Avec
Biden qui persiste à être le maréchal des logis-chef des gendarmes du
monde, le peuple US s'est juste offert une lisibilité portée par moins
de grossièretés sur le théâtre international.
Pour le reste pas de différence.
Le
17 mars sur ABC News, Biden a estimé que des sanctions contre le
prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane pour le meurtre
de Jamal Khashoggi auraient créé un précédent diplomatique.
Le même jour, à la suite, il a déclaré que Vladimir Poutine était «un tueur»
S'il n'est pas question ici de
prendre les crosses du représentant des oligarques russes, comment ne
pas noter la prise de position pour soutenir un assassin (usant des
armes vendues par la France) pour semer des crimes de guerre (comme au
Yemen) voir plus dans toute la région.
Impossibilité de se confronter à son propre vide ? lisez Lovecraft…
Une bande d’imbéciles se lance dans un carnaval à Marseille pour
mieux dire qu’ils s’en foutent de ceux qui crèvent, des gens qui
étouffent en réanimation, ils ne peuvent pas rester seuls avec
eux-mêmes. Et loin de découvrir que si cette solitude est abominable
c’est parce qu’ils ont besoin des autres, parce que l’autre est la trame
de soi-même, ils ne rêvent que de masques, de travestissement et de
mort programmée… Le carnaval c’est bien ce temps où l’esclave se met à
la place du maître pour se conduire aussi mal que lui… Cette bande se la
joue comme ceux qui ont fait faillite à la direction du pays, moi, moi,
moi… Cela ne m’étonne pas dans la ville de Raoult, celui qui a fait de
sa science une pitrerie… alors m’étreint l’interrogation : qu’est-ce je
fiche là? Demain dans les rues de la ville je vais sans doute croiser
un de ces débiles. Dans le soleil marseillais flotte la brume de
l’obscurantisme, celle où l’être humain se rassure de son impuissance
ontologique, se réfugie dans la paix et la sécurité de sa propre
connerie.
« Ce qu’il y a de plus pitoyable
au monde, c’est, je crois, l’incapacité de l’esprit humain à relier tout
ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île placide d’ignorance,
environnée de noirs océans d’infinitude que nous n’avons pas été
destinés à parcourir bien loin. Les sciences, chacune s’évertuant dans
sa propre direction, nous ont jusqu’à présent peu nui. Un jour,
cependant, la coordination des connaissances éparses nous ouvrira des
perspectives si terrifiantes sur le réel et sur l’effroyable position
que nous y occupons qu’il ne nous restera plus qu’à sombrer dans la
folie devant cette révélation ou fuir cette lumière mortelle pour nous
réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel obscurantisme. »
— H.P. Lovecraft, L’Appel de Cthulhu — I. L’horreur d’argile ; édition présentée et établie par Francis Lacassin, Paris, Robert Laffont, 1991, p. 60
On rêve en lisant Lovecraft de remonter à ce qu’il nous laisse croire être sa source : le Necronomicon,
le grimoire secret de l’Arabe fou Abdul al-Hazred. C’est la rencontre
avec l'”indicible” un mot qu’il affectionne et qui ouvre sur les abimes
de notre imaginaire, la description doit s’arrêter pour laisser avancer
en nous la peur de ce qui ne peut être prononcé. C’est dans cet
indicible qu’est le secret de l’écriture, point n’est besoin d’inventer
des monstres, des vampires, des loups garous et autres créatures, dignes
des jeux vidéo et de leurs automatismes, elles ne sont rien comparées à
ce qui ne peut se dire parce que l’esprit humain porte en lui un
grouillement de présences beaucoup plus inquiétantes. Le paradoxe est
quand cela rencontre la modernité américaine et son puritanisme.
Les mythes, les dieux disparus fascinaient Lovecraft et pourtant
paradoxalement sa source d’inspiration principale c’était la science
forte pure et dure (la biologie, l’astronomie, la géologie, la
physique). Le désespoir de l’athée devant son insignifiance tant par
rapport à l’immensité de l’univers que par rapport à ce que l’être
humain crée comme environnement. Il n’y a plus d’espoir, il ne reste
plus qu’à écrire face au mal qui est destiné à envahir l’être humain de
l’extérieur comme de l’intérieur, du cosmos comme dans ses œuvres.
