mercredi 8 février 2023

 

Louis Aragon (1897 - 1982) -JEAN FERRAT

J'entends, j'entends

J’en ai tant vu qui s’en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère

J’entends leurs pas j’entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit sur le journal
Comme on en dit le soir chez soi

Ce qu’on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m’arrache l’âme

Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond

Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J’y crois aussi moi par moments
Comme l’alouette au miroir

J’y crois parfois je vous l’avoue
A n’en pas croire mes oreilles
Ah je suis bien votre pareil
Ah je suis bien pareil à vous

A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable

J’aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu’au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez

Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir que ce que dit ma bouche

Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens

Quelle heure est-il quel temps fait-il
J’aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile

C’est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d’un trou




 

Rage contre la machine de guerre : un appel des Etats-Unis à une grève nationale pour mettre fin à la guerre

Voici un cri d’un citoyen des Etats-Unis, ce cri certains d’entre nous pourraient le pousser en dénonçant l’escalade irresponsable dans laquelle ceux qui se croient les maitres du monde nous conduisent sans la moindre justification… Combien d’entre nous sommes comme cet américain en proie à cette peur et sans moyens pour se faire entendre, un bâillon mis sur la bouche par censure, par solitude… Ici en France, Je me raccroche à tous les espoirs ainsi ce samedi, au comité National du PCF, il semble que le secrétaire national Fabien Roussel ait fait de la lutte pour la paix une priorité, il y a eu ce texte du secteur international du PCF que nous avons publié, quelles traductions auront ces premières prises de conscience? Qui mesure la nécessité d’arrêter l’OTAN ? Mesurez l’importance d’une organisation pour se battre et le travail de destruction systématiquement accompli depuis des décennies pour nous laisser dans un tel état d’impuissance, renforcez les organisations existantes au lieu de poursuivre une politique d’isolement et d’impuissance dont hélas hérite notre jeunesse… (note et traduction de Danielle Bleitrach histoireetsociete)

PAR DENNIS MORGAN

Rage contre la machine de guerre : un appel à une grève nationale pour mettre fin à la guerre

Comme beaucoup d’autres le sont probablement, je suis très préoccupé par le fait que la trajectoire actuelle de la guerre en Ukraine nous mène vers une guerre nucléaire thermique. L’holocauste nucléaire mondial suivi de l’hiver nucléaire est une perspective terrifiante pour l’avenir de l’humanité, menaçant son existence même, les générations futures et l’existence de toute vie sur cette planète. Et le fait est que, même si je sais que cette perspective devient de plus en plus une réalité, je ne veux tout simplement pas l’accepter. Pourtant, en même temps, je me sens tellement paralysé, si impuissant à faire quoi que ce soit à ce sujet. Qui suis-je? Je ne suis qu’une personne. Que puis-je faire?

Eh bien, je ne suis pas juste une personne, n’est-ce pas? Alors, qu’allons-nous faire à ce sujet?

Comment « pouvons-nous » arrêter cette machine de guerre de son chemin destructeur ? Une fois les systèmes automatisés lancés, il est presque impossible d’arrêter les séquences qui vont suivre. Tout cela se fera très rapidement. En environ une demi-heure, une grande partie du monde sera complètement détruite. Il a été estimé que, le cas échéant, seulement 1% de l’humanité survivra, mais il y a ensuite le suivi de l’hiver nucléaire, qui durera un an après. Je ne pense pas avoir besoin de continuer à décrire les horreurs de cela, mais nous devons comprendre le risque incroyablement stupide que ces fous prennent maintenant avec leur machine de guerre. Ce n’est pas un jeu! Ces scélérats et ces diables, qui ont une mentalité similaire à celle des nazis, risquent notre vie et celle de nos enfants et de leurs enfants, de nos amis et de nos familles, des générations futures et de toute vie sur la planète. Et pour quoi faire ? Pour que les riches cochons de guerre sales du MIC puissent devenir plus sales, plus corrompus et incroyablement riches ? Alors, pourquoi « nous » retrouvons-nous les gens nous mêmes piégés dans ce jeu ? En quoi cela profite-t-il au peuple américain ? Ce n’est pas le cas! Rien de tout cela ne lui apporte rien!

