samedi 2 décembre 2023

 

Ukraine, il reste peu de choix à Zelensky : la capitulation, un nouveau Maïdan ou un coup d’État

Que se passe-t-il sur le front ? Rien de bon pour l'Ukraine.

Zelensky a annoncé jeudi soir officiellement que l'Ukraine cesse toute action offensive et se met en état de défense, « complet et profond » et que l'Ukraine va construire un nombre important de fortifications en retrait de la ligne de front qui seront financées par les nations occidentales.

Cette annonce intervient après les révélations d'Arkhamia et des rumeurs de coup d'État et reflète la réalité sur le terrain militaire. Quelques faits illustrent cette réalité incontournable que les médias occidentaux tentent de cacher.

Dans la région de Kupiansk, un officier supérieur de la 14ᵉ brigade a abattu l'officier de liaison qui avait traité de lâches les soldats de cette brigade, car ces derniers refusaient d'attaquer les lignes russes.

Dans la région d'Adviivka, la 110ᵉ brigade a accusé publiquement, en fin de semaine dernière, la 53ᵉ brigade de lâcheté.

Des menaces de rébellion au cas où Zaluzhny serait démis de ses fonctions, faisant corps avec des rumeurs de coup d'État.

Sur le terrain militaire proprement dit, les forces armées ukrainiennes sont sur la défensive et le recul sur l'ensemble du front, elles subissent des pertes croissantes y compris dues à des épidémies et aux conditions météorologiques. Les soldats ont commencé à tomber malades en masse, le moral et la déception se faisaient sentir partout.

À Adviivka, les Ukrainiens sont contraints de céder ou de se rendre pour ne pas mourir.

À Bakhmut, les Russes ont repris tous les territoires pour lesquels des milliers d'Ukrainiens sont morts depuis la contre-offensive du 10 mai, laissant derrière eux de nombreux camarades morts dans les tranchées.

A Krynky, la tête de pont sur la rive russe du Dniepr, qui a soulevé l’enthousiasme des experts de plateaux, les Russes ont bloqué, sous un déluge de feu, des centaines d'Ukrainiens qui ne peuvent plus traverser le fleuve dans l'autre sens.

 

Les Ukrainiens subissent d'énormes pertes sur toute la ligne de front, et le ministère de la Défense britannique se plaint amèrement que les Russes utilisent des bombes à fragmentation contre les zones fortifiées ukrainiennes. Il y a peu encore, Kiev et les Occidentaux se réjouissaient des livraisons américaines de bombes à fragmentation contre les Russes, se moquant des avertissements non seulement de Poutine, mais aussi de Human Rights Watch. Les Russes avaient averti que l'utilisation de bombes à fragmentation par les Ukrainiens entraînerait une réplique. C'est chose faite !

Les zones fortifiées ukrainiennes d’Ugledar et d’Avdiivka sont noyées sous les bombes à fragmentation russe de 500 kg.

 

La panique gagne le camp occidental et la décision de Zelensky de construire des forteresses défensives est directement la conséquence des avancées russes sur toute la ligne de front, d'autant plus que Washington a averti que 100 000 Russes sont en attente du côté de Kupiansk et qu'il y a de nombreux mouvements de troupes russes du côté de Karkhov. Pour accroître la nervosité des occidentaux et des Ukrainiens, des responsables russes ont fait savoir que Kershon, Karkhov, Odessa et Nikolaev avaient vocation à retourner au sein de la Russie.

Pour accroître le sentiment d'impuissance des Ukrainiens qui ne sont plus en mesure de recruter de nouveaux combattants, les responsables du recrutement de différentes régions font savoir qu'à peine 8 % à 10 % de l'objectif de recrutement avaient été atteints.

Pour tenter de remédier au problème du recrutement, Zelensky privatise le recrutement et le délègue à des sociétés occidentales au moment où il décident d'envoyer des femmes et des vieux combattre dans les tranchées pour suppléer le manque d'hommes.

Et comme si les déboires de l'Ukraine n'étaient pas suffisants, Washington a exigé que Kiev rende les 31 chars américains Abrams précédemment livrés à l’Ukraine, d'après les médias américains, en échange, le chef du Pentagone aurait promis de transférer 124 chars Léopards allemands aux forces armées ukrainiennes. Les Américains veulent éviter l'humiliation de voir leurs chars brûler, tout comme les Léopards allemands. Le fait que les chars américains tombent en panne en raison d'inadaptation aux conditions de combat en Ukraine doit également avoir pesé dans cette décision. Par contre, personne ne sait où trouver 124 nouveaux chars Léopards en remplacement.

Il ne fait pas bon de vendre son âme au diable, ou aux Américains, le prix à payer est exagérément élevé et toujours à sens unique.

 

 

 

Que se passe-t-il à Kiev ? Ils commencent à s’entre-tuer.

Comme nous le savons, les Russes n'ont pas eu la délicatesse de s'enfuir lors de la contre-offensive du 5 juin, terrorisés devant les Léopards ou plutôt les chatons que les puissances occidentales ont fournis à l'Ukraine pour reprendre la Crimée et le Donbass en quelques semaines. Et les conséquences de l'indélicatesse des Russes sont catastrophiques pour l'Ukraine en premier lieu, mais également pour leurs commanditaires occidentaux.

À Kiev même, l'air est devenu irrespirable, les assassinats à la grenade et les empoisonnements sont de simples avertissements avant que ne commence la nuit des grands couteaux qui devra déterminer quel clan héritera du pouvoir. « Le conflit entre Zelensky et Zaluzhny était prévisible et provoqué par l’échec de la contre-offensive  », observe le journal « The Economist ». C'est de la faute à Poutine, quoi ! Et pour une fois, c'est vrai. Le journal « The Economist » oublie de préciser que lui-même, comme l'ensemble de la presse occidentale vantait il y a encore peu la honteuse défaite infligée aux Russes par le nouveau « Churchill Zelensky » porté aux nues, au Capitole de Washington, acclamé par les sénateurs debout, comme le défenseur de l'Occident. Aujourd'hui, cette même presse dépeint Zelensky au mieux comme le rêveur de l'année, au pire, comme un fanatique incompétent. Il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne (elle était facile celle-là).

