vendredi 21 avril 2023

 

Réforme des retraites : un poison lent

par Michel DROUET (son site)blog AGORA VOX

Il ne faudrait pas croire que la réforme des retraites se limite au seul âge de départ assorti d’un nombre de trimestres cotisés. Elle emporte bien d’autres conséquences à moyen ou long terme permettant de dire qu’il s’agit de la remise en cause définitive du système d’accompagnement et de protection sociale issu de l’après-guerre et de l’effacement de l’Etat devant le libéralisme effréné des « marchés », le tout grâce à son meilleur représentant, Macron en personne.

C’est la dose qui fait le poison…

Jusqu’à présent nous n’avions eu droit qu’à des demi-mesures : un petit allongement par ci, ou un rallongement de la durée de cotisations par là. Cette fois-ci nous avons eu droit à la seringue complète.

L’âge de départ à 64 ans, assorti d’un allongement du nombre de trimestres cotisés va se traduire par un départ en retraite au-delà de cet âge pour bon nombre de salariés ayant commencé leur activité tardivement, à moins qu’ils acceptent de subir une décote. C’est bien la combinaison des deux paramètres qui vont produire les économies principales pour les régimes de retraites. Encore faudra t’il que les salariés soient encore en activité, ce qui n’est pas assuré, car rien dans la loi promulguée ne traite de l’emploi des seniors et il n’est pas du tout écrit que le patronat veuille s’engager sur ce point. L’effet induit sera le transfert de nombreux seniors sur les budgets sociaux via un RSA « vieux ». Tout bénéf pour le patronat avec, à la clé, appauvrissement des salariés en attendant une retraite misérable.

Autre économie sur les pensions, dont on s’apercevra plus tard : les rémunérations sous forme de primes de fin d’année, de « partage de valeur », de prime Macron, d’heures supplémentaires défiscalisées et désocialisées, ce qui veut dire qu’elles ne sont pas incluses dans le calcul de la retraite, car non soumises aux cotisations sociales. Cadeau là encore pour le patronat et mauvaise surprise pour les futurs retraités dont la pension ne sera calculée que sur le salaire fixe, hors primes. Au fil du temps, les salariés devraient s’apercevoir par ailleurs que l’engouement pour ce type de rémunération, non inscrit dans les conventions collectives, diminuera sous des prétextes divers et variés (mauvaise conjoncture, difficultés financières,…) et disparaîtra. Mauvais plan pour ceux qui croient à ce système. Le réveil sera dur.

Tout cela a pour objet de ne pas « augmenter les cotisations sociales » et explique très bien le silence assourdissant du patronat qui a déjà largement bénéficié d’allègements, et de réductions des cotisations sociales sous des prétextes divers et variés, dispositifs jamais évalué ni remis en cause (comme le souligne la Cour des Comptes), auxquels s’ajoutent aussi pour ceux qui en bénéficient de la suppression de l’ISF, de la réduction du taux de l’impôt sur les bénéfices ou encore de la flat tax. Il y a donc un profond déséquilibre entre le traitement réservé aux salariés avec cette réforme et le flou artistique dont bénéficient les entreprises, au nom du ruissellement, bien entendu, que l’on attend toujours.

La réforme des retraites : le droit de mourir dans l’indignité

Outre les surprises sur les niveaux de pension et sur le travail des seniors soulignées ci-dessus, les salariés doivent s’attendre à d’autres joyeusetés comme les conséquences de l’usure au travail et son corollaire, la diminution de la durée de vie et celle de l’âge de vie en bonne santé. Mauvaise nouvelle pour les enfants des personnes âgées qui espéraient des miettes d’héritage et qui devront se contenter d’abonder les paiements mensuels aux EPHAD, étant entendu que les maigres retraites ne suffiront plus à couvrir les frais de ces établissements, une fois l’appartement et les meubles vendus.

On comprend dès lors que Macron semble s’intéresser à la question de la fin de vie pour accélérer le processus

L’arrivée prochaine des fonds de pension

A ce stade, compte tenu des transferts annoncés (baisse généralisée des pensions, et donc baisse du rendement de l’IRPP et de la TVA, maintien de la politique pro business, augmentation des prises en charge de retraités seniors exclus du marché du travail et baisse des transmissions intergénérationnelles…), la prochain combat de l’oligarchie sera la promotion des fonds de pension, seule issue pour mettre du beurre dans les épinards et vivre décemment (sauf crise financière qui lessivera les avoirs, comme cela s’est déjà passé dans d’autres pays) avec bien entendu une incitation fiscale qui videra un peu plus le budget de l’Etat.

Macron, meilleur représentant des « marchés »

Voilà, mission accomplie pour Macron, porte-parole des « marchés » qui a réussi la réforme demandée par le monde économique et financier qui avait tout fait pour qu’il soit élu. Il pourra retourner vers son milieu d’origine, la banque avec la satisfaction du devoir accompli et 3000 Milliards de dettes après avoir préparé le terrain pour le RN.

En attendant, il nous a, comme d’habitude, promis la lune, lundi dernier, en faisant miroiter le mythique plein emploi, du mieux pour l’hôpital, la justice ou l’éducation et l’écologie, comme un vulgaire bateleur de foire alors que son ambition a surtout été d’être le digne représentant d’un oligarchie mafieuse vivant sur le dos de la population et prête à tout nomment à s’envoler vers des cieux fiscaux accueillants en cas de mauvais temps.

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