Le PAYS où fleurit L’INFLATION
Il s’agit bien sûr des Etats-Unis mais aussi de leurs proches
vassaux que l’on proclame les seules démocraties de la planète et qui à
ce titre s’arrogent tous les droits de sanction, de pillage, de guerre
au nom de leur monnaie autant que de leur armée et de leur domination
sur le marché de l’information. Dans tous ces pays, les prix à la
consommation ne cessent de grimper et la cote de popularité de leurs
dirigeants souvent élus récemment ne cesse de s’effondrer. Dans le monde
entier les travailleurs n’en peuvent plus devant cette hausse des prix
et les salaires de misère, les conditions infâmes dans lesquelles on les
oblige à vivre, mais c’est aux Etats-Unis et dans les pays riches que
la contradiction entre le haut développement technologique, les profits
gigantesques et la pression sans cesse accrue sur le travail et la
classe ouvrière est la plus flagrante et l’épidémie a servi de
révélateur. La seule politique qu’un parti communiste devrait avoir à
coeur de développer serait d’organiser la classe ouvrière, les
travailleurs au lieu de les laisser en proie à des mouvements utilisés
pour assurer la répression, comme on le voit au Sri Lanka ou avec les
gilets jaunes, des maidan, des révolutions de couleur utilisées par le
capital. Une de leur tâche devrait être la lutte contre la guerre et les
campagnes de xénophobie. Chacun constatera que nous n’avons pas en
France les forces politiques aptes à mener une telle politique et
capable d’éclairer les travailleurs et les couches populaires sur leur
nécessaire intervention. Marianne m’a interrogée sur mon affirmation
récente: “ce n’est pas la guerre en Ukraine qui explique l’inflation,
c’est parce que le capitalisme est incapable d’inventer une politique
face à sa propre crise qu’il a besoin de la guerre en Ukraine et
ailleurs." Donc voici une description de l’inflation et de la guerre pour
les nuls.
La description du Washington Post est sans appel :
« L’inflation a flambé de 9,1% en juin, par rapport à l’an
dernier, atteignant ainsi un nouveau sommet sur fond de hausse des prix
de l’essence.
Les chiffres de l’inflation de juin, publiés par le Bureau of
Labor Statistics, révèlent que le poids de la hausse des prix du
logement, de l’alimentation et de l’énergie pèse toujours sur les
familles et les entreprises américaines. »
« Le pétrole dégringole sur des craintes de récession, les prix
de l’essence enregistrent la baisse hebdomadaire la plus prolongée
depuis 2020, aux Etats-Unis. »
Les Américains économisent environ 140 M$ par jour dans un contexte
où les prix de l’essence enregistrent la plus longue série de baisses en
deux ans, sur fond de violent recul des marchés mondiaux du pétrole
brut. Comment comprendre dans un contexte de hausse des prix que tout à
coup on assiste à une anticipation telle de la récession que cela pèse
sur la demande d’énergie et crée cette baisse ? Le marché a de ces
brutalités il décide, il anticipe la récession et la provoque alors que
les taux d’intérêt montent pour tenter de donner quelque valeur à la
masse de monnaie qui a été gonflée artificiellement, en tentant bien sûr
de préserver le dollar en le faisant surnager sur l’effondrement du yen
et de l’euro qui eux payent l’état réel de l’économie de marché. Parce
que cette baisse n’est que le constat de la récession et donc la baisse
de la demande et l’impossibilité d’en limiter les effets, leur
accélération.
Selon Forbes :
« Ce géant du crédit immobilier
supprime des milliers d’emplois et met en garde contre une baisse
‘accélérée’ alors que le marché de l’immobilier chute brutalement
La société de crédit loanDepot a dévoilé mardi un plan de
suppression de milliers d’emplois, et de réduction ‘significative’ des
coûts, dans un contexte où la hausse des taux d’intérêt fait sombrer la
demande en faveur des prêts : elle devient ainsi la dernière entreprise à
alerter sur le fait que le marché immobilier pourrait se retourner de
façon plus abrupte après la frénésie d’achats immobiliers de l’ère de la
pandémie. »
Comme le soulignent mes trotskistes favoris du WSWS, dans le monde
entier les travailleurs n’en peuvent plus devant cette hausse des prix
et les salaires de misère, les conditions infâmes dans lesquelles on les
oblige à vivre, mais c’est aux Etats-Unis que la contradiction entre le
haut développement technologique, les profits gigantesques et la
pression sans cesse accrue sur le travail et la classe ouvrière est la
plus flagrante. La description est saisissante, on se croirait devant la
littérature des années 1930 ou devant du Brecht (Sainte Jeanne des
Abattoirs) à la seule différence près que cela ne choque plus personne
et que les écrivains sont trop occupés à se contempler le nombril pour
s’y intéresser.