Pour saisir l'ampleur « du conflit » qui oppose les clans rivaux à Kiev, rien ne vaut une petite séance vidéo dans laquelle Zaluzhny le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, n'a pas pu résister aux critiques de la députée Maryana Bezugla.

https://t.me/BrainlessChanel/68229

Cette petite vidéo dans laquelle nous voyons le commandant en chef des forces armées ukrainiennes insulter pendant de longues minutes, de « s-le p-te » et pire encore, la députée du parti de Zelensky, qui a proposé la démission du commandant en chef des forces armées ukrainiennes Valery Zaluzhny, pour incompétence.

Lundi, Maryana Bezugla avait déclaré que Zaluzhny et l'ensemble des généraux des forces armées ukrainiennes devraient être punis en raison de l'échec de la contre-offensive et de l'absence de plan pour les opérations militaires pour les mois à venir.

À Kiev, personne n'est dupe, Bezuglaya ne pouvait pas attaquer de sa propre initiative Zaluzhny en lui faisant porter le chapeau pour la débâcle de la contre-offensive.

Confronté aux menaces de Zaluzhny et de son entourage, le représentant de Zelensky à la Rada, Fiodor Venislavsky , a déclaré que la présence de Bezugla à la Rada constituait une menace pour la sécurité nationale de l'Ukraine. En effet, des soutiens de Zaluzhny exigent la démission de Bezuglaya de son poste de député et son éviction du Conseil suprême (la Rada) en menaçant d'une intervention directe de l'armée : «  Si cela ne se produit pas (l'éviction de Bezugla de la Rada), alors pour avoir insulté et fait chanter Zaluzhny, l'armée pourrait décider que Bezuglaya devra répondre de ses paroles ».

Tout cela ressemble à une menace d'un coup d'État, mais comme l'Ukraine défend notre belle démocratie occidentale contre les barbares d'Orient, cela ne devrait pas provoquer trop d'émois dans les salles de rédaction de notre belle presse libre et indépendante. Tout va bien, nous assurait-on, du côté de la presse occidentale. Si on s'en tient aux propos des déficients mentaux de LCI, l'Ukraine est train de gagner, les Russes meurent par centaines de milliers, pourtant les dirigeants corrompus de Kiev sont non seulement incapables de mobiliser des Ukrainiens pour remplacer les pertes, mais ils sont à deux doigts de se poignarder littéralement.

En fait, l'impuissance ukrainienne face aux Russes est à l'origine de l’exacerbation des tensions à Kiev, mais également dans les capitales occidentales.

Il s'agit maintenant de désigner les boucs émissaires à sacrifier. Zelensky et Zaluzhny se rejetant mutuellement la responsabilité de la débâcle ukrainienne.

Il ne fait pas bon être trop proche des cercles du pouvoir à Kiev en ce moment, entre les gâteaux fourrés à la grenade liquidant un membre de l'état-major de Zaluzhny, l’empoissonnement de l'épouse du chef des services secrets ukrainiens Kirill Budanov, les menaces de coup d'État. Aucun doute, l'Ukraine est en train de botter le cul des Russes.

Zaluzhny et Budanov représentent toutes deux une menace pour Zelensky, qui risque de perdre l’élection présidentielle s’il se retrouve face à ses deux concurrents, puisqu'un « sondage » du journal The economist annonce : « le niveau de confiance en Zelensky est tombé à +32 %, soit la moitié de celui de Zaluzhny (+70 %), et celui de Budanov est au-dessus du président (+45 %) », en conséquence, Zelensky a annulé les élections, les reportant à la fin de la guerre.

Il est clair que Zaluzhny est devenu la nouvelle coqueluche de Washington, désigné pour remplacer Zelensky à qui les Américains reprochent d'avoir privilégié la défense de Bakhmut au détriment de la de percée en Crimée du 5 juin. Mais Zaluzhny ne peut pas prendre le pouvoir par un coup d’état pour le moment, les circonstances ne s'y prêtent pas, donc, avec le soutien américain, il accuse Zelensky d’être incompétent et surtout d’être le responsable de la catastrophe de Bakhmut, qui a coûté des dizaines de milliers de vies ukrainiennes, et de rééditer maintenant la même erreur en s'accrochant coûte que coûte à la défense d'Adviivka. Au passage, on notera que les autorités militaires ukrainiennes reconnaissent que Bakhmut et à présent Adviivka ont coûté des dizaines de milliers de vies aux Ukrainiens.

Quant à Zelensky, il ne peut pas virer Zaluzhny de son poste de commandant en chef des forces armées ukrainiennes pour le moment, car il est sous la menace directe d'une révolte des forces armées, donc il fait pression pour obtenir sa démission, l'accusant, par députée interposée, de ne pas être à la hauteur de son poste, le rendant ainsi directement responsable de la faillite de la contre-offensive et d’être incapable de proposer le moindre plan militaire pour les mois à venir.

Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais concernant l'incompétence de Zaluzhny, Zelensky n'a pas entièrement tort, puisque le commandant en chef des forces armées ukrainiennes s'est contenté de mettre en application les plans américains décidés à Washington pour la prise de la Crimée.

« Maintenant, il y a un jeu de reproches pour savoir qui est responsable de l’échec. Les politiciens disent que leurs généraux sont des idiots formés par les Soviétiques. Et les généraux disent que les politiciens interfèrent avec les idiots. La victoire a de nombreux pères, mais personne ne veut être responsable de l’impasse  », écrit un journal, citant un haut responsable ukrainien.

 Cela ressemble de plus en plus à un mauvais roman d'espionnage, Zaluzhny traite Zelensky d'incompétent et Zelensky traite Zaluzhny d'incapable, des grenades dans des gâteaux d'anniversaires des chefs militaires, l'épouse du patron des services de sécurité empoisonnée, des généraux insultant copieusement des députées, des menaces de coup d'État, des rumeurs affirmant que l’un ou l’autre sera évincé avant la fin de l’année. Qu'importe, l'Ukraine va gagner la guerre, assurent les experts de LCI.

Un journal écrit : « Ces « révélations » explosent sur fond de rivalité qui couve depuis des mois entre Zelensky et Zaluzhnyi, le commandant des forces armées, après de nombreux revers militaires. Zelensky veut une victoire à montrer à ses maîtres occidentaux pour tenter de conserver son poste, alors que Zaluzhnyi se contente d’être un bon petit soldat obéissant à Washington.

