samedi 23 février 2013

NOVILLERO BIGOURDAN: LA PASSION, TOUJOURS. HOMMAGE A JÉRÔME

  JÉRÔME COURTIADE, "EL SERENO".  




 (Sur la photo, 1994, aux arènes de GRAU DU ROI)
 
C'est vrai qu'il était toujours serein, calme, déterminé, volontaire, sûr de lui mais sans excès, notre Jérôme, que ce soit avec la cape qu'il déroulait avec la grâce de l'artiste extremeño ou andalou, pour canaliser la charge de son novillo, en avançant la jambe pa'lante, dans des véroniques d'accueil qui n'avaient rien à envier à celles des doctorants, ou que ce soit avec la muleta qu'il s'appliquait à "toquer" - faire à peine trembler- face  au torito, avec de la distance pour indiquer la charge et embarquer l'animal dans la faena où il parvenait à imposer sa domination avec la douceur des maestros confirmés. Serein, sérieux, et souriant, plein de ses qualités qui auraient pu prolonger son aventure plus longtemps qu'elle ne devait durer, si le destin cruel n'avait pas imposé un autre choix, un matin d'août 1995, dans les arènes de BAYONNE, où il décida de se couper la coleta.
Jérôme est né et habitait à VIC en BIGORRE. Il fréquentait le Centre Français de Tauromachie de NÎMES, et c'est là qu'il fit ses premiers pas de torero, dans les placitas gardoises et héraultaises, où j'eus même un jour la chance et l'honneur de lui servir de mozo de espada, au cours d'une tienta - du moins je crois me souvenir-  dans la "monumental" de GIMEAUX. "Un dia para el recuerdo para mi." En tout cas, il fut le premier et il reste le seul torero que la BIGORRE ait apporté à la tauromachie espagnole. 
Aujourd'hui, Jérôme continue d'entretenir la flamme de son aficion. Différemment, mais avec assiduité, parce que son rôle dans le couloir qui entoure le ruedo est indispensable: il est mozo de espada des toreros et novilleros qui font appel à ses services, - et ils sont nombreux - et il n'est pas rare de l'apercevoir dans les callejons de France et de Navarre, à s'affairer avec sérieux, modestie, discrétion, et efficacité, toutes ses qualités qu'on lui connait, à remplir les tâches diverses au service des hommes en habit de lumières. En traje de luces! Ce que porta un temps Jérôme, comme en témoigne cette photo. Dignement, avec courage. 
Abrazo à toi.
 
 
 

L’A.D.A.C a le plaisir de vous présenter les cartels de

CERET DE TOROS 2013 :
Samedi 13 juillet 11h00

Novillada de Hubert YONNET
Dimanche 14 juillet 11h00

Corrida de PALHA


Jesús Fernández

Cayetano Ortiz

Luís Miguel Castrillón


Iván García

Manuel Escribano

Alberto Aguilar


Samedi 13 juillet 18h00


Corrida de Hijos de

Celestino CUADRI VIDES

Dimanche 14 juillet 18h00


Corrida de Don José

ESCOLAR GIL

José Ignacio Uceda Leal

Fernando Robleño

José Miguel Pérez « Joselillo »

Fernando Robleño

Fernando Cruz

Rubén Pinar


Nous tenons à saluer « l’afición » des toreros figurant dans les cartels ci-dessus. Nous regrettons aussi de ne pas avoir pu donner suite à certains des rares matadors qui ont eu le courage de se proposer spontanément mais toute décision impose des choix. Certaines absences peuvent enfin vous paraître étranges, sachez que beaucoup de "diestros" aptes à affronter les toros de CERET ont été contactés mais, chez un grand nombre d’entre eux, la tendance actuelle à la facilité a prévalu sur « l’afición » et le « pundonor ».

CERET DE TOROS continuera tant qu’il y aura des braves…
 

mardi 19 février 2013

DICTIONNAIRE DE LA FRAUDE TAURINE(II)


Diccionario del fraude taurino (II)

traduit du blog "Contraquerencia"

Un soir, après qu'ils eurent assisté dans les arènes de La Ventas à une prestation minable de Curro Vàsquez, Fernando Taboada et Angel Guillén décidèrent d'écrire "Le dictionnaire de la fraude taurine". Voici un éventail de quelques termes:




GANADERIA: usine destinée à la production en série d'animaux de combat. Une de leurs mystèrieuses et romantiques tâches: comment engraisser rapidement les taureaux? 