Les accidents industriels mortels sont quotidiens nous dit WSWS. La
semaine dernière, le docker et immigrant nicaraguayen Uriel «Popeye»
Matamoros est mort écrasé dans le port de Newark lorsque l’équipement
qu’il utilisait est tombé sur lui. Selon ses collègues, la direction les
a maintenus au travail, les faisant travailler autour du site de
l’accident sans même avoir complètement nettoyé. «Ça sentait
terriblement mauvais», a déclaré un travailleur au WSWS.
OUI cela sent terriblement mauvais, des odeurs de charnier…
Et pendant ce temps-là, la crise de l’exploitation en particulier
dans la jeunesse diplômée et que l’on invite à s’auto-exploiter
s’aggrave ce qui permet à nos idéologues de dénoncer la “crise du
travail”: L’équilibre vie professionnelle-vie personnelle est devenu très important aussi.” Julia de Funès en conclut que “tout
ce qui concerne le bonheur immédiat de l’individu prime maintenant sur
le travail en tant que tel, qui n’est plus du tout une finalité, un but
en lui-même, mais qui devient un moyen pour s’épanouir dans
l’existence”, explique la dite Julia de Funes sur France culture la radio de son maître … qui en diffuse l’idéologie…
Nous sommes donc bien à tous les niveaux devant la contradiction
forces productives / rapport de production qui exige un changement de
société et qui ébranle tous les fondements institutionnels,
représentations, organisations, droit, etc…
Une crise de confiance
Il y a des marchés haussiers et il y a des marchés baissiers : nous
nous situons sur un marché baissier avec hausse des taux d’intérêt et
cela s’appelle la stagflation qui met à mal à la fois le néolibéralisme
et le keynésianisme, les uns proches des conservateurs et de la droite,
les autres les démocrates et les sociaux démocrates, une manière de
conserver la domination du capital avec ou sans régulation.
C’est donc dans ce contexte d’échec de toutes les solutions face à
l’inflation que les capitalistes considèrent comme le principal problème
puisque refusant d’améliorer la situation des travailleurs, ils
continuent leur pression et utilisent à plein leur domination
idéologique.
La presse américaine et même celle des pays vassaux occidentaux
fonctionne pour une part pour des initiés et tentent d’influencer les
décideurs. Sinon on ne comprendrait pas que les capitalistes achètent
des organes de presse qui ont pour mission d’envoyer ces messages. Aux
Etats-Unis, le New York Times joue ce rôle et leur livre une vision du
sommet de l’Etat. En France, on peut penser que l’élection de Macron
comme le choix de ses adversaires s’est joué dans les mêmes conditions.
Et ces derniers jours, le vénérable quotidien, New York Times nous a
communiqué un tuyau : Biden ne se représentera pas en 2024 et sa vague
tentative de relance est abandonnée avant toute mise en oeuvre.
Ce week-end :
« M. Biden fait plus âgé qu’il y a quelques jours, un risque
politique qui ne peut être résolu par les traditionnels stratagèmes de
la Maison-Blanche tels que les remaniements… Certains assistants le
surveillent discrètement. Il traine souvent les pieds, quand il marche,
et les assistants ont peur qu’il trébuche sur un câble. Il butte sur
certains mots, au cours d’événements publics, et ils retiennent leur
souffle pour voir s’il va s’en sortir jusqu’à la fin sans faire une
gaffe. »
Et puis lundi :
« Les inquiétudes généralisées concernant l’économie et
l’inflation ont contribué à assombrir résolument l’humeur nationale,
tant à l’égard de M. Biden que de l’orientation du pays… pessimisme
répandu dans tous les coins du pays. »
Et Yahoo! News en rajoute :
« La cote de popularité du président Biden chute à 33% alors que
la grande majorité des Démocrates recherche un nouveau candidat pour
2024.
