vendredi 28 août 2020


Monique Pinçon-Charlot : « Le communisme, nous l’avons rencontré… chez les très riches »



Sociologue, ancienne directrice de recherche au CNRS, Monique Pinçon-Charlot est l’auteur, avec son mari Michel Pinçon, de très nombreux travaux consacrés à la bourgeoisie et aux antagonismes sociaux, parmi lesquels Grandes Fortunes. Dynasties familiales et formes de richesse en France (Payot, 1996) et Les Ghettos du gotha (Seuil, 2007). Toujours engagée dans les combats sociaux, et à l’heure de l’écriture de leurs mémoires croisés, elle a longuement répondu aux questions de Voix de l’Hexagone.
Propos recueillis par Ella Micheletti.

Voix de l’Hexagone : Après avoir mis en lumière avec votre époux Michel Pinçon la porosité du monde des affaires, de la très haute bourgeoisie et des décideurs politiques sous Nicolas Sarkozy (Le Président des riches, La Découverte, 2010) et François Hollande (La Violence des riches, La Découverte, 2014), vous avez consacré l’an dernier un ouvrage à la présidence d’Emmanuel Macron (Le Président des ultra-riches, La Découverte, 2019). Le pouvoir macronien n’est-il finalement qu’une étape supplémentaire de la fracture entre l’élite et le reste de la population ou bien présente-t-il, par sa nature-même, une rupture avec le soi-disant « ancien monde » ?
Monique Pinçon-Charlot : Il y a un peu des deux. Emmanuel Macron n’était pas au départ, le candidat préféré de l’oligarchie qui avait choisi François Fillon, dont le programme était franchement assumé réactionnaire, conservateur, et ultralibéral. Emmanuel Macron jouait un jeu de communication et de manipulation plus compliqué, avec son slogan « Ni de droite, ni de gauche ». Mais il s’agissait du miroir aux alouettes pour mieux piéger le gibier. Les membres de l’oligarchie, au premier tour de la présidentielle 2017, ont voté pour François Fillon, comme le montrent les statistiques électorales dans les beaux quartiers. Mais comme François Fillon n’était pas présent au second tour, Emmanuel Macron a constitué un cheval de rechange face à Marine Le Pen. Puis Emmanuel Macron s’est révélé dans la continuité quasi-parfaite de Nicolas Sarkozy et François Hollande.
Au fond, pour que le système capitaliste dans la phase où il se situe actuellement – en fin totale de parcours, puisqu’il a tout exploité et détruit la planète avec sa seule logique du profit au bénéfice des détenteurs de la propriété privée lucrative – les gens de pouvoir savent qu’il faut que « tout change pour que rien ne change ». François Hollande, après Nicolas Sarkozy était parfait. Sa phrase contre la finance était une manipulation qui devait servir à ramasser des voix à gauche. Emmanuel Macron est lui aussi parfait dans la suite logique de cette phase du néolibéralisme qui financiarise toujours plus en marchandisant tous les secteurs de l’activité économique et sociale y compris la santé, les ressources agricoles, l’eau, l’électricité… Tout ce qui relève du bien commun est aujourd’hui entre les mains des propriétaires. Le plus grave est la marchandisation et la financiarisation de l’information… Cela fait qu’actuellement dix milliardaires contrôlent 90 % des médias en France. On ne peut désormais plus parler d’une république, d’un gouvernement, au service de l’intérêt général. Bien qu’Emmanuel Macron refuse qu’on le dise, je répéterai de manière assumée que nous sommes dans une dictature de type oligarchique. L’oligarchie a en effet pris le pouvoir sur l’État, la politique et tout ce qui relève de l’intérêt général, au service d’une petite caste et de ses intérêts privés.
VdH : Face à cette politique délibérément orientée en faveur des plus privilégiés, comment expliquez-vous que des personnalités qui sont les grands protecteurs de l’oligarchie parviennent à arriver au pouvoir et s’y maintenir ?
M.P.-C. : La politique, comme la santé ou comme l’information, a été elle aussi financiarisée. Tout se passe comme si la politique était devenue la propriété des puissances d’argent. Le livre que nous avons co-écrit avec Michel, Le Président des ultra-riches, montre bien, en décortiquant la liste des donateurs d’Emmanuel Macron et toutes les manipulations opérées par les médias, que les oligarques ont forgé une créature adaptée aux besoins présents du capital. Pourquoi quelqu’un comme Emmanuel Macron parvient-il au pouvoir et pourra peut-être encore le conserver pour un deuxième mandat ? Parce que le premier parti de France est en réalité le parti des abstentionnistes.

Photo E. Micheletti
L’abstention est organisée, nous l’avons également démontré dans le même ouvrage. Du fait que le vote blanc ne soit pas reconnu dans les suffrages exprimés, la plupart des gens qui ne veulent plus de la classe politique actuelle choisissent de s’abstenir. La majorité des abstentions peut être considérée comme des abstentions « actives ». C’est pourquoi l’un de nos chevaux de bataille est la reconnaissance du vote blanc qui permettrait d’éviter que ce soit toujours les mêmes qui captent la parole populaire : Jean-Luc Mélenchon devrait prochainement se déclarer candidat aux prochaines présidentielles, de même qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen… Bref, les mêmes candidats que lors de la précédente élection présidentielle ! Le parti communiste, le NPA et d’autres vont aussi jouer le jeu de cette farce électorale, alors que les dés sont pipés… Or, la reconnaissance du vote blanc réglerait tous les problèmes d’un seul coup, y compris le problème des suffrages relevant du marché de la contestation politique, qui permet de faire croire que nous sommes en démocratie. Si, d’ici 2022, on parvenait à remporter la bataille de la reconnaissance du vote blanc, on gagnerait la guerre. Vous êtes-vous demandée comment il était possible de n’avoir jamais obtenu cela ? Les textes sont prêts, pourtant ! Laurent Fabius nous les avait communiqués en 2001. Il suffit de changer un article de la Constitution, celui qui dispose que le président de la République doit être élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Ce ne serait plus le cas si on comptabilisait le vote blanc. C’est le seul véritable obstacle juridique. Pourtant, l’initiative n’aboutit pas car il existe des complicités trop fortes avec ce que j’appelle « le marché de la contestation sociale ». Mais la situation est aujourd’hui bien trop grave pour qu’on continue à accepter les petits arrangements entre amis.
VdH : Face aux partisans du système néo-libéral, les partis de gauche apparaissent plus divisés que jamais. Croyez-vous, à court ou moyen terme, en une union des gauches pour mieux porter le combat des plus humbles ?
M. P.-C. : Cela paraît actuellement impossible tellement les divisions sont enracinées et institutionnalisées. Bourdieu parlait d’objectivation institutionnelle. L’enracinement est d’autant plus profond qu’il existe de nombreux enjeux de postes ainsi que des enjeux financiers. Comme l’oligarchie possède la richesse et le pouvoir, elle tient les ficelles des marionnettes. Je pense qu’il faut renouveler de fond en comble les candidats aux responsabilités politiques avec des ouvriers, des syndicalistes, des agriculteurs, des intellectuels… bref la population dans toute sa diversité. Mais avec l’interdiction de faire carrière en politique et, pour cela, il faut créer un statut de l’élu qui lui garantisse de retrouver l’emploi quitté. Prenons l’exemple de Jean-Luc Mélenchon qui prône le dégagisme alors qu’il a fait carrière en politique, dont des décennies passées au Parti socialiste. Sa parole met en scène une certaine radicalité mais il se réclame de François Mitterrand !
« L’oligarchie a pris le pouvoir sur l’État, la politique et tout cela relève de l’intérêt général, au service d’une petite caste et de ses intérêts privés »
VdH : Jean-Luc Mélenchon ne vous convainc donc vraiment pas…? Même en dépit du programme de la France insoumise ?
M.P.-C. : Si je suis très critique vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon, parce qu’il empêche l’union des forces populaires, j’ai un respect immense vis-à-vis des militants de la France insoumise dont Michel et moi sommes très proches d’un grand nombre. Comme nous sommes également très proches de militants du Parti communiste, de Lutte ouvrière ou du NPA. Nous nous battons pour des idées, par pour des partis. Pour en revenir à la question de l’union des gauches, je répète donc qu’il faut, à mon sens, changer le marché de la contestation sociale. Tant que les masses populaires ne se seront pas levées pour exiger d’intervenir en qualité de citoyens et dire ne plus vouloir de la démocratie représentative et de la trahison de leur parole, on n’en sortira pas. Je peux me tromper, mais la reconnaissance du vote blanc me paraît une réformette à notre portée mais à potentialité révolutionnaire à très court terme. 
VdH : La naissance, l’apogée et l’essoufflement des Gilets jaunes ont jalonné l’actualité durant un an et demi et permis de mettre en lumière des revendications populaires. Qu’en reste-il aujourd’hui ? L’expérience peut-elle constituer un terreau fertile à la reprise en main du Politique par le peuple ?
M. P.-C. : Les Gilets jaunes n’ont pas disparu. Nous sommes toujours en contact avec certains. Mais ils ont été tellement malmenés, mutilés par les LBD40, ces armes de guerre, que la peur s’est installée. Emmanuel Macron s’est livré, en plus, à de la manipulation de haut vol avec son Grand débat. Le peuple français est en lutte depuis l’avènement de ce président, sans interruption. Les Gilets jaunes ont déclenché un moment de panique dans les beaux quartiers. Nous en avons eu la confirmation lors de nos observations auprès des Gilets jaunes quand ils pouvaient encore manifester à proximité des lieux du pouvoir. Personne ne s’attendait à cela le 17 novembre 2018. Michel et moi, nous avons été surpris également. Malheureusement les manifestants ont  été massivement diabolisés par les médias dominants, mais aussi par des militants de gauche, peut-être parce que les Gilets jaunes revendiquant leur autonomie rejetaient les corps intermédiaires que sont les syndicats et les partis politiques. Dommage pour tout le monde, car la convergence des luttes dans le respect mutuel des différentes sensibilités aurait été le meilleur signal à donner à une oligarchie de plus en plus prédatrice.


