mercredi 2 mars 2022

FSM : Deux guerres en Europe – Une seule conclusion

samedi 26 février 2022 par FSM

En 1999, au cœur de l’Europe, l’OTAN, les États-Unis, l’UE et leurs alliés ont bombardé la Yougoslavie. Aujourd’hui, en 2022, la Russie a attaqué l’Ukraine dans une guerre injuste et destructrice. Néanmoins, où sont cachés tous ceux qui, en 1991, tentaient de persuader tous les peuples que la dissolution de l’Union Soviétique et les renversements dans les pays d’Europe de l’Est se faisaient en faveur de la sécurité internationale et de la paix mondiale ?

La vérité était différente quand il y avait l’Union Soviétique, il y avait un « contrepoids », il y avait une puissance réellement en faveur de la paix et de l’amitié des peuples.

Après le renversement de l’URSS, l’équilibre international des forces a radicalement changé. L’OTAN, les États-Unis et l’UE ont mené des guerres en Irak, en Afghanistan, en Syrie, en Libye, au Yémen, en Arménie, etc.

La seule et unique conclusion est la suivante. Le renversement du socialisme dans les pays d’Europe de l’Est n’a provoqué que des malheurs.

La Fédération Syndicale Mondiale, exige maintenant aussi la fin de la guerre en Ukraine. L’attaque russe doit cesser immédiatement, l’OTAN doit être dissoute sur-le-champ et un dialogue substantiel doit avoir lieu.

Nous assurons les syndicats affiliés à la FSM dans l’est de l’Ukraine que nous soutenons les efforts visant à garantir leur droit de décider seuls de leur présent et de leur avenir.

La FSM était et reste opposée aux pratiques fascistes du gouvernement ukrainien qui est une marionnette des États-Unis et de l’OTAN.

Les peuples de Russie, d’Ukraine et de tous les pays doivent faire des efforts quotidiens pour développer la paix à travers des relations d’amitié et de solidarité.
Notre lutte commune contre les antagonismes impérialistes doit et peut mettre fin aux guerres impérialistes.

Secrétariat de la Fédération Syndicale Mondiale

 

La censure de RT (ex-Russia Today) ne sera que l’accentuation de la folie qui nous entoure.

J’ai le vague souvenir que ceux (et ils étaient nombreux) qui défendaient les interventions militaires US en Afghanistan, Irak, Syrie (1) et ailleurs - en fait, chaque fois qu’il s’agit d’une intervention du camp dit "occidental" - avaient droit à tous les plateaux télé.

Je n’ai aucun souvenir que les médias archi-propagandistes de l’époque aient été menacés de fermeture.

Je n’ai aucun souvenir d’une décision de geler les avoirs non seulement d’un président des Etats-Unis, d’un Premier Ministre britannique ou israélien, d’un Roi saoudien, mais aussi des "hommes d’affaires" proches d’eux.

Non, tout ce dont je me souviens, c’est le défilé de personnages haïssables, qui s’enthousiasmaient, qui pontifiaient, qui justifiaient, qui libéraient, qui démocratisaient.

Tout ce dont je me souviens, c’est le mal de chien qu’il fallait se donner pour attraper quelques bribes de vérité, pour avoir ne serait-ce qu’un aperçu de l’étendue du bourrage de crâne en cours.

Tout ce dont je me souviens, c’est les silences insupportables sur nos blocus économiques criminels. Sur le vol du pétrole, des saisies des réserves d’un État, de la désignation d’inconnus comme président reconnu. D’une succession permanente de crapuleries de notre part, partout.

Du deux poids deux mesures systématique et insupportable, de l’hypocrisie permanente qui ont fini, je suppose, par agacer même les Russes.

Récemment sont apparus dans "notre" presse des titres tels que "Guerre en Ukraine : Comment la chaîne russe RT traite-t-elle le conflit ?" (20minutes)

La réponse est simple : mieux que notre presse avec Libye. Mieux que notre presse avec la Syrie. Mieux que notre presse avec l’Irak. Mieux que notre presse avec l’Afghanistan. Mieux que notre presse avec le Venezuela. Mieux que notre presse avec l’Iran ou le Moyen Orient. Mieux que notre presse avec le Yémen...

En fait, maintenant que j’y pense, la chaîne russe RT traite beaucoup de sujets bien mieux que "notre" presse...

Alors quand j’entends des appels à fermer la chaîne RT pour cause de manque d’objectivité, parce qu’elle donnerait un point de vue biaisé ou incomplet, je ne suis pas étonné. Pourquoi le serais-je, avec tout ce qui précède ? Non, ce qui me fait hurler, c’est de voir les lobotomisés hocher de la tête.

Vouloir censurer RT, ce n’est PAS faire taire la voix de je ne sais qui, c’est m’enlever à moi, et à vous, et vous, et vous, le droit de savoir. Que l’on ose même le suggérer est en soi le signe d’une dégénérescence mentale assortie d’une agression directe et personnelle.

Le culot qu’il faut avoir pour réclamer cette censure (ou fermeture comme ils disent pudiquement) est la prolongation directe, l’expression sous une autre forme, de toute l’insanité occidentale dénoncée plus haut.

