Swift
est une entreprise privée belge, Society for Worldwide Interbank
Financial Telecommunication de son nom complet, qui propose aux
institutions financières du monde entier un système de messagerie
instantanée. Quelque 11 000 établissements, principalement des banques
réparties dans 200 pays, s’y échangent plus de 40 millions de messages
par jour. Swift a progressivement remplacé le télex, ce réseau de
téléscripteurs connectés via les réseaux téléphoniques. Ces messages
sont principalement des ordres de virement. Comme le système financier
repose sur la confiance, les informations envoyées ne sont pas
annulées. Si une banque se dédit, elle perd de sa crédibilité. Lorsqu’un
ordre de virement passe par la messagerie, il est en général effectif
trente minutes après. Au final, Swift ressemble à un énorme registre de
comptes où est inscrit qui a viré des fonds, quand et à qui. Il manque
quelque chose à cette définition. Comme tant d'autres organismes
prétendument indépendants SWIFT est le bras armé du capitalisme
rentier particulièrement anglosaxon. Sinon comment expliquer qu'un
système privé belge applique systématiquement les décisions de Biden?
Etre exclu de SWIFT ne signifie pas être exclu du système financier
En
être exclu ne revient pas à sortir du système financier, contrairement
à ce que d’aucuns ont pu penser à l’annonce de l’éviction de certaines
banques russes du système. En revanche, les opérations qui n’y passent
plus sont sérieusement ralenties. Car si Swift domine le marché, des
concurrents existent, comme le chinois Cips, qui connecte 1 300 banques
dans plus de 100 pays. Ou encore SPFS, développé justement par la banque
centrale de Moscou, qui rassemble principalement des établissements
russes, arméniens, biélorusses, kazakhs ou kirghiz. Ainsi, privée de
Swift, la Russie peut emprunter ces autres moyens d’émettre ou de
recevoir des paiements, moins pratiques et plus chers. De 2012 à 2016,
l’Iran avait subi la même exclusion de Swift. Si son économie ne s’était
pas effondrée, elle en avait énormément souffert, en particulier son
commerce extérieur, car ces sanctions financières étaient accompagnées
d’un véritable embargo sur le pétrole iranien.. L’or noir est le
nerf de la guerre , les pays qui ont adopté des sanctions contre Moscou
représentent plus de 200 milliards de dollars d’importations
d’hydrocarbures par an, contre moins de 50 milliards pour la Chine et
environ 25 milliards pour le reste du monde . Si on isolait le gaz les
chiffres seraient très différents, et moins défavorables à la Russie. De
plus les hésitations de l'Arabie Saoudite ou de l'Indonésie ne sont pas
prises en compte.
La main- mise de l'occident sur SWIFT a ses limites
.
Après le 11 septembre 2001, les États-Unis se sont accordé un droit de
regard sur la messagerie pour tenter de repérer les circuits de
financement du terrorisme. Mais, vingt ans plus tard, les plus de
40 millions de transactions enregistrées quotidiennement rendent la
tâche colossale. Avec des moyens et un peu de volonté politique, garder
un œil sur la messagerie pourrait néanmoins permettre de surveiller les
comptes en banque officiels des oligarques russes visés par les
sanctions. Et, de manière plus large, de quiconque soupçonné d’évasion
fiscale ou de blanchir de l’argent sale. Il est par exemple facile de
demander à Swift toutes les entrées et sorties de fonds sur un compte
précis et, ainsi, de rassembler petit à petit des preuves de mouvements
suspects. Outre le ralentissement de l’économie, l’exclusion de la
messagerie peut agacer les riches kleptocrates russes, et remettre en
cause leur soutien à Poutine. Mais tous ont eu largement l’opportunité,
le temps que les sanctions soient discutées et mises en place, de
placer leur argent dans des paradis fiscaux lointains, derrière un
écheveau de sociétés-écrans. Des structures qui sont par définition
opaques et n’utilisent pas la messagerie Swift.
Beaucoup
plus fondamentalement, si SWIFT reste ostensiblement le bras financier
des USA, d'autres systèmes le remplaceront, c''est inéluctable. Et la
catastrophe sera pour le dollar et SWIFT.