VdH : Quand vous évoquez ce « monde de la contestation sociale » qui ne les soutenait pas, vous pensez aux syndicats, à certains partis ?
M. P.-C. : Oui. Les partis de gauche et les syndicats auraient dû protéger ce mouvement, être beaucoup plus présents à leurs côtés. Il n’est plus possible que les partis traditionnels continuent à manifester de Nation à Bastille ! Il faut aller au plus près des gens de pouvoir, dans les beaux quartiers et de façon non violente bien sûr. La violence est du côté des riches. Lorsqu’il y a des débordements dans les défilés, cela se retourne toujours contre les manifestants, qui n’y ont donc pas du tout intérêt.
VdH : Dans une interview à L’Humanité en janvier dernier, vous avez déclaré : « Tout est détruit, selon un ordre très précis imposé par les plus riches. » On songe par exemple au démantèlement méticuleux des services publics et aussi, dernièrement, à la réforme du système de retraites. Cette réforme est seulement « suspendue » en raison de la crise sanitaire, non des manifestations massives et des grèves hivernales ! Alors que le changement profond par les urnes paraît compromis, la rue a-t-elle également perdu de son pouvoir d’influence ?
M. P.-C. : Il faut cumuler le pouvoir des urnes et celui de la rue. Ils ne s’opposent pas. Je me souviens, au CNRS, de ces débats interminables qui opposaient le quantitatif au qualitatif, la sociologie à l’économie ou la science politique, etc. Tout était toujours découpé en tranches de saucisson, dont chacune devait avoir ses propres réseaux de pouvoir, ses propres intérêts. Nous, nous avons toujours été intéressés par le saucisson dans son intégralité ! C’est la raison pour laquelle nous raisonnons en terme de classes sociales et de rapports antagoniques, selon un modèle marxiste et bourdieusien. Rien ne s’oppose s’agissant des moyens de la lutte : il faut donc à la fois être dans la rue, faire de la désobéissance civile, se battre en faveur du vote blanc, faire des actions fortes dans les beaux quartiers, bref, multiplier les interventions de toutes sortes.
« Les très riches – et ce jusqu’à la fin de leurs jours – ne seront jamais malmenés par le travail de « deuil » de toute personne qui comprend que, sans argent, elle ne pourra jamais avoir ce qu’elle désire »
VdH : Et quid du contexte ? La crise du covid-19 peut-elle, par exemple, devenir une chance de penser un monde nouveau solidaire et écologique ? À moins que le capitalisme mondialisé n’en ressorte renforcé…
M.P.-C. : Tout dépendra de nous ! Nous sommes seuls responsables de la réponse à cette question. Ce qui se prépare est la « stratégie du choc », c’est-à-dire l’aggravation, à la rentrée, de la situation sociale (augmentation massive du nombre de chômeurs, blanchiment dans l’économie réelle des milliards issus de la spéculation conduisant à une crise financière…) et, dans le même temps, l’adoption de lois répressives. Si le peuple se divise et n’apparaît pas à la hauteur de la situation, la réaction des classes dirigeantes sera terrible pour les plus pauvres, les plus âgés, les plus malades, les plus handicapés… Notre responsabilité est immense. Il faut alerter, par exemple par la désobéissance civile. Ce n’est pas toujours facile. Il faut bien du courage pour rentrer dans une mairie et décrocher le portrait du président… Mais tout peut être utile pour faire bouger les lignes. On peut aussi impliquer les médias dans ce type d’action, comme l’avaient fait les intermittents du spectacle au cours d’un journal de David Pujadas il y a quelques années. J’ai bien d’autres illustrations… Ici, dans le secteur de Bourg-la-Reine, des électriciens ont coupé le courant pendant quelques minutes pour protester contre la réforme des retraites cet hiver. À la même période, le groupe Extinction Rebellion a envahi les locaux de Black Rock, tandis que Greenpeace et les Amis de la Terre participaient à une opération « tous couchés » sur l’esplanade de la Défense, bloquant pendant toute une journée le ministère de la Transition écologique, les sièges de grandes entreprises liées aux hydrocarbures…

VdH : Avec Michel Pinçon, vous avez consacré l’essentiel de votre œuvre universitaire à étudier l’habitus des classes privilégiées, révélant les stratégies par lesquelles les grandes familles bourgeoises préservent leurs intérêts et peuvent jouer la carte de la reproduction sociale. Mais l’argent et l’influence font-ils le bonheur de ces grandes familles…? D’après les sociologues que vous êtes, vivent-elles heureuses ?
M. P.-C. : Oui. Profondément. Sans mauvais conscience. Sans culpabilité. C’est un des apports importants de notre travail. Quand vous naissez à Neuilly, vous êtes construit dans un univers résidentiel spécifique, entouré de gens qui vous ressemblent, où il y a de l’espace. L’habitus de classe va vous structurer jusqu’à la conformation de votre corps, puisque le corps des dominants (travaillé, fin, redressé, bien habillé…) est profondément différent du corps des dominés. Ce qui n’est qu’un arbitraire de classe doit alors être en effet masqué pour être transformé en qualité naturelle, innée, afin que le darwinisme social fonctionne… Cela permet de passer de la violence économique à la violence symbolique. Avec cette dernière, ce sont les dominés qui en viennent à se dire qu’avec un tel maintien, une telle élégance, une telle formation intellectuelle, il est bien normal que ces gens-là nous dirigent. Cette violence symbolique est l’un des apports extraordinaires de Bourdieu.
« La violence est du côté des riches. Lorsqu’il y a des débordements dans les défilés, cela se retourne toujours contre les manifestants, qui n’y ont donc pas du tout intérêt »
Michel et moi, nous sommes actuellement en train d’écrire nos mémoires de sociologues, qui devraient paraître l’année prochaine. En y travaillant, on se rend compte à quel point il fallait être dans l’immersion de type ethnologique ou anthropologique pour arriver à comprendre le fonctionnement de la haute bourgeoisie. Premièrement, vous avez un habitus de classe construit en toute conscience de façon assumée et formalisée. Cet habitus de classe va pouvoir, ensuite, s’épanouir dans des conditions qui seront toujours en adéquation avec lui. Les très riches – et ce jusqu’à la fin de leurs jours – ne seront jamais malmenés par le travail de « deuil » de toute personne qui comprend que, sans argent, elle ne pourra jamais avoir ce qu’elle désire. J’irai encore plus loin : ce qui nous a rendus amères, c’est que le communisme nous l’avons effectivement rencontré… là-haut, chez « eux ». C’est-à-dire le partage, la solidarité, mais une solidarité de type communautariste, basée exclusivement sur la naissance. C’est un microcosme qui fonctionne dans le don et le contre-don, un petit monde qui s’accapare toutes les richesses, sans ruissellement aucun en direction des classes moyennes et populaires.
VdH : Comment en êtes-vous venue à cette spécialisation, l’étude sociologique de la haute bourgeoisie, qui a finalement fait votre renommée ?
M.P.-C. : Au début de notre carrière, nous étions deux chercheurs sans visibilité. C’est notre colère qui nous a donné une énergie salvatrice. Nous étions spécialisés en sociologie urbaine avant d’entrer au CNRS. Nous avions déjà été étonnés à l’époque de voir que tous les crédits de recherche étaient orientés vers l’étude des plus pauvres, des cités défavorisées. En revanche, il n’y avait jamais la possibilité financière d’enquêter sur les beaux quartiers ! Donc, comme tous les autres chercheurs, nous avons d’abord travaillé sur la question des HLM. Une fois arrivés au CNRS, nous étions censés, par notre statut, être libres et ne plus dépendre de l’argent.
En 1986, alors que le système néolibéral commençait à structurer le CNRS, même avec la complicité des chercheurs (y compris les plus à gauche !), nous nous sommes mis un peu en marge pour travailler chez nous, dans notre nouvelle maison. Nous avons décidé de mener des recherches sur ceux et celles qui sont à l’origine des inégalités abyssales dont on nous demandait de panser les plaies. Nous avons aussi décidé de travailler ensemble, en couple. Nous savons bien que, nous qui écrivons en ce moment nos mémoires de sociologues, nous ne sommes que des chercheurs qui ont mis en œuvre sur la grande bourgeoisie le système théorique de la domination de Bourdieu, articulé à la théorie de l’exploitation de Marx. Sans jamais inventer le moindre concept, nous avons été profondément heureux de partager cette aventure au sommet de l’espace social.  En 34 ans d’investigation sur ce milieu, notre objet a explosé en plein vol avec le passage d’un capitalisme industriel et paternaliste au néolibéralisme avec la financiarisation généralisée de tous les secteurs de l’activité économique et sociale. Je ne sais pas si beaucoup de sociologues ont pu vivre une aventure aussi extraordinaire que celle à laquelle nous avons été confrontés.
VdH : Si vous deviez vous décrire en une phrase, que diriez-vous ?
M.P.-C. : Nous sommes un duo de choc, inscrit dans le sport de la sociologie (en référence au titre du film documentaire de Pierre Carles sur Bourdieu La sociologie est un sport de combat) !
Entretien réalisé à Bourg-la-Reine le 19 août

