L'Europe se retrouve perdante en renonçant aux hydrocarbures
russes au profit des Américains car elle est obligée de payer bien plus,
estime le premier ministre hongrois Viktor Orban.
"La Hongrie n'est pas le seul pays qui se demande ce qui se passe ici
et à qui profite la situation tandis que nous renonçons à l'énergie
russe pour importer de l'américaine. En comparant les prix du gaz aux
États-Unis avec celui auquel il est vendu à l'Europe, la différence est
immense. L'énergie aux États-Unis est 5-10 moins chère que chez nous,
que nous l'achetons aux Américains…", a déclaré M. Orban à la radio Kossuth.
D'après lui, "à présent, il faut poser la question à nos amis
américains, qui est gagnant dans cette situation ?". Nous, les
Européens, bien évidemment nous perdons et nous voyons que vous gagnez.
Du moins, la Russie ne perd pas… Seulement nous, l'Europe, pouvons
perdre", estime le premier ministre hongrois.
Il a également souligné qu'un attentat s'était produit sur le gazoduc
Nord Stream et que l'État impliqué était terroriste. "Turkish Stream
est le dernier gazoduc de grande capacité qui alimente la Hongrie. Si
quelqu'un le faisait exploser ou mettait hors service, notre pays et la
Serbie le considéreraient comme un attentat et agiraient en
conséquence", a noté Viktor Orban.
Plus tôt, la chaîne CNN se référant à des hauts fonctionnaires européens et des représentants de l'Otan anonymes a rapporté que
la cohésion de l'UE dans le soutien à Kiev pourrait s'effondrer dans le
contexte d'une crise énergétique dans un avenir proche. CNN indique
que la crise ukrainienne dure depuis six mois, et les représentants
européens officiels s'inquiètent que le consensus puisse disparaître à
mesure que l'hiver approche, s'accompagnant d'un manque d'hydrocarbures
pour chauffer les logements, d'une hausse des prix des produits
alimentaires et d'une réelle possibilité de récession. Un autre
problème, selon les représentants occidentaux interrogés, concerne les
fournitures d'armes à l'Ukraine. Les pays occidentaux, d'après CNN,
tentent de régler un problème à long terme par des mesures à court
terme, ce qui a pour résultat le fait que la fin du conflit ne se
profile par à l'horizon.
"Au début, la réaction de l'Occident était plus brutale que la Russie
ne s'y attendait. D'un point de vue politique, il était assez facile de
se consolider autour de l'Ukraine et expliquer les dons d'armes et de
moyens. Avec le temps, les types d'armes envoyées sont devenus plus
complexes, tout comme la formation nécessaire pour leur usage efficace.
La bonne nouvelle est que l'armement aide les Ukrainiens à tenir. La
mauvaise est que plus la guerre dure, moins il y aura de livraisons
d'armes et plus difficile il sera d'y renoncer", a indiqué un
représentant de l'Otan. CNN ajoute que le monde est de plus en
plus fatigué par le conflit qui entre en phase de stagnation. "Il était
facile en février de se joindre à ceux qui s'opposent à Poutine.
Maintenant la guerre se trouve à un stade ennuyeux du point de vue
stratégique. Moins d'acquisitions et de pertes quotidiennes et moins de
possibilités pour les photos", a noté le représentant de l'Otan.
Il est difficile pour les dirigeants de l'UE de justifier les
dépenses d'argent et d'énergie pour "soutenir un pays lointain" sur fond
de crise énergétique qui menace l'Europe, souligne la chaîne.
Alexandre Lemoine
lundi 17 octobre 2022
Quand Kamel Daoud, ami de Macron, battait son ex-femme.
Jacques-Marie BOURGET
Plus
MLF que Macron... Impossible. Il affirme que la cause des femmes "est
le pilier" de sa politique. Mais rien ne se passe et "en même temps", il
a un intime qui a été condamné pour avoir frappé son ex-femme avec un
bâton. Belle avenir pour l'avenir de l'homme.
Le
25 novembre 2017, « Journée des violences faites aux femmes », Emmanuel
Macron emboite le pas à la cause et affirme que « le premier pilier »
de son quinquennat « est la lutte contre la violence faite aux femmes ».