GANADERÍA DURA. Uniques fers vis à vis desquels les "figuras" se préoccupent d'écologie, au point qu'ils refusent de les tuer, pour respecter dame nature.
HACER LA LUNA. FAIRE LA LUNE  Péripétie que les matadors doivent s'imposer lorsqu'ils souhaitent battre des records, par exemple toréer deux fois dans la même journée, et jusqu'à  l'entrée de la nuit.
JABONERO.  COULEUR DU SAVON Toro parfaitement présentable pour que la faena soit proprette.
MALETILLAS. APPRENTIS TOREROS ITINÉRANTS (ÉQUIPÉS DE LEUR MALETTE) Dernier personnage romantique de la fiesta, qui n'a plus ni opportunité ni lieu pour cultiver son aficion, étant donné que les places dans les courses destinées aux apprentis, les arènes démontables, et jusqu'aux moindres enclos sont monopolisés par les figuras qui occupent l'escalafon.
MONOBANDERILLA. BANDERILLA UNIQUE. Fréquente et curieuse manière d'exécuter la suerte des banderilles, au cours de laquelle le peon se contente de poser un seul harpon sur n'importe quelle partie du corps du toro, - exemple courant: dans les côtes- ce qui suppose une manière très personnelle de vouloir imiter le rejoneo, sauf qu'il n'y a pas ici de cheval. .
MONOPUYAZO. PIQUE UNIQUE. Façon d'obtenir du toro, avec une seule charge contre le cheval, un châtiment équivalent à trois ou quatre piques, avec l'intention crâpuleuse de  le percer avec la vara, de l'asphyxier, de le saigner au maximum, jusqu'à l'anéantir, pendant que le chef de cuadrilla contemple la scène sans bouger le petit doigt. 
MONTAJE.MONTAGE. Festival oligarchique, dans lequel les fonctions de torero, d'éleveur, d'organisateur, d'apoderado, sont assumées par une seule personne, ou très peu de monde, ce qui permet à chacun de multiplier les emplois: l'empresario peut être torero et ganadero,  le ganadero torero peut être commentateur, le ganadero empresario peut être apoderado, chacun peut cumuler toutes les variantes que l'on peut imaginer

NATURAL. NATUREL. Goût classique du yaourt. Aujourd'hui sont préférés les semi écrémés et les sucrés.( Les toros, là dedans? Devinez..)
NO HAY BILLETES. PLUS DE BILLETS ! On ne les trouve pas dans le porte-monnaie de l'aficionado.  Porque lo que son los taurinos...
PARTE MÉDICO. Justificatif recherché par les toreros pour expliquer des douleurs diverses - grippe, problèmes musculaires, traumatismes-, afin de  camoufler une péritonite.
PEGAPASES. CELUI QUI COLLE DES PASSES INNOMBRABLES 1) Celui qui s'éternise dans une faena ennuyeuse, qui ne s'achève jamais. 2) Et faena tellement ennuyeuse qu'elle endort l'aficionado.
PERIODISTA. JOURNALISTE Unique membre de la cuadrilla qu'il encense qui n'est pas invité au paseillo. A force de multiplier les éloges dans ses compte-rendus, il en arrive à tirer le meilleur profit des toros, c'est lui qui exploite le mieux les toros, car il arrive à voir une faena là où il n'y avait rien de rien à tirer.

PICANTE. PIQUANT Saveur des faenas émouvantes, celles que n'apprécient pas les fans des "vedettes": leur palais est juste fait pour les sucreries et les flans mollassons,  sans consistances.
PLAZA DE TOROS. Succursale bancaire destinée aux toreros qui peuvent s'y rendre à toute heure pour y prendre de l'argent.
RABO. QUEUE: Unique partie du toro capable de mobilité
RECONOCIMIENTO. RECONNAISSANCE. Chapitre très important dans la préparation de la corrida. Une fois que les toros sont débarqués du camion, il s'agit pour les employés de l'éleveur de vérifier si ces toros sont bien ceux qui ont été achetés à l'éleveur et qui ont été "arreglados"-  cornes arrangées -  chez lui.