La censure de RT ne serait pas une "correction" de cette folie qui nous entoure, mais son accentuation.

Il n’y a finalement rien d’étonnant à que ces appels à la censure émanent principalement de ceux qui ont toujours été complices des crimes sus-mentionnés (vaguement).

Ou alors, sur des critères égaux, s’il faut fermer un média de propagande, qu’on les ferme tous. Et je vous jure qu’il n’en restera plus beaucoup.

Viktor DEDAJ
défenseur acharné de notre droit de savoir

Mise à jour 27/2 : Autre exemple, un article de l’Express : "Les Américains arrivent à leurs fins" : comment Sputnik et RT désinforment sur l’Ukraine" - Publications douteuses, sorties anti-occidentales, reprise sans recul de l’argumentaire du Kremlin... En France aussi, la désinformation russe tente de gagner du terrain.

"Miroir ô miroir..."

L’article est une crapulerie intellectuelle totale. Remplacez "anti-occidentales" par "anti-russes", et "Kremlin" par "Maison Blanche" et vous obtenez la quasi-totalité de la presse institutionnelle occidentale. Et encore... Ne serait-ce que parce qu’ils se savent dans le collimateur des censeurs, les médias visés par l’Express - y compris dans les exemples donnés dans l’article - font preuve de plus de pluralisme que l’Express n’en a jamais eu. Ils sont en train de littéralement reprocher à RT et Sputnik - médias "russes" - de donner le point de vue... Russe.

 

La "destruction constructive" du modèle de relations de la Russie avec l’Occident (Strategic Culture)

Poutine pense ce qu’il dit : La Russie est dos au mur, et elle ne peut plus se retirer nulle part - pour elle, la menace est existentielle.

L’Occident collectif était déjà en colère. Et il est apoplectique après que le président Poutine a choqué les dirigeants occidentaux en ordonnant une opération militaire spéciale en Ukraine, qui est largement décrite (et perçue en Occident) comme une déclaration de guerre : "un assaut de choc et d’effroi touchant des villes dans toute l’Ukraine". L’Occident est tellement en colère que l’espace d’information s’est littéralement scindé en deux : tout est noir et blanc, sans gris. Pour l’Occident, Poutine a résolument défié Biden ; il a unilatéralement et illégalement "changé les frontières" de l’Europe et agi comme une "puissance révisionniste", tentant de changer non seulement les frontières de l’Ukraine, mais aussi l’ordre mondial actuel. "Trente ans après la fin de la guerre froide, nous sommes confrontés à un effort déterminé pour redéfinir l’ordre multilatéral", a averti le haut représentant de l’UE, Josep Borell. "C’est un acte de défiance. C’est un manifeste révisionniste, le manifeste de la révision de l’ordre mondial".

Poutine est décrit comme un nouvel Hitler et ses actes sont qualifiés d’"illégaux". On prétend que c’est lui qui a déchiré l’accord de Minsk II (pourtant les républiques ont déclaré leur indépendance en 2014, ont signé Minsk en 2015, et c’est la Russie qui n’a jamais signé l’accord - et ne peut donc pas le violer). En effet, ce sont les États-Unis qui ont effectivement mis leur veto au processus de Minsk depuis 2014, et la publication par la Russie de la correspondance diplomatique en novembre 2021 a révélé que la France et l’Allemagne n’avaient pas non plus l’intention de faire pression sur Kiev pour une mise en œuvre significative. Et donc, ayant conclu qu’un règlement négocié - comme stipulé dans les accords de Minsk - ne se produirait tout simplement pas, Poutine a déterminé qu’il était inutile d’attendre plus longtemps avant de mettre en œuvre la ligne rouge de la Russie.

Le regretté Stephen Cohen a écrit sur les dangers d’un tel manichéisme sans nuance - comment le spectre d’un Poutine maléfique avait tellement submergé et empoisonné l’image que les États-Unis avaient de lui que Washington était incapable de penser correctement - non seulement à propos de Poutine, mais aussi de la Russie en soi. Le point de vue de Cohen est que cette diabolisation totale nuit à la diplomatie. Comment faire la part des choses avec le mal ? Cohen demande comment cela a pu se produire. Il suggère qu’en 2004, le chroniqueur du NY Times, Nicholas Kristof, a expliqué par inadvertance, du moins partiellement, la diabolisation de Poutine. Kristof se plaignait amèrement d’avoir été "dupé par M. Poutine. Il n’est pas une version sobre de Boris Eltsine".

La plupart des Russes, cependant, soutiennent Poutine pour la reconnaissance des républiques du Donbass, qu’il a ensuite poursuivie en obtenant l’autorisation de la chambre haute du parlement russe pour l’utilisation de forces armées en dehors de la Russie (comme l’exige la constitution). La résolution du Conseil de la Fédération a été soutenue à l’unanimité par les 153 sénateurs réunis en session extraordinaire mardi.