Le 27 août 2022, en visite officielle en Algérie, le même défenseur des
causes au – toujours président – répond à l’invitation privée d’un
écrivain franco-algérien, Kamel Daoud. Ce dernier l’a convié à visiter
Oran la ville où il a longtemps vécu. C’est une rencontre entre deux
amis. Un document publié par Le Point démontre que, « Tout au
long du quinquennat, l’écrivain a noué un dialogue privilégié avec le
chef de l’État » (1). Amitié si forte qu’en répondant à l’invitation de
Daoud, Emmanuel Macron trahit un engagement, celui formulé en faveur des
femmes, un « pilier » de sa politique. Kamel Daoud, son ami et son
hôte, n’a-t-il pas été condamné par avoir frappé son ex-femme Nadjet ?
Jugement rendu ici, à Oran. Le 21 octobre 2019, le site français
« Oumma » a publié le fac-similé du texte de la honte.
Dans ses
mots secs loin de la littérature, la Cour d’Oran rappelle que le 5
février 2016, « S’est présentée la plaignante E. E. H. Nadjet devant les
services de la Sûreté urbaine d’Oran pour déposer plainte contre DAOUD
Kamel, et déclare qu’elle a subi des coups et blessures de sa part,
étant donné qu’elle est divorcée de lui depuis 2016 et qu’elle a reçu un
certificat d’incapacité de travail à cause des coups qu’elle a subi par
un bâton en bois ». Le 18 juin 2018 en première instance, le mari
violent a été condamné à une année de prison avec sursis et 20 000
dinars d’amende. Après deux appels Daoud voit disparaitre sa peine de
prison, mais « l’amende pécuniaire » est maintenue, « Les dépens étant à
la charge de l’inculpé d’un montant de 1800 DA au profit de l’état et
fixe au maximum la durée de la contrainte par corps ». Voici Macron
confronté à un nouvel épisode de son célèbre « en même temps » : pleurer
sur le sort d’une femme battue ne doit pas ternir l’amitié que l’on
éprouve pour son mari.
Afin de recueillir le témoignage de Daoud sur sa propre violence, je l’ai contacté via Le Point
sans succès. Je pioche donc des éléments de réponse dans un blog de
Youssef Benzatat, un supporter de l’écrivain qui s’exprime dans
« Médiapart » :
« En fait, je n’étais pas surpris d’apprendre par
un journal en ligne que Kamel Daoud a été condamné le 13 octobre par le
tribunal d’Oran pour violences conjugales avec usage d’une arme prohibée
sur son ex-épouse Nadjet. D’abord pour avoir été approché par Nadjet
elle-même, où j’avais découvert son immense haine et sa cruelle volonté
de vouloir se venger de son ex-mari. (2) ».
Ce blog contient tous
les clichés, les excuses des frappeurs, des violeurs qui font qu’ils
sont toujours innocents : cabale, femme vengeresse souffrant de trouble
mental... Benzatat cite aussi le « complot » en oubliant de signaler une
certaine mansuétude des juges pour Daoud. Puisqu’en Algérie les maris
violents vont presque systématiquement en prison.
Pour Emmanuel
Macron, le crochet par Oran n’a aucun intérêt stratégique, économique,
diplomatique, et vexe même le pouvoir algérien pour lequel Daoud n’est
qu’un français du genre renégat. La balade à Oran c’est un thé à la
menthe avalé dans un lieu historico-déglingué, « Le Disco Maghreb ».
Mais la promenade est écourtée par la faute d’un public pas éduqué chez
les jésuites et criant « Va te faire foutre ! », « La France mange notre
pays », « On est chez nous ». Après, c’est le dîner de Kamel et de ses
potes, au restaurant d’un ami millionnaire en son « Hôtel Liberté ».