Selon un sondage réalisé la semaine dernière par le New York Times/Siena College, seul 1 Américain sur 3 approuve l’action de Biden. Mais [élément] peut-être
plus inquiétant encore, pour l’avenir politique de Biden, seuls 26% des
Démocrates inscrits souhaitent qu’il soit nommé par le parti démocrate
aux prochaines élections présidentielles.
Et nous remarquons en premier lieu que cette désapprobation
généralisée ne concerne pas que M. Biden. La cote de popularité de
Donald Trump a sombré à 30%, à la fin de son mandat. Et au cours de la
crise financière de 2008, encore moins de monde faisait confiance à
George W. Bush.
Et cela ne se limite pas aux Etats-Unis.
Boris Johnson vient juste d’être prié de quitter son bureau.
Emmanuel Macron est très critiqué : 62% des Français désapprouvent son action.
Le chancelier allemand Scholz est à peu près au même niveau, avec une cote de popularité de 36%.
Et le gouvernement italien vient de démissionner.
Que se passe-t-il ?
Pourquoi les gens font-ils si peu confiance aux dirigeants qu’ils élisent ?
Qu’est-ce qui ne tourne pas rond, avec les démocraties occidentales ?
(Vladimir Poutine, en revanche, aurait une cote de popularité de 83%
et le rouble enterre l’euro) constatent les commentateurs, sans parler
de l’adhésion à la Chine, du faible effet relatif des sanctions et de
l’étranglement de l’économie sur certains pays dont on attribue le
succès à l’autocratie.
Est-ce un problème qui va au-delà de l’argent ? s’inquiètent les investisseurs…
Que faut-il faire?
Ce qui ne doit pas, ne peut pas être remis en cause c’est le
formidable endettement des Etats-Unis, leur utilisation de la planche à
billet et du dollar comme étalon or. Depuis le choix de Nixon de refuser
l’étalon or, tout l’art des Etats-Unis a consisté à reporter le poids
de cette dette abyssale sur d’autres pays, à commencer par l’URSS.
L’attaque réussie contre l’URSS leur a donné de la respiration jusqu’à
la crise asiatique de 1997 puis celle dite des subprimes de 2008 avec de
plus en plus de tentatives d’émancipation des pays du sud en
particulier, derrière la Chine…
Et la lutte contre les effets par la baisse jusqu’à zéro des taux
d’intérêt, tout en poursuivant une énorme accumulation du capital
financier et une inégalité croissante, ne repose que sur la puissance
des USA et donc sa capacité à faire payer son surendettement par les
autres pays, sur le rôle joué également par le pétrodollar.
Nous sommes entrés dans une phase de remise en cause de cette
hégémonie qui se double partout du passage possible à une monnaie
numérique avec la quasi interdiction du cash. Si les Etats-Unis
conservent leur domination monétaire, l’interdiction du cash devient
avec le contrôle numérique le moyen de jouer à la fois avec la planche à
billet numérique et les taux d’intérêt les plus bas. Mais d’autres pays
y compris la Chine et maintenant la Russie sont en train de s’émanciper
de ce licol, l’inflation est le résultat de ces processus complexes sur
lesquels les grands argentiers de l’occident ont de moins en moins la
haute main comme on l’a vu avec le G 20. Mais on peut également voir que
c’est la contradiction croissante au sein du pays où fleurit
l’inflation, contradiction interne et externe, qui est à la base de
cette inflation ou stagflation.
C’est dans un tel contexte qu’intervient le sauve qui peut du
relèvement des taux d’intérêt. Une manière en catastrophe de répondre à
ce qu’on appelle la stagflation, elle-même le produit de cette
financiarisation et du système de sanction, de pillage aggravé à partir
de 1991. Une notion qui décrit une situation économique dans laquelle se
conjuguent la stagnation de l’activité économique (faible croissance
économique et chômage élevé) et la hausse des prix (inflation). Avec un
double effet de la part de la FED, tenter d’attirer les capitaux pour
mieux faire payer l’excès de dollars, le matelas de monnaie pourri aux
autres pays à commencer par les chers alliés européens et japonais.