RUN – RUN. Murmure de désappointement, que le public qui n'a pas l'habitude de voir de vrais toros, fait entendre lorsque sort des chiqueros un animal bien présenté
RUTA DEL TORO. ROUTE DU TORO Sorte d'itinéraire de la morue, dont les routes sont sans cesse empruntées par d'innombrables camions qui vont et viennent - le fameux bal des corrales, quand les toros sont débarqués, rejetés, repartent, sont remplacés par d'autres à leur tour rejetés , etc...etc...- à un rythme incompréhensible inquiétant
SALIR AL QUITE. VENIR AU SECOURS. Pacte entre "figuras" pour se porter secours,  les uns aux autres, et justifier ses déclarations et éloges - aux medias - hors des ruedos, en se passant réciproquement de la pommade et s'excusant mutuellement dans les interwiews de la presse, la télévision....
SANGRAR. SAIGNER. Le résultat de nombreuses cornes qui frappent - que l'on fait frapper, depuis les burladeros-  contre les barrières.
SELECCIÓN. SÉLECTION. Certains éleveurs ont pour habitude dans leurs choix, de destiner les femelles à être mères, et les mâles à être combattus. Mais cela peut aller plus loin: l'éleveur peut se séparer de ses animaux de rebut après les tientas et les vendre à un autre éleveur. 
SIAMÉS. SIAMOIS ( TORO ) Archétype modelé du futur encaste destiné aux vedettes (photo ci-dessous)  
SILENCIO MAESTRANTE      Qui ne dit mot consent
Mes remerciements à Gloria SGRANDE.

dimanche 10 février 2013

DICTIONNAIRE DE LA FRAUDE TAURINE(1)


L'ART DE FRAUDER DU JULI....


ABANTO: Torero qui se moque de l'art de combattre, jusqu'à prendre la fuite


ABROCHADITO DE PITONES. Aux cornes très courtes et fermées. Un des meilleurs atouts que peut posséder un animal pour être choisi comme reproducteur, compte tenu de la sérieuse  probabilité  que sa descendance héritera de cette particularité très en vogue au marché du toro commercial.
ACOPLARSE. S'accoupler Effort que doit accomplir le toro pour adapter sa charge à la faena stéréotypée du torero.
AFICIONADO. Personne mal vue des toreros, des éleveurs, et des empresarios. A leur grand soulagement, ils sont de plus en plus rares, casiment en voie d'extinction.
ALAMAR. Galon, brillant des costumes de lumière. La seule chose qui brille dans la corrida actuelle 
ALBERO. Terre argileuse. Lorsqu'elle est en mauvais état, c'est l'excuse la plus répandue et stupide pour justifier la chute des toros sans forces.
.....ET DE TALAVANTE?
ALMOHADILLA. Coussinet très prisé par le spectateur mais redouté par le torero quand le public les jette dans le ruedo. Idéal pour faire une petite sieste durant les faenas à cent passes et les interminables tours d'arènes des figuras.
ANDARÍN. Qui marche sans arrêt.  Torero dont les éleveurs rêvent de la même mobilité pour leurs produits. Curieusement, aujourd'hui, c'est le toro qui s'arrête et reste immobile sur le sable, pendant que le torero va d'un côté à l'autre et danse autour de lui .
ARRIMARSE. Action de se cramponner à un apoderado efficace pour réussir une carrière de matador
ARTE DE TOREAR. Selon Bergamin, c'est un art empreint de mystère, très difficile à évaluer. Tout d'abord, il y a l'art de faire passer les aficionados à la taquilla. De les voler! Ensuite, se rendre compte qu'il faut être un peu fou pour continuer d'encourager des toreros exclusivement artistes. Enfin, c'est l'art de tromper, de faire prendre les vessies du toreo moderne pour de la corrida authentique. Que ce soit le toro face à l'aficionado, que ce soit l'aficionado face à ce que l'on continue d'appeler "toro".   
AVISO. Sonnerie de trompette dont le but est de réveiller les aficionados endormis par une trop longue faena.
MUSIQUE A GOGO.... OU MUSIQUE POUR GOGOS?
AYUDADO POR BAJO. AIDÉ PAR LE BAS.  Torero qui, pour être engagé dans les cartels, a réussi à se faire discrètement appuyer par un proche influent.
BAJAR LA MANO. Poser sa main. L'aficionado ne pourra poser ou reposer ses mains seulement après que l'escroquerie qui consiste à garder en piste un toro invalide prenne fin par le renvoi de l'animal.
BERREON. GUEULARD. Torero qui, après avoir occis le quadrupède d'un bajonazo, se met à crier après ses peones pour qu'on laisse l'animal tomber seul, comme s'il venait d'exécuter le plus parfait volapié..
BOSTEZO. BÂILLEMENT. A remplacé depuis longtemps le ¡Ole! Ce qui dénote l'état anémique de l'aficion, sans réaction devant les pesantes faenas aux innombrables passes, mais  pauvres de vérité et d'émotion.
BRAVURA. Les gènes de la bravoure sont en voie de disparition, tellement on s'acharne à les faire disparaître chez le toro de combat, car elles sont un frein à l'étalage du bel art - du toreo moderne -. On  donne ainsi au toro un triste aspect, même si çà n'est pas toujours évident à observer..
BRINDIS. Seul moment du troisième tiers où le matador ne bouge pas les pieds, puis il s'étire avant de commencer à manier la muleta.
LA SUBLIME ATTITUDE DES VAUTOURS DE LA FIESTA BRAVA