Dans son discours national, Poutine s’est exprimé avec une amertume partagée par de nombreux Russes. Il considère que l’évolution politique de l’Ukraine après 2014 a été conçue pour créer un régime anti-russe à Kiev, alimenté par l’Occident, avec des intentions hostiles envers la Russie. Poutine a illustré ce point en expliquant que "le système de contrôle des troupes ukrainiennes a déjà été intégré à l’OTAN. Cela signifie que le quartier général de l’OTAN peut donner des ordres directs aux forces armées ukrainiennes, même à leurs différents unités et escadrons". Poutine a également noté que la constitution russe stipule que les frontières des régions de Donetsk et de Lougansk doivent être telles qu’elles étaient "à l’époque où elles faisaient partie de l’Ukraine". Il s’agit d’une formulation prudente - les frontières des deux républiques ont subi d’importants changements à la suite du coup d’État de Maidan. (La revendication historique de Donetsk sur la côte de Mariupol est en cause).

La déclaration de reconnaissance de Poutine s’est accompagnée d’un ultimatum adressé aux forces de Kiev pour qu’elles cessent leurs bombardements d’artillerie sur la ligne de contrôle, sous peine de subir des conséquences militaires. Cependant, tout au long de la soirée de mercredi, la situation sur la ligne de contact s’est réchauffée, avec des tirs d’artillerie lourde ; mais tôt jeudi matin, pour la première fois, des tirs de roquettes multiples ont été utilisés par les forces de Kiev de l’autre côté de la ligne de contrôle. (Quelqu’un du côté de Kiev souhaitait manifestement une escalade - peut-être pour faire pression sur Washington). Poutine a immédiatement ordonné ce qui était manifestement une opération spéciale préparée à l’avance "pour démilitariser et dé-nazifier l’Ukraine". L’armée russe a annoncé quelques heures après l’offensive que tous les systèmes de défense aérienne de l’Ukraine avaient été neutralisés. Une présence aérienne russe massive, comprenant des avions de chasse et des hélicoptères, a été confirmée au-dessus d’une grande partie du pays.

Il est possible que cette opération (qui, selon Poutine, ne vise pas à occuper l’Ukraine), suive le modèle de la Géorgie en 2018, où les forces russes se sont retirées après quelques jours. C’était également le cas au Kazakhstan. Nous ne savons tout simplement pas si ce sera le cas en Ukraine - très probablement pas. Lorsque Poutine a parlé de "dé-nazification", il faisait référence à la cooptation par les États-Unis d’une formation néo-nazie dans les forces armées ukrainiennes pour aider à monter le coup d’État de Maidan en 2014. La soi-disant brigade Azov de néonazis s’était avérée être la force de combat la plus efficace pour repousser la milice RDL dans la région du Donbass. (L’Ukraine est la seule nation au monde à avoir une formation néo-nazie dans ses forces armées et il y aura des comptes à régler).

Néanmoins, l’ordre spécial de Poutine a, comme il l’avait sans doute prévu, profondément choqué l’Occident par sa réaction militaire décisive. Il a mis le monde - et ses marchés financiers et énergétiques - en émoi.

C’est d’ailleurs ce dernier aspect qui pourrait devenir le plus marquant. En 1979, les bouleversements au Moyen-Orient ont fait grimper en flèche les prix de l’énergie (comme c’est le cas aujourd’hui), et les économies occidentales se sont effondrées. Quoi qu’il advienne dans les prochains jours, il doit être clair que la brève conférence de presse de Poutine du 22 février agit comme prévu, comme un puissant accélérateur. La "destruction constructive" de l’ancien Ordre Mondial va se dérouler plus rapidement que beaucoup d’entre nous l’avaient imaginé. Elle marque la fin des illusions - la fin de l’idée que l’ordre imposé par les États-Unis et fondé sur des règles constitue toujours une option.

Comment alors interpréter l’extrême colère de l’Occident ? Simplement ceci : En fin de compte, il y a la réalité. Et cette réalité - c’est-à-dire ce que l’Occident peut faire à ce sujet - est tout ce qui compte - c’est-à-dire ... peu de choses.

La première prise de conscience brutale qui sous-tend la colère est que l’Occident n’a pas l’intention - et surtout pas la capacité - de contrer militairement les mouvements de la Russie. Biden a répété le mantra "pas de bottes sur le terrain" à la suite des opérations militaires russes. Et pour l’Europe, l’imposition d’un régime de sanctions à la Russie ne pouvait pas tomber à un pire moment. L’Europe est confrontée à la récession et à une crise énergétique préexistante (qui sera considérablement aggravée par le fait que l’Allemagne offre Nordstream 2 en sacrifice aux dieux de la vengeance). Et la montée en flèche de l’inflation (aggravée par le prix du pétrole à 100 dollars) provoque une crise des taux d’intérêt et des obligations souveraines. Maintenant, la pression sera sur l’Europe pour trouver des sanctions supplémentaires.

Des sanctions, il y en aura - et elles toucheront directement les Européens dans leur poche. Certains États européens mènent un combat d’arrière-garde pour limiter les sanctions qui pourraient aggraver la récession européenne à venir. Toutefois, dans les faits, l’Europe s’auto-sanctionne (c’est elle qui souffrira le plus de ses propres sanctions), et Moscou a promis de riposter à toute sanction d’une manière qui nuira aux États-Unis et à l’Europe. Nous sommes dans une nouvelle ère. Cette perspective et l’impuissance face à elle doivent expliquer une grande partie de la frustration et de la colère des Européens.