mercredi 26 août 2020

Soyons vigilants devant l’égoïsme du vaccin

 
Aujourd’hui, il y a au moins une chose simple et c’est celle qui peut déterminer nos choix politiques dans un monde complexe, il y a le choix de la vie ou celui de la mort. Celui du respect de chaque vie et celui du tri sélectif au nom de critères plus que contestables.Etre communiste c’est peut-être se prononcer là-dessus. (note de danielle Bleitrach pour histoire et societe)

« Nous devons éviter de tomber dans le nationalisme du vaccin. Seule une distribution bien planifiée à l’échelle planétaire sera dans l’intérêt de chaque pays. » En commentant le comportement de certains pays qui spéculent sur les candidats vaccins, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a exprimé son inquiétude en ces termes. En effet, certains politiciens américains sont allés encore plus loin avec leur égoïsme extrême saboteur de la lutte antiépidémique mondiale.
Le monde dénombre à l’heure actuelle plus de 23 millions de cas confirmés et plus de 800 000 décès dus au COVID-19. Le vaccin est attendu comme le remède ultime. Ces derniers temps, plusieurs pays ont rapporté d’importants progrès dans ce sens : les recherches ont bien avancé ou un vaccin est sur le chemin d’être commercialisé. Ces bonnes nouvelles redonnent de l’espoir au monde entier. Malheureusement, certaines personnes aux Etats-Unis préfèrent envisager la question du vaccin d’un œil politique et parlent même d’une « course géopolitique ».
Ainsi, les politiciens américains qui s’accrochent à leur idéologie de compétition à somme nulle, après avoir politisé la question de l’origine du virus, sautent sur le propos du vaccin et s’en servent pour détourner le mécontentement et décrocher des voix électorales. Ils accusent la Chine de « voler les techniques et données américaines », de jouer de la « diplomatie du vaccin ». Dans le même temps, ils ont dégainé toutes leurs armes pour avoir la prépondérance en termes de recherche et développement et d’utilisation du vaccin. Ces messieurs sont même prêts à en faire une affaire bien lucrative. En mars, Washington a été soupçonné d’avoir tenté d’acquérir l’exclusivité de la technique du vaccin développée par une société allemande. Cet acte extrêmement égoïste a été vivement contesté.
Certains se livrent même à une guerre du vaccin. Le magazine Science a révélé que le gouvernement américain avait signé avec plusieurs sociétés pharmaceutiques des contrats d’achat de vaccin pour une valeur totale de 6 milliards de dollars. Pas difficile de deviner la motivation de Washington qui après avoir mal géré la crise sanitaire parie maintenant sur la vaccination.
Le besoin urgent du vaccin est pourtant bien compréhensible. Justement, ce besoin est encore plus imminent dans les pays en voie de développement où vit la partie majoritaire des populations planétaires. Comme l’indique le magazine britannique The Ecologist, la dispute des candidats vaccins par les Etats-Unis et autres pays réduira considérablement la chance des populations vulnérables vivant dans les pays pauvres d’accéder à la vaccination. Le monde entier en subira les conséquences. Le docteur Dr John Nkengasong du Centre de contrôle et de prévention des maladies d’Afrique a bien peur que la quantité des doses de vaccin accessibles à l’Afrique ne soit pas suffisante.
La mise au point du vaccin ne signifiera pas la fin de la guerre contre le COVID-19. Assurer que la communauté internationale profite de ce fruit de manière équitable sera un combat encore plus âpre.
La Chine a mené le développement du vaccin dans la dynamique de la préservation de la sécurité sanitaire mondiale. En mai, dans son discours prononcé à l’inauguration de l’Assemblée mondiale de la santé, le président chinois Xi Jinping a promis de « mettre le vaccin chinois, dès qu’il serait mis au point, à la disposition du monde entier comme un produit public ». Récemment, le ministère chinois des Affaires étrangères a invité l’académicien Zhong Nanshan à échanger en ligne avec 158 délégations diplomatiques étrangères pour partager les expériences chinoises en termes de prévention et de traitement de la pneumonie due au nouveau coronavirus.
La Chine n’est pourtant pas capable d’assurer à elle seule la distribution équitable du vaccin. Tous les pays, en particulier les pays développés ont leur responsabilité à assumer. L’OMS a reçu à ce jour 2,5 milliards de dollars de don pour financer le projet dit l’Accélérateur de l’outil contre le COVID-19. La somme de 31,3 milliards sera pourtant nécessaire pour soutenir les travaux des 12 premiers mois : une grande lacune reste à remplir.
L’étroitesse du nationalisme est derrière l’impasse dans laquelle se trouve le monde que ce soit pour répondre aux changements climatiques ou pour réduire les écarts entre les nations. Face au défi du COVID-19, les pays du monde ne doivent pas se laisser prendre en otage par l’égoïsme du vaccin des politiciens américains. La solidarité et la coopération sont les armes les plus puissantes pour combattre le désastre. Le chef de l’OMS a bien résumé la situation : pour une reprise plus vite, il faut que le monde entier se reprenne. Une partie du monde ou quelques pays du monde à eux seuls n’arriveront pas à sortir de la catastrophe.
DÉMOCRATIE par Bruno Guigue