CALLEJÓN. Lieu retiré des bas fonds et des arènes, où se trament des combines louches.
CAPILLA. CHAPELLE. Partie de l'arène où les toreros étalent leur foi, bien que peu nombreux sont ceux qui veulent connaître les "Curé de Valverde", et quasiment aucun n'est disciple de San Isidro ni de San Firmin.
CARA.TÊTE. Ce que doit posséder un toro sérieux.  Et ce que font les taurinos qui se moquent des aficionados.
CARTEL DE TOROS. AFFICHE DE CORRIDA. Publicité mensongère où la seule chose vraie se résume aux chiffres - date, heure, nombre de toros -, et où les termes comme brave, magnifique, extraordinaire, beau, perdent totalement leur sens.
CENICIENTOS. Village proche de Madrid, qui a la particularité de posséder l'unique arène portable d'Espagne où les vedettes refusent de toréer.
CLAVEL. OEILLET. Fleur que l'on trouve sur les gradins et qui ne fâne jamais, car celui qui en porte n'assiste qu'à deux ou trois festivals par an, à la seule fin de se faire voir et de liquider son commerce. 
CRUZARSE. SE CROISER. Action qui se déroule plusieurs fois: durant la tarde, quand les toreros se rencontrent, par exemple lorsqu'ils se croisent dans le hall de l'hôtel, à l'entrée de la chapelle, dans le passage du burladero, ou bien sur les routes, à la poursuite des contrats, mais rarement devant la tête du toro.

DE PODER A PODER. Rencontre entre les apoderados et le pouvoir local, au cours de laquelle les premiers tentent d'imposer leurs combines.

FIERS D'EUX: NO PASA NADA

DESECHOS DE TIENTA Rebuts d'élevages. Phénomène en cascade, parce que des animaux éliminés au cours des tientas, au lieu d'être dirigés vers les abattoirs, sont cédés à un quelconque taurin, qui va créer avec ces restes un nouvel élevage.  Ces restes eux-mêmes iront à un troisième éleveur, ainsi, à chaque fois, le peu de sang brave finira-t-il par s'estomper.
DINASTÍA TORERA.Une des rares voies pour parvenir à être torero sans avoir recours à un faiseur de carrières.
DIVISA.  DEVISE. Palette de couleurs qui distinguent les ganaderias, mais qui concernent un seul et unique encaste. Ainsi, les "figuras", même quand ils sont annoncés avec différents fers, pour donner l'illusion de diversité, ne toréent en réalité que des exemplaires du même encaste à la mode, bien que les devises colorées qui flottent sur les morillos donnent l'impression de diversité.
ECHAR LA PATA ALANTE. AVANCER LA JAMBE. Les figuras accomplissent ce geste seulement pour faire des crocs en jambes aux aux toreros modestes qui les dérangent par leur désir de toréer vraiment
EN TODO LO ALTO. Lieu  où se rencontrent et échangent les aficionados qui ont peu de connaissances acquises sur la corrida
ESCUELA DE TAUROMAQUIA. Centre où l'on enseigne à des élèves apprentis toreros les fondements de la tauromachie: s'entrainer à jeter la montera pour qu'elle retombe à l'endroit, tirer la queue des toros exténués et écroulés pour les relever, premiers soins pour maintenir debout les invalides, et autres ficelles pour se mettre le public dans la poche. 
UN AUTRE FILOU...