Il a suffi d’un virus pour que se fissurent des tas de choses,
l’autorité celle de nos gouvernants, le narcissisme autodestructeur,
mais aussi la science qui cherche à se vendre, la limite entre le
charlatan ou la sommité scientifique ou le professeur Raoult devenu
gourou pour la paix et la sécurité de l’obscurantisme contestataire et
conservateur. Alors même que la voracité des laboratoires nous masque
l’exploit de la création d’un vaccin en si peu de temps.
François Bon a dit des choses très justes sur la difficulté à
s’approprier l’écrivain, sa manière de rester à distance, la filiation
avec Edgard Poe. Lovecraft, à 16 ans comme Buchner, mais sans engagement
politique se lance dans un traité d’astronomie et il meurt à 47 ans
d’un cancer dû à la malnutrition, littéralement il meurt de faim.
L’essentiel de son œuvre il l’accomplit dans la grande dépression des
années trente avec une Amérique tentée par le fascisme, il n’a pas un
sou et ne sait pas où et comment en trouver. Encore aujourd’hui il reste
confidentiel et François Bon faisant un pèlerinage dans sa ville
Providence, Nouvelle Angleterre découvre qu’il n’y a pas de livres de
lui dans les librairies. L’Amérique des pavillonnaires coquets n’en a
rien à foutre, hier comme aujourd’hui, de son écrivain maudit. Pourtant
si l’on en croit Angus Deaton, écrivain, prix Nobel d’économie, qui a
mis à jour les données concernant l’Amérique dans un livre intitulé “Morts de désespoir“:
pour la première fois depuis la grippe dite espagnole, l’espérance de
vie a baissé aux Etats-Unis, le covid n’en est pas la cause mais un
cocktail, suicide, overdose d’opiacés et maladies de foie dues à
l’alcool et ce dès 2014. En 2017, 158.000 décès de ce type ont été
recensés. “Nous racontons une histoire de mort mais aussi de souffrances
et d’addiction, de vies qui s’effondrent et perdent toute structure,
toute signification” et il y a le système de santé: “l’un des pires des
sociétés développées… une calamité propre aux Etats-Unis qui nuit aux
vies des Américains” (1)
On comprend que ces êtres-là ne veuillent pas se contempler dans le
miroir que leur tend Lovecraft … Qui lit encore autre chose que des
posts dans les réseaux sociaux parmi la bande de débiles du carnaval
marseillais? Mais est-ce que je ne suis pas en train de vous décourager
d’un plaisir pourtant bien réel à la lecture de Lovecraft ?
D’abord ne vous laissez pas rebuter par ce que je viens de vous
raconter, ne croyez pas que vous allez être confrontés à une thèse ou à
un essai philosophique, Lovecraft écrit des romans, il a conçu une
littérature populaire ou la poésie rejoint le mystère, le genre de
bouquin qu’on ne lâche pas. Ce que la science, celle des confins de
l’espace et des trous noirs recèle d’impossibilité pour l’être humain à
être pensé y rejoint les mythes les plus anciens ceux de l’Atlantide,
des lieux disparus mais que la terre quand elle s’ouvre sur des gouffres
menace de vomir… L’être humain en proie au vice de la lecture est seul,
englouti peu à peu dans l’indicible des espaces infinis, de la
psychologie des profondeurs…
Il n’empêche …
Mes deux livres préférés de Lovecraft sont “par delà le mur du
sommeil” et “la couleur tombée du ciel”… ce dernier correspondant bien à
mes effrois adolescents. Seuls le traité théologico-politique de Spinoza et le de rerum natura
de Lucrèce m’ont rassurée face à cette contemplation d’une nature qui
m’ignore, le vertige devant toute nature dépouillée de la présence
humaine, du désert à l’usine abandonnée, les quais vidés de leurs
travailleurs. Le vertige est la découverte de l’indifférence de la
nature, des objets, à votre engloutissement, elle renvoie à cette
inaptitude de l’homme à expliquer l’univers pour donner corps à
l’horreur. Dans la couleur tombée du ciel cela surgit de l’incapacité de la science à comprendre comment une météorite mène au chaos.