L’irrésistible
ascension de Kamel Daoud nait sur ce que l’on appelle aujourd’hui une
« fake news » (fausse information). Au Nouvel An à Cologne, lors du
passage de 2015 à 2016, des centaines de migrants – forcément
musulmans – sont accusés par la presse allemande d’avoir « commis des
dizaines de viols ». Une barbarie. La presse mondiale, c’est normal,
monte le sujet à la « une ». En France les lambeaux de ce qui reste de
la gauche sont accablés, hébétés, mais la droite et l’extrême foncent à
viols ouverts. Et Kamel Daoud apparait. Journaliste algérien et depuis
peu écrivain, dans une tribune accueillie avec envie par Le Monde, il déverse son tombereau de fantasmes sur la culture « arabo-musulmane » :
« ...Le
rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde
d’Allah. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou
possédée... Une femme est femme pour tous, sauf pour elle-même. Son
corps est un bien vacant pour tous et sa « malvie » à elle seule. Elle
erre comme dans un bien d’autrui, un mal à elle seule... »(3)
L’affaire
est entendue. Pour Daoud des dizaines de migrants musulmans, donc
frustrés par leur religion et leurs conditions de survie, ont violé des
femmes à la gare de Cologne. En matière de perversité islamique Daoud
est expert puisqu’il a milité dans sa jeunesse dans les rangs barbus.
Daoud nous parle de musulmans ignorant les valeurs de la vie, le bien et
le mal... Voilà un discours parfait à entendre pour les oreilles de
l’Occident. Trouver un bon Arabe pour cracher sur son propre monde n’est
pas si facile. Daoud est immédiatement adulé, doté d’une page
permanente au Point, BHL est son modèle et guide idéologique,
bientôt Macron sera son ami. Puiser de l’esprit néocolonial dans l’encre
d’un colonisé, il n’y a pas mieux. Quoi de plus idéal pour tirer sur
des « musulmans » que de laisser le flingue entre les mains d’un Arabe.
Mais...mais...mais,
sale temps pour Kamel : les « viols de Cologne » n’ont jamais existé.
Daoud a glosé sur de la diffamation, du fake, du faux, du bidon.
Et l’histoire des « femmes violées par des migrants à Cologne » doit
rester dans l’histoire comme un des plus honteux bobards du siècle.
Cette monstruosité médiatique – jamais démentie par ses
colporteurs – est un coup monté par l’extrême droite allemande. En fait,
cette nuit-là, seul un marocain s’est rendu coupable d’un vol de
portable, et le journal Bild Zeitung, qui n’est pas un exemple de vertu, va retirer de ses archives les articles sur ces fameux faux « viols ».
C’est
Ahmed Bensaada, un docteur en physique algérien qui, avec la pugnacité
et la rigueur du scientifique, va le mieux démonter la mécanique Daoud.
Une machine à plaire aux anciens colons, et arme de destruction massive
chargée des obus d’une pensée unique ciselée à Washington. Dès 2016, le
scientifique doté d’une plume exemplaire publie un fracassant Kamel Daoud : Cologne contre-enquête (Éditions Franz Fanon, Alger, 2016). Il démontre que le néo-penseur profère injures et anathèmes sur le vent d’une fake news.
Etaie que le phénomène Daoud est un avatar du temps, celui de la
propagande à vocation internationale construite sur le mensonge. Les
néo-conservateurs et néo-colons ont besoin de multiples Daoud pour
réussir leurs « révolutions de couleur » et autres « printemps » mijotés
à la Maison Blanche. Donc, pour imprégner le monde civilisé de l’idée
que, décidément, tous ces musulmans, tous ces Arabes, sont des arriérés
mentalement malades. Si névrosés qu’il faille les aider en les prenant
en main. Avec, s’il le faut, pour traiter les plus récalcitrants, des
coups d’État, des bombes et des missiles afin qu’ils adoptent le modèle
d’une démocratie où le Coca Cola coule dans les veines et livrent, à vil
prix, leurs richesses aux civilisateurs. Ahmed Bensaada, en mettant le
système Daoud à nu, ne peut être taxé de prendre la défense d’on ne sait
quels fous d’Allah ou du djihad puisque son propre frère a été
assassiné par ces barbares.
Après le fiasco de Cologne Daoud
aurait dû être condamné au silence, se condamner au silence. Et,
honteux, s’en aller rechercher un travail de pigiste à Tamanrasset. Pas
du tout, ayant fait preuve de son adresse à dresser l’opinion contre le
« musulman » – et sa culture – Kamel reste un étalon de qualité dans
l’écurie de la bien-pensance. Sa carrière est si rapide qu’en 2019 – peu
importe sa condamnation – il obtient la citoyenneté française, celle
des anciens colons et il la mérite bien. Maintenant, chez lui à l’Elysée
comme au MLF, Kamel est un modèle qui peut écrire avec autorité des
articles dénonçant le sort des femmes maltraitées, par le voile ou le
bâton.