Alors, je vous le demande, qu’allons-nous faire à ce sujet? Comment pouvons-nous arrêter cette folie avant qu’elle n’éclate au point de non-retour ? Je soutiens le rassemblement pour la manifestation « Rage Against the War Machine » qui est prévu pour le 19 février à Washington DC, et si je vivais près de DC, j’y participerais avec enthousiasme. Cependant, je ne pourrai pas y participer et je sais que beaucoup d’autres ne le peuvent pas non plus. Je m’inquiète également de l’efficacité de ce meeting. Sera-t-il réellement capable de tendre la main à la majorité des Américains pour pouvoir faire une différence à temps pour arrêter la guerre ? Nous savons par expérience que les médias corporatistes n’en parleront probablement même pas. Je veux dire, je pense vraiment que ça vaut la peine d’essayer, et comme je l’ai dit, j’y assisterais si je le pouvais.

Cependant, je pense aussi qu’il y a peut-être une autre stratégie qui pourrait être encore plus efficace, une stratégie à laquelle chaque Américain pourrait participer. Vous n’avez pas besoin de sortir dans la rue pour protester, non, pas du tout. Vous pouvez ne rien faire. C’est vrai, tout ce que vous avez à faire est d’arrêter de travailler jusqu’à ce que cette folie cesse. Appelons cela une grève nationale pour mettre fin à la guerre, c’est-à-dire que chaque Américain cesse de travailler à partir de ce jour-là jusqu’à ce que la machine de guerre recule. Nous devons exiger que l’approvisionnement en armes expédiées à l’Ukraine cesse immédiatement et que toutes les troupes de l’OTAN se retirent, comme condition préalable à la négociation avec les Russes.

Pensez-y. Pendant la crise du covid, ils ont fermé l’économie. « Ils » l’ont fermé, pas « nous le peuple », ils l’ont fait. Eh bien, maintenant c’est notre tour. NOUS pouvons faire la même chose, sauf que cette fois, c’est de bas en haut, à nos conditions, pour la mère de toutes les causes, pour le bien de toute l’humanité, de toute vie sur cette planète, pour nos enfants et leurs enfants, et pour la vie des générations futures. Quelle cause est plus importante que cela???

Quand « NOUS, le peuple » aurons-nous la chance d’avoir notre mot à dire dans tout cela ? Quand pourrons-NOUS avoir notre mot à dire sur quelque chose qui concerne nos vies mêmes, la vie de nos amis et de notre famille, la vie de nos enfants et petits-enfants, la vie des générations futures et toute vie sur cette planète? Ne pensez-vous pas que NOUS, le peuple, devrions avoir notre mot à dire sur quelque chose d’aussi important que cela ?

Cependant, ils ne nous écouteront pas à moins que NOUS ne mettions le pied à terre et que nous leur fassions du mal dans un endroit qu’ils connaissent le mieux. Alors, fermez toute l’économie! Faites hurler l’économie ! C’est le langage qu’ils comprennent. Déclarez un jour où tous les Américains ne se présenteront tout simplement pas au travail et refuseront de travailler jusqu’à la fin de la guerre. Qu’est-ce que quelques jours de travail par rapport à nos vies et à celles de nos enfants, et à l’avenir de l’humanité ? Si nous mourons tous dans un holocauste nucléaire, quelle différence ce « travail » fera-t-il de toute façon ? Donc, NOUS n’avons rien à perdre, mais NOUS avons tout à perdre si NOUS n’arrêtons pas cette machine de guerre. NOUS devons organiser cela rapidement. Il ne nous reste plus beaucoup de temps.

NOUS devons prendre au sérieux l’arrêt de cette fu*king de guerre ! Arrêtez! Laissez tout tomber et arrêtez la machine de guerre! Et tout ce que vous avez à faire est de ne rien faire. Ne vous présentez pas au travail ! C’est la seule chose qui attirera leur attention, la seule façon de leur faire passer le message. Ce n’est qu’alors qu’ils nous prendront au sérieux. NOUS ne voulons pas faire partie de votre machine de guerre ! NOUS ne soutiendrons pas l’économie qui la finance ! NOUS, le peuple, avons le pouvoir ! NOUS allons faire hurler l’économie ! NOUS, le peuple, avons parlé ! NOUS ne tolérerons plus cet abus !

Dennis Morgan est professeur à l’Université Hankuk des études étrangères, en Corée du Sud.