Bref, tout cela augure une prochaine mise à l’écart de Zelensky, voire un coup d’État. L’OTAN n’est plus en mesure de l’aider et l’Occident cherche une porte de sortie alors qu’un autre conflit se dessine au Proche-Orient. »

Pour ajouter de la crise à la crise, un bandeau déroulant est apparu brièvement il y a quelques jours, pendant les infos sur la TV ukrainienne, indiquant que l'Ukraine a perdu un million deux cent mille hommes, toutes causes confondues, sur le front. Des informations divulguées « accidentellement » indiquant des pertes colossales pour l'Ukraine ne sont pas un hasard, un des deux camps compte utiliser cette information, qu'elle soit vraie ou non.

C'est à ce moment crucial que David Arakhamia, négociateur en chef des pourparlers de paix à Istanbul, déclare publiquement que la Russie n'avait pas l'intention d'envahir l'Ukraine si celle-ci acceptait de rester neutre, et que l'Occident a conseillé à Kiev de refuser l'accord de paix.

On notera au passage que l'on est bien loin de toutes les salades occidentales affirmant que cette guerre était une agression russe motivée par le désir de V. Poutine de reconstruire l'empire russe.

Quoi qu'en disent les commentateurs occidentaux, ces révélations sont inédites en Ukraine même, et il est trop tôt pour en mesurer les conséquences et comment elles vont « impacter » l'état d'esprit des ukrainiens alors qu'est annoncé le report sine-dié des élections parlementaires et présidentielles, cela s’additionnant à l'annonce de la cessation toute action offensive et de la construction de forteresses défensives ainsi que de la privatisation des services de recrutement militaires, qui seront confiés à des sociétés occidentales, au moment où les femmes et les vieux jusqu'à 70 ans sont appelés à combattre dans les tranchées.

On est en droit de penser que l'interview d'Arakhamia a été pensée dans le cadre de l'opposition grandissante entre certaines factions de Kiev et les décideurs de Washington, et que dans ce contexte, Zelensky prépare l'opinion publique à céder le Donbass et la Crimée à la Russie par voie de référendum :« Je pense que de telles choses doivent être faites uniquement par référendum », a expliqué Arakhamia. Et il a ajouté qu’il accepterait toute décision du peuple.

 

Tenter de négocier la paix avec la Russie, en faisant des concessions territoriales et de sécurité, hors le contrôle des Occidentaux, serait pour Zelensky une sorte de revanche pour la trahison des Américains qui cherchent à le remplacer par Zaluzhnyi. Est-ce là la raison de la sortie médiatique d'Arakhamia ?

 

Mais cette issue, s'il s'agit là de l'option choisie par le camp de Zelensky, nécessite un bouc émissaire pour cette guerre inutile : Boris Johnson et Washington, et un bouc émissaire pour les échecs de la contre-offensive, Zaluzhnyi. Il ne s'agit là que d'hypothèses de ma part.

Mort d’Henry Kissinger, un dirigeant politique impitoyable et cynique

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

L’ancien secrétaire d’État de Richard Nixon s’est éteint à l’âge de 100 ans. Les multiples hommages le présentent comme un « grand diplomate ». Du Vietnam au Chili, en passant par le Cambodge et l’Indonésie, son action le définit plutôt comme un dirigeant impitoyable et cynique.

 

Il y a d’abord le récit officiel de 100 ans, 6 mois et 2 jours de vie. Celui qui impose l’histoire d’un juif allemand – Heinz Alfred Kissinger – né en 1923 en Bavière, fils d’instituteur, fuyant à l’âge de 15 ans l’Allemagne nazie et trouvant refuge aux États-Unis qui lui offre la naturalisation.

 

Débute alors un parcours hors du commun : contre-espionnage militaire dans l’armée américaine, reprise des études à Harvard, nomination par Richard Nixon en 1969 au poste conseiller à la sécurité nationale puis, en 1973, à celui de secrétaire d’État et, récompense suprême, prix Nobel de la paix en 1973 conjointement avec Le Duc Tho (qui le refusa) pour la signature d’un cessez-le-feu au Vietnam. Ajoutez une dimension physique de quasi-personnage de roman – la voix caverneuse, la monture de lunettes, puis la longévité – et voilà l’icône apprêtée.

 

À l’instar du diable qui se cache dans les détails, la vérité se niche dans quelques détours de phrases où un média évoque des « parts d’ombre » et une chancellerie avec des aspects « controversés ». Si Henry Kissinger incarne une idée, c’est moins celle de la noblesse de la diplomatie « réaliste » que celle du cynisme d’une puissance qui se veut impériale. Il a orchestré des coups d’État, donné son feu vert à des nettoyages ethniques, déclenché des bombardements sur des civils, menti, manipulé et fait tuer…

 

Avec Nixon, il sabote puis reprend les pourparlers de paix au Vietnam

 

Tout commence alors qu’il n’est pas encore « aux affaires ». Directeur du prestigieux Harvard International Seminar, il contacte de son propre chef des proches de l’ancien vice-président Richard Nixon (qu’il jugeait pourtant quelques mois auparavant « l’homme le plus dangereux à avoir jamais été candidat à une élection présidentielle »), alors en pleine campagne électorale. Il leur transmet des informations reçues d’un assistant participant aux pourparlers de paix entre l’administration Johnson et les acteurs du conflit vietnamien.

 

À quelques semaines du scrutin, alors que le président Johnson a suspendu les bombardements et qu’un accord de paix pourrait permettre au vice-président Hubert Humphrey de décrocher la victoire, la campagne de Nixon incite les Sud-Vietnamiens à faire échouer les négociations et à « tenir jusqu’après les élections ».

 

Kissinger n’y est sans doute pour rien mais, une fois Nixon élu, il rejoint une équipe qui s’est rendue, de fait, coupable de « trahison » et poursuit la guerre alors qu’elle avait promis aux électeurs la paix.

 

Nommé conseiller à la sécurité nationale, l’ancien universitaire conseille à Nixon d’ordonner le bombardement du Cambodge (bilan : 50 000 morts) afin de faire pression sur Hanoï pour qu’il revienne à la table des négociations et accessoirement détruire la piste Hô Chi Minh.