LE DOUX PARFUM DE LA DÉMOCRATIE
par Bruno Guigue

mardi 25 août 2020, par Comité Valmy

LE DOUX PARFUM DE LA DÉMOCRATIE

A l’instar de Bernard-Henri Lévy se précipitant dans son jet privé pour aller désigner les cibles à vitrifier, les fauteurs de guerre civile mandatés par les officines de l’ingérence sont toujours à l’affût, chez les autres, de la moindre secousse qu’ils transforment alors, grâce à leurs sponsors planétaires, en juteuse opportunité de déstabilisation pour le compte de l’impérialisme.
Ces dernières semaines, on a ainsi pu voir comment, ciblant la Biélorussie à l’occasion d’une grave crise politique, les vautours du droit-de-l’hommisme se sont jetés comme la vérole sur ce pays dont ils ignoraient tout la veille. Manifestement, ils rêvent d’en faire un nouveau bantoustan au profit de l’oligarchie mondialiste en y ouvrant les vannes, de gré ou de force, de la grande braderie néolibérale.
On ne fera croire à personne, pourtant, que c’est l’autoritarisme du président Loukachenko, au pouvoir depuis 18 ans, qui arrache des larmes de crocodile à ces belles âmes occidentales. Car le fait est qu’elles sont beaucoup moins regardantes sur le respect des droits de l’homme lorsqu’elles observent un silence complice à propos de certains régimes tyranniques et obscurantistes appréciés de l’Occident.
En réalité, s’il est pris pour cible, c’est surtout parce que le pouvoir biélorusse, dont nul ne prétend qu’il est sans reproches, entend néanmoins préserver les acquis sociaux et le patrimoine national hérités de la période soviétique en les soustrayant aux convoitises d’une finance prédatrice et prompte à démolir tout ce qu’elle touche pour accroître ses profits. Et de mémoire d’homme, on n’a jamais vu une politique d’ingérence se faire au profit de qui que ce soit d’autre que de celui qui la pratique.
Au IVe siècle avant notre ère, Aristote ironisait déjà en faisant observer que "nous n’allons tout de même pas, nous les Grecs, nous mettre à délibérer sur les affaires qui concernent les Scythes". Il est ahurissant de voir que l’admission d’une règle aussi simple, dans le cerveau d’homo occidentalis, échoue encore à passer la rampe de la perception la plus élémentaire.
On se demande bien à quel titre les régimes politiques occidentaux, d’ailleurs, sont fondés à donner des leçons de morale à la planète entière. Et il faut vraiment que le monde ait été frauduleusement mis à l’envers pour qu’on finisse par prendre leur propension historique au crime de masse pour un certificat de vertu et d’exemplarité.
A croire que l’idéologie dans laquelle nous barbotons comme des canards a de surprenantes vertus alchimiques : elle transforme la fange en parfum. La politique occidentale a beau empiler les cadavres, cette compulsion n’est jamais imputée à son essence même. Sa brutalité n’est qu’accident de l’histoire, égarement passager, vagues péripéties rapidement plongées dans l’oubli par les mécanismes de la mémoire sélective.
On peut vitrifier les Libyens à sa guise, transformer l’Afghanistan en champ de ruines, livrer les Syriens à Al-Qaida, tenter de mettre l’Iran à genoux, faire mourir les enfants vénézuéliens en les privant de médicaments, après tout ce n’est jamais que du menu fretin. De la volaille au teint basané vouée à l’immolation sacrificielle par les grands prêtres de la démocratie et des droits de l’homme.
Sur l’échelle de Richter du massacre à la tronçonneuse, il y a longtemps que la démocratie occidentale a dépassé toutes les prévisions. Chapelets de bombes sur les Coréens, les Vietnamiens, les Cambodgiens, les Irakiens, les Palestiniens, les Syriens, les Libyens, les Afghans, les Yéménites. Guerre par procuration, blocus, guerre économique, action clandestine, coup d’État, manipulation de la terreur : la panoplie est inépuisable, le résultat édifiant. Soyons fiers et exportons notre savoir-faire !
Bruno Guigue
24 août 2020

Washington Post : le rapprochement avec l’Occident n’intéresse pas les Biélorusses
par Alexandre Lemoine

mercredi 26 août 2020, par Comité Valmy

Washington Post : le rapprochement avec l’Occident n’intéresse pas les Biélorusses

Les manifestations qui ont commencé en Biélorussie après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle, donnant Alexandre Loukachenko vainqueur, ne cessent pas à ce jour. Certains le comparent au maïdan qui s’est produit en Ukraine en 2014. Mais il y a peu de points communs. Cela reconnaît même le quotidien américain Washington Post.
Ce journal indique que si les Ukrainiens exigeaient le rapprochement avec l’Occident et la rupture des relations avec la Russie, les Biélorusses manifestent pour d’autres raisons et ne veulent pas vraiment changer la politique étrangère du pays.

Entre l’Occident et la Russie

Les spécialistes du WP ont mené un sondage qui a montré les sentiments des Biélorusses. Il a été demandé aux habitants locaux d’indiquer où se trouverait leur pays sur une échelle énumérée où l’Occident représente 0 et la Russie – 10. Les résultats ne sont pas rassurants pour les États-Unis et l’Europe. Aux yeux des habitants locaux leur pays se trouve à 7, c’est-à-dire bien plus près de Moscou que de Bruxelles. "Dans l’ensemble, début 2020, les Biélorusses étaient satisfaits que leur pays adopte une position géopolitique légèrement prorusse", écrit le WP.
Par conséquent, les rassemblements actuels ne sont pas liés à la ligne générale du pays. Les habitants de la Biélorussie sont davantage préoccupés par l’inflation, les salaires bas et le chômage que par la position prorusse de leur dirigeant.

Le maïdan n’inspire pas les manifestants

Plus tôt, Alexandre Loukachenko avait déjà accusé ses adversaires et les manifestants d’être des agents de superviseurs étrangers, en comparant la situation au maïdan en Ukraine. Toutefois, rien ne permet encore de confirmer cette théorie. Or en 2014, en Ukraine venaient sans se cacher pour soutenir les manifestants la conseillère du secrétaire d’État américain pour l’Europe Victoria Nuland, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton et d’autres personnalités étrangères. Ce qui n’est pas le cas en Biélorussie.
De plus, selon le sondage du quotidien américain, près de deux tiers des Biélorusses pensent que le coup d’État en Ukraine en 2014 était une erreur et a détérioré la situation dans le pays voisin.
"Les protestations sur le Maïdan en 2014 ayant un penchant clairement prooccidental ne sont pas devenues une source d’inspiration pour les Biélorusses", conclut le WP.
En conséquence, les manifestations à Minsk sont purement politiques. Le rapprochement avec l’Occident n’intéresse pas les Biélorusses. Ils sont satisfaits par le maintien des liens culturels étroits de leur pays avec la Russie, tout en restant ouvert aux relations avec l’Occident. Toutefois, le fait que les manifestants ne veulent pas changer la politique étrangère ne signifie pas qu’elle sera maintenue sous sa forme actuelle avec un nouveau dirigeant.
Alexandre Lemoine
25 août 2020

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Avant que Jean Castex ne devienne le premier des clones de celui qui a pour logis le palais de l'Elysée, il était maire et conseiller général dans le 66, étiqueté Sarkozy-Fillon, et aussi président de la communauté des communes de Conflent-Canigo. Et au sein de cette communauté des communes, son tonton est le vice-président chargé de la gestion des déchets.
Selon Médiapart, une enquête visant ledit tonton a été stoppée quelques jours avant que son neveu loge à Matignon. Des infractions au Code de l'environnement (liées à la pollution) et au Code du travail (pour du travail au noir) étaient pourtant suspectées par les enquêteurs. Et une source proche du dossier évoque un abandon "brutal et inexpliqué" des investigations.
Cela n'a rien à voir, circulez, a  semblé répondre le procureur de Perpignan à Médiapart. Le choix de stopper les investigations "n'est pas lié à la nomination du Premier ministre ni à ses liens avec le vice-président de l’intercommunalité en charge de la déchetterie mais au traitement des éléments objectifs et juridiques du dossier".
Ben oui, un président en titre d'une  communauté de communes ne sait rien sur les activités de son tonton, vice-président au sein de la même communauté de communes. Et l'inspecteur Gadget confirme.
Attention aussi, comme il se dit, selon que l'on est puissant ou misérable, surtout si vous êtes puissant, la présomption d'innocence existe. Et étant respectueux de la Loi, je me devais de rappeler cela.
Autrefois, il y a bien longtemps, lorsque j'étais un perdreau de l'année, il y avait cette réclame ô combien progressiste pour la femme.
Jean Castex et la Justice: stop ou encore?
Et aujourd'hui en politique politicienne, on obtient les mêmes résultats?

 

A propos des intolérables actes négationnistes à Oradour sur Glane

Publié le 22 Août 2020
Bien sûr traquer
et punir les coupables.
Mais poser publiquement la question :
comment se fait-il 
qu'ils aient pu agir ainsi?


Oradour sur Glane, 06/2015 (photo prise par CleR)
Le Centre de la Mémoire d’Oradour vient d’être souillé de manière ignominieuse.
Une inscription négationniste a été écrite par des pro-nazis au fronton de ce bâtiment entièrement dédié au souvenir du massacre du village par la division Das Reich en 1944.
C'est insupportable.
Mais cela n'est pas surprenant.
Quand des fonctionnaires de police, des militaires  peuvent impunément arborer des tatouages nazis et tenir des propos racistes et antisémites.
Quand dans l'été 2020 les groupes fascistes pourtant interdits et dissouts peuvent, au nom du respect de la propriété privée,  tenir des stages idéologiques et paramilitaires sans que le ministère de l'intérieur et ses préfets n'interviennent pour faire appliquer la loi avec la même vigueur qu'ils déploient leurs forces contre les manifestations populaires.
Quand une organisation politique fondée par des anciens SS des remugles de la milice a pignon sur rue et se parfume d'honorabilité.
Les conditions sont réunies pour que des commandos nocturnes passent à l'acte.
Il y a certes la réaction de dénonciation de la ministre déléguée au Anciens Combattants et victimes de guerre.
Mais la gravité des faits exige que le locataire de l'Elysée prenne sur le temps qu'il consacre à soutenir les facistes ukrainiens et d'ailleurs, de toutes les réactions à l'oeuvre de Minsk à Caracas et use plutôt de son temps pour porter un message  de solidarité avec la population et les familles d'Oradour, leurs associations de mémoire et intervienne comme il sait le faire pour d'autres causes pour que les auteurs de ces actes soient trouvés, arrêtés et jugés 

mardi 25 août 2020

A Tahiti, les pandores dispersent le Covid!

