mardi 3 mai 2022

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26 avril 2022: Dans cette première interview accordée à un média au Canada, Christelle Néant, journaliste indépendante basée à Donetsk dans l'est de l'Ukraine depuis 2016, démontre que la guerre actuelle a commencé avec le coup d'État de la place Maïdan février 2014.

Elle explique comment la population du Donbass a vécu la guerre dont personne n'a voulu parler pendant toutes ces années. Elle rappelle les référendums de mai 2014 dans le Donbass où la population a voté très massivement en faveur de l'indépendance des Républiques de Donetsk et de Lougansk.

Tag(s) : #Ukraine - Russie

 

 

Qui fait la guerre en Ukraine ?

samedi 30 avril 2022 par Francis Arzalier (ANC)

Officiellement, et selon nos communiquant reconnus, le conflit sur le sol ukrainien oppose de méchants envahisseurs russes à de gentils ukrainiens envahis, voire victimes de » crimes de guerre », et même de « crimes contre l’Humanité » et de « génocide » selon le fou furieux qui règne à Washington, et les journalistes français qui lui servent de faire-valoir.

Est-il d’ailleurs anodin de remarquer que ces termes n’ont jamais, avant Biden, été employés par un chef d’État à l’égard d’un autre leader national, sauf en état de guerre déclarée avec lui, contre Hitler par exemple. Or, le Président US et ses acolytes de l’OTAN jurent leurs grands dieux qu’ils ne sont pas en guerre, mais seulement les fermes défenseurs de l’Ukraine agressée.

Foutaises, que tout observateur honnête sait faux, pour plusieurs raisons :

1/ Depuis deux mois, les divers pays de l’OTAN fournissent à Zélinski et ses sbires ukrainiens des matériels militaires sophistiqués, avions, blindés, fusées, drones, explosifs divers, largement utilisés dans les diverses zones de combat, sauf quand les frappes ciblées russes ont réussi à en empêcher le transfert. Et Biden, loin de le démentir, vient de claironner sa demande au Congrès des États-Unis de les financer de quelques milliards supplémentaires.

2/ La guerre actuelle n’est plus celle opposant des armées innombrables, comme en 1945 quand Staline disait des anciens supplétifs des nazis « un tel, combien de divisions ? » Les combats en Ukraine, et les techniciens de l’OTAN le savent bien, opposent de petits groupes de miliciens au service de l’État nationaliste ukrainien, aguerris, entraînés, souvent animés d’une idéologie d’extrême droite, comme les snipers du bataillon Azov, qui visaient les soldats russes depuis les immeubles de Mariupol, en empêchant leurs habitants de les quitter.

Car à l’inverse du discours bêtifiant de nos médias, la majorité des civils en Ukraine ne rêvaient que de fuir le conflit. Plus de trois millions d’entre eux l’ont fait, malgré l’interdiction des dirigeants nationalistes qui leur ordonnaient de rejoindre l’armée ukrainienne.

3/La technologie militaire fournie est essentielle, en drones tueurs et fusées à longue portée qui peuvent atteindre leur cible à des centaines de kilomètres (ainsi le croiseur russe explosé en Mer Noire). Dans ce type de guerre, point n’est besoin de fournir de futures victimes en uniforme, les armes lourdes et la technologie fournies sont une participation directe.

Les dirigeants des USA et de l’OTAN sont co-belligérants dans cette guerre, qu’ils sont prêts à continuer jusqu’au dernier ukrainien.

Même si les chefs du Kremlin font semblant de ne pas le savoir, retenus qu’ils sont jusqu’à présent par le désir d’éviter le conflit nucléaire et les massacres urbains.

Jusques à quand si les fournitures d’armes occidentales continuent ?

4/ Le Président français, tant qu’il n’était pas réélu, a pris quelques distances avec les propos outranciers du patron de la Maison Blanche, et c’est tant mieux. Encore faudrait-il que les actes suivent maintenant qu’il est réélu.