 

« Nixon et Kissinger étaient prêts à tout pour reprendre les pourparlers qu’ils avaient contribué à saboter, et leur désespoir s’est manifesté par la férocité, raconte, dans un article pour le magazine marxiste Jacobin, Greg Grandin, professeur à l’université de Yale. (…) Le bombardement du Cambodge (un pays avec lequel les États-Unis n’étaient pas en guerre), qui allait finir par briser le pays et conduire à la montée des Khmers rouges, était illégal. Il fallait donc le faire en secret. La pression exercée pour garder le secret a fait naître la paranoïa au sein de l’administration, ce qui a conduit Kissinger et Nixon à demander à J. Edgar Hoover de mettre sur écoute les téléphones des fonctionnaires de l’administration. » Des bombardements illégaux au Cambodge, premier acte du Kissinger « diplomate », au scandale du Watergate, le fil est tiré.

 

Architecte des interventions criminelles américaines

 

Le secrétaire d’État échappera à la destinée de Nixon, contraint à la démission, bien que les journalistes Seymour Hersh, Bob Woodward et Carl Bernstein aient tous publié des articles l’accusant d’être à l’origine de la première série d’écoutes téléphoniques illégales mises en place par la Maison-Blanche afin de garder secrète son action au Cambodge. Poursuivant auprès de Gerald Ford jusqu’en 1977, il échappera à tout opprobre qu’aurait dû lui occasionner son « œuvre ».

 

En 1971, Washington livre des armes à l’armée pakistanaise engagée dans des massacres de masse au Pakistan oriental (aujourd’hui le Bangladesh). En 1973, comme le rappelle le New York times, Henry Kissinger est « l’architecte des efforts de l’administration Nixon pour renverser le président socialiste démocratiquement élu du Chili, Salvador Allende ».

 

En 1975, Kissinger toujours et le président Ford approuvent secrètement l’invasion de l’ancienne colonie portugaise du Timor oriental par l’armée indonésienne. Le secrétaire d’État, en visite à Djakarta, demande alors au dictateur indonésien Suharto de lancer l’opération « après notre retour ». Ce qui fut fait. Bilan : 100 000 Timorais de l’Est tués ou affamés.

 

Après la victoire de Jimmy Carter et son départ de l’administration, il mettra son carnet d’adresses à son propre profit, se lançant dans le conseil grassement rémunéré. La « liste des clients » de Kissinger Associates demeure le secret le mieux gardé de Washington. Son fondateur préfère d’ailleurs démissionner de son poste de président de la commission du 11 Septembre, plutôt que de la remettre pour examen du public.

 

On sait, malgré tout, que sa société « a été l’un des premiers acteurs de la vague de privatisations qui a suivi la fin de la guerre froide dans l’ex-Union soviétique, en Europe de l’Est et en Amérique latine, contribuant à la création d’une nouvelle classe oligarchique internationale », toujours selon Jacobin.

 

Des coups tordus de la guerre froide aux méandres de la « fin de l’Histoire », Henry Kissinger a assurément été un homme du siècle qu’il a traversé, contribuant à le façonner à son image : cynique et impitoyable.

 

Des réactions panégyriques

 

Pourtant, le flot et la tonalité des hommages rendus dessinent le parcours d’un « homme d’État ». « L’Amérique a perdu l’une de ses voix les plus sûres et les plus écoutées en politique étrangère », a salué l’ancien président américain George W. Bush, qui s’y connaît en la matière. Jamais avare dans l’emphase, Emmanuel Macron salue en Kissinger un « géant de l’Histoire », pas moins.

 

Le décès de celui qui est considéré comme le plus influent secrétaire d’État depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale réussit même à réunir dans le même deuil Moscou et Kiev. Vladimir Poutine a salué un « homme d’État sage et visionnaire », tandis que Dmytro Kouleba, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, estime que son « héritage intellectuel (…) continuera d’influencer » la « diplomatie et l’ordre mondial ».

 

La Chine a déploré, via la voix de son ambassadeur aux États-Unis, Xie Feng, « une perte énorme pour nos deux pays et pour le monde ». Olaf Scholz, le chancelier allemand, a de son côté salué un « grand diplomate ». « Nous sommes de grands admirateurs d’Henry Kissinger », a indiqué le président israélien, Isaac Herzog, aux côtés d’un Antony Blinken étonnamment plus sobre, se contentant d’affirmer : « Il était extraordinairement généreux de sa sagesse et de ses conseils. Peu de personnes ont été de meilleurs élèves de l’Histoire – et encore moins de personnes ont davantage contribué à façonner l’Histoire – qu’Henry Kissinger. »

 

Chacun a ses raisons pour de tels panégyriques. La Russie, car l’ancien bras droit de Richard Nixon contribua à la « détente des tensions internationales et à des accords très importants américano-soviétiques ayant contribué au renforcement de la sécurité mondiale », dixit Vladimir Poutine. La Chine, pour avoir été la cheville ouvrière du rapprochement entre Washington et Pékin au début des années 1970

 

Israël en souvenir du « pont aérien » immédiatement mis en place par Kissinger et Nixon au début de la guerre du Kippour en 1973, alors que l’armée israélienne était déboussolée. L’Allemagne, parce qu’il est d’abord un enfant du pays, et les dirigeants américains car il est l’un des leurs. La diplomatie s’impose certes – encore plus, en de telles circonstances – de ne pas évoquer les motifs de fâcherie.

 


Et on sait que le deuil est parfois ce moment faussement consensuel où l’on ne veut retenir que le meilleur de celui qui a trépassé. Mais, en l’espèce, lorsque la diplomatie s’accoude au deuil, un criminel de guerre est dépeint en héros du siècle.

 

Christophe Deroubaix Article publié dans l'Humanité

 

vendredi 1 décembre 2023

 

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Le ministre de la Justice relaxé par la Cour de Justice de la République

Voilà, voilà, ça y est, le soldat Dupont-Moretti a été sauvé par 12 parlementaires et 3 magistrats composant la CJR.

Il est donc "déclaré non coupable" de "prises illégales d'intérêts". Fermez le ban!