Note. Notre question adressée au Service de presse de la
République est restée sans réponse (même de courtoisie). Il en va de
même pour Kamel Daoud lui aussi enfermé dans le monde du silence.
Cet article écrit en 2017 pose déjà à
propos du dernier film de Kontchalovski, les Nuits blanches du facteur
et aussi un de ses premiers “le Premier maître” l’hypothèse qu’il vient
lui-même de reconnaitre à savoir que le rapport Khrouchtchev a été une
criminelle ânerie et que ça a été la mise en tutelle par la bureaucratie
du prolétariat qui s’était pleinement engagé dans la création du jeune
état soviétique y compris sous “le stalinisme”. Cette hypothèse que l’on
trouve aujourd’hui assez majoritairement dans le peuple russe est aussi
celle défendue par le marxiste belge Ludo Martens, dont le livre mérite
d’être réédité (note de Danielle Bleitrach).
Alexander Deineka le peintre du réalisme socialiste, un excellent
peintre… nous dit que ce que nous considérons sous des couleurs sombres
fut pour les peuples qui l’ont vécu une joie, un épanouissement… Avec
un clin d’œil, il faut noter que même le Washington post a été obligé de
faire état d’une enquête montrant que sous le socialisme, les femmes
éprouvaient plus de plaisir que sous le capitalisme. C’est que que nous
dit Deineka dans sa peinture et d’une manière assez convaincante…
Je poursuis ma lecture de Ludo Martens, et ce que j’ai à en dire
devra être considéré comme une participation politique individuelle à un
débat qui reste ouvert ou devrait l’être. Ce livre devrait être
republié, il est important et nous aide à poser les questions
essentielles.
Mais je ne suis pas toujours convaincue par son argumentation
concernant les grandes purges des années 30. En particulier la
culpabilité de Boukharine. Mais là-dessus il faut que je précise ce qui
contraint ma vision de Boukharine. Il s’avère qu’en lisant l’œuvre
complète de Lénine, je m’étais passionnée pour un personnage du nom de
Larine, le désordre et l’incompétence incarnée, un menchevik, qui en
outre était le beau-père de Boukharine et bizarrement il survivra à
toutes les purges qui ont touché les membres du Comité Central du temps
de Lénine. Lénine disait de lui qu’il étouffait les causes qu’il
embrassait parce qu’il disait tout haut ce que les autres voulaient
cacher. Lénine ne le supportait pas et partout il envoie des messages
disant que celui qui écoutera Larine, utilisera un de ses chiffres,
adoptera une de ses idées d’organisation sera renvoyé de son poste. Et
ce après que Larine ait désorganisé les transports. Lénine témoigne de
la même irritation à l’égard de Boukharine, de ses tendances
conciliatrices alors qu’il faut trancher et il parle à propos du
« couple » Larine-Boukharine de « nigaud-gauchisme » qui en fait est
très droitier. Mais il n’émet pas le moindre doute sur leur bonne
volonté et leur désir sincère d’être des révolutionnaires. A l’inverse
de Trotski avec qui l’antagonisme est constant et parfois violent.
Dans l’attitude à l’égard des Koulaks on retrouve la même manière
d’être de Boukharine, « nigaud gauchisme » droitier et tendance aux
conciliations absurdes. Là-dessus Ludo Martens est convaincant quand il
montre les erreurs de Boukharine auxquelles s’oppose Staline. Et la
démonstration que j’ai publiée ici sur qui étaient les koulaks, les
réussites de la NEP, mais aussi le blocage à partir des années 26 et 27,
la nécessité donc de vaincre leur pouvoir si l’on veut sauver la
Révolution, approvisionner les villes et garantir l’industrialisation.