Washington prétend disposer d’une "arme fatale" ciblant Moscou : sanctionner les puces semi-conductrices. "Ce serait l’équivalent moderne d’un embargo pétrolier du XXe siècle, puisque les puces sont le carburant essentiel de l’économie électronique", affirme Ambrose Evans Pritchard dans The Telegraph : "Mais cela aussi est un jeu dangereux. Poutine a les moyens de couper les minerais et les gaz essentiels nécessaires pour soutenir la chaîne d’approvisionnement de l’Occident en puces à semi-conducteurs". En bref, le contrôle exercé par Moscou sur les minéraux stratégiques clés pourrait lui donner un effet de levier, comparable à la mainmise de l’OPEP sur l’énergie en 1973.

C’est là que se trouve le deuxième volet de la frustration de l’Europe : la reconnaissance tacite du fait que la politique ukrainienne de Biden, l’échec de la diplomatie de l’Occident (gestion de la forme sans aucun traitement de fond des problèmes sous-jacents), ainsi que la gestion désinvolte de la question du Nordstream 2 par l’Allemagne, ont condamné l’UE à des années de déclin économique et de souffrance.

Le troisième volet est plus complexe et se reflète dans le cri indigné de Josep Borell selon lequel la Russie et la Chine sont deux puissances "révisionnistes" qui tentent de modifier l’ordre mondial actuel. La "crainte" européenne est fondée non seulement sur le contenu de la déclaration commune de Pékin, mais aussi probablement sur le fait que, de toute sa vie, le président Poutine n’avait jamais prononcé un discours comme celui de lundi devant le peuple russe. Il n’avait jamais non plus désigné les Américains comme l’ennemi national de la Russie en des termes russes aussi clairs - promesses américaines : sans valeur ; intentions américaines : fatales ; discours américains : mensongers ; actions américaines : intimidation, extorsion et chantage.

Le discours de Poutine laisse présager une grande fracture. Il semble que les Européens (comme M. Borrell) commencent tout juste à comprendre à quel point le discours de Poutine représente un point d’inflexion. Il a été articulé autour de l’Ukraine, mais cette dernière question - bien qu’importante - est secondaire par rapport à la décision de la Russie et de la Chine de modifier à jamais l’équilibre géopolitique et l’architecture de sécurité du monde.

La reconnaissance des républiques du Donbass est la manifestation de cette décision géostratégique antérieure. C’est la première concrétisation de cette rupture avec l’Occident (jamais absolue, bien sûr), et le dévoilement de la compilation de mesures "technico-militaires" de la Russie destinées à forcer une partition du globe en deux sphères distinctes. La première était la reconnaissance des républiques ; la deuxième mesure militaro-technique était le discours de Poutine ; et la troisième, son ordre ultérieur d’"opérations spéciales".

Ils - l’axe Russie-Chine - veulent la partition ["separation" en anglais - NdT]. Celle-ci doit se faire soit par le dialogue (ce qui est peu probable, puisque le principe fondamental de la géopolitique actuelle est défini par la non-compréhension délibérée de l’"altérité"), soit par une escalade de la douleur (définie en termes de lignes rouges) jusqu’à ce qu’une partie, ou l’autre, cède. Bien sûr, Washington ne croit pas que les présidents Xi et Poutine puissent penser ce qu’ils disent - et ils croient que, de toute façon, l’Occident a une domination en matière d’escalade de la douleur.

De manière moins diplomatique, la Russie et la Chine ont conclu qu’il n’était plus possible de partager une société mondiale avec une Amérique déterminée à imposer un ordre mondial hégémonique conçu pour "ressembler à l’Arizona". Poutine pense ce qu’il dit : La Russie est dos au mur, et il n’y a plus aucun endroit où elle peut se retirer - pour elle, la menace est existentielle.

Le refus de l’Occident d’admettre que Poutine est "sincère" (garantissant ainsi l’échec de la diplomatie) suggère que cette crise nous accompagnera au moins pendant les deux prochaines années. C’est le début d’une phase prolongée et à fort enjeu d’un effort mené par la Russie pour modifier l’architecture de sécurité européenne dans une nouvelle forme, que l’Occident rejette actuellement. L’objectif de la Russie sera de maintenir les pressions - et même l’éventualité d’une guerre - afin de harceler les dirigeants occidentaux réfractaires à la guerre pour qu’ils procèdent au changement nécessaire.

En fin de compte - après une lutte douloureuse - l’Europe cherchera la réconciliation. L’Amérique sera plus lente : les faucons de Washington tenteront de redoubler d’efforts. Et c’est la situation de l’économie et des marchés occidentaux qui déterminera finalement le "quand".

Alastair Crooke
Ancien diplomate britannique, fondateur et directeur du Conflicts Forum, basé à Beyrouth.

