Visite de Macron à Sélestat. Tout est installé par l’équipe de
com. Macron avance sous les huées, passe devant les photographes et se
dirige droit vers les officiels. Au lieu de tourner à droite pour entrer
dans la mairie, il va droit sur un groupe de mémères et pépères ; ça
sent le ballet bien rodé, car rien de ce qui va se passer pendant les
deux minutes suivantes n’est spontané. Là, deux rombières en rang
d'oignons, comme dans un supermarché, ce que l’on appelle des têtes de
gondoles qui ont pour but de mettre en avant un produit phare ; elles
sont là, pomponnées comme des juments de cirque, habillées en orange et
vert pomme, avec des bijoux d’arbre de noël ; On ne voit quelles, afin
de bien ressortir de la masse pour que la caméra de BFM aille tout droit
sur les groupies et recueille leurs douces paroles, style : « continuez
monsieur le président, on est avec vous, vous êtes courageux » et
blablabla... On les sent toute emmouscaillées, proche de l’orgasme par
ces secondes de gloire qui resteront dans l’album familial pour des
décennies. Puis, un pas vers la gauche, c’est au tour de deux vieux
smocks tout contrits, bégayants et si farauds de respirer le même air
que le "grand" homme que leurs dentiers sautent presque à la face de
Manu militari. Un peu en retrait, y’en a un moins décati qui regarde le
Manu, avec des yeux tout ronds de koala, et n’en revient pas d’être en
face de son idole…Tout ça sent la manip à gogos et voir ces badernes
endimanchées donne la gerbe, tellement ils sont de la race des
courtisans, veules et larmoyants, d’une France irréconciliable
interrelationnelle. Le Manu, c’est sûr, car il a besoin de ces petites
mises en scène pour flatter son ENORME égo, tout en continuant de serrer
des pognes.
Au lieu de s’engouffrer dans la mairie après ces effusions
salvatrices, il continue vers la gauche, dans la mauvaise direction, là
où ça beugle fort les Macron démission ! Le service d’ordre mouille le
caleçon. Il ne peut pas s’en empêcher de vouloir jouer avec le feu. Et
ça ne rate pas. Un papy, en second rideau lui balance un jouissif, car
BFM retransmet le sacrilège explosif : « on n’en veut pas de ta
retraite, qu’est-ce que tu ne comprends pas là-dedans trou du cul ! »
Ouais, ça c’est envoyé, clair, net, reçu 5 sur 5 ! Le président fait
celui qui n’a rien capté et continue sa déambulation. Les visages se
tendent, souriants, ce sont des physionomies populaires qui n’ont rien à
voir avec celles les proutprouts précédemment observés ; Ca s’esbaudie,
tout faraud de pouvoir toucher la main… De celui qui les traite plus
bas que terre…Chez le franchouille, peuple de souche paysanne, saluer
avec dévotion le Maître fait partie de sa génétique ; de tout temps, on
enlève son chapeau, lorsque le nobliau passe devant le serf, en
marmonnant et en faisant le signe de croix, « bonjour monseigneur » tout
en le vouant aux gémonies par-derrière. C’est comme ça. Ils le
détestent, et pourtant lorsque devant lui au lieu de balancer ses 4
vérités et accessoirement des tomates, ils sont là tout contrits plantés
comme des glands à lui faire risette ; alors dites-moi citoyen comment
faire une révolution sociétale avec de tels larbins ? Bon d’accord, ce
n’est pas du 100%. Y a bien un autre papy qui lui lance bien en face que
jamais la France n’a eu un gouvernement aussi corrompu ! Et l’autre qui
répond à cette apostrophe par un « ce n’est pas gentil… » Le papy ne
lâche rien en entendant l’Manu dire de ne pas véhiculer cette image.
Hey, mec, tu manques d’arguments structurés ! Faut dire que c’est un peu
ta spécialité de brasser de l’air s’pas ! Puis un pas plus loin, une
cacochyme en plein orgasme énamourée qui le regarde et n’en revient pas.
Fin de la séquence ci-jointe.
Macron suscite des vocations…Musicales. Des concerts de
casseroles se font entendre partout dans le pays, de plus, la plèbe se
casse la voix à chanter « on est là, on restera ! » et « Macron
démission ! ». A Muttersholtz, commune de 2026 habitants, les sbires de
Macron quelques heures avant son arrivée ont fait dégager les CGT et
autres hurleurs/tapeurs de casseroles. Y’a un journaleux de FRANCE24
chaine d’état à la botte, qui dresse à sa façon à peine téléguidée
l’état des lieux. « à peine une petite centaine d’opposants à
la reforme des retraites » - Mouais, en fait ce n’est pas si mal
rapporté au nombre d’habitants de la commune, mais il est en mission
Mister flatteur. « Macron vient là pour parler de la France qui
fonctionne, de la France qui réussit, c’est pour cela que…Blablabla »
Aussi, le journaleux/porte parole/porte voix, rappelle les J.O 2024, les
fameux 100 jours et patati et patata, de la vraie Pravda de la belle
époque. Et pour finir, il annonce l’emploi du temps de
« son président » : l’Manu fera 2 déplacements par semaine afin de
remotiver les frenchies après les avoir bien, insultés, humiliés,
traités plus bas que terre…Et le pire c’est qu’il y aura toujours ces
25%, comme les deux rombières Orange/ vert pomme pour l’acclamer.
C’est sans issue ce truc ? Allez, j’men retourne taper sur mes casseroles faute de mieux, pendant que lui, le prèze traine les siennes !
Georges ZETER/avril 2023
Photo montage illustrant l’article : captures d’écran du la vidéo.
Séquence filmée par BFM à Sélestat.