D’autant que certains engagements français directs dans le conflit n’ont pas manqué, de la fourniture d’avions par le territoire roumain aux forces de l’OTAN, à la décision imbécile de l’envoi à Kiev de 18 gendarmes de l’IRCGN (Institut de recherches criminelles de la Gendarmerie Nationale), partis de Pontoise le 9 avril pour officiellement « enquêter sur d’éventuels crimes de guerre russes ». Les Gendarmes français étant des militaires, mandatés par leurs supérieurs et le Ministre des armées, cette expédition au service des seules autorités ukrainiennes est bien un acte de belligérance, un choix contraire à cette paix que l’on prétend vouloir.

Après deux mois de combats, destructions et cadavres, le pays s’est vidé de ses habitants au détriment de voisins européens déjà incapables de donner logement et vie digne à ses habitants, et le Donbass est à feu et à sang.

Quelle que soit l’opinion que l’on ait des belligérants, il serait temps de revenir à la raison, de négocier comme le prône l’ONU, dont il faut rappeler que l’Assemblée Générale n’a pas approuvé la version belliciste de Biden, l’OTAN et l’UE, que nous resservent à tout instant les journalistes supposés nous informer et rétribués pour cela.

Photo  : Des soldats français du 27e Bataillon des chasseurs alpins patientent avant de décoller pour la Roumanie à bord d’un Airbus A330 MRTT à la base aérienne française d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, le 1er mars. NICOLAS TUCAT / AFP

Lire dans Le Monde.

 

Retraites : Macron propulse une ancienne de McKinsey pour piloter la réforme

jeudi 28 avril 2022 par Aldo Stella.2

  blog ANC

La réforme des retraites est la contre-réforme centrale du début du second quinquennat de Macron. Une attaque d’ampleur dont on apprend que celle-ci serait pilotée par une ancienne consultante chez McKinsey, aujourd’hui dans l’équipe de campagne de Macron !

On commence à s’y habituer, la proximité du gouvernement d’Emmanuel Macron avec le cabinet de conseil McKinsey n’est plus à démontrer. Pourtant, ce dimanche, le JDD, journal proche de la macronie, révélait un nouveau nom clef dans l’entourage du président de la république en lien avec le cabinet de conseil.
Marguerite Cazeneuve, ancienne consultante de McKinsey, est aujourd’hui la tête pensante de la contre-réforme des retraites.

Une ancienne de McKinsey à la tête de la réforme des retraites

Aujourd’hui âgée de 31 ans, elle entre après sa sortie d’HEC en tant que consultante junior dans le fameux cabinet de conseil américain qui est au cœur d’une série de scandales en lien avec le gouvernement Macron, de septembre 2013 à décembre 2014. Elle y est notamment chargée en 2014 d’auditer les comptes de la Direction de la Sécurité Sociale pour le gouvernement Hollande, faisant ses premiers pas dans le secteur social et médical.

En effet, elle est embauchée dans la foulée au Secrétariat général de pilotage de l’Objectif national de dépenses d’assurance-maladie (Ondam) pour le gouvernement socialiste.

Mais c’est réellement sous la macronie qu’elle va devenir un élément indispensable des différents projets du gouvernement. Comme le cite un article du Point, « auprès d’Emmanuel Macron, d’Edouard Phillipe puis de Jean Castex, elle s’est imposée peu à peu comme une des principales conseillères de l’ombre sur le front de la pandémie. »

En effet, après avoir enchaîné plusieurs postes au sein de la protection sociale, des comptes sociaux ou encore dans la santé, elle est propulsée numéro deux de l’assurance-maladie en mars 2021 et gère le déploiement de la vaccination pour le gouvernement.
C’est à ce moment-là que selon le Point, « les commandes passées auprès de McKinsey progressent fortement ». L’arrivée de Marguerite Cazeneuve à ce poste et la participation active de McKinsey à la gestion de la crise sanitaire n’est donc pas un hasard.