Lovecraft était pauvre, il n’avait pas le moindre succès, il est
quasiment mort de faim, il n’a pas pu voyager alors il nous a écrit ces
invitations au voyage dans les confins et les recoins.
Idéal pour un temps du confinement qui nous laisse démunis derrière
nos masque et ces vaccins dont la distribution planétaire témoigne de
l’incapacité humaine à se sauver… De ce carnaval macabre comme si le
temps des épidémies était celui des danses de fous… Parce qu’il est
solitude et une sorte d’apocalypse dans lequel le vide nous oblige à
affronter tout ce que le bruit vain cachait jusqu’ici.
Puisque vous les confinés que nous rejoindrons sans doute sous peu…
avez droit à dix kilomètres, vous pouvez même marcher jusqu’à ce que
vous tombiez sur un de ces paysages dans lesquels on est suspendu au
bord du vertige, un ailleurs dont on ne reviendra pas. J’aime à m’y
arrêter depuis l’adolescence quand je suis arrivée dans un de ces
lieux-là, l’océan, le désert, les sombres forêts, les ruines dévorées
par la jungle, les fantômes d’une salle de cinéma? SEUL avec votre
imaginaire.
Vous pouvez même y goûter la nuit, le couvre-feu, il s’est passé là
quelque chose jadis, vous le sentez … Un vieil homme est derrière vous
et il vous dit quelques mots sur cette histoire, il disparait sans avoir
rien élucidé, et il ne vous reste plus qu’à tenter d’écrire. Comme ce
jour en 2006 où j’ai atterri à Ghardaïa, dans le Mzab, le lieu dont
s’est inspiré le Corbusier, et dans lequel écrivain et cinéaste ont
imaginé l’Atlantide avec une reine dévoreuse d’hommes, comme la
fascination des oasis et du sable d’or… Je sais que je veux retourner
là-bas pour contempler le désert jusqu’à la nuit si froide que les
pierres qui ont cuit tout le jour en éclatent , le tête à tête avec les
étoiles, une expérience pas mystique mais spirituelle, peut-être le
contraire du confinement.
Voilà de quel matériau est fait le récit, un lieu chargé de l’humaine
l’impuissance, de l’insignifiance, confronté à ce qui le domine et
qu’il porte en lui sans le moindre espoir de rédemption. Pour Lovecraft
il s’agit de Providence aux Etats-Unis, là où les puritains ont brulé
les sorcières, la Nouvelle Angleterre. Il est tombé une météorite qui
contamine un puits, les habitants du lieu ne vieillissent pas mais
subissent d’étranges métamorphoses depuis que l’ancêtre fondateur a
ramené de ses lointains voyages une créature marine. Celui qui pénètre
dans les secrets est amateur d’architecture, de biologie, de géologie,
un scientifique qui perd pied et tente de se confier par lettre à un
collègue tout en errant sur les quais de Kingsport attiré par les eaux
visqueuses et les constructions industrielles vides de présence humaine…
comme après une crise qui renvoie au chômage et ne laisse plus que des
présentes errantes.
A propos j’aime bien les nouvelle traductions de François Bon parues
en 2015 aux éditions Points Seuils. François Bon lui a consacré un site
internet en Français : The Lovecraft Monument, je vous conseille d’aller
écouter les raisons pour lesquelles il s’est plongé dans Lovecraft.
Entre cet "'islamo-gauchisme" infondé et putride de Vidal et l'antisémitisme prouvé et putride de Darmanin, le slalom de Macron
La
méthode est habile. Elle montre que son auteur sait qu'il est sur un
terrain glissant et donc tente de se couvrir, il en appelle avec sa
lecture ultra-réactionnaire de l'histoire aux pratiques antisémites du
1er Empire.