Peut être une image de texte qui dit ’ARGENT POUR LES RETRAITES PAS POUR LES CHARS EN UKPAINE’
en France, en lutte pour les retraites, voici le genre de panneau qui commence à proliférer dans les réseaux sociaux

VIDÉO. Pourquoi la livraison d’avions de chasse à l’Ukraine est « une idée qu’on ne peut plus écarter »

Article de Le Parisien • Hier à 16:21

Le Mirage 2000 français, un type d’avion qui pourrait être livré à l’Ukraine. AFP© 

« On voit que les lignes rouges avancent depuis le début du conflit. En février 2022, on livre juste des casques et on a peur d’être cobelligérants. Aujourd’hui, on livre des systèmes d’artillerie », analyse Thibault Fouillet, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique. Le 25 janvier dernier, Volodymyr Zelensky a demandé aux Occidentaux d’accélérer leur aide à l’Ukraine, en livrant des avions de chasse. S’il y a quelques semaines il semblait impossible de voir les pays occidentaux s’investir autant dans la guerre, c’est aujourd’hui « une probabilité qu’on ne peut plus écarter, estime Thibault Fouillet. Les discours politiques y sont de plus en plus favorables ». « Par définition, rien n’est exclu », affirmait le président Emmanuel Macron le 30 janvier à La Haye. À condition que ces demandes soient « utiles pour l’armée ukrainienne, selon les délais. Que les équipements que nous fournissons ne soient pas destinés à toucher le territoire russe mais à aider à l’effort de protection du sol ukrainien. Et que ça ne vienne pas affaiblir les capacités de l’armée française à protéger ses concitoyens », précisait le président de la République. Selon Thibault Fouillet, les avions de chasse que la France pourrait fournir (si elle décide d’en fournir) ne seront pas des avions de dernière génération comme le Rafale, mais plutôt « d’anciens Mirages, ou Alphajet ».


La rue gronde... Pour nous d’aider a ce que notre classe mugisse, agisse pour que grandisse l’idée qu’on peut GAGNER et surtout qu’il nous FAUT vaincre !

lundi 6 février 2023 par Alain Chancogne (ANC)

Ne nous laissons pas enfermer dans la simple dénonciation de l’intolérable.

Le Capitalisme se contre fiche de la sévérité d’un"peuple procureur".

Si par malheur la Classe Ouvrière se contentait de se réjouir qu’une majorité écrasante de français "rejette" ce projet "retraites" et découvre a quel point Macron est un monarque arrogant et sa collaboratrice Borne une comptable sans empathie...cela ne pourrait pas être synonyme de victoire de notre camp.

C’est pourquoi tout en se servant de l’atout que constitue l’unité de toutes les organisations syndicales, il me semble utile de re-insister sur notre responsabilité révolutionnaire...

Tout d’abord faisons en sorte que l’exigence de départ en retraite avec un revenu décent soit exprimée positivement.

Oui ,"Retraite à 60 ans" cela sonne plus clair que le "Non a 64" !

Pour bien marteler que pour nous, il n’y a pas une soi-disant ligne "rouge" franchie par Macron et les capitalistes sur cette unique notion "d’âge pivot"...

C’est a partir de nos exigences de classe que nous pourrons mettre en débat de fonds la question des solutions et de ce que cela implique comme nécessité d’une prise de conscience que la Crise du système fait obligation de débat de masse, concernant le fait de savoir si on peut mener ce combat violent sans la "boussole marxiste".

Donc, y compris, désarmés politiquement de par l’absence d’une force révolutionnaire, un parti a construire.

Si du moins le terme "organisation" signifie le besoin de s’organiser et si le mot de "Direction" implique d’avoir le courage de préciser ce qui, a nos yeux, évitera que la classe ouvrière s’embourbe dans des chemins sans issue.

Le Capital n’a rien a faire de l’impopularité de l’actualité majordome de ses intérêts.

Il prépare des relèves de soi disant "moins pire" moins arrogantes...

À nous la responsabilité de convaincre que nous ne sommes pas des "anti-Macrons en colère" mais des femmes et des hommes de perspectives réalistes, même si en l’instant elles peuvent sembler "impossible" a atteindre.

Plus que jamais nous devons faire nôtre les mots de Lénine
"La ou il y-a une volonté, il y a un chemin !"

 

La Russie, l’Ukraine et une guerre annoncée entre les Etats-Unis et la Chine

Les journalistes qui rient dans les cimetières

C’était en juin 1922, le Président Poincaré arpentait un cimetière militaire et eut un sourire capté par un photographe. Le quotidien l’Humanité diffusa la photo à 100 000 exemplaires. Elle fut transformée en carte-postale. Elle façonna l’image de « l’homme qui rit dans les cimetières ». Il ne resta plus aux médias éhontés qu’à reprendre les « éléments de langage » : il s’agissait d’un « rictus dû au soleil » (qu’il n’avait pas en face).

