and the Last Trial of Harper Lee ».

 

Encore une île du Pacifique qui dénonce sa reconnaissance de Taïwan

Notons que ces modifications électorales qui dénoncent la manière dont les Etats-Unis ont fait de ces îlots leur dominion reconnaissant Taïwan correspondent à un mouvement plus large dans le Pacifique y compris la colère contre les essais nucléaires. Le groupe communiste au parlement français qui comprend des élus de ce monde en plein bouleversement et retournement d’alliance ne peut pas ignorer ce mouvement de fond qui dit à quel point les illusions “otanesques” sur l’Asie pacifique se heurtent à la force des faits. (note de Danielle Bleitrach histoireetsociete)

Funafuti, atoll et capitale de l’archipel de Tuvalu, le 28 novembre 2019. Cette île de 11 000 personnes a été classées comme « extrêmement vulnérable » par le Programme des Nations unies pour le développement due à la montée du niveau de la mer.© Getty Images – Mario Tama

Ce sont des élections qui d’ordinaire ne suscitent qu’un intérêt très limité sur la scène internationale, mais le scrutin qui s’est déroulé vendredi à Tuvalu, un archipel du Pacifique d’environ 11 000 habitants, est suivi de très près par Taïwan, la Chine, les États-Unis et l’Australie. Car ce micro État est l’un des douze derniers à entretenir des relations diplomatiques officielles avec Taïwan et le Premier ministre sortant, très favorable à Taipei, a perdu son siège.

 Kausea Natano, qui dirigeait le pays depuis septembre 2019, a échoué à se faire réélire député dans sa circonscription de l’île principale, Funafuti, et devra donc quitter son poste. 

Avec la défaite du Premier ministre sortant, Kausea Natano, Taïwan vient peut-être de perdre l’un de ses derniers alliés sur la scène internationale, souligne notre correspondant régional, Grégory Plesse. Si le résultat définitif des élections n’est pas encore connu et le nouveau gouvernement pas encore formé, d’autres élus, notamment l’ancien ministre des Finances, Seve Paeniu, le seul candidat dans sa circonscription, a lui clairement indiqué qu’il souhaitait revoir les relations diplomatiques de l’archipel. Il a jouté qu’il n’hésiterait pas à tourner le dos à Taïwan au profit de la Chine, si une alliance avec Pékin répond mieux aux besoins de Tuvalu, dont le territoire, menacé par la montée des eaux, sera totalement submergé d’ici la fin du siècle.

L’Australie, qui a signé en novembre dernier un accord d’asile climatique avec Tuvalu, suit cette élection de près, tout comme les États-Unis, qui se sont récemment engagés à raccorder l’archipel avec un câble sous-marin pour y améliorer les télécommunications.

Un changement d’allégeance serait un coup dur pour Taïwan, qui au lendemain d’élections ayant porté au pouvoir un candidat favorable à l’indépendance, a perdu le soutien de Nauru, une autre nation insulaire du Pacifique, qui s’est laissée séduire par des promesses chinoises d’aide à son développement.

Parce qu’il n’y a pas de partis politiques à Tuvalu, et que certaines îles se trouvent à plus de 24 heures de bateau de la capitale, Funafuti, il faudra attendre la semaine prochaine pour connaître la composition du prochain gouvernement, et ses intentions en matière de politique étrangère.

Les Tuvalu figurent parmi les douze derniers pays à reconnaître Taïwan depuis que Nauru, un autre micro-État du Pacifique, a changé d’alliance au profit de la Chine à la mi-janvier.


 

Communiqué aux médias : sur l’audience juridique de Julian Assange : 20-21 février 2024

Pourquoi les États-Unis tentent-ils d’extrader Julian Assange ?

Les États-Unis poursuivent Julian Assange pour les documents qu’il a publiés en 2010 et qui lui ont été fournis par Chelsea Manning, une dénonciatrice de l’armée américaine. Ces publications ont révélé des crimes de guerre, des actes de torture, des assassinats, la liste des prisonniers de Guantanamo Bay et les règles américaines en matière de frappes aériennes. Chelsea Manning a été graciée par Obama et libérée après 7 ans de prison. L’administration Obama a décidé de ne pas engager de poursuites contre Assange, mais celles-ci ont été relancées sous le président Trump.