Mais Boukharine me semble poser des questions importantes concernant le
développement, questions que l’on retrouve en Chine, au Vietnam et même à
Cuba. Dans les pays du tiers monde, face à l’impérialisme, la question
des classes me semble se poser différemment, les alliances, les bases de
l’accumulation, le temps de la révolution, etc… En outre, il y a chez
Lénine une attitude très différente à l’égard des débats parfois
délirants (vu l’état du pays) qui ont lieu au comité central. La
discussion sur la définition des syndicats qui lors du Xe Congrès
l’oppose à Trotski en fournit l’exemple. Trois volumes de l’œuvre
complète de Lénine sont consacrés à ces débats, y compris une
intéressante définition de la dialectique qu’il oppose à un argument
conciliateur de Boukharine. Le pays est à feu et à sang, c’est la
révolte des marins de Cronstadt et le débat se poursuit y compris sur
Hegel appelé à la rescousse. Staline c’est manifeste se conduit
différemment, il argumente également, mais le débat est infléchi par la
relation aux tâches, une vision d’abord réaliste, autant que par le
poids de l’appareil que peu à peu Staline rassemble dans l’action autour
de lui et de ceux qui sont d’accord avec sa politique de planification
et de collectivisation. De là on peut en tirer que Staline ne se conduit
pas comme Lénine, que sur le plan humain ce dernier vaut mieux que lui,
mais aussi qu’il est son continuateur et qu’il met en œuvre dans la
réalité son choix fondamental, imposé par le sous-développement et le
socialisme dans un seul pays.
De même, Ludo Martens est très convaincant sur le fait que la lutte
contre les koulaks n’a pas été menée par Staline et le parti bolchévik,
qui en l’état était incapable de mener l’entreprise surtout dans les
campagnes où il était quasi inexistant, comme il l’avait été d’être à
l’origine de tous les mouvements révolutionnaires qui avaient abouti à
l’URSS. Sa démonstration sur l’imbécilité de la vision « totalitaire »
du pouvoir soviétique y compris celui de Staline à cette époque est
confirmée par bien des historiens anglo-saxons, y compris le
soviétologue trotskiste Moshé Lewin.
L’hypothèse qui me vient est la suivante, elle est plus ou sous-jacente à notre livre 1917-2017, Staline tyran sanguinaire ou héros national?
J’ai tendance à suivre la démonstration de Ludo Martens sur la
collectivisation, sur le caractère spontané de l’intervention de la
paysannerie pauvre et le rôle minoritaire mais important que joue un
prolétariat urbain, ouvrier dans les tentatives d’encadrement de ces
masses qui mènent à leur manière la lutte des classes au sein de la
nouvelle société. J’ai également tendance à le suivre quand il dénonce
la manipulation des chiffres de victimes concernant cette bataille pour
la collectivisation dans les campagnes. Il me semble également
nécessaire de reprendre comme le fait Annie Lacroix Riz la question des
famines en particulier en Ukraine, ces famines sont endémiques dans la
société russe dit-elle. Et il est vrai que la thérapie de choc de la
collectivisation non seulement va permettre l’industrialisation, donc la
résistance au nazisme, mais également la fin de ces famines endémiques.
Il faut comparer ce travail à celui que le retour au capitalisme a
opéré dans de nombreuses campagnes où les terres jadis couvertes de
sovkhozes et kolkhozes sont désormais en friche, avec des îlots de
peuplement de plus en plus abandonnés et que décrit très bien Andreï
Kontchalovski, dans « les nuits blanches du facteur » (1). Il faut
également et c’est une des propositions de notre livre comparer cette
marche accélérée à la modernisation et les opportunités qu’elle a
offertes aux masses jusque là arriérées d’une transformation culturelle
extraordinaire à la mobilité descendante de leurs enfants depuis la
chute de l’URSS et la contre-révolution.
Ici il y a une hypothèse sociologique sur le rapport que l’on peut
établir entre le développement des processus macroéconomique qui sont à
l’oeuvre dans le socialisme, comme d’ailleurs dans tout mode de
production, et les événements politiques, le mode de gouvernance et les
luttes de faction. Tant que la société progresse, connait une mobilité
ascendante, les jeux politiques, les déchirements de faction traduisent
bien certaines de ces évolutions structurelles, mais n’entrainent pas de
crise au sein de la société. C’est quand il y a régression que ces
phénomènes superstructurels paraissent à l’origines de la dislocation.