 

Haaretz : Éditorial : « Dégagez les Youpins d’Ukraine » ! Qui s’attaquera à la spirale de l’antisémitisme à Kiev ? Par Neil Karpenko

VOICI un article traduit par les lecteurs de “les crises” que nous avions publié dans le blog précédent le 4 décembre 2020 et qui est un éditorial du quotidien israélien de gauche HAARETZ. Il décrit l’antisémitisme qui règne en UKRAINE et qui aujourd’hui est présenté comme une vue de l’esprit par nos médias. (note de Danielle BLEITRACH pour histoireetsociete)

Éditorial : « Dégagez les Youpins d’Ukraine » ! Qui s’attaquera à la spirale de l’antisémitisme à Kiev ? Par Neil Karpenko


Le véritable problème, c’est que ces salopards ont été mis en place par les Français avec l’aide de Fabius et l’accompagnement idéologique d’un Bernard henry Levy qui continuent partout y compris en Amérique latine à soutenir des néonazis (à la sauce évangéliste). La vraie question est comment les juifs qui par nécessité souvent ont été des progressistes peuvent-ils se laisser entraîner derrière une conception suicidaire d’Israël derrière pareilles ordures? Comme le dit l’article, ici comme en Amérique latine et partout dans le monde, l’extrême-droite trouve des alliés inattendus dans ceux qui cherchent à défendre le fascisme en Israël et qui ne se préoccupent pas de ce que cette extrême-droite réserve aux juifs comme aux autres « non êtres humains ». C’est parce qu’il en est des juifs comme de tous les peuples du monde, ce qui est déterminant n’est pas leur appartenance identitaire trafiquée par le capital, mais bien leurs intérêts de classe. Et à travers cette identité de classe une perspective de justice et de paix, tout le reste va dans le sens du fascisme quel que soit le peuple concerné. La nation israélienne se condamnera elle-même si elle accepte partout et toujours de n’être que les supplétifs du fascisme et de ne tenir aucun compte d’une longue et douloureuse histoire. Ceci aussi nous l’avions dénoncé Marianne et moi dans notre livre URSS, 20 ans après, retour de l’Ukraine en guerre chez Delga (2015)  (note de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)

Source : Haaretz, Neil Karpenko, 26-09-2019

Quand le même antisémitisme vicieux est exprimé par un chef de milice d’extrême droite et par un diplomate ukrainien, c’est signe que la société et la politique ukrainiennes sont contaminées par la haine du juif et le révisionnisme hyper-nationaliste sur l’Holocauste.

Des militants du Corps national antisémite ultranationaliste et ultra-nationaliste allument des fumigènes lors d’un rassemblement à la cour d’appel de Kiev, en Ukraine. 5 sept. 2019 Crédit Efrem Lukatsky, AP

« L’Ukraine appartiendra aux Ukrainiens, pas aux youpins ! »

« Nettoyez Odessa et l’Ukraine des youpins ! »

Le premier de ces propos a été le fait d’un dirigeant d’une organisation paramilitaire d’extrême-droite ukrainienne. L’autre du consul d’Ukraine à Hambourg, en Allemagne. Le fait qu’ils soient à ce point semblables retentit comme un puissant signal d’alarme montrant à quel point l’antisémitisme a infiltré la vie politique ukrainienne.

Cela pourrait paraître contre-intuitif s’agissant du seul État au monde – hors Israël – où les postes de président et de premier ministre sont tous deux occupés par des personnes d’origine juive. 

Les propos du consul de Hambourg, Vasiliy Marushchinets, dans un message sur Facebook l’année dernière, ont provoqué une énorme indignation dans les milieux diplomatiques étrangers.
Il a poursuivi en écrivant : « Mon Dieu : Punissez les youpins » et « Babi Yar. Pas des youpins en 1941, mais des Ukrainiens de 1918-1941 ont été tués ici ». Et : « Les Juifs ont déclaré la guerre à l’Allemagne en mars 1934 » et « Mort aux antifascistes ». Son antisémitisme flagrant n’est pas un exemple isolé. C’est plus clair que jamais à la lecture du rapport de 23 pages sur les incidents antisémites survenus en Ukraine au cours de l’année passée, préparé par la Communauté juive unie d’Ukraine, l’organisation représentative de la communauté juive du pays.

Les conclusions déprimantes du rapport montrent que les tendances antisémites sont répandues dans tout l’éventail politique de droite, parmi les figures politiques de différents partis.