Quels sont les enjeux ?

Pour la première fois, le gouvernement américain tente d’utiliser sa loi sur l’espionnage de 1917 contre un journaliste et un éditeur. Assange n’est pas un citoyen américain et ses publications ont eu lieu au Royaume-Uni.

Si les États-Unis réussissent, ils auront redéfini le journalisme d’investigation comme étant de l’"espionnage". Ils auront étendu leur portée judiciaire au niveau international et l’auront appliquée à un citoyen non américain sans extension équivalente des droits du premier amendement, dont les procureurs soutiennent qu’ils ne s’appliquent pas à M. Assange en tant que citoyen non américain publiant depuis le Royaume-Uni.

Cette décision constitue une menace existentielle pour la liberté de la presse, car d’autres pays pourront faire valoir qu’ils devraient eux aussi être autorisés à extrader des journalistes et des éditeurs du Royaume-Uni pour avoir enfreint leurs lois sur la censure ou le secret.

Qui soutient la campagne contre l’extradition ?

Toutes les organisations de défense des droits de l’homme et tous les syndicats de journalistes connus, y compris : Amnesty International, Human Rights Watch, l’American Civil Liberties Union, Reporters sans frontières, l’Union nationale des journalistes, la Fédération internationale des journalistes, PEN International.

Le Guardian, le New York Times, Le Monde, El Pais et Der Spiegel, qui ont publié les révélations de Wikileaks, ont signé une lettre ouverte s’opposant à son extradition.

Sur le plan politique, des groupes parlementaires d’une douzaine de pays, dont huit en Europe, le gouvernement australien et l’opposition australienne, ainsi que sept chefs d’État des Amériques s’opposent à son extradition. Le pape a également exprimé son opposition.

Que se passera-t-il lors de l’audience ?

Un collège de deux juges entendra la dernière tentative de M. Assange de faire appel de l’extradition. Il demande l’autorisation de faire appel de la décision du secrétaire d’État et de la décision du juge de district de la Westminster Magistrates Court en janvier 2021 lorsque son extradition a été bloquée pour des raisons médicales, le gouvernement américain ayant ensuite fait appel avec succès, mais pas pour les autres raisons invoquées (voir l’annexe ci-dessous pour plus de détails).

Assange sera-t-il présent à l’audience ?

Assange a demandé à assister à l’audience en personne afin de pouvoir communiquer avec son équipe juridique.

La décision sera-t-elle immédiate ?

On ne sait pas avec certitude si les juges rendront une décision immédiate à l’issue des deux jours d’audience ou s’ils réserveront leur jugement.

Que se passera-t-il si Assange obtient gain de cause ?
Une date sera fixée pour une audience d’appel complète.

Que se passera-t-il si M. Assange perd l’affaire ?

Si le droit d’appel lui est refusé, il n’y a pas d’autres possibilités d’appel au niveau national.

M. Assange peut-il saisir la Cour européenne des droits de l’homme ?

Oui. Le Royaume-Uni fait partie de la CEDH et la Cour a le pouvoir d’ordonner la suspension de l’extradition d’Assange. Elle peut le faire en émettant une instruction au titre de l’article 39. Les avocats d’Assange peuvent demander une telle décision si tous les recours devant les tribunaux britanniques ont été épuisés. Les instructions au titre de l’article 39 ne sont données que dans des "circonstances exceptionnelles".

Le gouvernement britannique peut-il contourner une instruction au titre de l’article 39 ?

Certaines utilisations de l’article 39 ont été controversées dans la politique britannique et le gouvernement britannique pourrait tenter de faciliter l’extradition immédiate d’Assange avant qu’une instruction au titre de l’article 39 ne soit émise ou subvertir l’instruction au titre de l’article 39 après coup. Toutefois, cela serait très controversé dans une affaire qui concerne la liberté de la presse et qui a des ramifications mondiales. Il s’agirait également d’une violation du droit international.

Qu’arrivera-t-il à Assange s’il est extradé ?