Histoire d’une involution : de la politique structurelle au moralisme hystérique
Andrea ZHOK
Je
me demandais l’autre jour comment il a pu se faire que la capacité
opérationnelle d’une opposition politique se soit éteinte et soit
aujourd’hui à reconstruire pratiquement à partir de zéro.
Etant
entendu que c’est aujourd’hui le problème des problèmes, et étant
entendu que, comme pour tout processus historique, ses causes sont
plurielles, je veux uniquement m’arrêter, brièvement, sur une cause de
nature spécifiquement culturelle.
L’époque de la démocratie et de
l’opposition politique à partir du bas a été une période bien délimitée
qui commence aux environs du milieu du XIXe siècle, et où la leçon
marxienne a joué un rôle fondamental.
Plus précisément, la leçon
marxienne a été fondamentale pour comprendre, et faire comprendre, que,
dans le monde moderne, tout changement de mœurs et d’opinion qui devient
hégémonique a toujours une racine primaire dans la « structure »,
c’est-à-dire dans la sphère de la production économique et de la gestion du pouvoir correspondante.
Si, dans une description de ce qui se passe, il manque la conscience de cette racine structurelle,
s’il manque la compréhension de la façon dont le problème dont on
traite se situe par rapport aux mécanismes de distribution de l’économie
et du pouvoir (qui coïncident souvent), on finit par perdre de vue la
seule sphère où l’on peut mettre en action les leviers décisifs au
niveau des causes.
Une fois ce fait rappelé, la pensée ne peut pas
ne pas considérer la répartition générationnelle de la conscience
politique actuelle. Des expériences répétées, depuis les recueils de
signatures aux débats publics, aux élections, dessinent un même
tableau : la répartition générationnelle de la conscience politique suit
parfaitement une courbe décroissante. Ceux qui témoignent de la plus
grande urgence d’action par rapport aux leviers du pouvoir sont les plus
âgés, et à mesure qu’on descend dans les âges, les rangs des
politiquement conscients se réduisent, jusqu’à presque arriver à zéro
dans le groupe des jeunes et très jeunes (disons dans la fourchette
entre 18 et 24 ans).
Or, il est important d’observer à quel point
c’est là un fait historiquement inédit. Jusqu’à une époque récente, les
jeunes ont fait partie des rangs des « incendiaires », les universités
ont forgé la protestation, la passion politique naissait sur le seuil
biographique entre les études et l’entrée dans le monde du travail. Et
c’est tout à fait naturel, parce que l’engagement et l’énergie requis
par une participation politique critique se trouvent plus facilement
chez les 20 ans que chez les sexagénaires ; et, de même, contraintes,
charges et responsabilités croissent généralement avec l’âge.
La question est donc : qu’est-ce qui s’est passé ?
Pour
trouver un indice, il suffit de considérer l’activisme politique des
jeunes qui, certes, existe encore, mais dont la forme est instructive.
Il est intéressant de noter les thématiques sur lesquelles se concentre
cet activisme.
Un examen rapide mettra en évidence :
1) Un environnementalisme focalisé sur le changement climatique ; 2)Des problèmes d’identité de genre, violence de genre, égalité de genre, autodétermination de genre, langage de genre ; 3)
Un animalisme de type disneyen et des pratiques alimentaires
auto-flagellatrices (véganisme, éloges de la viande synthétique et de la
farine d’insecte, etc) ; 4) Pour les plus audacieux,
quelques appels aux « droits humains » dans une version hautement
sélective (où, comme par hasard, les violations se produisent toujours
et uniquement chez les ennemis de l’Amérique).
Ce qu’il est essentiel de souligner, c’est que, par contre, il peut exister, et il existe :
1) un authentique environnementalisme « structurel » ; 2) une conscience historico-structurelle de la division sexuelle du travail (et de ses conséquences dans les mœurs) ; 3) une analyse des formes de « réification » de la nature sensible (animaux) dans l’industrialisme moderne ; 4) une conscience politique de l’exploitation et des violations de la nature humaine.
Et
dans chacun de ces cas, il est possible de reconnaître des problèmes
réels en les plaçant dans le cadre d’ensemble des processus de
production économique et de répartition du pouvoir dans le monde
contemporain.
Mais rien de tout cela ne fait généralement
partie de l’activisme politique des jeunes qui, en revanche, reçoit son
ordre du jour de « contestation » d’en haut, dans un format
rigoureusement nettoyé de ses implications structurelles.
En
d’autres termes, les secteurs dans lesquels on peut exercer sa
contestation, et les formes dans lesquelles on peut identifier les
problèmes, descendent de hauteurs impénétrables, à travers l’appareil
médiatique, l’endoctrinement scolaire et universitaire. On crée ainsi de
confortables bulles de contestation, pourvues de certificats de qualité
progressistes, fournis par des sources accréditées.
Le vieux
système de contrôle social faisait alterner la répression violente des
effervescences juvéniles et des conflits guerriers périodiques où elles
pouvaient se donner libre cours ; par contre, le nouveau système de
contrôle fournit des terrains déjà équipés où l’on peut faire des
révolutions fictives avec des épées en carton, sur des îles sans
communication avec cette terre ferme où le pouvoir réel joue ses
parties.
Cependant, ce processus de construction de zones
artificielles, dépourvues d’ancrage structurel, n’est pas nouveau et on
se trompe si on se focalise seulement sur ceux qui sont jeunes
aujourd’hui. Il s’agit d’un processus entamé dans les années 80 au
moins, qui s’est simplement, avec le temps, étendu et perfectionné. Tout
l’effort conceptuel accompli par la réflexion marxienne (en partie déjà
hégélienne) et qui s’est ensuite développé pendant plus d’un siècle, a
été effacé – « cancellé » – grâce à la lessive effectuée par la nouvelle
puissance médiatique.