Le 2 mai de l’année dernière, trois partis – « Liberté », « Secteur droit » et « Escadrons nationaux de l’ordre » – ont organisé « La marche pour l’ordre en Ukraine ». Au cours de l’événement, Tatiana Sojkina, leader du « Secteur droit » d’Odessa, a prononcé un discours appelant « à purger Odessa et l’Ukraine des youpins » : « Nous établirons un véritable ordre ukrainien à Odessa. L’Ukraine appartiendra aux Ukrainiens, et pas aux youpins ! Non à l’oligarchie [comprendre « pouvoir juif »] ! Gloire à l’Ukraine ! » Le chef de l’ordre national ultranationaliste, Andriy Biletsky, a déclaré il y a plusieurs années que la mission nationale de l’Ukraine était de « mener les races blanches du monde dans une croisade finale… contre les Untermenschen [sous-humains] dirigés par les Sémites »

Les Ukrainiens défilent pour célébrer l’anniversaire du héros nationaliste

La situation est encore pire dans les ministères « traditionalistes » comme l’armée ukrainienne.
En juillet 2018, un militaire ukrainien d’origine juive, que le rapport désigne simplement comme « B » – pour sa propre sécurité – qui faisait son service militaire dans l’est de l’Ukraine, a rapporté avoir été traité à plusieurs reprises de « Juif » et de « Judas ». L’homme a déposé une plainte auprès de la police et du ministère public, mais rien ne s’est passé.

Le principal procureur militaire Anatoliy Matios a déclaré à un enquêteur que les Juifs préparaient une révolution sanglante en Ukraine : « Il y a des Parvus dans chaque guerre [faisant référence à Alexander Israel Helphand, le théoricien juif russe controversé et militant marxiste] ; ils ont financé Lénine et la révolution, et pendant des décennies, le sang slave a coulé. Celui-là [Parvus] était aussi d’origine juive. Maintenant, ils veulent faire la même chose avec l’Ukraine. » Malheureusement, la radicalisation antisémite des Ukrainiens commence dès le plus jeune âge – à l’école. Début juillet, une exposition mettant en scène les 77 ans de la renaissance moderne de l’État ukrainien a ouvert ses portes dans le bâtiment du Conseil suprême de Lviv.

Gigantesque banderole déployée lors d’un match de football à Lviv, en Ukraine, qui commémore les 70 ans de la fondation des « héros » de la Division Galichina, une division SS nazie composée de volontaires ukrainiens. Crédit Wikipedia

Dans le cadre de l’exposition, le service municipal de l’éducation et des sciences a lancé auprès des écoles un concours de dessin sur le thème des volontaires ukrainiens qui ont servi de 1943 à 1945 dans les rangs de la Division Galichina. Galichina était une division SS nazie composée principalement de volontaires ukrainiens. Outre le fait qu’ils aient effectué leur service actif dans la SS, déclarée organisation criminelle à Nuremberg, ils ont fait l’objet d’une série d’accusations pour avoir participé à l’assassinat de Juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Le blanchiment des collaborateurs des nazis est un thème récurrent. A l’automne dernier, le site Web de l’administration régionale de Kiev a mis en ligne des informations sur l’installation de plaques commémoratives en l’honneur de Dmitriy Dontsov et Symon Petliura, deux des idéologues du nazisme ukrainien les plus tristement célèbres qui ont incité au massacre de Juifs.

Dontsov a écrit : « L’hébraïsme international est une force de démoralisation, émasculant l’âme d’un peuple et sapant le patriotisme ».


Petliura était un nationaliste ukrainien du début du XXe siècle dont les troupes ont assassiné d’innombrables Juifs dans des pogroms à partir de 1919. De nombreuses rues des villes ukrainiennes portent son nom ; en 2016, une minute de silence national a été observée à sa mémoire.

Des néo-nazis ukrainiens et russes lèvent le bras pour faire le salut nazi à l’occasion d’une manifestation nationaliste en mémoire de la Division Galichina, dans la ville de Lviv, à l’ouest de l’Ukraine, le 28 avril 2012. Crédit Petro Zadorozhnyyy / APA


A la fin de l’année dernière, pour couronner le tout, le conseil régional de Lvov a annoncé 2019 comme étant « l’année de Stepan Bandera ». Bandera dirigeait une aile militante de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens, proches d’Hitler, et responsable de la mort de milliers de Juifs. Le même mois, l’État ukrainien a proclamé que l’anniversaire de Bandera serait désormais un jour férié national.

L’ambassadeur d’Israël en Ukraine, Joel Lion, a sévèrement critiqué cette décision. Il a twitté : « J’ai été choqué d’apprendre la décision du conseil régional de Lvov de proclamer 2019, l’année de Stepan Bandera ».« Je ne comprends pas en quoi la glorification de ceux qui sont directement impliqués dans des d’infâmes crimes antisémites peut aider à lutter contre l’antisémitisme et la xénophobie. L’Ukraine ne doit pas oublier ces crimes, commis contre les Juifs ukrainiens, et en aucun cas les admirer, en rendant hommage à leurs auteurs. » 1/2 J’ai été choqué en prenant connaissance de la décision de l’Oblast de Lviv de déclarer 2019 « année Stepan Bandera ». Je ne comprends pas en quoi la glorification de ceux qui sont directement impliqués dans des d’infâmes crimes antisémites peut aider à lutter contre l’antisémitisme et la xénophobie.

KyivPost @MFA_Ukraine @VGroysman2/2 L’Ukraine ne doit pas oublier ces crimes, commis contre les Juifs ukrainiens, et en aucun cas les admirer, en rendant hommage à leurs auteurs. KyivPost @MFA_Ukraine @VGroysmanAprès blanchiment du passé pro-nazi des héros nationalistes, il n’y a qu’un pas à franchir pour en arriver au culte hitlérien lui-même. En septembre 2018, le président du parlement ukrainien de l’époque, Andrey Parubiy, déclarait à la télévision nationale qu’Adolf Hitler avait été un véritable partisan de la démocratie directe et l’avait « activement menée à bien ».