Certes, pour cette cour exceptionnelle de justice, bien au chaud dans notre état de droit pour ne juger que ministres et secrétaires d'Etat, le garde des Sceaux de la République française était bien dans une situation de conflits d'intérêts, mais sans avoir eu l'intention de commettre un délit sur 3 magistrats. En clair, ça signifie: un peu coupable mais pas assez.

Le contribuable pourrait se demander pourquoi donc deux longues semaines d'audience, une très longue enquête avec des perquisitions à la clé, la Cour de Cassation statuant pour que le procès se tienne. Non, fermez le ban!

Depuis sa création la CJR a jugé 8 ministres et 2 secrétaires d'Etat: 4 relaxes et 6 coupables simplement avec de la prison avec sursis.

Sauf, après une très longue instruction de dix ans, Michel Gillibert, secrétaire d'Etat aux Handicapés, « coupable d’escroquerie au préjudice de l’État » (détournement de 8 510 000 francs) à trois ans d’emprisonnement avec sursis, 20 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Et puis Edmond Hervé, secrétaire d'Etat à la santé, condamné « pour manquement à une obligation de sécurité ou de prudence », tout en le dispensant de peine. Mais ils n'étaient que sous-ministres. Fermez le ban!

 

Note de PEDRITO sur l'Égalité, la dignité, les droits,et bla bla bla, des citoyens devant la LOI ....des puissants

Pierre CAUMONT, PEDRITO, a été condamné en 1991 par le centre des impôts du GERS à payer un redressement fiscal avec pénalités, pour, tenez vous bien:
AVOIR PAYÉ TROP DE PENSION ALIMENTAIRE A SON EX ÉPOUSE APRÈS SON DIVORCE, PENSION ALIMENTAIRE DÉCIDÉE PAR LE TRIBUNAL DE TOULOUSE.
LA JUSTICE ? UNE CHIMÈRE !!!! L'ÉGALITÉ DES CITOYENS DEVANT LA LOI ????
DU pipeau!!! Une parodie de justice !!!! L'art de prendre le citoyen CONTRIBUABLE pour une truffe.
Je ne dis pas que je méritais une médaille pour verser plus pour l'éducation de mon enfant!!!!
De là à me coller un redressement d'impôt !!!!!! Peut être un règlement de compte d'un gersois qui n'avait jamais quitté notre département jaloux de ma carrière de postier émigré dans le Nord !!!! A croire que un ou des employés du Trésor du Gers n'avaient pas grand chose à faire à part de l'excès de zèle qu'à me faire condamner comme un délinquant, alors que de nombreux pères ne font jamais ou très peu face à leur devoir en la matière. Et c'est l'impôt public qui doit pallier à leur démission !!! 

J'ai donc été triplement puni: j'ai trop payé, j'ai récolté un redressement d'impôt, et j'ai payé pour les mauvais payeurs.

Voilà notre justice !!! Et c'est un avocat condamnable qui est ministre de la justice !!!!!

Quel beau métier d'avocat!!!

Certains sont mme des pervers narcissiques coupables d'injures, menaces de mort, harcèlement envers personne  âgée vulnérable....J'en garde les preuves....

Ah ! Que oui ! La justice est en de bonnes mains !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gideon Levy, journaliste israélien : "L’occupation ne cessera pas tant qu’Israël n’en paiera pas le prix"

vendredi 1er décembre 2023 par Gideon Levy/Turgut Alp Boyraz blog ANC

"La paix ne viendra pas de la société israélienne. Les Israéliens ne se réveilleront pas un matin en se disant que l’occupation est trop cruelle, que l’apartheid est illégal et qu’il faut y mettre fin", déclare Gideon Levy.

Selon le journaliste et auteur israélien, Gideon Levy, l’armée israélienne commet régulièrement des "crimes de guerre" dans les territoires palestiniens occupés depuis 55 ans, et pas seulement en temps de guerre, et le seul moyen de mettre fin à l’occupation est que le gouvernement de Tel-Aviv commence à en "payer le prix".

Levy, qui écrit pour le journal israélien Haaretz, est l’une des rares voix dans son pays à s’opposer à l’occupation et à décrire Israël comme un "régime raciste".

Depuis une quarantaine d’années, Gideon Levy, qui suit personnellement les événements en Cisjordanie occupée en tant que journaliste de terrain, estime que la société et le gouvernement israéliens se trouvent actuellement dans un "état d’esprit extrêmement radical".

Compte tenu de cette situation, Levy, qui ne pense pas qu’Israël fera des concessions pour la paix, estime que le seul espoir réside dans une intervention internationale.

Rappelant que le président américain Joe Biden se prépare pour les prochaines élections, le journaliste israélien déclare qu’il ne pense pas que cette intervention internationale soit très probable.

Décrivant l’état antérieur de la société israélienne comme "assez mauvais", Levy a déclaré à Anadolu qu’au cours des dernières semaines, la société a évolué encore plus vers le "racisme".

Levy ne croit pas qu’un changement positif vers la paix viendra de la part de la société israélienne.

"Elle (la paix) ne viendra pas de la société israélienne. Les Israéliens ne se réveilleront pas un matin en disant : L’occupation est trop cruelle, l’apartheid (régime raciste) est illégal, mettons-y fin".

"Cela ne se produira que si les Israéliens commencent à payer le prix de l’occupation, s’ils sont punis pour l’occupation qu’ils poursuivent et s’ils se rendent compte que le coût qu’ils doivent payer pour poursuivre l’occupation est trop élevé", a-t-il estimé.

Toutefois, Levy a souligné que la situation "n’en est pas encore à ce stade" et a déclaré que la communauté internationale "doit cesser de parler et agir".

"Je ne pense pas que cela se produise dans un avenir proche. Mais je pense que le jour viendra où la communauté internationale dira ’ça suffit’. J’attends ce jour, mais il ne semble pas très proche", a-t-il ajouté.

- Israël commet des crimes de guerre tous les jours depuis 55 ans

L’ancien capitaine et pilote Yonatan Shapira, qui a démissionné de l’armée israélienne, a utilisé les mots "l’armée israélienne est une organisation terroriste, ses commandants sont des criminels de guerre" dans une déclaration à Anadolu en 2021.

Lorsqu’on lui demande s’il est d’accord avec les propos de Shapira en tant que journaliste qui suit de près les pratiques de l’armée israélienne depuis des décennies, Gideon Levy répond : "Tout d’abord, Shapira est mon ami, et oui, je suis d’accord avec lui.