C’est le recours à America first de Trump à Biden.
Un des effets pervers de la situation (qui ne fait qu’accentuer
l’effet désastreux de la manière dont les Etats-Unis ont utilisé le
dollar et leur mainmise sur les circuits financiers pour s’emparer des
dépôts afghans et russe) est que dans leur tentative de créer des
coalitions militaires contre les pays en proie à des sanctions (et qui
sont devant la nécessité de se libérer de l’emprise donc), ils n’ont
rien à offrir pour faire face à la crise qu’ils continuent à aggraver.
Il faut mesurer le fait que le capital n’a pas de solution et si l’on
combine ce qui s’avère la catastrophe du marché financiarisé avec les
autres défis de la période en matière de climat, de santé, le relèvement
des taux d’intérêt signifie que la dette de la France s’accroit et sa
capacité d’investissement dans les services publiques, le rattrapage du
pouvoir d’achat s’amenuise alors qu’augmentent la facture du capital et
celle de l’armement.
Mais du côté de l’intervention keynesienne ce n’est pas miraculeux
non plus. La stagflation a considérablement dégradé l’image du
keynésianisme auprès des dirigeants économiques. Cette école de pensée
prévoyait en effet un arbitrage entre inflation et chômage, de telle
sorte qu’une augmentation de l’un provoquait une baisse de l’autre
(principe de la courbe de Phillips). Face à une situation de chômage, une stimulation de l’activité économique par des politiques de relance étaient
préconisées ; or, face à une situation de stagflation, ces politiques
ne fonctionnaient plus. Elles restent au milieu du gué en tant que
tentative de régulation d’un système capitaliste dont les principaux
protagonistes sont en situation de faire sauter toutes les régulations.
La fin de l’ultime régulation que représentait l’URSS a consacré sans
doute la fin du keynesianisme.
La stagflation a alors laissé le champ libre aux préceptes du monétarisme (Milton Friedman, école de Chicago…) et de l’ordolibéralisme, qui, eux, visaient une baisse de l’inflation. Les politiques de la demande ont été remplacées par les politiques de l’offre, et les politiques expansionnistes par des politiques de rigueur,
mettant un terme à la forte inflation. Ces politiques n’ont toutefois
pas toujours permis une sortie du marasme économique, elles l’ont
généré. Elles tentent de nous faire croire que c’est la hausse des
salaires qui génère l’inflation alors que les faits sont là, non
seulement les salaires, les pensions étaient déjà à un niveau
insuffisant encore aggravé par la destruction des services publics mis
en coupe réglée depuis au moins les années quatre vingt dix, mais
l’inflation rend la pression intolérable.
L’idée d’un retour à l’intervention de l’Etat est certes dans l’air
mais toutes les interventions de l’Etat ne signifient pas l’intérêt
public, la guerre en est l’exemple le plus illustratif. On ne peut pas
simplement opposer marché et Etat, il faut encore comprendre la nature
de l’Etat et sa relation au marché. Le retour à l’Etat et on le voit
avec la proposition de nationalisation d’EDF peut être simplement une
tentative pour faire payer un peu plus la gabegie du capital à la classe
ouvrière et aux travailleurs.
Bref, face à leur incapacité à trouver une issue, les capitalistes et
le pouvoir politique qui leur est inféodé tendent à n’avoir plus que le
recours à la guerre et au fascisme.
La seule politique qu’un parti communiste devrait avoir à coeur de
développer est d’organiser la classe ouvrière, les travailleurs au lieu
de les laisser en proie à des mouvements utilisés pour assurer la
répression, comme on le voit au Sri Lanka ou avec les gilets jaunes. Une
de leur tâche devrait être la lutte contre la guerre et les campagnes
de xénophobie. Chacun constatera que nous n’avons pas en France les
forces politiques aptes à mener une telle politique et capables
d’éclairer les travailleurs et les couches populaires sur leur
nécessaire intervention.
Danielle Bleitrach