Marguerite Cazeneuve, formée au cabinet McKinsey, évolue dans un entourage gagné au macronisme entre son père Jean-René Cazeneuve député LREM, son frère Pierre Cazeneuve, membre du cabinet Macron ou encore son mari Aurélien Rousseau à la direction de l’ARS de la région Île-de-France pendant la crise sanitaire.

Décrite comme « le pont entre deux mondes », elle fait aujourd’hui partie de l’équipe de campagne de Macron sur le volet social et de la retraite. C’est elle qui jouera donc dans l’ombre un rôle important dans la prochaine réforme des retraites. « Recul de l’âge de départ à 65 ans, les mesures de compensation en matière de pénibilité au travail, l’équilibre financier, le niveau des pensions… », selon le JDD voici les différents aspects de la contre-réforme dont est en charge l’ancienne de McKinsey.

La réforme des retraites, une magouille du patronat de bout en bout

Élément central du prochain quinquennat, la réforme des retraites est une véritable attaque envers notre camp social en repoussant l’âge légal du départ à la retraite à 65 ans. Et si Macron, réélu avec une abstention record, se veut adopter « une nouvelle méthode » en mettant en avant le dialogue social et la concertation, dès les premiers jours de sa réélection, les membres du gouvernement ont montré leurs intentions.

Sur France Info, Bruno Le Maire n’a ainsi pas exclu le recours à l’utilisation du 49.3. Selon Nantes Révoltée, Marguerite Cazeneuve est même présentée comme trop extrême par un ancien artisan de la réforme des retraites de 2019 : c’est dire comme la réforme des retraites que Macron nous prépare, malgré les déclarations d’intention de « dialogue social », sera tout aussi violente que celle qu’il avait voulu faire passer en 2019, voire plus.

La première version de la réforme des retraites dite « à point » voulue par Macron en 2019, avait déjà mis en évidence les magouilles dans les hautes sphères du pouvoir politique avec l’affaire de Jean-Paul Delevoye.

Pour rappel, lorsqu’il était Haut-commissaire à la réforme des retraites, une enquête avait prouvé que ce dernier cumulait 13 mandats non déclarés, et avait perçu ses pensions de retraite en plus de son salaire mirobolant de 10.135 euros. Une fois de plus, Macron fait preuve de son mépris habituel et rappelle ses intentions : protéger les intérêts des riches et de la classe dominante, aux dépens des classes populaires et des travailleurs.

Face aux différentes attaques qui vont se faire dans le prochain quinquennat qui s’annonce explosif, l’exécutif ne reculera pas, surtout avec sa réforme phare des retraites.

La macronie a une stratégie claire pour mieux faire passer ses offensives contre les travailleurs. Il faut dès à présent se préparer, non au dialogue social que nous proposent le gouvernement et les directions syndicales, mais bel et bien à un vrai plan de bataille sur le terrain des grèves et des manifestations, et en construisant un bloc de résistances pour affronter le quinquennat à venir.

jeudi 28 avril 2022

 

Les trois raisons du troisième échec de Jean-Luc Mélenchon

une excellente analyse de Pierre Alain MILLET…blog histoire et société


Tout a été fait pour réduire le premier tour à ce qui était prévu pour le deuxième. Quelques mois qui donnent l’illusion d’un débat démocratique et puis la machine se met en marche pour conduire les citoyens dans le piège. Les temps de parole médiatique se concentrent sur quelques candidats, les sondages forment un vote utile concentré sur les trois premiers, écrasant tout le reste. Les partis politiques et leurs militants sont inutiles, les médias et leurs têtes d’affiches dominent.

A gauche l’impasse se referme. Plus Jean-Luc Mélenchon joue le vote utile, plus il réduit les autres forces de gauche pendant que le même vote utile fait grimper Macron pour ceux qui ne veulent pas de Le Pen et Le Pen pour ceux qui ne veulent pas de Macron… Les résultats de la Guadeloupe sont illustratifs de ce piège d’un vote utile qui n’a plus aucun sens, Mélenchon à 56% au premier tour et Le Pen à 70% au deuxième !