Il sera incarcéré dans une prison américaine de haute sécurité en attendant son procès. À l’origine, le juge de district avait refusé son extradition au motif que les conditions d’isolement rigoureuses auxquelles il serait soumis dans le système pénitentiaire américain mettraient sa vie en danger. Cette décision n’a été annulée en appel qu’après que les États-Unis eurent offert des garanties conditionnelles, qu’Amnesty International a qualifiées de "profondément erronées", car "le fait que les États-Unis se soient réservé le droit de changer d’avis à tout moment signifie que ces garanties ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites".

Amnesty s’est également inquiétée du fait qu’en cas d’extradition vers les États-Unis, Julian Assange serait confronté à "un risque réel de graves violations des droits de l’homme en raison de conditions de détention qui pourraient s’apparenter à de la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements".

M. Assange serait jugé par le tribunal du district oriental de Virginie, où les jurés sont en grande partie des employés ou des membres de la famille d’employés de la CIA, de la NSA, du Pentagone et d’autres institutions chargées de la sécurité nationale.

Quels sont les abus commis jusqu’à présent dans l’affaire Assange ?

L’entreprise de sécurité chargée de surveiller Julian Assange lorsqu’il demandait l’asile à l’ambassade d’Équateur a été démasquée pour avoir espionné Julian Assange et ses avocats pour le compte de la CIA, et les médias ont révélé que la CIA prévoyait d’enlever et d’assassiner Julian Assange.

- Pour en savoir plus sur les opérations de la CIA contre Assange, voir : https://english.elpais.com/international/2023-07-18/spanish-company-th... et https://uk.news.yahoo.com/pompeo-sources-for-yahoo-news-wiki-leaks-rep...

Voir ci-dessous pour plus d’informations sur la signification juridique des abus dans cette affaire.

Pourquoi les avocats d’Assange font-ils appel de la décision initiale du juge de district, qui a bloqué son extradition en janvier 2021, et de la décision du ministre de l’intérieur d’approuver l’extradition en juin 2022 ?

1. M. Assange ne devrait pas être extradé pour faire face à des poursuites et à des sanctions pour ses opinions politiques exposant la criminalité d’État.

La juge a rejeté à tort l’argument selon lequel la demande d’extradition a été faite pour poursuivre ou punir M. Assange pour ses opinions politiques. M. Assange est poursuivi pour avoir dénoncé la criminalité du gouvernement américain, notamment les crimes de guerre et la torture. De nombreux éléments de preuve ont été présentés au juge de district à ce sujet, notamment les opinions politiques d’Assange sur l’importance de la transparence pour pouvoir demander des comptes aux gouvernements afin de les dissuader de commettre des abus à l’avenir.

L’extradition pour des opinions politiques n’est pas autorisée et si le juge de district avait examiné les preuves avec précision, l’extradition aurait été stoppée. Les nouvelles preuves apparues depuis l’audience concernant les plans de la CIA pour kidnapper et/ou tuer Assange renforcent ce motif.

2. M. Assange ne devrait pas être extradé pour faire face à des poursuites où le droit pénal est étendu d’une manière sans précédent et imprévisible, ce qui viole l’article 7 de la Convention européenne des droits de l’homme ("CEDH").

C’est la première fois dans l’histoire des États-Unis qu’un éditeur est poursuivi pour avoir obtenu ou publié (par opposition à fuiter) des secrets d’État américains. Le juge de district a entendu des preuves non contestées selon lesquelles les rédacteurs de la loi sur l’espionnage n’avaient pas l’intention de faire entrer les éditeurs dans son champ d’application, des témoignages d’experts non contestés ont montré que la réception et la publication de secrets d’État étaient des opérations courantes et qu’il existait une "pratique ininterrompue de non-poursuite" des éditeurs.

Des preuves concordantes ont montré que l’accusation "franchit une nouvelle frontière juridique" et "rompt avec tous les précédents juridiques". L’extradition exposerait donc Assange à une extension nouvelle et imprévisible du droit pénal, en violation de l’article 7.

3. M. Assange ne devrait pas être extradé car les poursuites dont il fait l’objet constituent une violation grave de son droit à la liberté d’expression au titre de l’article 10 de la CEDH.

Il s’agit d’une poursuite sans précédent concernant un discours protégé, ce qui constitue une violation grave de la liberté d’expression en vertu de l’article 10 de la CEDH et devrait mettre un terme à l’extradition.