Le 5 février 2023 à 20 h, dans l’émission « C politique » la 5 nous donna à admirer sept Poincaré probablement éblouis par les projecteurs, sept pauvres jouets de rires purement nerveux.

C’était dans un débat ayant pour titre : « Chine-USA : l’autre guerre qui menace ».

Le titre de l’émission nous glace. D’emblée, un invité nous dit que nous sommes entrés «  dans une guerre froide. On craint même une guerre chaude ». L’animateur précise que c’est une « question brûlante ».

Quelques images de Joe Biden ouvrent l’émission. Il dit qu’il est content : un avion de chasse a abattu un ballon chinois que l’animateur appelle « un ballon de surveillance ». Ballon météo en dérive ? Ballon espion ? La question est donc tranchée dans les premières secondes (0mn 11) : il surveillait les Etats-Unis.

Pas moyen de trouver un Chinois pour une émission télé

Parmi les six invités : un états-unien, une états-unienne. Un tiers, donc. Les six et l’animateur sont sympathiques, souriants, pas énervés du tout. Genre marchands d’aspirateurs qui mettent leur pied dans la porte, avenantes vendeuses de Tupperwares. Ils sont heu-reux ! Elles sont heureuses !


Combien de Chinois ? D’amis de la Chine ? De politologues neutres ? Zéro. C’est pour ça qu’ils sont heu-reux, les sept mercenaires.


Insistons : dans ce débat sur la Chine et les USA, on voit deux Etats-Uniens, cinq français critiques envers la Chine, aucun Chinois, alors qu’on va surtout parler d’eux (déblatérer sur). Personne pour faire grimacer les deux Etats-Uniens.


On compte 1,4 milliard de Chinois. Et impossible d’en dénicher un pour une émission dont le titre évoque la possibilité d’une guerre entre la Chine et les Etats-Unis ! Pour les Yankees, c’est plus simple : sur les Champs-Elysées, vous tapez du plat de la main contre un réverbère et il vous en tombe deux douzaines, pas le peine de mettre des stagiaires en chasse. Vous choisissez la plus jolie et celui qui parle bien français et qu’on voit sur d’autres chaînes en tant que spécialiste de l’Ukraine, de la Russie, de la démocratie, des canons Caesar, de Poutine et des tartes Tatin (pour les tartes, j’imagine, mais je m’attends à le voir dans l’émission « La persécution des pâtissiers ouïghours »).

Premier constat : tout débat démocratique dans un pays démocratique (la France) sur une télé démocratique peut réunir sept démocrates (dont deux Etats-Uniens) du même avis (négatif) sur la Chine, démocratiquement exclue.


Second constat (amer) : le seul fait d’énoncer le premier constat fait de vous un prochinois.


En effet, trouver à redire, c’est se voir délivrer par les médias la carte du Parti Communiste Chinois. Vous n’avez pas lu Libé ?


Pas lu non plus le brûlot à 100% anti-chinois des militaires français (l’IRSEM, organisme flanqué d’un lieutenant-colonel états-unien) où je suis dénoncé 54 fois (+ 8 photos) au Pentagone et à l’OTAN, OTAN dont un des deux rédacteurs du rapport fut membre jusqu’en 2019 ?

A quoi il fut répondu par ce livre :

L’émission de la 5 dura cinquante-trois minutes. Inutile de la voir, sauf si vous voulez absolument perdre presque une heure de votre vie. Contentez-vous de cliquer au hasard pour glaner des moments où les invités s’approuvent, s’écoutent religieusement, rient, ou éclatent de rire. Tenez, pour vous aider : allez voir à 13mn48, à 18mn16, à 46mn56. Mais vous en trouverez bien plus.

Coupez le son, fermez les yeux et vous vous croyez sur C8 chez Hanouna quand Bigard fait rire les chroniqueurs et les invités en contant l’histoire de la boulangère à qui Toto a dit : « Vous avez de belles miches ».

Gardez le son et vous croyez écouter « La bande originale » de Naguy sur France Inter où fusent les rires si un invité à répondu « yau de poêle » à la question « Comment vas-tu ? ».