Au total, Mélenchon finit derrière Le Pen, et le le total gauche finit derrière le total d’extrême-droite, pour la première fois en France. Depuis le choc de 2002 et la première qualification d’un Le Pen au deuxième tour, l’extrême-droite n’a cessé de progresser, et la gauche est à son plus bas, 12% de moins en 2022 qu’en 2002.

Dès les résultats du premier tour, les dirigeants de la France Insoumise ont multiplié les condamnations des autres candidats de gauche qui auraient la responsabilité de l’échec de Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas sans conséquence sur les débats entre citoyens, jusqu’à des violences contre des locaux du PCF.

Pourtant, dès qu’on regarde les résultats, on ne peut qu’être interrogatif sur les causes de ce deuxième tour que personne ne voulait. Comment penser que ce sont les 800 000 voix de Roussel qui expliquent ce troisième échec de Mélenchon quand il y a près de 13 millions d’abstentions ? que l’extrême-droite progresse à 11 millions de voix ? que même le président sortant pourtant rejeté est le premier président sortant de droite de la 5ème république qui progresse gagnant 1 million de voix ?

Prenons un grand quartier populaire, les minguettes à Vénissieux. Mélenchon y gagne 1017 voix passant de 45% à 65%, Roussel n’obtenant que 117 voix, moins que Asselineau en 2017 ! Pourtant les communistes se sont mobilisés fortement, étaient plus nombreux que les insoumis au marché, au collage, au porte à porte… Mais au final, leur action a conduit beaucoup d’habitants à aller voter… Mélenchon. Et l’abstention est restée à un haut niveau de 3138 voix et presque 40%. La réserve de voix pour Mélenchon est bien d’abord dans cette abstention qui en France a progressé de 2017 à 2022.

Comment expliquer cet échec de l’Union Populaire sans expliquer pourquoi l’abstention a progressé, alors que la colère contre Macron était forte, que la crainte du couple Le Pen-Zemour était forte ?

Comment expliquer ce progrès de l’extrême-droite dans les milieux populaires ? A Vénissieux, elle dépasse son record de 1995. La bataille engagée à l’époque par André Gerin et poursuivie depuis 2009 par Michèle Picard avait permis de réduire fortement le FN/RN. Les communistes en étaient fiers. Comment comprendre alors ce résultat de l’extrême-droite en 2022 ?

Toutes ces questions supposent un effort d’analyse partagée et de débat réel. Cet article veut y contribuer.

D’abord, tout le monde a vu que le vote était très différencié géographiquement. Mélenchon progressant fortement et atteignant des records dans les villes populaires, mais perdant des voix dans les départements hors grandes agglomérations.

Les résultats sont en effet très inégaux, avec des progrès dans la moitié du pays mais des pertes dans l’autre moitié

Et la carte de cette évolution est plus explicite. On reconnait les grandes villes universitaires ou Mélenchon progresse, Paris, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Grenoble, Lille, Strasbourg… mais ce sont des taches de progrès dans une carte plutôt défavorable, malgré la récupération d’une grande partie de l’électorat socialiste et écologiste.

Beaucoup d’articles ont analysé les causes sociologiques ou urbaines de ces différences. C’est le sujet qui devrait interpeller tout ceux qui sont en colère de s’être fait une nouvelle fois piégé dans ce deuxième tour infernal.

Un échec devant l’abstention !

Regardons donc le résultat par circonscription législatives de Jean-Luc Mélenchon en comparant son résultat 2017 et son résultat 2022. Il progresse en voix dans 294 circonscriptions mais baisse dans 245. En pourcentage des inscrits, il fait mieux que sa moyenne dans 191 circonscriptions sur les 539, et y gagne 700 000 voix mais est en baisse dans 275 autres où il en perd 300 000 ! Dans ces dernières, la participation est en baisse de 660 000 voix et Roussel fait 0,5% de moins que sa moyenne nationale et ne peut donc être la cause.