Ce qui peut également solliciter notre attention est le fait que les
purges attaquent l’appareil lui-même. Il ne s’agit plus seulement de la
guerre civile contre les blancs et contre les 14 pays qui les
soutiennent dont la France, ni même de la lutte contre les koulaks, ceux
qui sont mis en cause ce sont les cadres de la Révolution et de la
bolchevisation. Ce qui appelle au moins trois remarques:
1) Ludo Martens nous brosse un tableau qui laisse entendre qu’il y
aurait eu des gens, des intellectuels pour beaucoup, qui dès le début de
la Révolution bolchévique et même dès leur plus jeune âge auraient été
au mieux des mencheviks convaincus de l’impossibilité, de la « folie »
de cette révolution, de la nécessité de poursuivre celle de février et
de confier les rênes à une bourgeoisie plus capable. Ils se seraient
ralliés pour mieux miner de l’intérieur y compris jusqu’à la direction
du parti l’entreprise révolutionnaire des bolchéviks. Et il illustre sa
thèse par les aveux de certains qui sont passés en occident et non
contents de mener campagne contre l’URSS disent eux-mêmes que depuis le
début ils ont été contre. Il s’agit de cas réels mais relativement
marginaux si l’on considère les victimes des purges. J’avais toujours
été frappée par la critique que Fidel Castro apporte en réponse aux
questions d’Ignacio Ramonet, il dit que Staline avait une mentalité de
« conspirateur », même si l’on considère qu’il s’agit d’un chapitre
qu’il n’a pas pu revoir et dans lequel il témoigne d’une visible
irritation devant la manière dont son interlocuteur ne comprend rien à
ce qu’il considère lui comme l’apport fondamental de l’URSS, il a
prononcé cette parole (2). Et c’est effectivement l’impression que donne
le procès mené y compris par Ludo Martens.
2) Cela dit il y a deux arguments que l’histoire de la guerre froide
et celle de la chute de l’URSS peuvent conforter. Les gens que recrutent
dans ces dernières périodes la CIA, ceux qui vont mener à la fin de
l’URSS et des ex-pays socialistes montrent que les candidats à la
trahison ne sont pas choisis au hasard et que souvent la CIA pour les
ex-pays socialistes puise dans le vivier des enfants des anciens
collaborateurs nazis, ou dans des groupes comme les tatars de Crimée ou
les juifs qui sont soumis à des vagues de stigmatisation à partir de la
guerre des six jours et de la montée des nationalismes favorisés par
Gorbatchev sous prétexte de créer un pluralisme politique par le haut.
Mais il faut dans ce domaine avancer avec la plus grande des prudences.
Autre argument, il faut noter que c’est à partir de ces purges, de la
fuite de certains que l’on va assister à la mise en place de la noire
légende de Staline. La propagande comme le note justement Ludo Martens
va faire porter tous ces coups jusqu’à la limite de la caricature la
plus délirante contre Staline et l’URSS telle qu’elle est et va
commencer à aller jusqu’à encenser Trotski, même Lénine qui aurait été
trahi. Ce qui est tout de même un comble de la part du capital et de ses
médias.
3) En revanche, la nature même des « purges » à l’intérieur de
l’appareil qui se combine avec des succès difficilement niables et donc
un formidable essor de la société soviétique ne provoque pas la même
hostilité dans la grande masse des peuples soviétiques pour qui commence
une période d’épanouissement qui sera interrompue par la guerre contre
le nazisme. Il n’y a pas un Russe qui n’ai eu un parent tué dans cette
guerre, en revanche peu d’entre eux ont connu la répression de la
collectivisation ou moins encore les purges qui ont touché les élites.
C’est ce qu’a très bien perçu Eisenstein dans Ivan le Terrible, le tsar
qui réprime les boyards. Mais Eisenstein depuis le Pré de Béjine
(interdit) est plus ou moins happé par cette élite et a du mal à
traduire autrement qu’en images superbes mais mystiques ces convulsions
du pouvoir auxquelles il est confronté comme beaucoup d’intellectuels
dans la tourmente. Comme cela est esquissé dans notre livre, Staline ne
reproche pas au cinéaste de l’avoir peint en Ivan le Terrible, il lui
reproche d’en avoir fait un Hamlet à la barbe chevrotante et d’avoir
esthétisé sa garde. Staline pense qu’Ivan devait agir ainsi et qu’il l’a
fait sans état d’âme. Mais là-dessus je vous renvoie à notre livre qui
est tout entier centré sur la différence des interprétations
occidentales sur Staline avec celle de la majorité des Russes. Ce n’est
pas parce qu’ils aiment le knout mais parce que nous avons subi un
pilonnage à partir non seulement du rapport Khrouchtchev mais dès les
années trente dans lequel ont été manipulés des « crimes de masse »
attribués à Staline et où les luttes de faction dans l’appareil ont été
exaltées sous couvert de « totalitarisme », ce qui n’a pas été
l’expérience vécue par les Russes.