Mais une telle rhétorique antisémite persistante ne reste pas lettre morte – elle conduit à des actions répressives officielles contre les Juifs en Ukraine.

Par exemple, Moshe Reuven Asman, rabbin de la synagogue centrale de Kiev, a déposé plainte au motif que la synagogue aurait été surveillée par le département national anti-corruption de l’Ukraine – un acte illégal et discriminatoire. Il a écrit : « Je vois dans ces actes illégaux une violation flagrante des droits religieux accordés aux croyants par la constitution et un terreau favorable à la suspicion et aux provocations à l’égard du peuple juif ».

Des militants de l’organisation ultranationaliste Corps National Antisémite allument des fumigènes au cours d’une manifestation devant un tribunal à Kiev le 5 septembre 2019. Crédit AFP

Le tableau d’ensemble est sombre. Certains Juifs ukrainiens ont pu entrevoir des graines d’espoir lors de la visite officielle du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou en Ukraine en août.


De même que pour d’autres communautés juives de pays d’Europe centrale et orientale dont les autorités se révèlent de plus en plus antisémites, il reste un espoir que leurs propres voix – politiquement et numériquement inaudibles – soient portées et amplifiées par l’État juif, qui s’est toujours déclaré comme combattant de l’antisémitisme et du révisionnisme ainsi qu’en protecteur des Juifs du monde.

Mais les Juifs ukrainiens ne doivent pas trop espérer d’Israël quand il s’agit de porter des sujets 
politiquement délicats. Les communautés juives de Hongrie et de Pologne peuvent en témoigner.
Les 120 000 Juifs d’Ukraine devront eux-mêmes se trouver des alliances pour lutter contre un antisémitisme ordinaire peu à peu institutionnalisé. Comme le conclut le rapport de la communauté, de manière sobre et accablante, les autorités de l’État ont démontré une « absence totale d’attention » à la résolution du problème de l’antisémitisme dans le pays.

Neil Karpenko, diplômé de Sciences Po, auteur collaborateur du Morning Star et de l’Eurasia Review, vit à Toronto.Source : Haaretz, Neil Karpenko, 26-09-2019Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.




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ARGENTINE : Conflit russo-ukrainien : un autre regard, par Atilio A.Boron

VENU d’Argentine, publié par le grand quotidien Pagina 12, il s’agit d’Atilio A. Boron, un sociologue très connu et qui intervient fréquemment dans le débat politique à la manière d’un Bourdieu et ici il nous dit l’image que nous donnons au monde, nous les Européens qui croyons encore et toujours être les maitres : il serait temps que nous nous rendions compte, que les peuples nous regardent sans la moindre indulgence et même avec mépris ne serait-ce que pour notre lâcheté face aux USA. Notre vision nombriliste d’une communauté internationale condamnant la Russie est complètement erronée, le prestige de la Russie et celui de Poutine ne cesse de grandir, il peut y avoir encore des chefs d’Etat qui ont peur mais les peuples ne rêvent que de sa victoire sur nous. Réveillons-nous avant qu’il ne soit trop tard et reprenons la place qui devrait être la notre dans un aréopage des nations qui aspire à la paix et à l’union pour résoudre les défis climatiques, environnementaux, de santé, de nourriture, d’éducation au lieu de vaines et dangereuses querelles qui sont désormais comme un boomerang sur notre sol. (note et traduction de Danielle Bleitrach dans histoireetsociete)

Par Atilio A. Boronfévrier 28 de 2022 – 00: 43

Au fur et à mesure que l’occupation russe de l’Ukraine s’étend – et je dis « occupation » pour utiliser le terme appliqué aux invasions qui ont la bénédiction des puissances établies : occupation de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, des territoires palestiniens, etc. – les questions sur la nature et la signification de cette opération se multiplient. Dès le départ, il est nécessaire d’écarter complètement les prétendues « vérités » et « preuves » fournies par la presse occidentale depuis ses fleurons aux États-Unis et en Europe, car ce que ces médias diffusent est une propagande flagrante. Bien sûr, d’un point de vue strictement militaire, il est vrai que la Russie a « envahi » l’Ukraine. Mais puisque « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », rappelait von Clausewitz, ce déploiement militaire doit être nuancé et interprété selon les prémisses politiques qui lui donnent son sens. Voici ce que nous allons essayer de faire à partir de ces prémisses.