La première raison de l’échec de Jean-Luc Mélenchon est bien là, quelque chose dans son programme, sa campagne ou son style, n’a pas permis de mobiliser les abstentionnistes en colère contre Macron ou craignant l’arrivée de Le Pen, et pourtant ils sont nombreux !

Voila un graphique qui montre cet échec devant l’abstention.

Chaque point représente une circonscription, placée sur l’axe horizontal en fonction du niveau d’abstention et sur l’axe vertical selon le résultat de Mélenchon en % des inscrits.

La droite indique une tendance négative : à droite de l’axe vertical, l’abstention progresse, et en-dessous de l’axe horizontal le score de Mélenchon diminue ; c’est le cas de la moitié des circonscriptions. Les quelques points à gauche de l’axe vertical sont ceux ou Mélenchon progresse en faisant reculer l’abstention, mais ils sont très peu nombreux, la 1ère de Seine-Saint-Denis, la 3ème du Rhône ou la 4ème de Haute-Garonne… »

La première raison de ce troisième échec de Jean-Luc Mélenchon est d’avoir buté sur l’abstention sans arriver à la faire reculer à la hauteur du défi, y compris dans les quartiers populaires comme le montre l’exemple des minguettes à Vénissieux évoqué dans l’introduction.

Un échec devant le vote ouvrier

Après les présidentielles de 2017, j’avais publié une étude comparative du vote Marchais de 1981 et du vote Mélenchon de 2017, montrant que le vote Mélenchon gardait une trace du vote Marchais, mais faiblement, et était plus proche du vote Mitterrand, le vote Marchais se perdant dans la fracture française.

En 2022, cette évolution est arrivée à sa fin. Il n’y a plus aucune corrélation entre le vote Marchais de 1981, donc le vote communiste historique, et le vote Mélenchon 2022. Il n’y a d’ailleurs pas plus de corrélation avec le vote Roussel, très faiblement marqué par les zones de forces historiques du vote communiste.

C’est la question fondamentale du vote ouvrier qui est derrière cet effacement du vote communiste. On dit souvent que le vote ouvrier a été conquis par Le Pen. Ce n’est pas le fait principal. Quand on compare le niveau d’abstention, le vote Le Pen et le vote Mélenchon avec la part d’ouvriers dans chaque commune, on fait un constat clair. Le monde ouvrier est d’abord abstentionniste !

C’est particulièrement vrai dans les grandes villes de plus de 25.000 inscrits, avec une corrélation significative de 0,7 [1], ce que montre le diagramme ci-dessous »
. C’est aussi vrai dans les communes entre 10 000 et 25 000 inscrits. La corrélation faiblit dans les petites communes où la dimension régionale doit compter beaucoup.

Dans ce contexte, Marine Le Pen est “un peu” entendue dans le monde ouvrier, mais bien plus faiblement que ce que nous disent les médias. Il y a bien une tendance positive entre la part d’ouvriers et le vote Le Pen, mais il n’y a pas de corrélation et des communes à fort part ouvrière votent ou ne votent pas Le Pen.
C’est vrai dans l’ensemble des villes

et aussi dans les grandes villes, avec une tendance un peu plus marquée d’ailleurs contrairement à l’idée que le RN serait plus fort dans le rural…

Il faut toutefois noter que dans le Nord-Pas de Calais, il y a bien un vote ouvrier Le Pen, avec une corrélation faible mais une tendance nette, et ce qui est normal, une tendance un peu plus faible qu’ailleurs sur l’abstention.

Et enfin, tout indique que Mélenchon n’est pas entendu par le monde ouvrier, notamment dans les grandes villes, ou la corrélation est nulle ! [2].

On connait l’analyse que fait Emmanuel Todd, démographe bien connu, caractérisant les trois “blocs” issus des exprimés du premier tour comme un bloc Macron des riches diplômés (et vieux), un bloc Mélenchon des diplômés pauvres, et un vote Le Pen des non diplômés pauvres. Il faut d’abord pondérer cette analyse du constat d’un vote Zemmour d’extrême-droite qui est celui des riches. Mais si la relation entre niveau de diplôme d’un coté, et abstention, vote Le Pen ou vote Macron de l’autre, est très forte, elle est plus complexe pour le vote Mélenchon.


