Je ne suis pas tout à fait sure que l’optimisme dont fait état à mon
propos Jean Claude Delaunay soit une vertu civique ou même intellectuelle
à ses yeux. Aragon se moquait déjà de moi à ce sujet en commentant
:”être optimiste ce n’est pas un métier!” Et parfois, effectivement, je
me vois dans cette épisode de la croisade rapporté par le sire de
Joinville: les croisés ont pris une peignée totale, ils sont dans un
état déplorable, ceux qui n’ont pas été occis sont la proie d’une
épidémie de peste. Un excité harangue les troupes et les invite à
repartir à l’assaut mais le sire de Joinville clôt le chapitre avec
cette simple phrase: ‘Ils ne le crurent point!” J’ai le sentiment
souvent pénible de n’être point cru et je m’interroge sur cette étrange
obstination.
Mais je continue, tout simplement 1) parce que le pessimisme est un
luxe que nous ne pouvons pas nous permettre, ça je l’ai appris des
Cubains 2) parce que je suis convaincue du sens de l’histoire et du
caractère irrésistible des forces du progrès humain. Un peu à la manière
de Staline persuadé que si Napoléon pouvait pénétrer dans Moscou
c’était parce qu’il était comme le disait Hegel la force de ce progrès,
alors que Hitler, force de la réaction ne pourrait pas renouveler
l’exploit.
Ceci me conduit à chercher ce qui va dans le sens de l’histoire et
l’aide à accoucher, sur quoi puis-je réellement tabler ? Et qu’est-ce
qui n’est qu’illusion qui n’existe que dans l’imagination enfiévrée de
certains? Je ne vois pas d’autre issue pour le moment que dans le PCF,
quelles que soient ses limites et l’état désastreux où le laisse plus de
trente ans d’inculture et d’adhésion à toutes les errances social
démocrates.
Il n’y a rien d’autre ce qui est un drame pour le pays, l’abstention
massive comme les jacqueries ne signifient pas un désir de socialisme,
mais une exaspération qui risque de se contenter de la fascisation au
moment même où le capital n’est pas éloigné d’un tel choix. Il y a
urgence mais personne ne nous attend. Le PCF tel que nous l’avons vu
s’autodétruire a participé de cette anomie mais il reste le seul à ne
pas totalement donner le spectacle du désarroi et de la lutte des places
et même de temps en temps à avoir quelques lueurs face à la nécessité
de s’attaquer à cette formidable force d’inertie.
Même si le pire est son conformisme et son manque total de curiosité
intellectuelle, il n’y a même plus le besoin de savoir, il ne reste plus
que l’esprit partisan que certains confondent aisément avec le
carriérisme, la manipulation. Mais le reste du spectre politique est
pire et sans organisation c’est la débâcle.
Ce qui se passe dans ce blog a peu d’équivalent et prouve qu’il y a
un besoin en France et dans le monde puisque la moitié de notre audience
est internationale, c’est un choix de débat non ouvert à n’importe quoi
mais à cette volonté que l’on peut qualifier d’optimiste mais en tous
les cas “progressiste” parce que communiste et qui lie le mouvement du
monde à toutes les formes de subjectivité, celle des civilisation comme
la réflexion sur l’art et sur l’événement révélateur des contradictions
d’une époque.
Merci à tous ceux à commencer par Marianne Dunlop qui rendent cette
aventure, au sens de ce qui doit advenir possible et merci à toi jean
Claude qui vient secouer le cocotier depuis la lointaine Chine, mais qui
refuse de voir à quel point le meilleur de Roussel, donc du 38 e
congrès est justement cette nécessité de reprendre pied dans la classe
ouvrière, les couches populaires, ce réel désintéressement et bon sens
populaire, même s’il lui manque ce qui faisait la force de Thorez:
devenir un intellectuel de type nouveau et cela passe par le théorique
mais celui-ci comme l’intervention militante que tu appelles de tes
voeux ne saurait exister sans concrétisation et perception léniniste des
possible, de ce que veut l’adversaire et ce que je veux moi. S’en
prendre aujourd’hui à Roussel et au PCF de la part d’organisation sans
forces réelles pour mieux contribuer aux manœuvres de Mélenchon,
flatter les intellectuels en exagérant leur impact n’est pas mon choix,
il est celui d’ennemis réels du socialisme avec une fausse radicalité.