Aujourd’hui, ces agendas « politiques »
soigneusement émasculés se diffusent et font entendre leur voix, d’une
stridence caractéristique, qui trouve ensuite l’écho – avec peut-être de
bienveillantes réprimandes pour certains de leurs excès, finalement
sanctifiés –, des porte-voix du pouvoir.
Nous sommes ainsi
retombés dans une analyse de l’histoire, de la politique et la
géopolitique qui, oubliant les leviers réels du pouvoir, se consacre
corps et âme à des lectures moralisatrices du monde, aux faits divers
sanglants, au goût bien-pensant du scandale, au politiquement correct,
aux ragots politiques.
Ce qui prolifère et prospère, ce sont des
lectures géopolitiques où Poutine est méchant et les Russes sont des
orques ; des lectures où les critiques des diverses idéologies du genre
sont abominablement homophobes ; où qui n’embrasse pas un Chinois sur
commande est fasciste, et qui l’embrasse après le contrordre est
« stalinien » ; des lectures écologiques où l’on barbouille les musées
parce qu’« il n’y a plus une minute à perdre », avant de rentrer à la
maison dans son centre-ville piétonnier pour jouer sur sa Smart TV de 88
pouces, etc.
Cette infantilisation de l’analyse
historico-politique réduit fatalement à l’impuissance tout « activisme »
qui considère le monde comme si la distribution des épithètes morales
en constituait le cœur. Et si on fait observer que toute cette épuisante
agitation hystérique ne donne même pas le moindre bouton au pouvoir,
qui, bien plutôt, applaudit, on a un autre qualificatif tout prêt à vous
lancer : vous êtes cynique.
La compartimentation de la
protestation suivant les aires idéologiques préparées en amont produit,
outre un effet d’impuissance pratiquement totale, une perte complète
d’équilibre et de capacité à évaluer les proportions des problèmes.
Chacun de ces jeux idéologiques compartimentés apparaît, aux yeux de
ceux qui s’y escriment, comme un univers, le seul point de vue à partir
duquel on peut le mieux voir le monde entier. Et cela produit chez les
usagers de ces prés carrés une susceptibilité insensée, parce qu’ils
investissent toute leur énergie et leur passion dans ce petit arpent
soigneusement délimité : il y a des gens qui passent deux fois par jour
devant la petite vieille qui crève de misère dans l’appartement d’à
côté, mais qui bondissent, les yeux injectés de sang, si on utilise un
pronom de genre inapproprié ; il y a des gens qui se scandalisent devant
les violations des droits humains en Biélorussie (où ils n’ont jamais
mis les pieds), et qui ensuite vous expliquent qu’il est juste de
licencier les « novax » et de les priver de soins hospitaliers ; il y a
même des étudiants qui revendiquent la méritocratie et après votent pour
Carlo Calenda [disons, en France : pour Macron].
Voilà
quel est dans l’ensemble le tableau, tandis que le pouvoir véritable
nous conseille la résilience, parce que si on adopte la forme de la
botte qui vous piétine on souffre moins, tandis qu’il nous conseille de
ne pas faire d’enfants et de ne pas prendre notre retraite pour l’amour
de l’avenir, tandis qu’il nous explique tous les jours qu’il faut être
mobile pour travailler là où il y a des emplois et que, toutefois, il
faut s’arrêter de bouger parce qu’on détruit le climat, tandis qu’il
nous pisse sur la tête en expliquant qu’on économise ainsi sur les
douches : tandis que tout cela et bien d’autres choses se passent, les
fameuses « masses » se chamaillent avec fureur pour des astérisques
respectueux, pour l’indispensable urgence de l’anti-fascisme et pour les
droits des asperges.
Parce qu’aucune injustice ne restera impunie !
Traduction de Rosa Llorens
Les descendants des esclavagistes continuent de martyriser l’Afrique, par Sergei Kojemiakine
Auteur : Sergei KOZHEMYAKIN, chroniqueur politique à la Pravda.
La transformation de l’Afrique en une arène de rivalités
géopolitiques provoque l’instabilité. En Éthiopie, elle s’est
transformée en une guerre civile sanglante, et au Nigeria en une lutte
féroce entre clans lors des élections générales.
Fractures politiques
Pour décrire les charmes du capitalisme, ses idéologues utilisent une
gamme restreinte d’exemples. Leur “matériel d’illustration” se limite à
l’Amérique du Nord, à l’Europe occidentale, au Japon et à quelques
autres pays. En même temps, les propagandistes du marché se taisent
pudiquement sur le prix du “progrès”. Par exemple, les régions qui ont
participé pleinement à l’histoire du capitalisme. Non pas en tant que
bénéficiaires, mais en tant que “matériaux de construction”.
L’Afrique a fourni l’accumulation initiale de capital pendant des
siècles. Le nombre d’esclaves exportés du continent est estimé à 17
millions. Au 19e siècle, l’Afrique a été divisée par les puissances
capitalistes, ce qui a gelé son développement. En 1900, la population du
deuxième plus grand continent du monde ne représentait que 6 % de la
population mondiale.
Au prix de souffrances inimaginables, l’Afrique a constitué la base
de la prospérité de l’Occident et attire aujourd’hui les prédateurs
mondiaux avec ses ressources. Ces derniers mois, le continent a été au
centre d’intrigues diplomatiques. Vers la fin de l’année, un sommet
États-Unis-Afrique s’est tenu à Washington. Les hôtes ont séduit les
invités en promettant d’abord d’accorder à l’Union africaine une place
au sein du G20, puis d’investir 55 milliards de dollars dans des projets
communs et de contribuer à la lutte contre la faim. L’apparente
générosité cache un calcul cynique. Il s’exprime dans la stratégie
américaine pour l’Afrique subsaharienne, qui identifie ouvertement la
Chine et la Russie comme les principaux obstacles à la construction des
liens entre les Etats-Unis et le continent.