C'est en expliquant la façon
dont Napoléon s'y est pris à grand coup de clichés antisémites pour
"normaliser" la place des juifs en France que Darmanin argumente ses
phobies contre le monde musulman qu'il rassemble dans un islamisme
générique. "Regardez, je fais comme Napo, ce héros."
Il se drape dans les plis de cette Restauration qu'est le 1er Empire pour justifier les orientations du macronisme.
On comprend mieux pourquoi les tentatives réïtérées de réhabilitation de Maurras et de Céline, la banalisation de Pétain.
L'ex
partenaire actif de la royaliste et antisémite Action Française et
ministre de l'intérieur de la République, outre ses démêlés sur ses
pratiques clientélo-sexuelles ressort pour argumenter les clichée les
plus éculés véhiculés par ses pairs depuis au moins Philippe le Bel et
support de tout l'intégrisme catholique jusqu'à nos jours :
Usuriers et semeurs de troubles, la présences des juifs en France selon Darmanin est porteur de "difficultés" que
Napoléon va s'attaquer à régler (sachant que la Révolution française,
acte fondateur du droit du sol avait non pas octroyé mais établis que
les juifs étaient à égalité de droit et de devoir de tous les autres
citoyens marquant ainsi, en les installant dans la communauté nationale,
une avancée historique majeure en matière de la laïcité des
institutions, un moment de l'accomplissement des Lumières.
Et voila Maurras, le maitre à
penser de Darmanin , qui sort de la lampe à huile frottée par le satyre
puant de Beauvau. Les juifs sont un problème pour Napoléon et pour
justifier sa politique Darmanin le prend en justification et l'extrapole
au besoin de faire de même avec les musulmans. La citation relevée
dans un article de Médiapart donne la nausée.
Seul ce qui est entre guillemets est du caudillo du 1er empire, le reste est la prose du ministre de l'intérieur. :
En 2021, le délit d'antisémitisme est établi. Il conduit à deux exigences :
1) Que son auteur soit au plus vite débarqué du gouvernement,
2) Qu'il soit traduit en justice.
Et cela pose aussi une autre
question : le CRIF, si réactif d'habitude, va-t-il dénoncer publiquement
l'antisémite de la place de Beauveau lequel de plus est chargé des
liens avec les autorités confessionnelles ?
On
attend les prises de positions officielles tant de toutes les forces
politiques, associatives que des autorités morales telles que R.Badinter
et d'autres.
Vite, il y a urgence. L'homme a
les dents longue et des ambitions , les dents sont à casser, les ailes à
rogner et ses pairs à isoler.
Ce
n'est pas un titre de film nominé, mais un résumé du discours
d'ouverture des César 2021 par Marina Foïs à l'encontre du palais de
l'Elysée et de sa ministre de la Culture. D'ailleurs, par avance, dans
la série courage fuyons, madame Roselyne Bachelot n'était pas
présente dans la salle. Mais confinée dans une loge. Des fois que ceux
qui occupent les théâtres en France, viendraient lui faire un petit
coucou.
Et ce que dit le Huffpost sur cette cérémonie 2021: La
maîtresse de cérémonie de la 46e nuit des César s'en est pris notamment
à Roselyne Bachelot et à sa recette aux pâtes au gorgonzola.
“La ministre n’a pas rien fait. (...) Madame Bachelot vous sortez un livre (...) dans lequel vous donnez votre recette de pâtes au gorgonzola”. À la 46e cérémonie des César, Marina Foïs s’est payé le gouvernement et son choix des priorités pendant la pandémie de coronavirus avec un humour très piquant.
En
ouverture de la soirée, ce vendredi 12 mars, la maîtresse de cérémonie a
livré un monologue plein de sarcasme. L’actrice a débuté par une
analyse globale de la gestion de la pandémie de coronavirus depuis un
an, pointant évidemment la fermeture des salles de spectacle, des cinémas ainsi que l’interdiction des concerts.
