vendredi 16 novembre 2018

CE VENDREDI 16 NOVEMBRE FUT MOINS SOMBRE.

D'habitude, c'est moi qui t'appelais chaque matin, entre 8h30 et 8h45, pour savoir comment tu avais passé la nuit, si tu avais eu mal, si tu souffrais encore.....Ou moins que la veille. Aujourd'hui, j'avais décidé d'attendre un peu plus tard, pour ne pas retarder ton petit  déjeuner que tu prends de coutume entre 8H et 8H45. A 9h01, mon portable a sonné, je me demandais bien qui pouvais m'appeler sur ce gadget à 1 euro par mois dont tu m'avais équipé il y a quelques années pour te rassurer, lorsque je courais les bois à la recherche de champignons. Comme je n'ai jamais ni montre, ni boussole, il me suffisait de faire notre numéro de fixe, on parlait quelques minutes, je te résumais ma cueillette, et je "champignonnais" plus tranquille, jusqu'à l'heure où je décidais de rentrer: je te prévenais alors que je sortais du bois, et vingt minutes plus tard nous nous retrouvions et je te faisais partager mon bonheur, d'avoir pendant quelques heures vécu au plus près de cette nature sauvage dont j'aime tant m'imprégner et profiter des saines et goûteuses richesses. 
A 9h01, donc, je tire ce maudit portable enfoui au fond de ma sacoche, qui n'arrête pas de sonner comme j'ai peu l'habitude de l'entendre, et ta voix, plus douce que jamais, et beaucoup plus claire qu'hier, me dit:"C'est moi! Tu m'as pas appelé!"  Ben! Non! Je ne t'avais pas appelé, mais toi, tu m'as surpris de la plus belle des manières. Je n'imaginais pas avec la faiblesse qui t'envahit depuis ces dernières semaines que tu serais capable de m'offrir un tel cadeau, avec cette surprise, inhabituelle mais si généreuse. J'étais heureux, si heureux.... Quel présage, cette voix claire? Bon? Triste? On entend souvent dire que  ce mal provoque parfois des réactions d'humeur  en dent de scie.....Un jour avec des moments maussades, le lendemain avec une humeur plus gaie, une voix plus sûre.... Donne moi demain encore et après demain cet espoir que nous pourrons peut-être continuer notre chemin. Ensemble. Revoir ce et ceux que nous aimons et qui nous le rendent. Le temps de pouvoir rêver, espérer, pour aujourd'hui, et d'autres lendemains, un répit, pour prendre encore un peu de cette belle vie dont nous aurons tenté de jouir du mieux possible, le plus sainement, le plus intensément..... Pourquoi pas? Et si un miracle se produisait....Si l'œdème qui déforme tes bras, tes chevilles, tes jambes, s'atténuait demain pour disparaître dans  quelques jours. Si tu décidais de rester encore près de moi, qui ai tant et tant besoin de toi. 
J'attends demain matin, pour découvrir comment t'aura laissée cette nouvelle nuit, la trente quatrième, passée loin de moi. Alors que depuis bientôt 29 ans, nous ne nous étions JAMAIS séparés.
S'il te plait, ma bibiche chérie, mon cher petit amour, reste encore un peu près de moi, avec moi, près de nous. Nous qui t'aimons tant, comme tu le mérites....

JEUDI 15 NOVEMBRE: APAISEMENT PAR LA PONCTION

Hier matin, le pneumologue est venu dans ta chambre. J'étais là depuis 9 H, je voulais assister à cette ponction qui devait te soulager, réguler ton souffle trop rauque, saccadé. Qui nous inquiétait depuis de longs jours. Nous t'avons installée au bord du lit, les jambes pendantes, je te tenais par les épaules, ta tête appuyée contre mon ventre, pendant qu'il  prélevait depuis ton dos , dans ton poumon gauche, quasiment un litre et demie de "liquide" coloré, cette saloperie qui t'enlève à la vie, à notre vie. Pour la troisième fois en trente jours! Et je me disais à ce moment précis, en caressant ton cou, en te retenant avec douceur pour que tu ne glisses pas hors du lit, que c'était peut-être, sans doute, la dernière fois que je pouvais te tenir dans mes bras. J'ai retenu mes larmes même si mon cœur explosait de douleur à cette pensée insupportable, et quand la ponction a été terminée, que ta tête s'est détachée de moi pour qu'on t'allonge à nouveau sur ton lit, j'ai trouvé une petite touffe de tes cheveux collée à mon polo, sur ma poitrine, et j'ai eu encore plus mal. Que c'est dur! Ta voix qui faiblit, tes cheveux qui s'en vont....Putain de putain de saloperie de cancer qui s'est attaqué à toi pour te détruire sans pitié, longuement, toi qui n'a JAMAIS causé un tort à qui que ce soit, fut-il le dernier des connards.....Puis en te recouchant, j'ai découvert une autre touffe de tes beaux cheveux encore roux et grisonnants collée contre l'oreiller. Sans doute encore un des derniers effets - le dernier, pour tes cheveux frisés? - de ces chimios de m....., dont je me demanderai toujours ce qu'elles nous auront apporté de bon...... Je doute..... Mais que la vue de ces cheveux m'est douloureuse!
Pour midi, je t'avais préparé un demi avocat, avec des miettes de thon, du citron de TON citronnier, tu as paru te régaler. Le meilleur était à venir, avec les ris de veau préparés par mon  beau-frère Alain et Yvette. Un petit festin que tu as paru apprécier. Aujourd'hui, ils reviennent avec du homard. Moi j'apporte une bouteille de vin, quelques gouttes ne devraient pas te faire de mal. Je vais quitter ta maison, cette maison que tu as garnie à ton goût et qui semble te crier de rentrer. Vite. Je vais te rejoindre dans une petite demi-heure. Attends-moi. 
Que ce temps est long, dur, sans toi, dans ces murs, ces meubles, cette maison que tu as rendue si douce, si agréable, avec ces millions de petits riens, que tu as marqués dans les moindres détails. Comme seule une femme de goût, un "maîtresse du logis" , une fée comme toi, peut savoir le faire. Avec sensibilité et amour pour deux.
Merci pour ce que tu es, ce que tu as fait avec tant d'amour pour moi, pour notre bonheur.  Mais je te le redirai encore....