L’activité d’autres acteurs rend l’Occident tatillon. En janvier, le
nouveau ministre chinois des affaires étrangères, Qin Gang, a effectué
son premier voyage à l’étranger en Éthiopie, au Gabon, en Angola, au
Bénin et en Égypte. Presque simultanément, son homologue russe Sergei
Lavrov s’est rendu en Afrique. L’Afrique du Sud, l’Eswatini, l’Angola et
l’Érythrée ont été choisis comme étapes.
Craignant de perdre l’Afrique, l’Occident exploite habilement ses
difficultés – pauvreté et instabilité. Lorsque les enjeux sont
particulièrement importants, cette dernière est provoquée de
l’extérieur. C’est ce qui s’est passé en Éthiopie. Le premier ministre
éthiopien, Abiy Ahmed, n’a pas répondu aux attentes, refusant de se
plier à la volonté des États-Unis et de couper les liens avec la Chine.
Sa punition a été le soutien de l’Occident à la révolte qui a éclaté en
2020. Elle a été déclenchée par le Front populaire de libération du
Tigré (FPLT), qui gouverne la région du même nom et qui, avant l’arrivée
au pouvoir d’Ahmed, contrôlait de facto l’ensemble du pays. La guerre
civile s’est déroulée avec un succès mitigé. Le FPLT a failli s’emparer
de la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, mais a finalement été repoussé
et a demandé la paix.
Un accord de cessez-le-feu a été négocié par l’Union africaine. Les
rebelles ont rendu leurs armes lourdes et se sont engagés à respecter
l’intégrité territoriale de l’Éthiopie. Cette victoire a amélioré la
position d’Ahmed sur la scène internationale. La Maison Blanche, qui
l’avait accusé de quasi-génocide et menacé de sanctions sévères, a été
contrainte de saluer l’accord et d’inviter le premier ministre au sommet
États-Unis-Afrique. Les relations entre l’Éthiopie et le Soudan se sont
normalisées. Des affrontements frontaliers avaient eu lieu entre les
deux pays ces dernières années, Addis-Abeba dénonçant le soutien de ses
voisins au FPLT. Le conflit s’est aggravé à cause de la centrale
hydroélectrique Hidase (Renaissance) en construction en Éthiopie, qui,
selon le Soudan et l’Égypte, limiterait le débit du fleuve.
Lors d’une visite du ministre éthiopien des affaires étrangères,
Demeke Mekonnen, à Khartoum en décembre, les deux parties ont convenu de
résoudre les différends de manière pacifique. Cette visite a été
suivie, dès cette année, d’une rencontre entre M. Ahmed et le président
du conseil souverain transitoire du Soudan, M. Abdel Fattah al-Burhan.
Proclamant une alliance, les deux dirigeants ont pris des mesures
réciproques. Al-Burhan a marqué sa solidarité sur tous les sujets, y
compris la construction de la centrale hydroélectrique, tandis que le
premier ministre éthiopien a appelé au respect de la souveraineté
politique de Khartoum.
Il est toutefois prématuré de croire que les nuages au-dessus de
l’Éthiopie se sont dissipés. Le conflit, qui dure depuis deux ans, a
infligé de graves blessures au pays. Le nombre de morts est estimé à 600
000 et le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays dépasse
les 2 millions. En reconnaissant que le FPLT continue à gouverner au
Tigré (une récente rencontre entre Ahmed et les dirigeants du mouvement
en témoigne), le gouvernement a de fait gelé le conflit. Mais si les
conditions redevenaient favorables, l’insurrection reprendrait de plus
belle.
Et les conditions sont en train de mûrir. À peine les autorités se
sont-elles occupées du Tigré que la situation s’est détériorée dans la
région la plus peuplée du pays, l’Oromia. Les rebelles de l’Armée de
libération de l’Oromo (ALO) y sont actifs. Un manifeste qu’ils ont
publié affirme que de longues années d’oppression par les Amhara, le
groupe ethnique dominant de l’Éthiopie, n’ont pas pris fin avec
l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed, un Oromo. L’ALO défend “le droit à
l’autodétermination, la libération de l’exclusion politique, de
l’exploitation économique et de la marginalisation socioculturelle”.
Après avoir accusé le gouvernement de répression, le mouvement a appelé
la communauté internationale à intervenir.
Des milices auparavant dispersées ont récemment émergé comme une
force redoutable, dotée d’un armement sophistiqué qui pourrait indiquer
l’existence d’une aide étrangère. L’ALO a occupé plusieurs grands
centres de population, dont Najo et Mandi, et a assiégé la ville de
Nakemte, qui compte 200 000 habitants. Les autorités, qui avaient
auparavant rejeté tout contact avec les rebelles, admettent désormais la
possibilité de négociations.
Les milices amhariques sont une autre source d’inquiétude pour le
gouvernement. Elles ont aidé le gouvernement à vaincre le FPLT, mais
pourraient retourner leurs armes contre leurs anciens alliés. Parlant de
“nouvelles menaces extrémistes”, Ahmed les a accusées de porter
atteinte à l’intégrité de l’Éthiopie. Les massacres mutuels perpétrés
par les Oromo et les Amhara ont entre-temps fait des centaines de
victimes.
La situation s’est envenimée à la suite d’une scission de l’Église.
Les évêques d’Oromia ont accusé les dirigeants de l’Église orthodoxe
éthiopienne de discrimination. Selon eux, la plupart des sièges du
synode sont occupés par des représentants amhariens et les offices sont
célébrés en amharique dans la région. Les “dissidents” ont alors
proclamé la création de leur propre synode et leurs partisans ont
commencé à occuper les églises. Cela a conduit à des affrontements
sanglants. Le patriarche Abouna Matthias a excommunié les fauteurs de
troubles et les a poursuivis devant la Cour suprême. Le premier ministre
a refusé d’intervenir dans le conflit, ce qui lui a valu d’être
réprimandé par les évêques amhariques pour “schisme”.