Danielle Bleitrach
(1) j’aurais voulu étudier deux films de ce cinéaste qui avait un
moment choisi l’exil et qui décrit la faiblesse du parti bolchevique, la
manière dont il s’impose dans la bataille contre les koulaks dans « le
premier maître » et à son retour d’exil, toujours avec la même
sensibilité aux contradictions et racines de l’adhésion populaire et de
la patience russe ou kirghize, et dont la vie quotidienne traduit et
dépasse le politique pour cette fois décrire la destruction
post-soviétique des campagnes.
(2) On sait à quel point, la question de la déstalinisation l’a
obsédé dans ses discussions avec le Che et son refus des divisions.
Fidel Castro avant de tomber malade a revu une bonne partie du livre
d’Ignacio Ramonet en particulier tout ce qui avait trait à Chavez et au
coup d’Etat dont ce dernier avait été victime. Mais il n’a pas pu revoir
ce chapitre où on le sent irrité par un questionnement qui lui parait
sous influence.
Aperçu
cette pancarte dans la marche nationale contre la vie chère, organisée
ce dimanche dans Paris. Elle détourne une citation de Jean-Paul Sartre
prise dans Le Diable et le bon Dieu. Dans le contexte français social et
politique actuel, elle en prend néanmoins tout son sens.
En effet, "Salauds de grévistes", reprennent en choeur le Medef, Macron sur France 2, Borne sur Tf1,
la Cfdt et tous les médias aux ordres des Marchés. Ils s'emploient tous
à opposer les grévistes de la pétrochimie, ceux maintenant dans
l'industrie nucléaire, aux travailleurs qui ont besoin de carburant pour
se chauffer, aller bosser, amener les gosses à l'école ou chez la
nounou, et même pour partir en vacances pour ceux qui le peuvent.
Et
sont ressorties les différentes classes pour opposer encore plus les
uns aux autres. Dis Toto, c'est à partir de quand qu'on est dans les
classes moyennes? Réponse de Toto, Attends Roger, je ne me rappelle plus
ce qui ont dit à la téloche à ce sujet.
Il
n'empêche que le très vieux Karl Marx parlait de prolétaires et de
capitalistes. Les prolétaires étaient toute personne qui ne peut attendre
de ressources que de la rémunération que lui alloue son patron auquel
il loue ou vend sa force de travail.
"Salauds de grévistes",
ressassent sans arrêt le Capital et ses commis. Demain, c'est la
journée nationale interprofessionnelle de grève et de manifestations
pour le pouvoir d'achat et contre le droit de grève.
Dis Toto, ça serait bêta de ne pas la marquer d'une façon ou d'une autre, Non?
SALOPARDS DE GRÉVISTES, JALOUX DES MILLIARDAIRES !!!
Quand on reprend les initiatives du chef de l’Etat après l’apparition
du virus covid 19, on constate que les décisions ont été prises pour
que tout le monde se vaccine. Décisions prises qui ont fait appel à
l’émotion : la peur ( peur d’être malade ou de mourir), l’altruisme ou
la compassion ( ne pas contaminer sa grand’mère) …
Le besoin de sécurité ressenti par les citoyens l’a emporté sur la
liberté. Laquelle a plutôt été malmenée : interdiction aux médecins de
ville de prescrire une substance susceptible de soigner, privation
d’exercer certaines professions pour les non vaccinés, restriction
diverses de l’usage de libertés élémentaires pour ceux qui ne
présentaient pas de « passe vaccinal » ( qui en soi n’avait aucune vertu
médicale et n’attestait de rien) qui était délivré aux personnes
s’étant fait vacciner.