La guerre nous menace ? Rions ensemble sur la 5


Pourquoi cette jovialité alors qu’on parle de « l’autre guerre qui menace » ? Alors qu’on nous dit que nous sommes entrés « dans une guerre froide » et qu’on « craint même une guerre chaude » ?

Pourquoi ?


Pourquoi ? Parce que l’animateur et les six invités sont de la même obédience. Ils boxent à sept sur un ring contre un adversaire qui n’est pas là et qui ne les gratifiera pas d’un bourre-pif.


Mettez sur le plateau, face aux sept comparses, UN SEUL débatteur qui n’adhère pas à leur discours et la mayonnaise est ratée.


UN SEUL, et finis les sourires, les rires, les éclats de rire, les hochements de tête, les tranquilles « Je dirai même mieux », les « Vous avez raison », les « J’ajouterai », les « Ce que je crois, je pense, à mon avis... ». Finis les petits désaccords à la marge, anodins, insignifiants, les ersatz de réserves, les objections de pacotilles, les simulacres de discussions : « Permettez que j’apporte une nuance ? » et « Ce n’est pas pour vous contredire... ».

Il suffirait d’UN contradicteur et les gentils fronceront les sourcils. On verra les grimaces, les coupures de parole, une tension jusqu’alors inconnue. Les sept jetteront des cailloux au mal élevé, à l’imprécateur qui brise le ronronnement harmonieux, qui tarit le dégoulinant baratin, un baratin qui, habituellement, pour l’essentiel des téléspectateurs, n’est que vérité, puisque 100% des personnes présentes le valident.

Donc, pas d’intrus et un choix très «  politique » des sujets. N’oublions pas que, pour les Etats-Unis, les ennemis prioritaires sont la Chine et la Russie. Par conséquent, de la France aussi. C’est donc de ces deux pays qu’on va parler, déparler, à satiété, dans un confortable entre-soi. Le ministre Bruno Le maire avait donné le la en annonçant que « nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie » et en fanfaronnant :. « Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ». Puis, dans un déferlement de propagande médiatique inouï, la gauche français étant muette, les députés court-circuités (et soulagés ?), la chaîne de télé RT interdite, ce furent les livraisons d’armes à l’Ukraine, des militaires ukrainiens formés sur notre sol pour tuer des soldats d’une armée qui nous délivra du nazisme, soldats d’un pays qui portait la France dans son cœur jusqu’à considérer que parler notre langue était classieux. Et voilà que le petit-fils de Tolstoï dit (dans un français parfait), au nom de la Russie : « La France » est notre ennemie » Tiens, pourquoi ?

L’ARCOM (ex-CSA) ne regarde par la 5, la 5 se fiche de l’ARCOM.


Sud Radio vient d’être mise en garde par l’ARCOM sur une émission d’André Bercoff « Dans tous ses états ».


« L’Arcom a été alertée au sujet des séquences consacrées à la guerre en Ukraine, diffusée les 10 mai et 29 juin 2022 dans l’émission Bercoff dans tous ses états sur Sud Radio et Sud Radio+.


Aux termes de l’article 1er de la délibération du 18 avril 2018 relative à l’honnêteté et à l’indépendance de l’information et des programmes qui y concourent : « (…) Il (l’éditeur) veille au respect d’une présentation honnête des questions prêtant à controverse, en particulier en assurant l’expression des différents points de vue par les journalistes, présentateurs, animateurs ou collaborateurs d’antenne ».


Elle a relevé que plusieurs déclarations orientées avaient été délivrées à l’antenne, sans véritable contradiction, alors même que le sujet traité, particulièrement sensible, nécessitait l’expression de points de vue différents ou à tout le moins nuancés.


La diffusion de cette séquence caractérise une méconnaissance des obligations précitées issues de l’article 1er de la délibération du 18 avril 2018.


En conséquence, l’Autorité a mis en garde l’éditeur des services contre la répétition d’un tel manquement ».


Bis repetita placent : « Le média veille au respect d’une présentation honnête des questions prêtant à controverse, en particulier en assurant l’expression des différents points de vue par les journalistes, présentateurs, animateurs ou collaborateurs d’antenne ».

Les sujets dont on ne parle pas existent-ils ?