La politique économique n’a pas permis d’apaiser les tensions. Après
la défaite du FPLT, un programme de réforme a été dévoilé dont
l’objectif, comme l’a annoncé le ministre des finances Ahmed Shide, est
de “faire de l’Éthiopie un phare africain de la prospérité en
construisant un système de marché pragmatique et en l’intégrant dans
l’économie mondiale”. Dans le cadre de cette transformation, il est
prévu de privatiser les banques, les télécommunications, les services de
distribution d’eau et les parcs industriels. Les prêteurs étrangers
seront autorisés à acheter des parts dans les banques commerciales et
les institutions financières étrangères pourront ouvrir des succursales.
Une politique d’élimination de la propriété foncière de l’État a été
adoptée.
La détérioration de la situation ne manquera pas d’être exploitée par
Washington, qui exige déjà “la fin de l’instabilité en Oromia”.
L’attaque contre des citoyens chinois, qui a entraîné la mort de l’un
d’entre eux, est un signal alarmant. Elle a eu lieu en Oromia peu après
la visite de Qin Gang dans le pays. L’étranger rêve d’un retour à
l’époque où l’Éthiopie était l’un des plus proches alliés des
États-Unis, et il ne recule devant rien.
Un pays à la fois pauvre et riche
Le Nigeria, le plus grand pays du continent avec une population de
225 millions d’habitants, intéresse tout autant Washington. Son
environnement économique et politique se dégrade rapidement, ce qui
facilite les intrigues. La particularité du Nigeria est que,
contrairement à de nombreux États africains, il n’a pas eu de
gouvernement de gauche depuis son accession à l’indépendance. Au
contraire, le gouvernement a suivi docilement les recommandations
libérales. Cela a été particulièrement évident dans les années 1980 et
1990, lorsque le Nigeria a adopté un plan d’ajustement structurel imposé
par la Banque mondiale et le FMI.
Les résultats ont été immédiats. L’extrême pauvreté est passée de 28 %
en 1980 à 80 % en 2000 et est restée très élevée depuis. Même selon les
statistiques officielles, 133 millions de citoyens vivent dans une
pauvreté multiforme. Chaque minute, six “nouveaux arrivants” tombent
dans la pauvreté. 20 millions d’enfants en âge scolaire ne sont pas
scolarisés et deux tiers des habitants n’ont même pas accès aux soins de
santé primaires. En conséquence, l’espérance de vie est de 52 ans. Seul
le Tchad a une espérance de vie inférieure.
Il ne faut cependant pas croire que le Nigeria est une “république
bananière” sous-développée. Son économie est la plus importante
d’Afrique, grâce au pétrole qu’il produit et exporte. Toutefois, ce sont
les sociétés étrangères et une poignée d’hommes d’affaires locaux qui
en profitent. Des milliards de dollars circulent à l’étranger ; la
fortune combinée des trois Nigérians les plus riches dépasse les avoirs
de 83 millions de leurs concitoyens. Autre signe de la nocivité du
système, les principales importations du Nigeria sont… les produits
pétroliers. Avec ses énormes réserves de pétrole brut, le pays n’a
pratiquement aucune capacité de raffinage.
La situation n’a fait qu’empirer ces dernières années. Lorsque le
président Muhammadu Buhari est arrivé au pouvoir en 2015, il a promis de
créer 100 millions d’emplois et de mettre le pays sur la voie du
développement. Au lieu de cela, la dette extérieure a quadruplé et la
chute des exportations de pétrole a encore accentué le resserrement du
crédit. Le service de la dette a absorbé 90 % du budget l’année
dernière. Le taux de chômage est de 33 %, et de 43 % chez les jeunes.
L’inflation a atteint son niveau le plus élevé depuis vingt ans. Le pays
est confronté à de graves pénuries de carburant et d’autres produits de
base. Cette situation a provoqué une recrudescence de la rébellion.
Bien qu’elle revête des “couleurs” différentes – islamistes dans le
nord, séparatistes dans le sud-est, tribales dans les régions centrales –
elle a toujours des causes socio-économiques sous-jacentes.
Les autorités proposent des solutions que l’on peut qualifier
d’absurdes. Par exemple, le gouvernement s’est engagé à effectuer une
“transition verte” vers les sources d’énergie renouvelables. Pourtant,
pour la grande majorité de la population, le charbon est un luxe. Ils
utilisent le bois pour cuisiner. Le trésor public ne dispose pas des
fonds nécessaires aux réformes, mais la nouvelle mode peut enrichir les
fonctionnaires corrompus.
Une autre initiative a consisté à remplacer les anciens billets de
naira, la monnaie nationale, par de nouveaux. Selon les autorités, cette
mesure contribuerait à la lutte contre la corruption, mais les
principales victimes sont encore une fois les citoyens ordinaires. Le
calendrier serré de la réforme, les restrictions sur le montant des
échanges et l’absence d’agences bancaires dans les zones rurales ont
créé un véritable chaos. Début février, les anciens billets n’étaient
plus acceptés, ce qui a provoqué des émeutes dans tout le pays.
Dans ce contexte, des élections présidentielles et législatives ont
été organisées le 25 février. Dix-huit candidats étaient en lice pour le
siège de Buhari, les principaux étant le vice-président à la retraite
Atiku Abubakar, l’ancien gouverneur de l’État de Lagos Bola Tinubu et
l’ancien chef de l’État d’Anambra Peter Obi. Malgré la concurrence
acharnée et les courants de compromis mutuels, les favoris de la course
représentaient l’establishment, sont entachés de scandales financiers et
sont favorables à la poursuite de la politique néolibérale. Par
exemple, les trois candidats ont promis de supprimer les subventions aux
carburants, essentiellement la seule mesure d’aide sociale, s’ils
gagnaient.
