En ce mois de janvier, certains se désolent de
voir la gauche réduite à la portion congrue dans un pays dont beaucoup
diagnostiquent l’état de « droitisation » avancée. D’autres
attendent que "Sainte Christiane", entre deux paraboles inspirées,
descende de son Olympe pour la rédemption ultime. Et chacun de
s’interroger : comment a-t-on pu en arriver là ? La faute aux médias qui
« banalisent l’extrême droite » et « usent de son vocabulaire » ? La faute aux « populistes »
qui manipulent des électeurs par conséquent manipulables ? Et puis
surgit un épisode, tout juste une anecdote, et tout s’éclaire. Et l’on
est pris d’une pensée émue pour Jean Jaurès, Léon Blum ou Jean Zay.
On avait déjà remarqué que Fabien Roussel, candidat communiste à
l’élection présidentielle, faisait entendre une musique nouvelle. Déjà,
il est candidat, quand son parti, depuis longtemps, avait renoncé à
toute forme d’existence et s’était rangé derrière des Insoumis
chez qui les transfuges du NPA ont pris le pas sur les grognards du
Parti de gauche. Et le voilà qui déclare tout de go, en un week-end où
Emmanuel Macron et Valérie Pécresse se sont lancés dans un concours de
Kärcher : « Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage : c’est la
gastronomie française. Le meilleur moyen de la défendre, c’est de
permettre aux Français d’y avoir accès ». Un esprit naïf considérera
qu’il n’y a pas là matière à s’émouvoir et que la proposition n’est pas
d’une audace ébouriffante. C’est oublier ce qu’est devenue la gauche.
Sandrine Rousseau tweete aussitôt : « Le couscous, plat préféré des Français ». D’autres se font plus explicites : « Faites avancer la gauche au lieu de faire des appels du pied à la droite identitaire ».
En résumé, Fabien Roussel s’est rendu coupable non seulement de prôner
des nourritures qui relèvent de l’exploitation criminelle des animaux,
mais surtout de parler de « gastronomie française », et de tenter
de la définir par des éléments qui ne fleurent pas bon le
multiculturalisme. Il eût été davantage au goût de ces grands penseurs
de la gauche de paraphraser l’Emmanuel Macron de 2017, qui visiblement
les défrisait moins qu’un communiste à l’ancienne : « Il n’y a pas de gastronomie française, il y a une gastronomie en France et elle est diverse ».
Terrine de foie gras de Joël Robuchon
Misère de cette présidentielle
Ceux qui ont un certain âge se souviendront d’un temps où le Parti communiste français ne craignait pas de prononcer le mot « France »
et appelait même les travailleurs à consommer français pour préserver
leur emploi. Face à une mondialisation qui se mettait déjà en place, il
était un des rares partis politiques à avoir compris que les conquêtes
sociales du XIXème et du XXème siècle pouvaient être balayées par la
libre circulation des hommes, des capitaux et des marchandises, qui
permettaient aux multinationales de se fournir là où l’on pouvait encore
exploiter les hommes et la terre.
La phrase de Fabien Roussel est impeccable, en ce qu’elle pointe la
nouvelle forme que prend l’écrasement des prolétaires dans un monde régi
par le capitalisme consumériste et le modèle du low cost : faire manger
aux pauvres des produits infâmes et ultratransformés sous prétexte de
les nourrir pour pas cher. Quand un virus s’attaque en priorité aux
obèses, aux diabétiques, c’est-à-dire aux malades de la malbouffe, le
problème devient plus prégnant encore.
Définir un modèle dans lequel une viande ou un fromage (ou un vin,
crime contre l’hygiénisme, incitation à la débauche !) de qualité,
fruits d’un savoir-faire respectueux des animaux et de l’environnement,
sont accessibles à tout citoyen dans des quantités raisonnables, un
modèle dans lequel tout citoyen, justement, a conscience des bienfaits
non seulement nutritionnels mais aussi gustatifs, et donc spirituels, de
ces mets plutôt que d’être dépendant de la publicité qui lui dicte ses
envies de gras et de sucre, c’est un programme d’émancipation comme la
gauche n’en offre plus depuis des lustres.
Alors, il y a ces mots : « gastronomie française ». Mon Dieu,
on ose définir ce que serait la France ! Pour certains, à gauche, c’est
déjà rouvrir Drancy. Tout ce qui préexiste et qu’on pourrait aspirer à
perpétuer exclurait par essence ceux qui viennent d’ailleurs et doit
donc être effacé. On ne sache pas que Jaurès ait eu une telle
conception, ni que l’internationalisme implique l’uniformisation de
l’humanité et l’effacement de toute appartenance. Mais, surtout, ces
termes, « gastronomie française », nous rappellent qu’un tel
patrimoine appartient au peuple. Un peuple qui se définit comme une
communauté politique rassemblée par une histoire commune dont les
nouveaux venus sont également dépositaires et qu’ils s’approprient. Le
fameux « legs de souvenirs » de Renan.
Et ce peuple français a inventé une façon d’être au monde liée à la
géographie de ce territoire. Rien là qui relève du génie de quelques-uns
ou de la richesse étalée par des privilégiés. La gastronomie commence
par l’œuf au plat, la soupe de poireaux et pommes de terre. Elle est
accessible à tous.
La gastronomie, c’est le produit qui a la gueule de
l’endroit et qui donne du plaisir. Et ce devrait être la richesse des
plus pauvres. Un communiste a su le dire, et certains veulent poursuivre
l’enterrement de la gauche en abandonnant cela aussi à l’extrême
droite.
On comprend mieux la misère de cette présidentielle.
Natacha Polony
Sur le site de Marianne
Note de P.
La conclusion a été surlignée par Pedrito, écœuré depuis des mois, par cette misère de la présidentielle, où la pseudo gauche, - hormis l'engagement du candidat communiste, le seul à gauche à vouloir réellement changer les choses, c'est-à-dire lutter avec les forces populaires pour préparer l'avènement d'une société nouvelle, solidaire, débarrassée du carcan des banques et des milliardaires, véritables tenants de tous les pouvoirs qui manipulent les marionnettes politiciennes, - la pseudo gauche donc, ne se distingue que par les chamailleries de ses candidats seulement préoccupés par la visibilité de leur nombril et par leur rêve immodéré de destin national, chamailleries favorisées par des médias au seul service des maitres de la finance et de l'information.
N'est pas Mitterrand qui veut, et une expérience a suffi. Largement. Mélenchon devrait comprendre cela, sans parler de ceux qui croient encore en lui, qui persistent à se laisser berner par sa verve de tribun, qualité insuffisante qui ne peut cacher ses ambitions d'étouffer ce qui reste du Parti Communiste, à commencer par des - anciens - communistes qui ne peuvent plus prétendre s'en revendiquer sans se ridiculiser
Les médias, ces chiens de garde, au service des grands groupes milliardaires de presse, spécialistes des "manipulations" de citoyens de plus en plus fragilisés par la crise et les trahisons multiples des gouvernements dits de "gôche", - ne parlons pas de la droite, c'est dans ses gènes - et par voie de conséquence de moins en moins attirés par la chose publique, en premier lieu les élections, devenues pour des citoyens de plus en plus nombreux des "pièges à c...."