(article paru sur le Canard Enchaîné)

UN FRANC SUCCÈS, la dernière mission à Tahiti des gendarmes mobiles de Tarbes.! Soixante douze pandores viennent de rentrer à la maison, après onze semaines à Papeete, avec des souvenirs plein les yeux mais aussi plein les narines: 51 ont été détectés positifs au Covid à leur arrivée en métropole.
Les militaires se sont contaminés entre eux à l'occasion du traditionnel pot de départ, organisé le 3 août au soir à la caserne, quelques heures avant de prendre l'avion du retour. Lors de cette petite sauterie, l'un des gendarmes a refilé le virus à ses collègues. 
Ors le "supercontaminateur" avait participé, le 31 juillet, à une fiesta dans un restaurant basque de Papeete, le "Piment rouge", transformé en dancing, ce qui est interdit. " Le seul endroit de la planète où auront lieu les fêtes de Bayonne"trompetait la publicité. C'est désormais aux autorités de refermer la boîte à pandores....
Impacts et expats.
Cette contamination massive la fout mal, la Polynésie française - territoire vaste comme l'Europe mais peuplée comme Nantes - ayant été à peu près épargnée par le coronavirus. Jusqu'à cette fameuse soirée au "Piment rouge", où une centaine de personnes se sont côtoyées, essentiellement des métropolitains, l'épidémie paraissait éteinte. Désormais, les chiffres s'affolent, 80 personnes ayant été recensées en une semaine. Les écoles ferment les unes après les autres, quelques heures à peine après la rentrée des classes, fixée à la mi-août à Papeete. 
Il s'agit bien d'un "rebond de l'épidémie, résultant de comportements irresponsables de certains établissements et personnes l'origine de ces clusters", a tonné le ministre des Outre-Mer dans un communiqué. Transmis aux "irresponsables" de Tarbes. 
Le haut-commissaire - l'équivalent du préfet -, et le Président de la Polynésie française, Édouard Fritch, ont été invités à s'expliquer par visio-conférence, avec Sébastien Lecornu, le ministre. Car l'affaire devient politique. A Tahiti, une partie de la population considère que, sans les expatriés, ce virus ce virus ne serait peut-être jamais ni arrivé ni revenu. Envoyés pour assurer le maintien de l'ordre, les gendarmes de Tarbes auront semé un sacré désordre..
 
 Note de Pedrito.
 
Les gendarmes de Tarbes sont comme tous les policiers et  gendarmes: infaillibles! ils ont dispersé le Covid, ils n'avaient de compte à rendre à personne. Leurs libations débiles avant tout! Comme le préfet de la Vendée, autorisé aux pires conneries. Comme ceux qui m'ont collé une amende il y a une quinzaine de jours pour "mise en danger de la vie d'autrui": certes, j'ai doublé un poids lourd sur la route entre Bazet et le rond point de Bordères, et au dernier moment, arrivé à hauteur du poids lourd que je finissais de doubler, j'ai découvert qu'un fourgon précédait le camion, mais celui-ci suivait de beaucoup trop près le fourgon que je ne pouvais pas voir, j'ai choisi d'accélérer plutôt que de me glisser entre les véhicules trop rapprochés. Les deux gendarmes qui me suivaient à moto m'ont arrêté. Celui qui m'a verbalisé n'a pas du tout voulu considérer que mon choix pouvait s'expliquer par la dangereuse proximité du poids lourd qui suivait le fourgon QUE JE NE POUVAIS PAS VOIR . 90 euros, et trois points. Fouette cocher! Il faut bien payer grassement tous les innombrables parasites qui peuplent les pas moins nombreux ministères. 
Voilà comment "force reste toujours à la loi", selon la formule con sacrée. Le citoyen encaisse les coups sans avoir d'autre recours que de cracher au bassinet. Se taire. Tout accepter. Lorsqu'on a besoin d'eux, les gendarmes, on est obligé de sonner et d'attendre devant des gendarmeries qui sont devenus des forteresses imprenables des fonctionnaires qui ne prennent même plus la peine de répondre et d'ouvrir, comme çà m'est arrivé il y a quelques années, à Marciac.  La "capitale du jazz",  où le tourisme de masse continue chaque année ses ravages, pour le plus grand plaisir d'un maire "socialiste" amoureux des caméras et micros, et où un gendarme m'avait convoqué à la caserne, pour enregistrer ma plainte qui visait justement un adjoint au maire, mais où personne ne s'est donné la peine de me recevoir, au bout de 20 minutes d'attente.  Démocratie !!!
Ah! Oui! Il nous reste le vote! Voter!! Mais pour qui? Pourquoi? La droite nous a toujours tondu, et la gôche caviar ne sait qu'une chose: imiter la droite, pour gagner de temps en temps les élections, et garantir "l'alternance", ce piège à cons, tarte à la crème de nos démocraties vérolées.  Choisir entre la peste fasciste ou le choléra macro-mélenchien !!!
En attendant que le couvercle de la marmite finisse par exploser à la gueule de tous ces politiciens de tout bord qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.....

L’histoire multipolaire est riche d’enseignement pour la Chine montante

Cette analyse, ce retour à Toynbee, montre à quel point la Chine se situe dans le temps long d’une transition sur laquelle il est impossible de revenir. Le déclin irréversible de l’occident, dont Marx disait déjà qu’il allait transformer l’atlantique en une autre mer intérieure dépassée qu’est la méditerranée et il proposait l’horizon du pacifique comme l’avenir, aboutit à des visions saisissantes d’une Europe sinon en ruine à tout le moins épuisée. Des régimes en pleine régression comme la Pologne, la Turquie, Israël, les Saoudiens, etc… tentent de se tailler un empire féodal sur l’impossible hégémonie impériale. La Chine ne doit pas prétendre leur succéder, elle doit revendiquer un autre monde. (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Par Wang Wen Source: Global Times Publié: 2020/8/24 17:30:283