Tinubu a été déclaré vainqueur, mais les autres candidats ont
qualifié les résultats de truqués et ont appelé à des manifestations.
L’instabilité profite à l’Occident. Le Nigeria est son bastion depuis
des décennies. Des exercices navals sont régulièrement organisés dans le
golfe de Guinée avec la participation des États-Unis. Il existe un
accord d’adhésion entre les ministères de la défense des deux pays, et
Washington forme l’armée nigériane et lui fournit des armes. En outre,
Buhari a demandé aux États-Unis de déplacer le siège du commandement
militaire américain pour l’Afrique [AFRICOM en anglais, NdT] de
l’Allemagne vers le continent.
Toutefois, l’influence occidentale s’érode progressivement. Les
échanges commerciaux entre le Nigeria et la RPC ont augmenté de 142 % au
cours des sept dernières années, pour atteindre 26 milliards de
dollars. Les entreprises chinoises construisent des chemins de fer, des
centrales électriques, le port en eau profonde de Lekki, etc. dans le
pays. Alors qu’ils contribuent au développement du Nigeria, ces projets
ne sont pas dans l’intérêt de l’Occident. Ceux-ci préfèrent voir le
pays, comme le reste de l’Afrique, comme pauvre, fragmenté et dépendant.
Carte : les régions d’Afrique selon l’ONU (2016)
Afrique du Nord en bleu, de l’Ouest en vert, Afrique centrale en rose,australe en rouge, de l’Est en orange
Il ne faudrait pas croire que la réforme des retraites se limite au
seul âge de départ assorti d’un nombre de trimestres cotisés. Elle
emporte bien d’autres conséquences à moyen ou long terme permettant de
dire qu’il s’agit de la remise en cause définitive du système
d’accompagnement et de protection sociale issu de l’après-guerre et de
l’effacement de l’Etat devant le libéralisme effréné des « marchés », le
tout grâce à son meilleur représentant, Macron en personne.
C’est la dose qui fait le poison…
Jusqu’à présent nous n’avions eu droit qu’à des demi-mesures : un
petit allongement par ci, ou un rallongement de la durée de cotisations
par là. Cette fois-ci nous avons eu droit à la seringue complète.
L’âge de départ à 64 ans, assorti d’un allongement du nombre de
trimestres cotisés va se traduire par un départ en retraite au-delà de
cet âge pour bon nombre de salariés ayant commencé leur activité
tardivement, à moins qu’ils acceptent de subir une décote. C’est bien la
combinaison des deux paramètres qui vont produire les économies
principales pour les régimes de retraites. Encore faudra t’il que les
salariés soient encore en activité, ce qui n’est pas assuré, car rien
dans la loi promulguée ne traite de l’emploi des seniors et il n’est pas
du tout écrit que le patronat veuille s’engager sur ce point. L’effet
induit sera le transfert de nombreux seniors sur les budgets sociaux via
un RSA « vieux ». Tout bénéf pour le patronat avec, à la clé,
appauvrissement des salariés en attendant une retraite misérable.
Autre économie sur les pensions, dont on s’apercevra plus tard : les
rémunérations sous forme de primes de fin d’année, de « partage de
valeur », de prime Macron, d’heures supplémentaires défiscalisées et
désocialisées, ce qui veut dire qu’elles ne sont pas incluses dans le
calcul de la retraite, car non soumises aux cotisations sociales. Cadeau
là encore pour le patronat et mauvaise surprise pour les futurs
retraités dont la pension ne sera calculée que sur le salaire fixe, hors
primes. Au fil du temps, les salariés devraient s’apercevoir par
ailleurs que l’engouement pour ce type de rémunération, non inscrit dans
les conventions collectives, diminuera sous des prétextes divers et
variés (mauvaise conjoncture, difficultés financières,…) et disparaîtra.
Mauvais plan pour ceux qui croient à ce système. Le réveil sera dur.
Tout cela a pour objet de ne pas « augmenter les cotisations
sociales » et explique très bien le silence assourdissant du patronat
qui a déjà largement bénéficié d’allègements, et de réductions des
cotisations sociales sous des prétextes divers et variés, dispositifs
jamais évalué ni remis en cause (comme le souligne la Cour des Comptes),
auxquels s’ajoutent aussi pour ceux qui en bénéficient de la
suppression de l’ISF, de la réduction du taux de l’impôt sur les
bénéfices ou encore de la flat tax. Il y a donc un profond déséquilibre
entre le traitement réservé aux salariés avec cette réforme et le flou
artistique dont bénéficient les entreprises, au nom du ruissellement,
bien entendu, que l’on attend toujours.
La réforme des retraites : le droit de mourir dans l’indignité
Outre les surprises sur les niveaux de pension et sur le travail des
seniors soulignées ci-dessus, les salariés doivent s’attendre à d’autres
joyeusetés comme les conséquences de l’usure au travail et son
corollaire, la diminution de la durée de vie et celle de l’âge de vie en
bonne santé. Mauvaise nouvelle pour les enfants des personnes âgées qui
espéraient des miettes d’héritage et qui devront se contenter d’abonder
les paiements mensuels aux EPHAD, étant entendu que les maigres
retraites ne suffiront plus à couvrir les frais de ces établissements,
une fois l’appartement et les meubles vendus.
On comprend dès lors que Macron semble s’intéresser à la question de la fin de vie pour accélérer le processus
L’arrivée prochaine des fonds de pension
A ce stade, compte tenu des transferts annoncés (baisse généralisée
des pensions, et donc baisse du rendement de l’IRPP et de la TVA,
maintien de la politique pro business, augmentation des prises en charge
de retraités seniors exclus du marché du travail et baisse des
transmissions intergénérationnelles…), la prochain combat de
l’oligarchie sera la promotion des fonds de pension, seule issue pour
mettre du beurre dans les épinards et vivre décemment (sauf crise
financière qui lessivera les avoirs, comme cela s’est déjà passé dans
d’autres pays) avec bien entendu une incitation fiscale qui videra un
peu plus le budget de l’Etat.