optimiste ou pessimiste peu importe, nous sommes communistes ou plutôt
nous tentons de l’être. Maintenant si tu proposes pour le prochain
congrès l’organisation d’un courant capable de porter sans compromission
l’exigence théorique et politique que tu décris, n’étant plus membre du
parti je suis peu apte à te répondre mais effectivement cela mérite
débat et je trouve que le travail que réalise PAM à Venissieux est
excellent pour éclairer les enjeux. Mais j’ai l’impression ici que nous
contribuons à notre manière à cette exigence. (note de danielle
Bleitrach pour histoireetsociete)
"Je salue l’optimisme indéfectible et nécessaire de Danielle. Nous
devons nous requinquer de temps en temps. A mon avis, cependant, mais
mon avis est sans importance, rien ne sortira de ce qui reste de la
flamme communiste si la masse des militants communistes ne prend pas le
pouvoir pour l’entretenir et la rénover. Se poser la question de savoir
si Roussel fera ceci ou cela me paraît dépourvu d’intérêt, car je sais,
l’ayant vu à l’œuvre, qu’il ne fera pas ceci mais qu’il fera cela et
qu’il ne s’inclinera devant l’obligation de faire ceci qu’à la condition
que la masse active des militants ne le lui suggère avec fermeté. La
bataille actuelle est celle du Congrès. Au delà de ce propos, peut-être
aussi lointain de la réalité française que peu réconfortant, je voudrais
faire deux remarques.
La première est qu’on ne peut aujourd’hui, et cela depuis le début du
20ème siècle, mais il y a eu des étapes et des évolutions, séparer ce
qui se passe à l’intérieur des pays capitalistes développés et ce qui se
passe à l’extérieur de ces pays. Pourquoi? Parce ce que le capitalisme a
engendré en son sein, depuis la fin du 19e siècle, un fractionnement
significatif entre le Grand Capital (le capital monopoliste, la grande
bourgeoisie) et le reste du Capital. Le Grand Capital aujourd’hui est à
la fois dedans et dehors. Il n’y a pas l’impérialisme, qui serait
l’extérieur, et le capitalisme, qui serait l’intérieur. Il y a le
Capital monopoliste dans chaque pays développé et à la direction des
affaires. Il s’en suit, dans ces pays, des rapports sociaux internes et
externes cohérents et imbriqués, propres à chaque pays impérialiste et
la constitution évolutive du système de ces rapports sociaux, que l’on
nomme l’impérialisme, que l’on peut avoir tendance à n’identifier
aujourd’hui qu’à la puissance américaine. Roussel n’a manifestement pas
compris ça, pas plus vraisemblablement, que ses conseillers. C’est
dommage car c’est le b-a-ba du marxisme-léninisme, l’arme théorique
puissante dont devrait se doter le prolétariat organisé.
La deuxième remarque est liée à la précédente. Roussel est pour le
socialisme. Oui mais dit-il, “le socialisme à la française”. Or dans
l’esprit des réformistes qui ont investi le PCF, et donc dans celui de
Roussel qui n’a pas la capacité de surmonter ce handicap, terrible et
mortel pour un révolutionnaire, qu’est le réformisme, cela signifie un
socialisme électoral, un socialisme reposant uniquement sur des
élections. Or, et j’en viens au point précédent, c’est un socialisme
électoral dont on fait l’hypothèse qu’il prendra forme, tout en laissant
à la grande bourgeoisie, au Capital monopoliste (aujourd’hui avec
toutes ses interpénétrations mondiales et notamment nord-américaines),
tous les pouvoirs dont elle, il, disposent. Bien sûr, lorsque les
élections seront terminées, vous allez voir ce que vous allez voir, la
grande bourgeoisie va en prendre plein la gueule, fouchtra. Mais rien ne
sera mené contre elle avant les élections. C’est le vote qui va
décider. Il faut être réglo et surtout ne pas être stalinien.
Donc voilà l’armature théorique duale du réformisme contemporain :
1)
il ne faut pas confondre le capitalisme et l’impérialisme. Le
capitalisme, c’est l’intérieur et il faut rompre avec la capitalisme.
Mais l’impérialisme c’est l’extérieur et ce sont surtout les américains,
2)
Cette rupture doit être et ne peut être qu’électorale. Ce qui, par
parenthèse, est cohérent avec le fait que le PCF soit devenu un parti
d’élus, et principalement d’élus municipaux. A ce réformisme
contemporain basique, on peut associer diverses variantes, celle par
exemple selon laquelle il existe “des capitalistes intelligents”. Le
socialisme électoral est supposé, dans ce cas, pouvoir prendre appui sur
l’élan transformateur que les “capitalistes intelligents”, modernistes
en quelque sorte, pourraient apporter à l’aspiration révolutionnaire.
J’ai essayé, dans le chapitre 7 du bouquin que j’ai écrit sur le
socialisme et que Aymeric Monville a publié, de rassembler quelques
réflexions sur ce thème de la démocratie. Je me permets d’y renvoyer. Ce
n’est pas simple et je suis certainement loin d’avoir tout dit sur ce
sujet. Cela, il faut quand même se convaincre que d’une part la grande
bourgeoisie de ce pays sait manœuvrer. Restant au pouvoir, elle
n’attend pas que des élections la renversent. Elle agit, elle divise, elle
enfume, et que d’autre part, les spadassins mondiaux de l’impérialisme
ne se contentent d’observer le cours des choses en buvant des alcools
rafraîchissants et en écoutant de la musique classique. Eux aussi ils
agissent."
Note de P.