Et de poursuivre : "Ce qu’Israël fait quotidiennement depuis 55 ans (depuis l’occupation de 1967) en Cisjordanie est un crime de guerre. Des colons (juifs illégaux) au transfert de prisonniers (palestiniens) en Israël, des enlèvements nocturnes de personnes à leur domicile aux punitions collectives, tout cela constitue des violations du droit international".

Soulignant que tout cela se produit dans la vie quotidienne, et pas seulement en temps de guerre, Levy ajoute : "Il ne fait aucun doute que l’occupation est un crime qui doit cesser. Je me bats contre cela depuis près de 40 ans".

- Les médias israéliens cachent la brutalité

Selon Levy, la plupart des Israéliens ne voient pas grand-chose de la "brutalité" commise à Gaza.

Le journaliste israélien a déclaré : "Pour être honnête, si je veux voir ce qui se passe, je dois regarder des chaînes comme Al Jazeera, TRT et CNN parce que les chaînes, les médias et les journaux israéliens essaient de ne pas montrer la plupart des brutalités. C’est seulement ainsi que je peux avoir une vue d’ensemble".

Affirmant que l’attaque d’une zone densément peuplée comme Gaza de cette manière fait payer un lourd tribut aux civils, Levy affirme : "Mon discours reste sans voix face à ce qui se passe."

Toutefois, selon lui, le gouvernement israélien bénéficie d’un soutien quasi unanime de la part de la société en ce qui concerne la guerre.

"Ils (les Israéliens) sont actuellement en train de se faire une idée de la situation. Ils sont actuellement unis sur deux objectifs. Le premier est la libération de tous les otages, qui est actuellement l’objectif principal. Ensuite, ils pensent pouvoir vaincre complètement le Hamas. Je pense que le gouvernement a tout le soutien nécessaire pour poursuivre la guerre".

À la question "Israël reprendra-t-il une attaque de grande envergure après la fin de la "pause humanitaire" ?", le journaliste israélien répond :
"Je crains que oui, mais les prochains jours montreront la situation. La dynamique actuelle est positive. L’accord fonctionne ; les otages rentrent chez eux chaque jour, de même que les prisonniers palestiniens, ce qui me rend heureux. Mais cela ne peut pas durer éternellement".

"Je ne pense pas qu’Israël cessera de faire la guerre. J’espère qu’elle ne reviendra pas avec la même intensité, car si c’est le cas, cela signifiera la destruction de la partie sud de Gaza ; il y a déjà plus de deux millions de personnes ici", a-t-il déclaré.

"Même s’ils détruisent complètement le sud de Gaza et vainquent le Hamas, le lendemain, Israël n’a aucune idée de ce qui se passera. Il n’y a pas de plan. Et s’il n’y a pas de plan, la guerre devrait s’arrêter", a-t-il ajouté.

À la question de savoir si les États-Unis voudraient arrêter la guerre ou donner à Israël le feu vert pour de nouvelles attaques, Levy a répondu :
"Je pense qu’ils prendront une position médiane. Ils ne les arrêteront pas complètement, mais ils ne permettront pas (à Israël d’attaquer) comme avant. Il reste à savoir si Israël écoutera vraiment les Etats-Unis et quelle sera l’intensité de la pression exercée".

En ce qui concerne la question de savoir si la société israélienne ferait des concessions pour la paix, M. Levy a déclaré :
"Absolument pas pour l’instant. La société israélienne est animée d’un intense sentiment anti-arabe. Nous avons besoin de nouveaux dirigeants. Je ne vois rien (à propos de concessions) dans le leadership actuel et dans l’état d’esprit actuel du public israélien, qui est actuellement très extrême, très nationaliste et très à droite".

"Le seul espoir est une intervention internationale, mais je ne pense pas que cela se produira. En effet, les États-Unis entrent dans une année électorale et je ne pense pas que Biden en fera plus. Je ne vois aucun espoir pour l’instant", a-t-il souligné.

- Israël veut à nouveau expulser les Palestiniens, mais ce n’est pas possible".

Levy a également commenté la question des déclarations répétées entre les ministres israéliens et d’autres fonctionnaires sur la relocalisation des Palestiniens en dehors de la bande de Gaza.

"Israël serait ravi de nettoyer Gaza du peuple palestinien. Le problème est que ce n’est ni éthique, ni légal, ni pratique à la fois", a-t-il déclaré.

"Personne n’acceptera 2,3 millions de personnes. Personne ne permettra à Israël de transférer 2,3 millions de personnes. Israël n’a pas le droit de décider où les habitants de Gaza vivront. Israël n’a pas le droit de prendre une telle décision".

"Israël a commis une Nakba (grande catastrophe) et n’a pas le droit de commettre une seconde Nakba", a-t-il défendu.

Affirmant qu’Israël soulève constamment cette question parce qu’il n’a pas d’autres solutions et qu’il pense pouvoir réellement expulser les Palestiniens de Gaza, Levy a souligné l’humeur extrêmement nationaliste qui règne dans l’État d’Israël actuel.

"Vous savez, ils ont essayé cela en Cisjordanie aussi. Déjà, 16 villages de Cisjordanie ont été évacués. Ils ne pouvaient pas supporter la terreur des colons, et il n’y avait personne pour les arrêter. Ils essaieront (d’évacuer Gaza) autant que possible, mais je ne pense pas que cela se produira. Ce n’est pas possible".

Levy a souligné qu’Israël mettait la région en danger par ses actions, même s’il ne possède pas d’armes nucléaires : "Israël veut être un État juif, il a le droit d’être un État juif, mais il veut aussi avoir une démocratie, et cela ne fonctionne pas. Pour être un État juif, il faut une majorité juive claire".

"Il n’y a pas de majorité juive ; il y a actuellement environ 7,5 millions de Juifs et 7,5 millions de Palestiniens entre le fleuve et la mer. On ne peut pas être un État juif lorsque deux peuples vivent sous votre gouvernement, sous votre occupation, sous votre régime. C’est pourquoi Israël a fait son choix et a préféré être un État juif plutôt qu’un État démocratique", a-t-il déclaré.