Macron, meilleur représentant des « marchés »
Voilà, mission accomplie pour Macron, porte-parole des « marchés »
qui a réussi la réforme demandée par le monde économique et financier
qui avait tout fait pour qu’il soit élu. Il pourra retourner vers son
milieu d’origine, la banque avec la satisfaction du devoir accompli et
3000 Milliards de dettes après avoir préparé le terrain pour le RN.
En attendant, il nous a, comme d’habitude, promis la lune, lundi
dernier, en faisant miroiter le mythique plein emploi, du mieux pour
l’hôpital, la justice ou l’éducation et l’écologie, comme un vulgaire
bateleur de foire alors que son ambition a surtout été d’être le digne
représentant d’un oligarchie mafieuse vivant sur le dos de la population
et prête à tout nomment à s’envoler vers des cieux fiscaux accueillants
en cas de mauvais temps.
Washington fait pression sur le gouvernement de Bangui pour qu’il
cesse ses relations avec le groupe Wagner, mais compte tenu des options
en matière de sécurité, les Centrafricains apprécient le groupe plus
qu’on ne pourrait le penser.
Le 21 février, Le Monde rapportait que des diplomates
américains avaient proposé au président de la République centrafricaine
(RCA) Faustin-Archange Touadéra de rompre avec la société militaire
privée russe (SMP) Wagner Group dans un délai de 12 mois. En échange,
Washington promettait de former les Forces armées centrafricaines
(FACA), de fournir davantage d’aide humanitaire et d’offrir un soutien
accru à la mission de maintien de la paix des Nations unies en
République centrafricaine (MINUSCA).
Des fonctionnaires proches du dossier m’ont assuré qu’il n’y avait
pas de date limite et ont insisté sur le fait que Washington entretenait
des relations étroites avec Bangui.
Délai ou pas, la logique qui sous-tend la proposition de Washington
est fondée sur un récit qui dépeint le résultat de l’action
contre-insurrectionnelle des SMP russes en Afrique comme infructueux et
impopulaire, en fait une exploitation au détriment de la souveraineté de
l’Afrique. Mais les conflits en Libye, au Soudan, au Mozambique, en
République centrafricaine et au Mali sont très différents ; ce qui est
vrai sur un théâtre de guerre ne s’applique pas forcément à tous. Et la
complexité inhérente à l’intervention de Wagner en RCA rend la
proposition apparemment simple de Washington impossible à mettre en
œuvre, politiquement difficile à réaliser et synonyme de suicide pour le
régime si elle est acceptée
.
L’arrivée de Wagner
En 2017, le gouvernement de Touadéra luttait pour sortir d’une guerre
civile dévastatrice. Le gouvernement contrôlait peu de territoire en
dehors de la capitale Bangui, et de puissants groupes armés étaient
retranchés dans les campagnes. Le gouvernement a demandé au Conseil de
sécurité des Nations unies de lever l’embargo sur les livraisons
d’armes, qui datait de la guerre civile. L’ONU a maintenu l’embargo mais
a également approuvé une offre russe de donner des armes et d’envoyer
des conseillers.
La Russie a alors négocié un accord de paix entre Bangui et 14
groupes armés, l’accord de Khartoum de 2019. Les élections
présidentielles ont rompu cet équilibre délicat et, en décembre 2020,
l’ancien président François Bozizé s’est associé à six groupes rebelles
pour former la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Les
milices de la CPC ont atteint Bangui en janvier 2021 avant d’être
repoussées par les SMP russes, les troupes rwandaises, les soldats de la
paix de la MINUSCA et les FACA.
Wagner a-t-il réussi ?
La contre-offensive souvent brutale lancée par les FACA et soutenue
par les SMP russes et les troupes rwandaises a permis au gouvernement de
reprendre plus de territoires qu’il n’en avait tenus depuis des années.
La plupart des grands centres urbains sont de nouveau aux mains du
gouvernement.
Selon les Nations unies, les violations des droits de l’homme ont
généralement diminué depuis la tentative de coup d’État de la CPC,
lorsque les groupes armés étaient responsables d’environ 54 % des abus.
Aujourd’hui, les agents de l’État sont responsables de 58 % des
violations.
Lors de mes déplacements dans le pays en 2022 et 2023, les citoyens
m’ont massivement fait part de leur satisfaction quant à la sécurité
dans leurs villes. Le commerce a repris, en particulier dans le
nord-ouest et le sud-ouest. Dans le nord-est, dans des endroits comme
Bria et Birao, les habitants peuvent se promener librement. Ils veulent
maintenant que la même sécurité règne sur les routes.
Les groupes rebelles n’ont pas été éliminés. La contre-offensive a
poussé les combattants à franchir les frontières ou à s’enfoncer dans la
brousse lointaine, et la CPC a été plus active cette saison sèche que
la précédente. Les défections leur ont coûté cher, mais la CPC et
d’autres groupes recrutent des mercenaires au Soudan. Les attaques
récentes et l’insécurité persistante le long des routes montrent que les
groupes rebelles sont affaiblis, mais pas éliminés. Il serait toutefois
fallacieux de qualifier d’échec la contre-insurrection de Wagner en
RCA.
Wagner est-il populaire ?
Bien que les conceptions de l’État diffèrent, presque tous les
Centrafricains souhaitent son retour. Les milices ont commis des
atrocités à grande échelle, mais ce qui est plus fréquent, ce sont les
barrages routiers quotidiens et les taxes qui étouffent le commerce, ou
la peur qui empêche les agriculteurs de cultiver leurs champs. Sans
surprise, nombreux sont ceux qui jugent le succès d’une intervention à
l’aune de sa “fermeté” vis-à-vis des groupes armés.