La jurisprudence de la CEDH reconnaît le rôle vital que la publication de secrets d’État peut jouer dans une société démocratique et le fait que des poursuites pénales et des condamnations pour de telles publications dissuaderont la presse de jouer ce rôle de "chien de garde". L’acte d’accusation américain contre Assange criminalise des pratiques journalistiques essentielles et impose une peine disproportionnée (175 ans), ce qui constitue une grave violation de l’article 10 de la CEDH.

4. M. Assange ne devrait pas être extradé alors que les États-Unis déclarent qu’il pourrait ne bénéficier d’aucune protection au titre du premier amendement.

Les États-Unis ont déclaré qu’ils soutiendraient au procès que M. Assange ne bénéficierait pas de la protection du premier amendement (protection de la liberté d’expression) car il n’est pas un ressortissant américain. En d’autres termes, en tant qu’accusé, il serait lésé lors d’un procès puisqu’il n’est pas citoyen américain.

5. L’extradition devrait être refusée car M. Assange ne bénéficiera pas d’un procès équitable, en violation de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme.

En raison de la tradition de négociation de plaidoyer coercitive et du fait que le jury sera composé de personnes liées à des agences et des contractants du gouvernement américain, les jurés sont susceptibles d’avoir des préjugés à l’égard de Julian Assange. Ils seront également sensibles aux commentaires publics du président américain et du directeur de la CIA. La présomption d’innocence s’en trouvera altérée.

Les preuves obtenues grâce au traitement inhumain et dégradant de Chelsea Manning et au retrait illégal des dossiers juridiques de Julian Assange de l’ambassade d’Équateur peuvent également affecter sa capacité à bénéficier d’un procès équitable aux États-Unis.

6. Le traité américano-britannique interdit l’extradition pour des délits politiques, ce qui signifie que l’extradition de M. Assange violerait le traité et le droit international et constituerait un abus de procédure (y compris l’article 5 de la CEDH).

Les infractions dont M. Assange est accusé sont toutes formellement des "infractions politiques pures" (espionnage, obtention et publication de secrets d’État), ce qui signifie qu’elles sont interdites à l’extradition en vertu de l’article 4, paragraphe 1, du traité d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Les États-Unis commettent un abus de procédure en présentant une demande d’extradition qui est interdite en vertu du traité.

7. Demande renouvelée d’admission de nouveaux éléments de preuve concernant les projets américains d’enlèvement/remise/assassinat de M. Assange en 2017 - pertinents pour ses droits au titre des articles 2 et 3 de la Convention européenne des droits de l’homme.

La CIA a planifié l’enlèvement et l’assassinat d’Assange. Cela indique qu’il sera soumis à un traitement inhumain et dégradant s’il est extradé vers les États-Unis. Extrader Assange reviendrait à le livrer directement aux mains de ceux-là mêmes qui ont comploté pour l’assassiner.

8. Le traité d’extradition permettrait aux États-Unis de modifier ou d’ajouter des chefs d’accusation qui pourraient exposer Julian Assange à la peine de mort.

Si les faits allégués dans la demande d’extradition sont les mêmes, Julian Assange peut être à nouveau inculpé en vertu des dispositions de la loi sur l’espionnage (Espionage Act) qui prévoient la peine de mort. Il convient de noter que Chelsea Manning a été accusée d’avoir "aidé l’ennemi", ce qui est passible de la peine de mort, et que des représentants du gouvernement américain ont publiquement qualifié les allégations contre Julian Assange de trahison et réclamé la peine de mort.

Pour plus d’informations ou pour toute demande d’interview, veuillez contacter : assangetrial@thephagroup.com

Une conférence de presse de l’Association de la presse étrangère aura lieu le jeudi 15 février à 11 heures à la Royal OverSeas League, 6 Park Pl, St. James’s, Londres SW1A 1LR. Stella Assange, Kristinn Hrafnsson, rédacteur en chef de Wikileaks, et Jennifer Robinson, conseillère juridique de WikiLeaks, prendront la parole. La séance d’information est ouverte aux journalistes britanniques et non britanniques.

RSVP à : briefings@fpalondon.org