Avec l’aide des moyens audio visuels complaisants, lesquels ont
invité des « experts » ( dont certains ont oublié de renseigner sur
leurs liens avec l’industrie du médicament), qui ont fabriqué des
clivages : pour ou contre la vaccination, pour ou contre tel
scientifique prétendant que telle substance autre que celle du
« vaccin » pouvait sauver des malades. Clivage ne laissant pas de place
à la pensée. Clivages si bien réussis qu’ils ont laissé des traces, qui
ne se sont pas effacées, dans les relations entre les collègues du même
lieu de travail, et même au sein des familles.
Si l’on prend maintenant la décision du président de la République
d’engager la France contre la Russie, dans une guerre … qui a fini par
éclater, elle fut présentée au nom de diverses valeurs :
- respect du droit international, - apporter son soutien au valeureux
président ukrainien, présenté par ailleurs si bon et parfait, que ses
propos furent quotidiennement rapportés, et qu’il fut applaudi partout
où il se produisait, - lutter contre le président russe présenté, lui,
comme un odieux dictateur, contesté chez lui et dérangé
intellectuellement. En suscitant l’émotion et la compassion avec des
images choisies. Avec, comme dans l’affaire de la vaccination, des
« experts » invités à délivrer en boucle « ce qu’il faut retenir » sur
les plateaux de télévision. Cette fois-ci des militaires. Parmi lesquels
( ce qu’ils ont oublié -eux aussi- de dire là où ils étaient montrés)
beaucoup ont travaillé pour l’OTAN.
Dans ces affaires, le pouvoir a efficacement œuvré à rendre les
citoyens consentants en présentant les décisions sous un angle
émotionnel.
Citoyens qui n’auraient pas été consentants autrement.
Puisque dans le premier cas, il s’agissait de faciliter la vente d’un
produit pas complétement expérimenté, dont l’efficacité et l’utilité
étaient loin d’être celles qui étaient promises, dont on ne connaissait
pas les effets secondaires, lesquels, par la suite, se sont révélés être
préoccupants.
Dans le deuxième cas, il s’agissait d’aider les Etats-Unis dans leurs
entreprises d’affaiblissement économique et de démembrement de la
Russie, qu’ils voulaient empêcher de constituer avec les Etats de
l’Europe occidentale, un bloc économiquement concurrent des USA..
On ne sait pas quelle est l’étendue de la culture d’E. Macron. Mais
ce que l’on peut dire, c’est qu’il connaît probablement, (à moins que ce
ne soit le cas de ses conseillers ou de consultants appelés
à co-gouverner), l’œuvre d’Edouard Bernays.
Car il ressort de ce qui vient d’être relevé, qu’ont été utilisées
toutes les techniques de manipulation préconisées et mises en œuvre par
E. Bernays (1)
(Comme, par ailleurs, ont été utilisées toutes les techniques de
manipulation énumérées par Noam Chomsky - v. sur internet- ) (1).
Le problème c’est que ces pratiques de manipulation (2) s’inscrivent
dans une conception de la « démocratie » qui est à l’opposé de ce que
l’on entend traditionnellement par « démocratie » et à l’exact opposé
des conditions d’exercice de cette dernière (3).
Pour Bernays (1) (« comment manipuler l’opinion ») la démocratie est
le régime dans lequel une minorité éclairée (que l’on retrouve
exactement dans les discours sur le « gouvernement mondial » ) cherche à
influencer plutôt qu’à imposer. Car à trop imposer, le peuple pourrait
se révolter. La manipulation c’est le pouvoir sans la contrainte. Quand
le peuple est influencé, il a l’impression de garder la main sur ses
opinions et sur sa liberté. Ce qui permet à la minorité éclairée de
travailler … pour elle.
Dès lors que les Français ont été habitués depuis des années,
évidemment s’en rendre compte, à être influencés et qu’ils ont été
« dressés » à accepter, il faut s’interroger (4) sur la manière, dans ce
contexte, de s’adresser efficacement à eux. Pour qu’ils redeviennent
capables de s’apercevoir qu’ils acceptent actuellement ce qui va à
l’encontre de leurs intérêts. Et que certains de leurs droits et
libertés sont méconnus et bafoués. A commencer par le droit de pouvoir
décider, directement ou indirectement par leurs représentants, tant de
leur destin que de celui de leur pays (5) .