“Comme
(le Covid, ndlr) ça tue surtout les vieux, on a enfermé les jeunes,
fermé les cinémas, les théâtres, les musées et interdit les concerts
pour ouvrir les églises parce qu’on est un pays laïc. Pour que les vieux
qui ont eu le droit de sortir de l’Ephad à Noël aillent à la messe
puisqu’on est un pays laïc”, a-t-elle lâché, faisant référence aux
images de messes géantes organisées à Noël dans plusieurs communes en
France à Noël et qui avaient fait polémique, comme à Gap dans les Hautes-Alpes.
“Comme
Dieu merci les salles de spectacle étaient fermées, il y avait moins de
flux de gens, donc on a pu organiser de gros flux dans les grands
magasins et les centres commerciaux pour qu’on puisse s’offrir à Noël
des trucs qu’on a déjà pour pouvoir les revendre le lendemain sur Ebay
(...) tout ça pour soutenir le personnel soignant pour qu’il y ait du
monde en réa. Parce que quoi de plus triste qu’un lit vide. C’est comme
une salle vide pour un artiste, mais Dieu merci les salles de spectacle
étaient fermées, donc elles ne risquaient pas d’être vides ou pas assez
remplies parce que c’est vrai l’art quand c’est pas rentable, ça fait
chier (sic).”
“C’est maso, comme avoir une pharmacienne à la culture en pleine pandémie”
La suite a dû faire bondir de sa chaise la ministre Roselyne Bachelot, présente dans les coulisses de la salle. “Soyons
justes. Le gouvernement n’a pas rien fait. Il y a des aides. Et la
ministre non plus elle n’a pas rien fait. Madame Bachelot vous sortez un
livre, en prévente sur Amazon, Ma vie en Rose dans lequel vous donnez
votre recette de pâtes au gorgonzola. Vous avez vraiment des petits
trucs pour donner du réconfort pour traverser les crises,” a-t-elle ironisé avant de poursuivre sa tirade préparée avec ses co-auteurs pour la soirée, Blanche Gardin et Laurent Laffite.
“Mais
en interview chez Delahousse vous dites: ‘le gorgonzola, ça se râpe
très bien’. Et la je vous perds Madame la Ministre et je perds confiance
en vous. Le parmesan oui, le gorgonzola non ça ne se râpe pas. Et que
faire lorsqu’on a plus confiance en son ministre de tutelle à l’heure où
se joue l’avenir du cinéma et de l’exception culturelle française?”
Marina
Foïs a conclu son discours de près de huit minutes en tentant
d’expliquer pourquoi elle avait accepté d’être la maîtresse de cérémonie
de la soirée alors qu’elle n’a jamais remporté le moindre César, malgré
cinq nominations. “C’est quand même un peu sadique de proposer,
c’est carrément maso d’accepter. C’est comme avoir une pharmacienne à la
culture en pleine pandémie.” Ambiance.
Note de ma pomme: Le film Adieu les cons
d'Albert Dupontel a récolté pas moins de 7 César 2021. Je n'ai certes
pas vu ce film. Mais en ce moment, plus qu'en un autre, le titre me
laisse songeur et plein d'espoir. Pas Vous?
Pourquoi l’OTAN a détruit la Libye il y a dix ans
Manlio DINUCCI
Il
y a dix ans, le 19 mars 2011, les forces EU/OTAN commençaient le
bombardement aéronaval de la Libye. La guerre fut dirigée par les
États-Unis, d’abord via le Commandement Africa, puis par l’OTAN sous
commandement des EU. En sept mois, l’aviation EU/OTAN effectue 30 mille
missions, dont 10 mille d’attaque, avec plus de 40 000 bombes et
missiles. L’Italie – avec le consensus multi-partisan du Parlement
(Partito democratico au premier rang) – participe à la guerre avec 7
bases aériennes (Trapani, Gioia deL Colle, Sigonella, Decimomannu,
Aviano, Amendola et Pantelleria) ; avec des chasseurs bombardiers
Tornado, Eurofighter et d’autres, avec le porte-avions Garibaldi et
d’autres navires de guerre. Avant même l’offensive aéro-navale, avaient
été financés et armés en Libye des secteurs tribaux et groupes
islamistes hostiles au gouvernement, et infiltrées des forces spéciales
notamment qataris, pour propager les affrontements armés à l’intérieur
du pays.