Les sujets dont on ne parle pas sont peu graves, voire inexistants. Pour un livre collectif « La troisième guerre mondiale a commencé » (titre possible), à paraître aux éditions Delga, j’ai écrit un texte sur les médias. En voici un extrait :

« En France, la règle tacite est que la véracité d’une information qui sert les intérêts des Etats-Unis n’a pas besoin d’être authentifiée avant diffusion. Il suffit pour nos médias d’identifier le pays émetteur. Les Etats-Unis ? On prend.

Comment doit-on, demandent-ils, qualifier des manifestants de Hong-Kong ? Manifestants « pro-démocratie ? » On prend. Il n’y a pas eu des dizaines d’éborgnés comme en France ? Passons.

Que faut-il dire quand la Chine proteste si des navires de guerre états-uniens patrouillent au large de ses côtes et à 10 000 kilomètres de Washington ? Il faut dire, écrire et clamer que « Xi Jinping, furieux, menace et montre ses muscles ». On prend.


Que nous dit-on de Poutine. Il est « fou, cancéreux, parkinsonien, isolé, paranoïaque, mégalomane » ? On prend.

Pour le public, la véracité d’une information qui sert les intérêts des Etats-Unis est prouvée par sa répétition dans la quasi totalité de nos médias transformés en vulgaires caisses de résonance. Inversement, un fait non rapporté par nos médias n’existe pas, même s’il a une importance mondiale.

Prenons l’exemple d’une information qui ne sera pas exagérément offerte à notre émotion : celle de l’incendie de la Maison des syndicats d’Odessa, le 2 mai 2014 où trente-deux Ukrainiens pro-Russes ont péri (quarante-trois, par suite des affrontements dans la ville).

Quant aux bombardements des provinces ukrainiennes russophiles du Dombass depuis 2014 par l’armée de Zelinsky, ils seront éludés afin de pouvoir dater le début de la guerre au 24 février 2022, quand les troupes russes sont entrées en Ukraine, répondant à un interminable appel au secours.

« L’omission est la forme la plus efficace du mensonge. » (George Orwell)


Du 2 au 4 juin de l’année 2005, s’est tenue à La Havane la première rencontre internationale « Contre le Terrorisme, pour la Vérité et la Justice ». Plus de 700 délégués venus du monde entier ont participé aux trois jours de débats et de témoignages. Trois jours pendant lesquels ont été dénoncées la nature et l’étendue d’un terrorisme qui sévit depuis des décennies sur le continent latino-américain, d’un terrorisme mis en œuvre dans le cadre d’une politique décidée à la Maison Blanche et baptisée « Plan Condor »(1). Pendant trois jours ont été démontrés, en direct et sans fioritures, les liens étroits qui existent entre les autorités états-uniennes et le terrorisme de masse. Pendant trois jours ont été exposées les archives du plan Condor, découvertes presque par hasard dans un coin perdu du Paraguay. Trois jours pendant lesquels tous ceux qui s’intéressent à l’Amérique latine ont pu, enfin, voir s’énoncer quelques vérités, ailleurs que dans le cadre des cercles d’initiés. Trois jours pendant lesquels, en pleine « guerre mondiale contre le terrorisme », les sièges réservés à la presse riche des pays riches sont restés désespérément vides. Aucune (insistons sur « aucune ») information n’est passée dans la presse occidentale, car…pendant ce temps, au procès du chanteur Mickael Jackson, mille-quatre-cents journalistes (insistons sur « mille-quatre-cents ») piaffaient d’impatience pour savoir si, oui ou non, un Mickael Jackson lubrique avait bien touché dans son lit quelque chose qui n’était pas à lui ».

Finalement, c’est mieux que des journalistes de la trempe de ceux qu’on a vu sur la 5 n’y soient pas allés. On a échappé à une émission de franche rigolade entre amis assis sur des cadavres.

Maxime VIVAS

Note (1). L’opération Condor (ou « plan Condor) est le nom d’une campagne d’assassinats et de lutte anti-guérilla conduite conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay avec le soutien des États-Unis au milieu des années 1970. Les régimes dictatoriaux du Cône Sud ont torturé, tué et fait disparaître, non seulement des dirigeants politiques reconnus, mais aussi des dizaines de milliers de militants ou soupçonnés de l’être, ou susceptibles de pouvoir le devenir. L’opération Condor, « dirigée et assistée par Washington [fit], au moins 50 000 victimes, 35 000 « desaparecidos » (disparus) et 40 000 prisonniers parmi les opposants en tout genre, des religieux aux militants de gauche, des syndicalistes aux journalistes et aux intellectuels. »


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