Les 500 grandes fortunes françaises possèdent 30 pour cent du PIB français
Par
Kumaran Ira
25 juillet 2018
Depuis le krach de 2008, les Français les plus riches ont triplé le
pourcentage de l’économie qu’ils détiennent personnellement. De 2009 à
2018, leur fortune collective est passée de 10 à 30 pour cent du Produit
Intérieur Brut (PIB) du pays, atteignant un niveau record de 650
milliards d’euros, selon le classement 2018 du magazine Challenges. La
production nationale, quant à elle, n’a crû que de 12 pour cent.
Ce
montant cumulé des 500 plus grandes fortunes de France est le produit
de l’austérité sociale menée par les gouvernements successifs depuis
2008, pour détruire les acquis sociaux obtenus par les travailleurs à la
Libération de l’Occupation nazie et du régime de Vichy.
L’accumulation
de telles fortunes réfute tous les arguments selon lesquels il faudrait
attaquer les salaires et les acquis sociaux parce qu’ils coûtent trop
cher et qu’il n’y a pas assez d’argent. En fait, les réductions de
salaires et la détérioration des conditions de travail ont servi à bâtir
les fortunes obscènes d’une haute aristocratie financière
ultra-réactionnaire.
Macron agrandit leurs fortunes en foulant aux
pieds l’opposition de l’écrasante majorité des Français à sa politique
de casse des services publics, de la santé, de l’éducation, des statuts
des cheminots et des fonctionnaires, et des salaires et de l’emploi dans
les entreprises via la loi travail. Sa dénonciation du « pognon de
dingue » que la France dépenserait sur les services sociaux reflète
l’arrogance et le sans gêne des banquiers et des ultra-riches qui
dominent la France et l’Europe.
Selon un rapport publié par
Bloomberg en mai, les treize personnes les plus riches de France se sont
enrichies de 23,67 milliards d’euros depuis le début de 2018. Depuis
janvier, les milliardaires français ont accru leur richesse de 12,2 pour
cent et les 100 premières fortunes ont vu une hausse d’environ 15 pour
cent en un an.
Parmi les milliardaires, on retrouve pour la
deuxième année consécutive Bernard Arnault, propriétaire du groupe de
luxe LVMH, en tête du classement, dont la fortune est passée de 18 à
73,2 milliards entre 2008 et 2018. Sa fortune est la première d’Europe
et la quatrième mondiale. Arnault a vu sa fortune s'accroître de 19,1
milliards d'euros en un an, soit 52 millions d'euros par jour.
Avec
40 milliards d’euros, Alain et Gérard Wertheimer, les deux
propriétaires de Chanel, passent de la 6ème à la 2ème place. Suivent
ensuite les fortunes d’Axel Dumas, le gérant d’Hermès (39,6 milliards)
et Françoise Bettencourt-Meyers, la propriétaire du groupe l’Oréal (39,3
milliards). En cinquième et sixième position, on retrouve Gérard
Mulliez pour le groupe Auchan (38 milliards) et François Pinault (groupe
de luxe Kering, 30,5 milliards).
Ces milliardaires ont bénéficié
de réductions importantes de l’Impôt sur la fortune et de subventions de
l’État au détriment des travailleurs qui créent les richesses.
La
famille Arnault, qui a commencé par diriger une entreprise régionale de
bâtiment, a constitué sa fortune en se servant de ses relations
politiques et des subventions publiques pour restructurer et attaquer
l’industrie du textile. Elle a finalement acquis LVMH dans les années
1980, laissant dans son sillage un cortège d’usines fermées et de
communautés dévastées à travers le nord de la France. Cette région est
devenue une base électorale du Front national néo-fasciste.
Arnault,
qui est devenu fabuleusement riche en acquérant une marque de mode et
de luxe après l’autre, a soutenu Macron l’année dernière.
La
concentration historiquement sans précédent de la richesse au sommet de
la société est un phénomène international. En 2017, 82 pour cent des
richesses créées dans le monde ont été récupérées par les 1 pour cent
les plus riches de la population mondiale; la moitié la plus pauvre de
l'humanité n'a vu aucune augmentation de sa richesse.
Un rapport
de Wealth-X montre que la population mondiale de milliardaires a
augmenté de 15 pour cent depuis 2016, pour s’établir à 2.754 personnes,
et que la richesse de ces milliardaires «a bondi de 24 pour cent à un
niveau record de 9.200 milliards de dollars». C’est 12 pour cent du PIB
annuel de toute la planète.
Par contre, partout dans le monde, les
travailleurs et les masses démunies sont exclus des processus
décisionnels des gouvernements. Alors que les États adoptent des
politiques qui enrichissent des milliardaires, des millions de personnes
passent sous le seuil de la pauvreté chaque année.
En 2010 déjà,
en France, 62 pour cent des richesses était aux mains des 10 pour cent
les plus riches des Français; les 50 pour cent les plus pauvres ne se
partageaient que 5 pour cent du gâteau.
Un sondage Ifop pour
Atlantico a découvert que plus d'un Français sur deux craint de tomber
dans la pauvreté et que 55 pour cent des Français redoutent encore plus
que par le passé de tomber sous le seuil de pauvreté. Selon Christophe
Boutin, un politologue cité par Atlantico, « ce sont les retraités, avec
leur score particulièrement bas, qui amènent ce résultat de 55 pour
cent pour l’ensemble des Français, alors que les Français qui
travaillent seraient plus proches d’une moyenne de 60 pour cent. » Cette
proportion atteint 82 pour cent chez les chômeurs.
Le rapport de Challenges
souligne que le capitalisme français — malgré ses prétentions à être un
ordre social moins dur, plus prévenant et plus réglementé — est déchiré
par les mêmes contradictions sociales insolubles que le capitalisme
mondial dans son ensemble.
Source: World Socialist Web Site
Source: World Socialist Web Site
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