FAENA ASEADA. Faena proprette, réalisée avec un toro à petite tête commode, propre et peu armée; en plus, sans salir son costume
FALTA DE FUERZAS. MANQUE DE FORCES. Invalidité des animaux que les taurins imputent à un poids excessif. Ne pas oublier que dans les élevages favoris, même les veaux tombent par manque de forces.
FANS. Catégorie du public qui ne cesse d'augmenter, et passe son temps à applaudir, qui se réjouit de l'ambiance qui le comble, de l'éclat des couleurs et des costumes, des chevaux, des alguazils, et qui se demande  ensuite à quoi sert cet animal noir qui apparait dans le ruedo.
FIESTA NACIONAL. Spectacle originellement espagnol, mais qui est traité en France avec plus de sérieux (Hum!!! Pas partout,  hélas, surtout pas dans les grandes arènes! -Note de Pedrito).
FIJEZA .RÉGULARITÉ. Qualité de certains toreros, proches d'un impresario qui les favorise, et grâce à quoi, inexplicablement, sans qu'ils le méritent, ils sont répétés dans certaines ferias saison après saison.
FUERA DE CACHO. EN SE CACHANT, HORS DES CORNES. Quand le torero ne sait pas replacer le toro pour prévoir le muletazo qui va lier la passe suivante
Du blog CONTRAQUERENCIA
Gloria SGRANDE
(1) A suivre sur un prochain texte
(Les légendes sont du traducteur du blog On peut évidemment qualifier d'humoristiques les définitions de ce "dictionnaire", mais les aficionados " a los toros" - PAS LES "INVITÉS" QUI  SQUATTENT GRATOS LES CALLEJONS, CES COMMIS GOGOS QUI  ENCENSENT LA PSEUDO-CORRIDA DE SÉVILLE OU DE NÎMES TOUT EN INVECTIVANT ET INSULTANT CEUX QUI PAIENT LEUR BILLET D'ENTRÉE- les aficionados donc, savent que cette caricature ne s'éloigne pas vraiment de la réalité)