Et ces prémisses sont très claires : la Russie a adopté cette mesure exceptionnelle, et qui dans l’abstrait mérite une condamnation, en réponse à trente ans d’attaques initiées après l’effondrement de l’Union soviétique. Il y a quelque temps, Vladimir Poutine, avec sa force habituelle, a déclaré aux dirigeants occidentaux : « Vous ne vous êtes pas contentés de vaincre la Russie dans la guerre froide. Vous l’avez humiliée. La lutte politique (et militaire) n’est pas un exercice abstrait ou un concours de gestes ou de phrases rhétoriques. C’est pourquoi, dans un plan d’intellect confortable, les choses sont présentées avec une clarté absolue et sans fissures dans la lutte parfumée dans la boue et le sang de l’histoire, « l’invasion » du jour apparaît avec une signification complètement différente: comme la réaction défensive à un harcèlement sans fin et injustifié. Une fois l’URSS désintégrée, la Russie a dissous le Pacte de Varsovie, établi un régime politique à la manière des démocraties européennes, restauré avec des méthodes mafieuses un capitalisme profondément oligarchique, ouvert son économie aux capitaux étrangers et même joué avec l’idée de rejoindre l’OTAN. Cependant, malgré tous ces efforts pour s’adapter au consensus idéologico-politique occidental, la Russie a continué à être considérée comme un acteur aberrant dans le système international, comme à l’époque soviétique, comme un ennemi dont il est nécessaire de se protéger et, en même temps, de l’empêcher d’être protégée parce que si la sécurité internationale est quelque chose de non négociable pour les États-Unis et leurs alliés européens, un tel privilège n’est pas reconnu à la Russie.

L’opération militaire lancée contre l’Ukraine est la conséquence logique d’une situation politique injuste, ou le point final avant ce que Boaventura de Sousa Santos a diagnostiqué comme « l’incompétence absolue des dirigeants occidentaux » pour réaliser qu’il n’y a pas et qu’il n’y aura pas de sécurité européenne si elle n’est pas également garantie pour la Russie. Incompétence d’un leadership européen qui mérite aussi d’autres qualificatifs : myope, corrompu, ignorant et soumis jusqu’à l’ignominie face à l’hégémonisme américain qui n’hésitera pas à mener de nouvelles guerres en Europe ou dans son jardin avant du Moyen-Orient autant de fois que cela convient à ses intérêts.

Cet échec au niveau du leadership les a conduits d’abord à mépriser ou à sous-estimer la Russie (exprimant une russophobie diffuse qui ne passe pas inaperçue chez de nombreux Russes) puis à diaboliser Poutine, un processus dans lequel Joe Biden a atteint des excès inimaginables dans le domaine de la diplomatie. En fait, au milieu de la campagne électorale et pour démontrer son attitude ouverte dans le dialogue, il l’a caractérisé comme le chef d’une « kleptocratie autoritaire ». Dans une note publiée peu après le coup d’État de 2014, Henry Kissinger, criminel de guerre mais contrairement à Biden un connaisseur profond des réalités internationales, a plutôt écrit que « Poutine est un stratège sérieux, en ligne avec les prémisses de l’histoire russe » malgré quoi en Occident il a été systématiquement sous-estimé. Et il termine son raisonnement en disant que « pour l’Occident, la diabolisation de Vladimir Poutine n’est pas une politique ; c’est un alibi pour couvrir l’absence de politique ». Dans ce même article, fortement recommandé pour la gauche postmoderne de plus en plus confuse, tant en Amérique latine qu’en Europe, l’ancien secrétaire d’État de Nixon fournit une réflexion nécessaire pour comprendre l’exceptionnalité de la crise ukrainienne. C’est que pour les Russes « l’Ukraine ne peut jamais être un pays étranger. L’histoire de la Russie commence dans ce que l’on appelle la Rus’de Kiev. » Et c’est pourquoi, même des dissidents aussi acharnés du système soviétique qu’Alexandre Soljenitsyne et Josep Brodsky « ont insisté pour souligner que l’Ukraine faisait partie intégrante de l’histoire russe, et donc de la Russie ». Aucun des dirigeants occidentaux ne semble avoir la moindre idée de cet héritage historique, décisif pour comprendre que Poutine a tracé la « ligne rouge » de l’OTAN précisément en Ukraine.

Ces références, qui semblent encourager une attitude d’évasion ou de négationnisme face à l’horreur du moment présent, sont essentielles pour comprendre le conflit et, éventuellement, le résoudre. C’est pourquoi il est commode de lire ce qu’un internationaliste américain, John Mearsheimer, a écrit en 2014, lorsque Washington a monté en conjonction avec les gangs nazis le coup d’État qui a renversé le gouvernement légitime de Viktor Ianoukovitch. Dans cet article, le professeur de l’Université de Chicago a déclaré que la crise ukrainienne de Poutine et le rétablissement de la Crimée sont « la faute de l’Occident », sa gestion maladroite des relations avec Moscou. Il a également ajouté quen’importe quel président américain aurait réagi violemment si une puissance comme la Russie avait précipité un coup d’État dans un pays frontalier, disons le Mexique, déposé un gouvernement ami de Washington et installé à sa place un régime profondément anti-américain. (Pourquoi la crise ukrainienne est la faute de l’Occident », dans Foreign Affairs, vol. 93, no 5, septembre-octobre 2014).

En bref: les apparences ne révèlent pas toujours l’essence des choses, et ce qui à première vue semble être une chose – une invasion – regardée sous un autre angle et en tenant compte des données du contexte peut être quelque chose de complètement différent.