Parmi les membres de tous les fondateurs de courant de pensée, celui que j’admire le plus est l’historien britannique Arnold Joseph Toynbee (1889-1975). Il est surtout connu pour son A Study of History en 12 volumes , qui contient plus de 3 millions de mots et environ 7 000 pages. Ces tomes retracent le développement et la décomposition de 19 civilisations mondiales dans les archives historiques, dont la plupart peuvent être décrites comme les illustrations les plus profondes de la civilisation humaine.
Toynbee a été diplomate pendant plusieurs années. Il avait été directeur des études au Royal Institute of International Affairs de Londres, l’un des principaux groupes de réflexion mondiaux, pendant plus de 20 ans. Mais son apogée créatrice a atteint le zénith lors de sa tournée mondiale après sa retraite à l’âge de 64 ans. Il a commencé un voyage avec sa femme en partant de Londres et il a passé près de deux ans en Amérique du Sud, dans le Pacifique, en Asie du Sud et au Proche-Orient, comme il le souhaitait pour visiter des peuples et des lieux qu’il connaissait déjà dans les livres.
J’ai plus de chance que Toynbee. En raison de la mondialisation rapide de l’ordre mondial, des transports pratiques et des opportunités offertes par l’essor de la Chine, je suis allé dans près de 100 pays – et je suis encore loin de mon âge de retraite. Je suis allé aux États-Unis et en Europe des dizaines de fois et j’ai visité à plusieurs reprises des pays riches en histoire. Par exemple, je suis allé en Iran huit fois, en Turquie cinq fois et au Kenya trois fois. Mais en raison de mon horaire de travail chargé, mes visites dans ces pays ont été précipitées.  
Heureusement, j’avais travaillé comme journaliste pendant huit ans. Même à  travers un aperçu, je pouvais sentir la montée collective sans précédent dans le monde. Au Musée national de la République du Kazakhstan, en entrant dans la salle, j’ai vu une immense carte du territoire national du Kazakhstan. Cette carte reflète les ambitions de cette nation qui possède une histoire de plusieurs milliers d’années mais qui n’a déclaré sa souveraineté sur son territoire en tant que république qu’au début des années 1990. 
À Brasilia, j’ai regardé les plusieurs centaines de mètres de cette ville qui a été inaugurée comme capitale du Brésil en 1960. Je pouvais voir que la ville était conçue sous la forme d’un avion, ce qui reflétait la volonté du Brésil de devenir une puissance majeure lors du lancement de la capitale. 
À Abuja, la capitale du Nigéria, des amis africains locaux ont fièrement partagé avec moi leur compréhension de leur grande, nouvelle et belle capitale et leur vision que le pays deviendra la plus grande économie du continent. 
Sur la place Azadi de Téhéran, qui peut accueillir des centaines de milliers de personnes, j’ai été invité à la tribune et j’ai écouté le discours du président de l’époque, Mahmoud Ahmadinejad, qui s’est engagé à combattre les États-Unis et Israël jusqu’au bout. 
Il est triste de voir que certaines grandes puissances établies sont en déclin ces dernières années. Je suis allé à Paris plusieurs fois, et chaque fois que j’ai vu les Champs-Élysées entourés de rues pleines de mégots de cigarettes, de vendeurs ambulants et de pickpockets effrénés, je me sentais un peu désolé pour cet empire autrefois puissant. À Bratislava, la capitale de la Slovaquie; Budapest, la capitale de la Hongrie; et Varsovie, la capitale de la Pologne, j’ai vu des graffitis et des bâtiments en mauvais état partout où j’allais. Je ne peux m’empêcher de déplorer la déchéance des anciennes puissances européennes et la difficulté et les épreuves auxquelles elles sont confrontées aujourd’hui pour survivre dans les fissures des plus grandes puissances d’aujourd’hui.
Le célèbre savant Parag Khanna a mentionné dans The Second World: Empires and Influence in the New Global Orderque: “Les pays du second monde prouvent que l’histoire est moins un continuum sans faille qu’un concours imprévisible opposant le progrès matériel à la rareté des ressources, la mondialisation cosmopolite contre le traditionalisme tribaliste, l’union politique contre les instincts fissipares et l’autarcie contre l’avantage comparatif.”
La Chine a atteint “le moment le plus proche du plus grand rajeunissement de la nation chinoise”. Il est nécessaire que la Chine tire les leçons de l’expérience réussie des grandes puissances établies, des puissances régionales et des économies émergentes tout en comprenant leurs conditions actuelles.
Pendant longtemps encore, la multipolarisation du monde sera une tendance imparable. Les crevasses entre les États-Unis et l’Europe et la prospérité des puissances régionales produiront des résultats inattendus et complexes. Nous, Chinois, ne sommes pas très fiers de nos réalisations, et diriger le monde n’est pas quelque chose auquel nous ambitionnons dans le monde multipolaire où le pouvoir est partagé. 
À cet égard, nous devons suivre la sagesse de l’historien Arnold Toynbee: seules l’égalité entre les nations et le respect mutuel entre les civilisations peuvent apporter un avenir meilleur.
L’auteur est professeur et doyen exécutif du Chongyang Institute for Financial Studies à l’Université Renmin de Chine, et directeur exécutif du Centre de recherche sur l’échange entre les peuples Chine-États-Unis. Son dernier livre est Long March Road de Great Power. wangwen2013@ruc.edu.cn

Pour une plate-forme électorale

 résolument sociale

Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Élections, #Qu’est-ce que la "gauche", #Economie, #GQ
Imaginons une plate-forme électorale populaire qui pourrait gagner en France en 2022 !
C’est le moment de proposer un programme résolument social : les traitements successifs de la crise des subprime en 2008 et de la crise du Covid 19 en 2020, par l’émission de quantités folles de monnaie montrent que la marge de manœuvre est politique et non économique : on peut imprimer de la monnaie pour embaucher des fonctionnaires, réaliser des grands travaux, financer la santé et l’éducation, nationaliser des entreprises, plutôt que renflouer des banques, construire des armes et nourrir la spéculation.
On ne peut sans doute pas le faire indéfiniment, mais on peut le faire pendant beaucoup plus longtemps que l’on croyait, et si une part substantielle de cet argent est utilisé pour relocaliser l’industrie et l’agriculture en France, il se transformera rapidement en richesse réelle.
a) Rendre du pouvoir d’achat aux masses en commençant par les plus pauvres et précarisés :
- Baisser significativement (50%) la TVA et la TIPP et supprimer la CSG
- Rétablir la prise en charge et le remboursement de la sécu à 100 %
- Revaloriser les retraites par retour à la situation d’avant 1993 : 150 trimestres et 60 ans pour le taux plein, pour le public et le privé
- Revaloriser résolument les allocations familiales, dès le premier enfant
- Relever la valeur du point de la fonction publique de 16 % (montant de pouvoir d’achat perdu en 20 ans) et consolidation du statut de la fonction publique
- Relever les minimas sociaux nets, notamment le SMIC, du même taux
- Relever tous les salaires nets de 16 % du niveau du salaire médian, soit de 300 euros par mois
- Développer les prestations gratuites des services publics : transports, communications, énergie (créer un droit à l’énergie par la facturation d’une première tranche de consommation gratuite), nationalisation et gratuité des autoroutes
- Revaloriser les APL et à plus long terme, relancer le programme de construction dans l’habitat social.
- Créer un salaire pour les étudiants et pour les jeunes en formation professionnelle (tous niveaux) assorti à des obligations d’assiduité.
- Assurance chômage et droit du travail, retour au statu quo ante des contre-réformes (situation de 1986)
b) Réforme économique et fiscale pour mener à bien cette politique résolument sociale :
- Opérer un transfert de l’impôt des taxes indirectes vers l’IR (augmenter le nombre de tranches), l’ISF rétabli, l’impôt sur les sociétés, les droits de mutation et de succession, etc.
- Augmentation des cotisations sociales, obtenue par une revalorisation du salaire brut supérieure à celle du salaire net. Revalorisation du salaire total (salaire net + cotisations salariales + cotisations patronales) et introduction des cotisations patronales dans le salaire brut, suppression des allègements de charge. Revalorisation annuelle du salaire total pour équilibrer automatiquement les comptes de la sécu (santé, retraite et famille). Suspension de tous les licenciements économiques pour deux ans, durée estimative de la mise en place de la réforme.
- Lancer un grand plan de développement des services publics, avec le retour au monopole public de la Poste, des télécoms, de la SNCF, et la nationalisation des banques, de l’énergie.
- Embauches et investissements significatifs dans les services publics et dans la fonction publique : transports, santé, éducation, recherche , par augmentation des effectifs de 10 %
- Développer résolument l’offre de transports collectifs, urbains, locaux et régionaux gratuits (chemins de fer et autocars), accessibles à tous.
- Réindustrialisation du territoire, protection du marché par des normes strictes de qualité, sociales et environnementales, promotion et détaxe pour les produits fabriqués en France
- Aides aux artisans, aux commerçants et aux PME pour revitaliser les centres urbains, et aux agriculteurs de montagne et des zones en désertification
c) Pour avoir les moyens politiques de la politique économique et sociale :
- Nationalisation des banques, de l’énergie, des télécoms, des transports et des grands groupes industriels stratégiques.
- Retour de la souveraineté monétaire, de la souveraineté économique : abolition des directives européennes imposant les privatisations et le contrôle budgétaire
d) Sur les questions de police et de justice :
- Rétablissement de la police de proximité abolie par Sarkozy
- Revalorisation des services publics de la justice et de la police
- Lutte résolue contre les incivilités, le vandalisme, la violence urbaine, le travail non déclaré, et la fraude fiscale.
e) Sur les institutions :
- Supprimer les régions et reporter leurs compétences sur les départements, revitaliser l’échelon communal, subdiviser les communes pour créer une cellule territoriale de base autogérée
f) sur la politique internationale
- Souveraineté militaire : retrait de l’OTAN
- Retrait des troupes française d’Afrique
- Reconnaissance de la Palestine
- Abolition de toutes les sanctions contre des pays étrangers et leurs ressortissants et refus de l’ingérence dans la politique intérieure des États étrangers
.
g) culture et communication
- Mettre en vigueur une législation contre la concentration et la mainmise financière dans les médias. Renationalisation des chaînes de télévision historiques : TF1, M6.
- Relancer une action culturelle à destination du public populaire
- Réévaluer les aides et les subventions destinées à l’art contemporain et définir des critères précis pour les attribuer
h) Contre le consumérisme, modifier les mentalités :
- Limitation drastique des espaces publicitaires autorisés, du sponsoring, du mécénat privé, suppression de la publicité sur les médias publics et interdiction de l’usage de l’image des enfants dans la pub.
- Limitation des soldes, des crédits à consommation, suppression des crédits renouvelables « revolving »
g) Ce programme ne doit pas contenir de propositions sociétales pour éviter le rejet des classes populaires ou leur division
Explication de ce point : je crois que laisser le "sociétal" à qui voudra le prendre permet de remettre les questions sociales au premier plan pour créer une plateforme qui serait fédératrice et populaire chez les ouvriers et les précarisés qui sont invisibilisés dans les débats idéologisés et hystérisés qui accaparent l’espace public, et qui aurait aussi beaucoup d’attraits pour les salariés à revenus moyens.
Je pense que le "sociétal" sous tous ses aspects dits « de gauche » (écologisme, genre, antiracisme, migrations, communautarisme, laïcité, animalisme, etc.) intéresse réellement 10% de ceux qui votent, ceux qui se disent encore "de gauche" dans les enquêtes d’opinion, et qu’il provoque un puissant rejet dans le reste de la société, y compris chez les femmes, les homosexuels, les immigrés, et les personnes préoccupées par l’écologie rationnelle.
Se retirer volontairement du terrain sociétal ne signifie évidemment pas faire du sociétal à l’envers, du registre des extrêmes-droites idéologiques. Les notions sociétales marquées à droite, comme le conservatisme culturel, l’identité nationale ou la demande d’ordre moral paraissent encore plus marginales que les autres dans les préoccupations des masses.
Pour résumé, ce qui nous intéresse, c’est l’emploi, le pouvoir d’achat, l’égalité réelle et la paix.
Gilles Questiaux, 20 août 2020, compte tenu des observations (parfois sceptiques !) d’El Diablo, Antoine Mannessis, Jean Lévy, Pasquale Noizet
23 août 2020

