Crise ouverte ! ALGÉRIE-FRANCE:
ALGÉRIE-FRANCE: le plus difficile actuellement pour ces dirigeants
arrogants est de mesurer les limites de leur puissance et à quel point
la “logique des blocs” qui peuvent poursuivre des politiques
néo-coloniales sont aujourd’hui remises en cause. C’est malheureusement
une mentalité dangereuse et aliénante qui s’est répandue dans la
population de leurs pays et qui se traduit par la destruction de toute
vie démocratique y compris sur le mode électoral. Le danger de cette
situation est un embrasement généralisé (note de Danielle Bleitrach pour
histoire et société)
Alger a protesté samedi 2 octobre contre une “ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures”, rappelé son ambassadeur à Paris “pour consultations” et
interdit dimanche 3 octobre le survol de son territoire aux avions
militaires français. L’objet de ce courroux algérien, selon le
quotidien Liberté : des propos tenus par le président français Emmanuel Macron jeudi 30 septembre.
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Alger a exprimé hier son rejet “catégorique de l’ingérence
inadmissible dans ses affaires intérieures” à la suite des propos tenus
jeudi par le président Emmanuel Macron sur l’Algérie. Le gouvernement
algérien a, dans ce sillage, rappelé son ambassadeur à Paris “pour
consultations”.
C’est une sortie médiatique pour le moins inattendue à laquelle s’est
livré jeudi le président français, Emmanuel Macron, qui a tenu des
propos tellement graves sur l’Algérie qu’ils n’ont pas laissé
indifférent le gouvernement algérien. Ce dernier a, dans la journée
d’hier, rappelé “pour consultations” l’ambassadeur à Paris,
Mohamed-Antar Daoud. S’exprimant devant une assistance composée de
jeunes petits-enfants de pieds-noirs, de harkis, de juifs et même
d’anciens membres du FLN, mais également d’un journaliste du quotidien
Le Monde qui a fait un récit de cette rencontre, Emmanuel Macron a
qualifié le pouvoir algérien de “système politique fatigué” qui “est
fragilisé par le Hirak”. Le président français, qui s’est montré loquace
à l’occasion, n’a pas mis de gants pour affirmer que “le système
politico-militaire algérien s’est construit sur la rente mémorielle”.
En réponse à un jeune Algérien qui lui a fait savoir que
contrairement à ses assertions sur la haine que développeraient les
Algériens envers la France, Emmanuel Macron s’en est pris au système
politique algérien qu’il dit distinguer du reste de la société
algérienne. “Je ne parle pas de la société algérienne dans ses
profondeurs, mais du système politico-militaire qui s’est construit sur
(…) (la) rente mémorielle. On voit que le système algérien est fatigué,
le Hirak l’a fragilisé”, a-t-il indiqué.
Dans la foulée, le chef de l’État français a également abordé ses
relations, jusque-là excellentes, avec le chef de l’État algérien. “J’ai
un bon dialogue avec le président Tebboune, mais je vois qu’il est pris
dans un système qui est très dur”, a-t-il lâché. Une déclaration qui
tranche radicalement avec les expressions de soutien mutuel que les deux
présidents s’échangeaient jusque-là. “Je vous le dis franchement : je
ferai tout ce qui est en mon possible pour aider le président Tebboune
dans cette période de transition. Il est courageux”, disait le président
français, il y a une année de cela dans le magazine Jeune Afrique.
Toujours à propos du système politique algérien, Emmanuel Macron
précise qu’à travers les restrictions sur les attributions de visas, ce
sont les “dirigeants” qui sont ciblés. “On va s’attacher à ce que les
étudiants et le monde économique puissent le garder. On va plutôt
ennuyer les gens qui sont dans le milieu dirigeant, qui avaient
l’habitude de demander des visas facilement”, a-t-il asséné. Un moyen de
pression pour dire à ces “dirigeants” que “si vous ne coopérez pas pour
éloigner des gens qui sont en situation irrégulière et dangereux, on ne
va pas vous faciliter la vie”, a-t-il ajouté.
Les déclarations pour le moins tonitruantes du chef de l’État
français ne concernent pas que sa perception du système politique
algérien. Même au sujet des questions mémorielles, Emmanuel Macron a
employé un ton inhabituel. Il a mis en cause une “histoire officielle”
selon lui “totalement réécrit[e] qui ne s’appuie pas sur des vérités”,
mais sur “un discours qui, il faut bien le dire, repose sur une haine de
la France”, rapporte le journaliste du Monde. “La nation algérienne
post-1962 s’est construite sur une rente mémorielle”, estime-t-il.
Le président français ne s’arrête pas là puisque, dans la foulée de
sa diatribe, il va jusqu’à poser la question de la nation algérienne au
risque de s’attirer les foudres de ce côté-ci de la Méditerranée. “La
construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder.
Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation
française ? Ça, c’est la question”, interroge le chef de l’État. S’il ne
répond pas à sa question, il ne cache pas son agacement face à ce qu’il
voit comme un traitement de deux poids deux mesures par rapport à “de
précédentes colonisations”. Pour lui, les Algériens occultent la
présence turque en Algérie et renvoie cela à la propagande turque. “(…)
Je suis fasciné de voir la capacité qu’a la Turquie à faire totalement
oublier le rôle qu’elle a joué en Algérie et la domination qu’elle a
exercée. Et d’expliquer qu’on est les seuls colonisateurs, c’est génial.
Les Algériens y croient”, a-t-il encore indiqué. Les déclarations
d’Emmanuel Macron interviennent en pleine période de pré-campagne
électorale en France. Des sujets comme l’histoire de la colonisation et
l’immigration se sont imposés ces derniers jours, comme des thèmes
phare, avec notamment la montée de l’extrême droite. Des débats qui
risquent, en revanche, d’envenimer davantage les relations, déjà
tumultueuses, entre l’Algérie et la France.
Ali Boukhlef