mercredi 6 février 2013

LE MAL PROFOND DE LA CORRIDA: L'ART A TOUT PRIX




Il y a déjà longtemps que la tauromachie a commencé à avancer avec les pieds nus, sur les terrains caillouteux de l'art, empruntant un sentier étroit et tortueux qui l'a conduit jusqu'au podium de la culture. Elle a aujourd'hui les mains liées, elle est à genoux devant la clique des taurinos et les chiourmes antis, qui partagent la responsabilité du déclin ambiant, les uns et les autres assénant leurs coups sur la nuque de l'aficion,  afin de d'anéantir efficacement chez ses adeptes toute analyse efficace de la situation. Inconscients du chaos actuel dans le domaine de la corrida ainsi que des lois de la nature qui les entoure, ces créatures sont exclusivement préoccupées du sort des bêtes de somme et de celui des légumes; elles gardent perpétuellement braqués sur nous leurs armes chargées des munitions fumeuses de leur moralité et de la prétendue justesse de leur combat animaliste; alors qu'ils bavent comme des verrats en rut, leur cible reste la nuque de la bécasse taurine résignée 
 Ces derniers mois, avec leur défilé en fanfare les saltimbanques du G10 se sont chargés d'accomplir la dernière étape, pour que le désastre soit complet. Leur délégué s'adressa à un ministère en conciliateur modéré, dans l'intérêt de son équipe de figuras, pour court-circuiter les prétentions de l'autorité  taurine - histoires de gros sous de la télé-, chargée, chaque jour avec moins de volonté, de défendre cette fable qu'ils nomment " intérêts de l'aficion". L'addition de politique, de propagande, de mensonges, tout cela  a donné un compte rendu aussi confus que le coeur d'un néflier de la Bernarde, ils ont prétexté un vote de confiance d'un secteur majoritaire du public, et non d'aficionados, et, comme il n'est pas permis, garanti l'impunité totale aux chroniqueurs taurins totalement à leurs ordres.
Le ruedo est passé au second plan, délaissé au profit d'internet, des disputes et des chamailleries entre empresas, c'est peu dire que la situation n'est pas brillante. Un courant avant-gardiste a vu le jour, conduit par un leader du mouvement pour la " corrida culture", Manzanarès fils, auteur du premier indulto exigé par un membre de sa corporation de toreros: tout appartient à la même enseigne, ARTE S.L., qui est le supermarché taurin qui approvisionne les arènes  en temps  de crise, avec ses petits toros sur mesure provenant des élevages autorisés et soumis à leurs exigences, avec son service des abats, sa charcuterie, le  Mercadona qui remit sur pied l'intrépide et courageux étalon, le nouveau messie taurin spécialiste des Miuras, le zénith du mini toro artiste, qui fait que la Maestranza Sévillana continue de perpétuer, comme Saturne dévorant ses fils, son  légendaire chant noir dans le silence  des horloges
La mode moderniste  a délaissé ces règles de tauromachie établies au 18 ° siècle, enrichies ensuite elles mêmes par la pratique du toreo,  qui sans cela n'en serait resté qu'à ses balbutiements. Le toro est une motte d'argile que le sculpteur humain a peu à peu modelé à son goût. Depuis sa sélection dans le tentadero, où le ganadero cesse de prendre des notes sur son carnet dès qu'il comprend que l'animal qui court dans le ruedo risque de faire faire un flop à la réputation de son élevage, jusqu'au sorteo, dans les corrales de l'arène, le jour J, où il y a toujours possibilité pour arranger quelque excédent de trapio ou de force, qui pourrait empêcher que la corrida n'obtienne  le degré artistique recherché. Ainsi, le spectacle devient-il plus cruel que jamais, le combat entre la sauvagerie animale et l'homme, la nature violente naturelle contre la capacité à comprendre et s'adapter, où chacun doit combattre avec ses propres armes, a été progressivement réduit à ses deux derniers tiers, mais la balance a été profondément déséquilibrée, au point que les limites ont été atteintes et que l'on puisse désormais parler de torture.  A cause de l'absence récurrente de présence physique imposante, de caste, et de force des toros de combat, la vérité authentique du toreo a été réduite au tercio de muleta, que plus personne n'appelle tercio de mort, où aujourd'hui la coutume est venue d'épuiser le toro avec des derechazos à la chaine, et où l'on voit dans la plupart des cas le torero s'adonner à ses naturelles comme un joueur de billard vêtu de tabac et d'or, dans une attitude empruntée, nonchalante et ridicule, en tout cas indigne du rôle que s'assignaient en leur temps LAGARTIJO et FRASCUELO.
Si nous avons la chance tant espérée qu'une varlope dotée de caste, de jambes, et de forces, sorte un jour des chiqueros, nous verrons ceci: pour calmer sa fougue et éteindre sa flamme,  le picador, bardé comme un général sur sa monture imposante, s'acharner à piquer, charcuter, percer, inciser pour découper en tranches les filets, et le paleron, à défaut d'atteindre le but jamais recherché et jamais atteint: piquer dans le morillo.
Sauvagerie que subit l'animal et dont souffrent les aficionados, comme gage au caprice moderniste de la sublimation esthétique du toreo.
Ne serait-il pas plus beau, tout au moins plus méritoire, de dominer le toro, de le réduire, le consentir, le soumettre, qu'il se rende, le tromper et le vaincre enfin, plutôt que d'égrener une quantité incalculable de passes gracieuses mais sans risque, comme avec un rameau fané à un charreton, qui va et vient comme la cloche qui sonne l'élévation? Le doute offense. Exactement comme offense l'abandon des règles classiques du toreo et de la lidia, qui font que, dans et hors de l'arène, les petites figuras trafiquent avec leur nouvel opium, gage de la culture et de la léthargie flemmarde artistique. Les canons ne sont pas la loi, mais les mépriser revient à nier cette étoile polaire de l'authenticité qui doit éclairer chaque fait de la corrida, commander et coordonner chaque suerte, arrêter, templer, commander, charger, jouer cette carte maitresse des règles de base indispensables à la connaissance du toreo, pour que continue de crépiter la flamme de l'art de bien toréer, cette chose qui a été retirée du catalogue de la tauromachie, comme une version trop ancienne, une version éculée et surannée de la lidia.

Conséquence de cette "modernité":  les publics, pas ou mal éduqués par l'absence de  journalistes critiques pédagogues qui pourraient leur apprendre le mystère du toreo, et par les professionnels qui préfèrent se cramponner au rêve d'un triomphalisme identique à celui du foot, ces publics ne comprennent rien à ce qu'ils voient: quand ils achètent leur billet non plus, ils savent ce qu'ils voudraient voir, mais ce qui est le plus grave, quoi que ce soit qu'ils voient, quel que soit le bilan de la tarde, ils quitteront leur banc de pierre avec l'idée, caressée depuis qu'ils avaient quitté leur maison, d'avoir assisté à un spectacle sublime, spécialement conçu pour eux, afin de combler leurs palais sophistiqués de fins gourmets de la corrida.
Ils mangent l'art comme le pain.