lundi 24 août 2020

Blog Le Grand Soir

« Pour poursuivre ses objectifs de maximisation des profits, le capitalisme est prêt à utiliser la « carotte » de la démocratie ainsi que le « bâton » du fascisme »

Mohsen Abdelmoumen :  Dans votre livre « Big Business avec Hitler », vous évoquez la collaboration de l’élite économique industrielle et financière mondiale avec Hitler. Hitler n’est-il pas un pur produit, un instrument, du système capitaliste ?
Dr. Jacques Pauwels : Le soi-disant « national-socialisme » d’Hitler, en réalité pas du tout une forme de socialisme, était la variante allemande du fascisme, et le fascisme était une manifestation du capitalisme, la manière brutale et cruelle dont le capitalisme s’est manifesté dans l’entre-deux-guerres en réponse à la menace de changement révolutionnaire incarnée par le communisme, et à la crise économique de la Grande Dépression. Dans la mesure où Hitler a personnifié la variante allemande du fascisme, on peut en effet le qualifier d’« instrument » du capitalisme. Cependant, comme je le mentionne dans mon livre, le terme « instrument » est vraiment trop simpliste. Il serait plus exact de définir Hitler comme une sorte d’« agent », un être humain complexe avec un esprit propre, agissant au nom du capitalisme allemand mais pas toujours en accord avec les souhaits des capitalistes, plutôt qu’un simple « instrument » ou « outil » du capitalisme allemand. Cela explique pourquoi les capitalistes allemands n’ont pas toujours été parfaitement satisfaits des services d’Hitler. Mais l’avantage de cet arrangement était que, après l’effondrement de l’Allemagne nazie, ils ont pu blâmer l’« agent » pour tous les crimes qu’il avait commis en leur nom.
Le capitalisme n’a-t-il pas un besoin vital du nazisme et du fascisme ?
Le capitalisme est un système socio-économique très flexible qui est capable de fonctionner dans différents contextes politiques. C’est certainement un mythe que le capitalisme, appelé par euphémisme « marchés libres », est une sorte de jumeau siamois de la démocratie, en d’autres termes, que l’environnement politique préféré du capitalisme est la démocratie. L’histoire nous montre que le capitalisme a prospéré dans des systèmes très autoritaires et a soutenu ces systèmes avec enthousiasme. En Allemagne, le capitalisme s’est extrêmement bien comporté lorsque Bismarck a dirigé le Reich d’une main de fer. L’Allemagne est restée capitaliste à 100% sous Hitler, et le capitalisme a prospéré sous Hitler, avant et pendant la guerre, comme je l’ai démontré dans mon livre. Le capitalisme est également capable et désireux de s’associer à la démocratie, en particulier si des réformes démocratiques semblent nécessaires pour dissiper la menace d’un changement révolutionnaire, par exemple après la Seconde Guerre mondiale, lorsque des réformes politiques et sociales démocratiques (l’État Providence) ont été introduites en Europe occidentale pour faire dérailler les revendications beaucoup plus radicales, voire révolutionnaires, formulées par les mouvements de résistance dans des pays comme l’Italie et la France. On pourrait dire que, pour poursuivre ses objectifs de maximisation des profits, le capitalisme est prêt à utiliser la « carotte » de la démocratie ainsi que le « bâton » du fascisme et d’autres formes d’autoritarisme, telles que les dictatures militaires.
La montée des groupes néonazis et fascistes à travers le monde ne sert-elle pas le grand capital et l’oligarchie qui gouverne le monde ?
Comme mentionné précédemment, le fascisme est une manifestation du capitalisme. En d’autres termes, c’est la façon dont le capitalisme, tel un caméléon, ajuste sa couleur à un environnement social et politique changeant. Le fascisme historique des années trente, personnifié par des personnages comme Mussolini et Hitler, reflétait la réponse du capitalisme, en Italie et en Allemagne, à la double menace du changement révolutionnaire à la russe et de la Grande Dépression. Après la Seconde Guerre mondiale, lorsque le fascisme était vraisemblablement mort et enterré, le capitalisme, en particulier le capitalisme américain, s’est appuyé sur des systèmes néo-, quasi- ou crypto-fascistes pour neutraliser des menaces similaires. Par exemple au Chili, où Pinochet a été porté au pouvoir pour empêcher des réformes radicales et pour permettre aux capitaux d’investissement américains de s’installer en toute sécurité dans le pays. Aujourd’hui, des problèmes économiques et sociaux toujours plus importants associés à des menaces révolutionnaires réelles ou perçues, ont fait que le capitalisme a donné naissance, dans un certain nombre de pays, à des partis et mouvements politiques fascistes ou, si vous préférez, quasi ou néofascistes. Pour l’instant, le capitalisme n’a pas besoin d’amener ces fascistes au pouvoir ; mais ils s’avèrent très utiles car, comme Hitler avec son antisémitisme, ils détournent l’attention du public des défauts du système capitaliste en rejetant la faute sur des boucs émissaires (de préférence de couleur) tels que les musulmans, les réfugiés, les Chinois et les Russes. L’écrivain allemand Bertolt Brecht nous a mis en garde de façon poétique, faisant allusion au fascisme hitlérien et à la capacité intacte du capitalisme à générer de nouvelles formes de fascisme :
“So was hätt einmal fast die Welt regiert !
Die Völker wurden seiner Herr, jedoch
dass keiner von uns zu früh da triumphiert
Der Schoss ist fruchtbar noch fertile
Aus dem das kroch
* « Le monde a failli être dirigé par un tel monstre !
Heureusement, les nations l’ont vaincu.
Mais ne nous réjouissons pas trop vite
Le ventre d’où il a surgi est encore fertile. »
(« La résistible ascension d’Arturo Ui »)
L’Union européenne accuse l’URSS d’avoir déclenché la 2e Guerre mondiale. Qu’en pensez-vous ?
Blâmer l’URSS et, par conséquent, l’État russe qui lui a succédé, pour la Seconde Guerre mondiale est une déclaration purement politique. Cela constitue une distorsion monstrueuse et honteuse de l’histoire. Dans les années 30, l’Union soviétique a cherché pendant des années à établir une alliance anti-hitlérienne avec la France et la Grande-Bretagne, mais elle a été rejetée à maintes reprises. La raison à cela réside dans le fait que les hommes au pouvoir à Londres et à Paris ne voulaient pas entrer en guerre aux côtés des Soviétiques contre Hitler mais voulaient que Hitler utilise la puissance militaire de l’Allemagne pour marcher vers l’est et détruire l’Union soviétique pendant qu’ils regarderaient joyeusement depuis les coulisses. Hitler voulait certainement la guerre, c’est pourquoi on lui reproche à juste titre d’avoir déclenché la Seconde Guerre mondiale. Mais les dirigeants français et britanniques méritent une part de responsabilité car ils ont encouragé Hitler et l’ont soutenu avec leur politique d’« apaisement », par exemple en lui offrant la Tchécoslovaquie sur un plateau d’argent dans le cadre du tristement célèbre pacte qu’ils ont conclu avec lui à Munich en 1938.
En blâmant l’URSS, les politiciens et les médias occidentaux ne cherchent-ils pas à dissimuler leur propre sale histoire de collaboration avec Hitler et le nazisme ?
En effet, en blâmant l’Union soviétique, les pays « occidentaux », ou du moins leurs dirigeants, cherchent à détourner l’attention de leur propre rôle dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Par le biais de leur infâme politique d’apaisement, les dirigeants britanniques et français ont encouragé et facilité les plans de Hitler pour une « croisade » contre l’Union soviétique. Et l’élite des entreprises et des finances des pays occidentaux, y compris les États-Unis, a collaboré très étroitement – et de manière très profitable – avec Hitler, comme je l’ai démontré dans mes livres « Big Business avec Hitler » et « Le Mythe de la bonne guerre ».
