mardi 7 mai 2024

 

Considérations sur le chaos du monde

Jean Paul FOSCARVEL  blog Agora Vox


Voici quelques considérations dialectiques sur le chaos du monde.

 

Le monde est au bord de la déflagration générale. Cela n’est pas dû au hasard, mais à l’extension de développements inquiétants qui sont dus à nos contradictions internes, celles des êtres humains sur une terre qui n’en peut plus de nous.

 

Nous allons d’abord rappeler succinctement et de façon trop concise quelques notions où la dialectique sera au centre de nos réflexions.

 

Dialectique hégélienne : mouvement où l’affirmation crée une négation qui s’unit à l’affirmation et engendre une négation de la négation subsumée par la résolution dialectique. Pour Hegel, l’histoire est une succession de contradictions dialectiques qui aboutiront, de subsomptions en subsomptions, à la fin de l’histoire qui sera la résolution de toutes les contradictions dialectiques.

 

Dialectique marxiste : Marx part des bases de la dialectique hégélienne pour la transformer en une téléologie issue des contradictions internes du capitalisme, entre les classes sociales bourgeoises et prolétaires, dont le développement aboutit à une société sans classe, donc sans contradiction entre classes sociales, qui n’existent plus.

 

La critique faite, notamment par Adorno, est que les résolutions de contradictions à un stade aboutissent non à l’élimination de la dialectique, mais à un nouveau stade de la dialectique . La dialectique ne mène pas à sa propre fin, mais à son accomplissement indéfini, chaque résolution débouchant sur une nouvelle contradiction.

Dans cette optique, celles générées par le socialisme ou soviétisme lui-même, qui étaient niées au nom d’une application rigide de la doctrine marxiste ont conduit à son propre effondrement.

 

Sartre : le règne du pratico-inerte et la dialectique de la rareté. La machine et la sérialité engendrent une humanité qui en est dépendante. Les mouvements de révolutions permettent de passer du collectif au groupe lié par le serment où chaque personne est libre par le serment qu’il fait de solidarité. C’est la rareté qui crée la contrainte. On débouche toujours sur une nouvelle rareté lorsque la précédente a été résolue. Inhérent à l’être humain.

 

Le chaos actuel montre à quel point les contradictions internes des développements humains son dans la confusion et un nœud de contradictions invraisemblables.

 

Côté système

-Clef de voûte du système actuel : contradiction du turbo-capitalisme ou immatériel qui a besoin d’éliminer ceux qui en sont les principaux supports, les classes moyennes avec leur propre assentiment, afin d’optimiser les taux de profits. Moins l’industrie matérielle n’a de poids vis-à-vis de l’immatériel, plus les profits augmentent. Il lui faut donc détruire l’industrie et ceux qui demandent des biens matériels.

-Guerre : contradiction entre la désindustrialisation nécessaire pour les profits et le besoin de matérialité

-Censure : le mythe de la démocratie débouche sur son inversion, la censure à tous les niveaux et le mensonge généralisé. Il s’ensuit une défiance croissante du système de communication et la création de théories extravagantes. L’IA va amplifier ce phénomène et aucune vérité ne sera stable, les faits s’échapperont de toute vérification possible. Le système voudra tout verrouiller, mais ce faisant s’ôtera toute crédibilité. Le mensonge deviendra la règle, ce qui incite à croire l’inverse de ce qui est dit.

-Contradiction entre les valeurs soi-disant d’égalité au niveau sociétal où toute minorité a droit de citer et les inégalités sociales réelles considérables qui ne cessent de se renforcer sous la pression des institutions elles-mêmes.

-Contradiction en le wok(en)isme (ou éveillisme) qui est l’éveil des droits des minorités et le néocolonialisme que ce soit en Afrique, ou bien entendu à Gaza où l’occident sponsorise un génocide.

-Contradiction entre la défense des droits des Ukrainiens et l’absence de défense de ceux des Gazaouis, alors que le nombre de victimes, les procédures d’attaques, sont bien pires contres les Gazaouis et constituent en génocide réel

-L’utilisation d’un vaccin qui a généré des profits considérables pour le big pharma mais a eu des conséquences catastrophiques qui mettent en question la confiance que l’on peut faire à l’ensemble du système de santé.

-Contradiction de l’occident entre sa volonté hégémonique et sa progressive incapacité à innover, par la faute de l’enseignement dégradé et la fuite des cerveaux des sciences vers le marketing, la finance ou la communication, bien mieux rémunérés.

-L’utilisation du dollar à des fins de répression politique par la séquestration des fonds en dollar aux USA ou en UE, qui peut être tentée de faire de même avec l’euro, pousse les grands acteurs financiers non occidentaux à accélérer la dédollarisation.