La contre-offensive de Bangui, soutenue par les SMP russes, a mis ces
groupes sur la défensive, conférant à Wagner une aura de “dureté”. Mais
cette métrique est à double tranchant. L’accord de paix russe, qui a vu
les chefs rebelles entrer au gouvernement, ainsi que le recrutement
d’anciens combattants par Wagner, suscitent également le ressentiment.
Si l’amélioration de la sécurité est généralement approuvée, les
opinions des Centrafricains sont loin d’être monolithiques. Elles sont
également fluides. La violence impose des décisions binaires aux
communautés, qui remodèlent constamment leurs relations avec tous les
acteurs armés. Nombreux sont ceux qui ont souffert directement ou
indirectement des opérations des SMP russes, dont les médias locaux se
font largement l’écho. Au cours d’une décennie de violence des groupes
armés, le soutien à Wagner n’est pas le résultat de l’ignorance ou de la
désinformation.
Qui exploite qui ?
Les gouvernements africains s’associent à Wagner en fonction des
options disponibles. En théorie, la présence de mercenaires suggère
qu’il existe une solution militaire à un conflit, tandis que les
missions de maintien de la paix suggèrent que les guerres se terminent à
la table des négociations.
Les deux sont nécessaires pour mettre fin à un conflit, mais
l’attrait de Wagner est, en partie, fonction de la crise de légitimité
dont souffrent les missions de maintien de la paix. En effet, les
opérations de maintien de la paix récompensent souvent les plus violents
et conduisent à la création de davantage de groupes armés, au lieu d’en
réduire le nombre. En République centrafricaine, les soldats de la paix
ont accompli un travail incroyable en protégeant les communautés et en
fournissant l’infrastructure nécessaire au fonctionnement de l’État.
Mais ils n’ont pas réussi à protéger les civils et, dans certains cas,
ont eux-mêmes commis des abus. Pour beaucoup, des décennies de maintien
de la paix n’ont rien donné.
L’Occident insiste sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine et
affirme en même temps qu’il n’y a pas de solution militaire aux conflits
africains. Et l’on croit que, contrairement aux interventions
occidentales qui définissent le problème à résoudre, les SMP russes
combattent les ennemis de leurs employeurs. La détermination des
contractants de Wagner à souvent – mais certainement pas toujours –
prendre les devants et à risquer leur vie sur le terrain crée un
sentiment d’équité qui peut transcender d’importantes barrières
culturelles, et qui contraste avec les missions de formation et la
tendance des forces de maintien de la paix à se cantonner à leur base.
Mais la “souveraineté” se fait-elle au détriment d’une forme
d’exploitation typiquement wagnérienne ? Oui et non. Wagner est la
conclusion logique des tendances occidentales à la privatisation de la
guerre, avec des caractéristiques russes. La présence des SMP russes en
Afrique est logique : le continent est un marché essentiel pour tous les
acteurs du secteur. Le fait que les SMP commercialisent leurs services
auprès de pays en conflit devrait aller de soi et ne pas faire partie
d’un quelconque “grand plan stratégique” du Kremlin. Bien que les liens
entre les ressources et les conflits ne soient pas nécessairement
systématiques, les accords sur les minerais conclus avec des
gouvernements à court d’argent ne sont pas non plus surprenants. Ce qui
est nouveau, c’est la nature diffuse de ce SMP et la liberté qu’ont les
membres du réseau de poursuivre diverses opportunités commerciales.
Mais comment Wagner peut-il s’engager dans ces activités et éviter
les accusations de néocolonialisme ? Tout d’abord, il est utile de ne
pas avoir le passé brutal de colonialisme de la France dans la région.
Deuxièmement, mais inextricablement lié au premier point : dans le pays
le plus pauvre du monde, les diamants et l’or sont une source de revenus
non exotique – l’une des rares qui existent. Pour la population, il va
de soi que les étrangers, y compris les soldats de la paix et les
diplomates européens, sont là pour les minerais. Le caractère exploiteur
ou non de Wagner dépend, dans une certaine mesure, de la question de
savoir si l’on estime que la sécurité qu’il offre en échange des droits
miniers constitue un échange équitable. Ce point fait l’objet d’un débat
important et ouvert parmi les politiciens, la société civile et les
civils centrafricains.
Les élites centrafricaines disposent d’un pouvoir considérable (réel
ou perçu comme tel) dans l’exploitation des ressources, et il y a de
bonnes raisons de croire que le gouvernement de Bangui profite des
Russes. L’octroi de concessions minières et forestières permet
d’externaliser les coûts d’exploitation et de sécurisation de ces
ressources. Les intérêts de la SMP russe et du gouvernement se
rejoignent dans la reprise des mines aux groupes armés, tandis que les
SMP russes subissent le poids des critiques internationales.
***
Si Wagner se retirait soudainement de la RCA, en l’absence d’une
force significative pour combler le vide, les groupes armés pourraient
se retrouver aux portes de Bangui en l’espace de quelques mois. La
formation des FACA et le soutien à la MINUSCA ne permettraient pas
d’éviter cette situation. Le risque d’un coup d’État externe ou interne à
Touadéra augmenterait considérablement et les conséquences pour les
civils centrafricains pourraient être désastreuses.
L’arrivée de Wagner en RCA est, en partie, le résultat de l’échec de
l’ONU et de l’Occident, ce qui rend l’offre du gouvernement américain de
“plus de la même chose” caduque. Les Centrafricains sont conscients des
avantages et des inconvénients de la décision de leur gouvernement de
s’associer à des SMP russes, et leurs opinions reflètent une évaluation
nuancée des priorités locales en matière de sécurité. Le soutien futur
dépendra inévitablement des résultats et, en RCA, les défis pour Wagner
sont énormes.