Interrogé sur la liberté de critiquer Israël de la sorte s’il était Palestinien, Levy a répondu :

"La réponse à cette question est très claire. Bien sûr que non. La plupart de mes propos ne pourraient pas être tenus par un Palestinien. Cela n’arriverait pas dans la réalité d’Israël, surtout pas après une guerre. Si j’étais un Palestinien, j’aurais été en prison pour bien moins que ce que je dis aujourd’hui".

Traduit par Tuncay Çakmak

Une Nakba se déroule aussi en Cisjordanie occupée

Dévastation dans le camp de réfugiés de Jénine - une grande foule de Palestiniens assiste aux funérailles des 14 Palestiniens assassinés la veille lors d’une incursion militaire israélienne à grande échelle à Jénine et dans son camp de réfugiés. Au cours de cette incursion, les forces israéliennes ont eu recours à des frappes aériennes, à des tireurs d’élite et à des bulldozers blindés, causant d’importants dégâts dans le camp. Depuis le 7 octobre, les forces coloniales israéliennes ont intensifié leurs raids en Cisjordanie, tuant au moins 240 Palestiniens [bilan au 29 novembre]. Les forces coloniales israéliennes ont également arrêté plus de 3000 personnes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est annexée au cours de la même période, selon le groupe de défense du Club des prisonniers palestiniens.

Les forces israéliennes d’occupation et les colons terrorisent la population palestinienne de Cisjordanie afin de l’expulser et de voler ses terres.

Depuis un mois et demi, les objectifs génocidaires d’Israël à Gaza sont devenus de plus en plus clairs. Non seulement l’armée israélienne massacre des civils, mais elle bombarde également l’enclave dans le but de détruire toutes les infrastructures civiles nécessaires à la vie.

Hôpitaux, écoles, stations d’épuration, toute source d’électricité – y compris les panneaux solaires -, entrepôts et fermes ont été pris pour cible. Cela a rendu la bande de Gaza invivable, forçant les Palestiniens à vivre une nouvelle Nakba.

Mais ce n’est pas seulement à Gaza qu’Israël espère se débarrasser de la population palestinienne. La volonté israélienne de procéder à un nettoyage ethnique s’étend à la Cisjordanie occupée, où est mis en œuvre un plan similaire, bien que plus subrepticement.

Des plans d’annexion

Séparer la poursuite du génocide à Gaza du contexte palestinien à plus grande échelle revient à nier que la cible des crimes israéliens n’est pas limité au mouvement Hamas ni à la bande de Gaza, mais bien à l’existence palestinienne dans la Palestine historique dans son ensemble.

Il ne s’agit pas d’une crainte imaginaire des Palestiniens, mais d’une réalité que même les fondateurs de l’État israélien ont constamment et ouvertement admise.

« Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins, et de les transférer tous, sauf peut-être [les Arabes de] Bethléem, Nazareth et la vieille Jérusalem », écrivait Joseph Weitz, le directeur du Fonds national juif (FNJ), dans son journal en 1940.

« Pas un seul village ne doit être laissé debout, pas une seule tribu [bédouine]. Ce n’est qu’après ce transfert que le pays pourra absorber des millions de nos frères et que le problème juif cessera d’exister. Il n’y a pas d’autre solution », avait-il conclu.

Les milices juives qui ont mené une campagne de nettoyage ethnique massif des Palestiniens pour créer Israël n’ont pas pris le contrôle de la Cisjordanie et de Gaza en 1948, non pas parce qu’elles ne le souhaitaient pas, mais parce qu’elles n’en avaient pas la capacité.

La pression internationale et les limites de leurs propres capacités militaires les en ont empêchées.

Ces territoires servaient aussi commodément de destination aux Palestiniens expulsés du littoral méditerranéen, des villes comme Yaffa, Safad, Lydd et des villages environnants, dont les milices s’étaient emparées.

La guerre de 1967 a donné à Israël l’occasion de réaliser son objectif de régner sur toute la Palestine historique. Il a occupé Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza, ainsi que la péninsule égyptienne du Sinaï et le plateau du Golan syrien, qui reste occupé à ce jour.

Depuis lors, divers plans ont été élaborés pour annexer une partie ou la totalité de la Cisjordanie et de Gaza, tout en repoussant la population palestinienne soit dans des bantoustans séparés les uns des autres, soit vers les pays voisins, la Jordanie et l’Égypte.

La construction de plus de 150 colonies israéliennes (totalement illégales au regard du droit international) et de 120 avant-postes dans toute la Cisjordanie occupée est une politique qui découle de ces plans.

C’était également le cas à Gaza jusqu’en 2005, date à laquelle Israël a démantelé ses colonies et imposé un siège sur le territoire deux ans plus tard.

Sous le prétexte de « protéger » les 700 000 colons, Israël a empiété sur de plus en plus de terres palestiniennes, expulsant de plus en plus de Palestiniens de leurs communautés et leur refusant l’accès à leurs fermes, à leurs pâturages et à leurs oliveraies.

Cette situation a porté atteinte aux moyens de subsistance et à l’autosuffisance des Palestiniens.

Elle a également enhardi et encouragé les colons à harceler, torturer et tuer les Palestiniens sur leur propre territoire. Ces mesures, associées à des politiques visant à étrangler l’économie palestinienne et à pousser la majorité des Palestiniens dans un état de constante précarité, ont pour but ultime de forcer la population palestinienne à partir « volontairement ».

Préparer la Nakba

Au cours de l’année écoulée, le gouvernement israélien dirigé par Benyamin Netanyaou a intensifié ces politiques. Lorsque le Hamas a lancé son offensive du 7 octobre, la situation en Cisjordanie occupée était déjà intolérable depuis longtemps.

L’année 2023 s’annonçait comme la plus meurtrière pour les Palestiniens de Cisjordanie occupée depuis que les Nations unies ont commencé à recenser les décès en 2006.

A la date du 7 octobre, les forces israéliennes et les colons avaient tué quelque 248 Palestiniens, en majorité des civils, dont au moins 45 enfants.

L’armée israélienne, en coordination avec les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP), a mené des raids violents et des meurtres en série dans toute la Cisjordanie, en particulier dans les districts de Naplouse, Jénine et Tulkarem, dans le nord du pays.