-La surpuissance d’Israël qui fédère ses adversaires et renforce le mouvement radical au sien des Palestiniens qui à l’origine étaient plutôt laïques et démocratiques, engendrant des réactions qui peuvent mettre en cause l’existence même d’Israël. À ce propos, il est inquiétant que ce soient les successeurs des victimes de la Shoah qui à leur tour commettent un génocide. Une partie radicalisée d’Israël a pris le pouvoir qui au nom de sa position de victime crée elle-même la reproduction de la destruction. Aucun peuple ne peut s’affranchir d’un jour être vecteur du pire.

-La réaction de l’occident devant les avancées de la Russie qui épuise l’occident à la fois par les sanctions et la mobilisation de l’économie via la dette qui finit par être insoutenable.

 

Côté antisystème

-Contradiction entre le multipolaire tolérant d’autrui et le rejet agressif de la composante LGBT de l’occident, qui est un ouverture des droits

-contradiction à l’intérieur des BRICS entre par exemple le Brésil et uns société tolérante quoique très inégalitaire et l’Arabie Saoudite avec son intolérance comme composante de son identité.

-Contradiction de la chine qui est à la fois ultra-capitaliste et utra-surveillée et qui met sa surveillance dans les mains de l’IA avec un fond d’idéologie communiste qui dans les faits ne s’applique pas, notamment du fait d’inégalités sociales considérables.

-contradiction entre la modernisation de la Russie et l’idéologie traditionaliste de Poutine

-La surpuissance de la Russie devant l’occident renforce celui-ci et le pousse à durcir ses interventions jusqu’à ce qu’il se considère comme vainqueur.

 

La liste n’est bien entendu pas exhaustive, mais assez longue pour constater à quel point nous sommes bien dans une époque parfaitement chaotique (perfect storm en anglais)

 

Les contradictions de l’occident semblent bien plus importantes que de l’autre côté, mais il ne faut pas oublier qu’il sait aussi jouer de ses propres contradictions pour évoluer. Le wok(en)isme (ou éveillisme) en est un des exemples, l’occident qui était strict au niveau de la morale et du rejet des minorités dans les hautes sphères (voir la castration chimique de Turing, le père de l’informatique, en Angleterre dans les années cinquante du fait de son homosexualité – on voit que la morale occidentale n’est pas là pour améliorer le sort des êtres humains, mais sert pour imposer une idéologie) devient désormais ouvert à ces mêmes minorités du fait de l’inutilité d’une masse de main d’œuvre dont il avait besoin autrefois et de l’ouverture du marché du travail favorisant la concurrence. Sa fermeture réelle reste néanmoins vraie au niveau de l’accès aux plus hauts postes de la haute finance et du turbo-capitalisme (tous les grands oligarques sont des mâles blancs), mais il sait utiliser la communication à ce propos pour attirer ses opposants traditionnels de gauche. Il avait déjà utilisé ces contradictions pour passer d’une économie austère style protestantisme classique à une économie de la consumation/consommation sans limite. Par ailleurs il utilise la conséquence de son inconséquence écologique pour imposer la destruction des classes moyennes au nom de cette même écologie. Il faut reconnaître que le système est très fort pour retourner les inconvénients apparemment indépassables en avantages. La guerre peut aussi être un élément de contre-dialectique (qui favorise l’amplitude d’action de l’occident)du côté de l’occident car elle fige les positions, accélère la censure, permet la réduction de tous les droits des citoyens, jusqu’à la perquisition des personnes ou des biens dans un cadre où la légalité de l’État de droit disparaît complètement, avec un effet dialectique lorsque la population s’en rend compte et se révolte à son tour.

 

Par rapport à la Russie, aucun enseignement ne sert l’Occident. La première guerre mondiale a vu la création de l’URSS, la deuxième son extension aux pays de l’Est. La guerre froide à créé des champs d’extension hors de l’Europe, notamment en Asie et Amérique Latine. L’URSS s’est effondrée par le poids de ses rigidités dans une période de calme relatif. La troisième pourrait être celle de l’effondrement du monde monopolaire représenté par l’USAEUKAUS, remplacé par un monde multipolaire plus complexe, mais sans un gendarme qui tire à bout pourtant sur tout ce qui bouge sans qu’il en ait donné l’ordre express. Ou bien être remplacé par un grand silence sidéral au-dessus d’une terre définitivement vitrifiée. Les euro-étatsuniens (dont Macron) vont-ils faire le choix du pire absolu (Zorg dans le Cinquième élément), pour une question d’ego, d’honneur, ou d’optimisation des taux de profit ? Ou bien les étatsuniens (l’oligarchie) considèrent-ils que seule l’Europe le sera et que leurs territoires seront épargnés (Macron étant le dindon de la farce tragique) ?

 

Si la subsomption de toutes les contradictions dialectiques représente pour Hegel la fin de l’histoire, assisterons-nous à cette confirmation par l’abolition de celui par qui la conscience de la dialectique vient au monde, l’homme ? Ainsi retournera-t-il à son néant originel ?

 

J’espère qu’une lumière viendra juste à temps pour nous éclairer sur la vanité de nos choix délirants. Et que l’épanouissement de la dialectique puisse se répandre à travers une humanité qui n’aura plus peur de ses propres contradictions.

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