Dans vos ouvrages « Big Business avec Hitler » et « Le Mythe de la Bonne Guerre : Les USA et la Seconde Guerre mondiale » vous démontez le mythe de la « libération » de l’Europe par les États-Unis alors que l’on sait que c’est la victoire de Stalingrad par les Soviétiques qui a été le tournant de la guerre. Dire que les États-Unis ont libéré l’Europe n’est-il pas un autre mensonge historique ? Les États-Unis n’ont-ils pas tout simplement colonisé l’Europe ? Comment expliquez-vous la dépendance de l’Europe vis-à-vis des États Unis et le fait que les Européens suivent toujours la politique impérialiste des USA ? L’OTAN n’est-elle pas devenue obsolète ?
Il est vrai que l’Union soviétique a apporté la plus grande contribution, et de loin, à la victoire des Alliés. Si l’Armée rouge n’avait pas réussi à arrêter le rouleau compresseur nazi devant Moscou en 1941 et à remporter des victoires importantes à Stalingrad et ailleurs, Hitler aurait gagné la guerre. Mais les nazis avaient la machine de guerre la plus puissante que le monde ait jamais vue, et la vaincre nécessitait la contribution de toutes les armées alliées et aussi des mouvements de résistance. On ne peut nier que l’armée américaine a également apporté une contribution importante ; cependant, les dirigeants américains ont profité de la présence de leur armée en Europe occidentale pour établir leur hégémonie sur cette partie du monde. À bien des égards, ils n’ont pas vraiment « libéré » les pays d’Europe occidentale. Aujourd’hui encore, l’Allemagne n’est pas « libre » de demander aux troupes américaines de quitter son territoire, et la Belgique et les Pays-Bas doivent tolérer la présence à l’intérieur de leurs frontières de bombes atomiques américaines. Le président français Charles de Gaulle n’était pas loin de la vérité lorsqu’il a décrit la libération américaine de la France comme une seconde « occupation », faisant suite à l’occupation allemande. Contrairement aux Allemands et aux Belges, il a eu le culot d’exiger que les troupes américaines quittent la France, et c’est l’une des raisons pour lesquelles la CIA semble avoir été impliquée dans divers attentats contre sa vie. Mais même de Gaulle n’a pu éviter d’adhérer à l’OTAN, qui n’est pas du tout une alliance d’égaux, mais un club de « satellites » européens des États-Unis, strictement contrôlé par le Pentagone, et fonctionnant comme un département de vente et de relations publiques du « complexe militaro-industriel » américain. L’OTAN a été créée à l’origine pour défendre l’Europe occidentale contre une menace totalement fictive émanant de l’Union soviétique et aurait donc dû être dissoute après l’effondrement de l’« empire du mal ». Pour les États-Unis, cependant, l’OTAN est un instrument très utile et puissant pour contrôler l’Europe. Et en effet, ce contrôle, cette hégémonie, a été établi par les États-Unis dans les mois qui ont suivi le débarquement de leurs troupes en Normandie en 1944. Ironiquement, cet exploit n’aurait pas été possible si l’Armée rouge n’avait pas porté des coups mortels à l’Allemagne nazie bien plus tôt.
L’intervention américaine en Europe pendant la deuxième guerre mondiale n’est-elle pas tout simplement une guerre capitaliste ? Ne sert-elle pas en premier lieu les intérêts de l’impérialisme US et son complexe militaro-industriel ?
La Seconde Guerre mondiale s’est résumée à deux guerres en une seule. D’une part, il s’agissait bien d’une guerre « capitaliste », ou plutôt d’une guerre « impérialiste ». L’impérialisme était/est la manifestation internationale, mondiale du capitalisme, impliquant la concurrence et le conflit entre les principales puissances capitalistes/impérialistes sur des territoires regorgeant de desiderata tels que les matières premières (comme le pétrole) et la main-d’œuvre bon marché. La Première Guerre mondiale était un conflit impérialiste, mais elle n’a pas réglé les choses, alors les puissances impérialistes sont entrées en guerre une seconde fois. Les États-Unis sortiraient de ce conflit comme le grand gagnant, grâce, ironiquement, à la défaite écrasante de l’Union soviétique face à l’autre candidat à la suprématie impérialiste, l’Allemagne nazie. En même temps, la Seconde Guerre mondiale était aussi un conflit entre le capitalisme-impérialisme et le socialisme, incarné par l’Union soviétique. C’est une ironie de l’histoire que les deux types de conflits aient fusionné, produisant des contradictions telles que l’alliance de facto de l’Union soviétique socialiste, intrinsèquement anticapitaliste et anti-impérialiste, avec deux puissances impérialistes antisocialistes, les États-Unis et la Grande-Bretagne. La guerre a servi les intérêts de l’impérialisme américain en ce qu’elle a permis aux États-Unis d’émerger comme le numéro un incontesté de l’impérialisme. Mais l’issue de la guerre était imparfaite car elle signifiait aussi un triomphe pour l’Union soviétique anti-impérialiste. C’est pourquoi, immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, Washington a commencé une nouvelle guerre, la « Guerre froide », avec pour objectif rien de moins que l’élimination de l’Union soviétique.
L’impérialisme US n’a jamais cessé une politique de guerre et de coups d’État à travers le monde. Les guerres impérialistes qui ont ravagé l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, le Yémen, etc. ne sont-elles pas symptomatiques de la barbarie de l’impérialisme US ?
Historiquement, l’impérialisme américain a poursuivi ses objectifs de manière systématique, impitoyable et, pourrait-on ajouter, non seulement ouvertement mais aussi furtivement, via la guerre ouverte, la guerre économique, la déstabilisation, le sabotage et les tentatives d’assassinat. Parmi les exemples de cette impitoyabilité, citons le bombardement inutile d’Hiroshima, la guerre chimique contre les Vietnamiens, les tentatives d’assassinat réussies ou non de dirigeants récalcitrants tels que Fidel Castro et Lumumba, et des sanctions économiques qui coûtent la vie à des dizaines, voire des centaines de milliers de femmes et d’enfants, comme l’a tristement reconnu Madeline Albright dans une référence à l’Irak. Alors oui, les guerres déclenchées par les États-Unis en Irak, en Afghanistan, en Libye, etc. sont symptomatiques de cette impitoyabilité ou barbarie, comme vous l’appelez.
Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen
Qui est le Dr. Jacques Pauwels ?
Jacques R. Pauwels est un historien, chercheur et écrivain, né à Gand, en Belgique. Il a émigré au Canada en 1969 après des études d’histoire à l’université de Gand et s’est installé près de la ville de Toronto. Il y a poursuivi des études doctorales à la York University de Toronto, se spécialisant en histoire sociale de l’Allemagne nazie, et a obtenu son doctorat en 1976. Il est devenu professeur d’histoire dans plusieurs universités canadiennes, dont l’université de Toronto et celle de Guelph. En 1995, il a obtenu un doctorat en sciences politiques dans la spécialité de la réglementation des investissements étrangers au Canada. Il est conférencier dans diverses universités de l’Ontario, dont l’Université de Toronto, Waterloo, Guelph et a publié de nombreux articles.
Il a écrit plusieurs ouvrages traduits en plusieurs langues dont « Women, Nazis, and Universities : Women University Students in Nazi Germany, 1933-1945 », « Le mythe de la bonne guerre », « Les Etats-Unis et la Deuxième Guerre mondiale », « Big business avec Hitler », « Les mythes de l’Histoire moderne », Le Paris des sans-culottes.
Son site internet met en ligne des conférences et des interviews auxquelles il a participé, ainsi que ses nombreuses publications http://www.jacquespauwels.net