Le nombre d’attaques de colons contre les communautés palestiniennes a également explosé et a gagné en ampleur et en violence. En février, les colons ont mené un pogrom dans la ville palestinienne de Huwara.

En juin, le gouvernement israélien et son ministre des finances, (le fasciste) Bezalel Smotrich, ont annoncé de nouvelles mesures facilitant et accélérant l’annexion de terres palestiniennes. En juillet, les expansions approuvées des colonies israéliennes ont atteint des sommets.

L’économie palestinienne, déjà au bord du désastre, a souffert encore plus de la destruction des infrastructures et de la limitation de la liberté de mouvement par les forces israéliennes et les colons.

Les démolitions de maisons et de structures de subsistance palestiniennes se sont multipliées. Au 1er octobre, plus de 750 bâtiments avaient été détruits, entraînant le déplacement de plus de 1 100 Palestiniens.

Tous ces processus, qui visent à l’expulsion des Palestiniens et à l’annexion de leurs terres, étaient déjà en cours avant le 7 octobre. Israël a ensuite profité de l’offensive du Hamas le 7 octobre pour les accélérer.

Et alors que jusque-là, les vociférations de « mort aux Arabes » pouvaient être entendues publiquement, principalement lors de rassemblements de colons, après le 7 octobre, une majorité d’Israéliens s’est sentie tout à fait à l’aise pour exprimer ouvertement ce sentiment entre eux et avec le reste du monde.

Au cours des 50 derniers jours, Israël a tué 249 Palestiniens en Cisjordanie, dont au moins 60 enfants. Les raids israéliens sur les villages, les villes et les camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie occupée se sont intensifiés en termes d’ampleur, de gravité et d’utilisation d’armes meurtrières, notamment des fusils automatiques, des chars et des drones suicides « Maoz ».

Le nombre de Palestiniens arrêtés et placés en détention administrative – la version officielle de l’enlèvement par Israël – a atteint un niveau record. Depuis le 7 octobre, au moins 3 260 Palestiniens ont été arrêtés en Cisjordanie occupée, dont de nombreux enfants. Les 150 Palestiniens libérés jusqu’à présent dans le cadre de l’accord d’échange d’otages sont également susceptibles d’être arrêtés à nouveau.

Les rapports et les vidéos faisant état d’abus et de tortures en détention se sont multipliés. Les Palestiniens sont également régulièrement harcelés et battus, même chez eux ou dans la rue.

Encouragés et armés par les autorités israéliennes, les colons israéliens sont devenus encore plus violents. Ils ont intensifié les expulsions forcées des communautés bédouines palestiniennes dans le sud, près de la vallée du Jourdain, et dans le centre, près de Ramallah, déplaçant plus de 1000 personnes depuis le 7 octobre.

Ces pratiques ont également eu un impact dévastateur sur l’économie palestinienne.

L’armée israélienne a verrouillé les principaux barrages militaires dans toute la Cisjordanie occupée, paralysant presque totalement les transports. Les travailleurs journaliers ont eu du mal à gagner leur vie, tandis que les stocks de nourriture s’amenuisent et que les importations sont retenues plus longtemps dans les ports israéliens.

Le secteur de la santé est également en état de crise, incapable de gérer le nombre qui ne cesse d’augmenter de blessés et de malades. Pour tout aggraver, l’armée israélienne a également commencé à assiéger et attaquer les hôpitaux de Cisjordanie.

Toutes ces tactiques servent à répandre la crainte et le désespoir parmi les Palestiniens, les préparant finalement à l’annexion et à l’expulsion.

Éliminer la résistance

Aujourd’hui, nous assistons à la poursuite de la Nakba à Gaza et en Cisjordanie. L’objectif d’Israël est d’expulser les Palestiniens et de tenter d’assimiler les survivants, comme il a essayé de le faire avec les Palestiniens de 1948.

Aujourd’hui, ces survivants ont la citoyenneté israélienne, mais sont traités comme des citoyens de seconde zone et souvent exposés à des pratiques discriminatoires et violentes de la part des citoyens juifs-israéliens et des autorités.

Face à cette catastrophe imminente, les Palestiniens de Cisjordanie sont livrés à eux-mêmes.

L’Autorité palestinienne (AP) est le seul acteur palestinien ayant accès aux armes, mais elle n’a rien fait pour protéger les Palestiniens contre la violence israélienne.

Les forces de sécurité de l’AP, fortes de 10 500 hommes, sont formées par les États-Unis et la Jordanie au maintien de l’ordre, et non à la confrontation avec une autre force armée.

Pire encore, ces forces et les unités de renseignement ont directement aidé Israël à attaquer et à démanteler toutes les poches de résistance armée en Cisjordanie au cours des dernières années.

Contrairement aux affirmations de la propagande israélienne, les jeunes qui ont décidé de prendre les armes – principalement concentrés à Naplouse et Jenine – ne font pas partie du Hamas ; certains sont membres du Fatah ou sont des transfuges des forces de l’Autorité palestinienne, mais beaucoup n’ont aucune affiliation politique.

Depuis le 7 octobre, l’armée israélienne s’est attachée à éradiquer ces groupes de résistance afin que la population civile de Cisjordanie soit totalement démunie face à la violence, à la dépossession et à l’expulsion.

Mais à mesure qu’Israël intensifie la violence, la résistance palestinienne apparait. Les Palestiniens ne cesseront pas de lutter contre l’occupation et l’apartheid simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens.

Personne ne veut vivre au bord de la survie, poussé et maintenu au bord du gouffre par un régime étranger.

Le moins que le monde puisse faire est de cesser de donner tête baissée dans la propagande israélienne et de défendre le droit des Palestiniens à résister à leur colonisateur et à leur oppresseur dans leur quête de libération.

C’est le moment de rassembler le courage nécessaire pour s’exprimer et mettre un terme à la volonté génocidaire d’Israël. C’est ici que les livres d’histoire nous offrent la possibilité de reconnaître que les États d’apartheid violents fondés sur des massacres ne sont ni légitimes, ni durables.

* Mariam Barghouti est une écrivaine palestino-américaine basée à Ramallah. Ses commentaires politiques sont publiés, notamment, dans l’International Business Times, le New York Times, la chaîne de télévision TRT-World Mariam Barghouti est également correspondante en Palestine du site d’informations et d’analyses Mondoweiss.