Ainsi est démoli cet État africain qui, comme l’expliquait la Banque
mondiale en 2010, maintenait « de hauts niveaux de croissance
économique », avec une augmentation annuelle du PIB de 7,5%, et
enregistrait « de hauts indicateurs de développement humain » parmi
lesquels l’accès universel à l’instruction primaire et secondaire et,
pour plus de 40% aux universités. Malgré les disparités, le niveau de
vie moyen était en Libye plus haut que dans les autres pays africains.
Environ deux millions d’immigrés, en majorité africains, y trouvaient du
travail. L’État libyen, qui possédait les plus grandes réserves
pétrolifères de l’Afrique plus d’autres en gaz naturel, laissait des
marges de profit limitées aux compagnies étrangères. Grâce à
l’exportation énergétique, le balance commerciale libyenne avait un
excédent annuel de 27 milliards de dollars. Avec de telles ressources,
l’État libyen avait investi à l’étranger environ 150 milliards de
dollars. Les investissements libyens en Afrique étaient déterminants
pour le projet de l’Union africaine de créer trois organismes
financiers : le Fonds monétaire africain, avec siège à Yaoundé
(Cameroun) ; la Banque centrale africaine, avec siège à Abuja
(Nigeria) ; la Banque africaine d’investissement, avec siège à Tripoli.
Ces organismes auraient servi à créer un marché commun et une monnaie
unique de l’Afrique.
Ce n’est pas un hasard si la guerre OTAN pour démolir l’État libyen
commence moins de deux mois après le sommet de l’Union africaine qui, le
31 janvier 2011, avait donné son feu vert pour la création dans l’année
du Fonds monétaire africain. Le prouvent les e-mails de la secrétaire
d’État de l’administration Obama, Hillary Clinton, mis en lumière
ensuite par WikiLeaks : États-Unis et France voulaient éliminer Kadhafi
avant qu’il n’utilise les réserves en or de la Libye pour créer une
monnaie pan-africaine alternative au dollar et au franc CFA (la monnaie
imposée par la France à 14 de ses ex-colonies). Ceci est prouvé par le
fait que, avant qu’en 2011 n’entrent en action les bombardiers, ce sont
les banques qui entrent en action : elles séquestrent les 150 milliards
de dollars investis à l’étranger par l’État libyen, dont la plus grande
partie disparaît. Dans la grande rapine se distingue Goldman Sachs, la
plus puissante banque d’affaires étasunienne, dont Mario Draghi a été
vice-président.
Aujourd’hui en Libye les entrées de l’export énergétique se trouvent
accaparées par des groupes de pouvoir et des multinationales, dans une
situation chaotique d’affrontements armés. Le niveau de vie moyen de la
majorité de la population s’est effondré. Les immigrés africains,
accusés d’être « des mercenaires de Kadhafi », ont été emprisonnés
jusque dans des cages de zoo, torturés et assassinés. La Libye est
devenue la principale voie de transit, aux mains de trafiquants d’êtres
humains, d’un chaotique flux migratoire vers l’Europe qui a provoqué
beaucoup plus de victimes que la guerre de 2011. À Tawerga, les milices
islamistes de Misrata soutenues par l’OTAN (celles qui ont assassiné
Kadhafi en octobre 2011) ont accompli un véritable nettoyage ethnique,
contraignant presque 50 000 citoyens libyens à fuir sans pouvoir y
revenir. De tout cela est responsable aussi le Parlement italien qui, le
18 mars 2011, engageait le Gouvernement à « adopter toute initiative
(c’est-à-dire l’entrée en guerre de l’Italie contre la Libye) pour
assurer la protection des populations de la région ».