La corrélation positive entre diplôme et vote Macron est très claire, celle négative entre diplôme et abstention ou vote Le Pen aussi.
Mais on ne peut expliquer le vote Mélenchon avec le niveau de diplômes. La relation n’est pas linéaire. Ce vote est plus faible qu’ailleurs dans les communes où le niveau de diplôme est très bas, progresse quand le niveau de diplôme augmente mais diminue pour les communes avec de très forts niveaux de diplômes. qui sont des communes de droite ayant choisi clairement Macron. Cela s’explique sans doute par un vote de la jeunesse diplômée des “couches moyennes” qui subit la paupérisation, alors que dans les communes plus fortement diplômées, il s’agit clairement de diplômés plus âgés, les gagnants dans ce monde concurrentiel qui votent à droite.

Si on regarde le même graphique pour l’ensemble des communes de plus de 500 inscrits, on a presque les mêmes constats, avec une différence, l’abstention semble être plus élevée pour les diplômés des petites villes. Le fait urbain est alors plus fort que le diplôme.

La conclusion est claire et Jean-Luc Mélenchon le sait bien. La deuxième raison de son échec est son incapacité à parler au monde ouvrier, qui refuse de se mobiliser pour lui, se laisse parfois avoir par cette colère noire qu’évoquait Fabien Roussel en appelant les ch’tis à ne pas se tromper de colère, et en reste beaucoup plus souvent à l’abstention.

Le vrai débat est alors le programme. Pour qui a été écrit le programme l’Avenir en Commun de la France Insoumise ? Tout le monde le sait, pour les couches moyennes éduquées urbaines fortement marquées par les idées écologistes et faiblement concernés par l’industrie, l’emploi et les salaires.

Ce qui est en cause, c’est bien le choix de Mélenchon d’imposer le scénario negawatt qui conduit, sans le dire bien sûr, à une forte réduction de la construction de logements, d’équipements publics, d’industrie, allant jusqu’à organiser comme pour la sidérurgie une “structure de défaisance” pour fermer les usines jugées trop polluantes ou inutiles.

Certains croient que le débat pour ou contre le nucléaire n’est qu’un débat sur l’environnement. Mais c’est d’abord un débat sur l’emploi et la réponse aux besoins du plus grand nombre. Sans énergie, pas d’industrie, pas de logement, pas de transport… L’arrêt du nucléaire conduit Mélenchon à imposer l’objectif de diviser par deux les consommations énergétiques, donc de construire moins, de se déplacer moins, de loger plus tassé, de produire moins…

C’est ce que le monde ouvrier sait sans doute confusément, mais qui rend les discours lyriques de Jean-Luc Mélenchon inaudibles pour ceux qui produisent les richesses qui font la France. Sans doute aussi, le monde ouvrier n’a aucune illusion électoraliste. Il sait bien que le rapport de forces se construit d’abord entre capital et travail dans l’entreprise.

l’échec devant l’unité populaire

La troisième raison est encore plus profonde et illustrative de l’écart entre le “marketing” de Jean-Luc Mélenchon et la réalité de ce qu’il construit. Alors même qu’il appelle son mouvement l’Union Populaire, il s’éloigne du monde ouvrier, des abstentionnistes, et son résultat traduit les divisions populaires.

Certes, il est normal qu’un résultat électoral soit différencié socialement et donc géographiquement. Ainsi les votes Macron, Pécresse ou Zemour sont directement liés aux revenus médians… les plus élevés ! Il s’agit bien du vote des riches

Voici d’ailleurs une carte des votes des trois même dans la métropole de Lyon… Les mêmes points forts dans les communes… Pour ceux qui connaissent l’agglomération lyonnaise, on reconnait tout de suite les communes riches de l’agglomération. Les votes Zemour, Pécresse et Macron sont clairement des votes “de classe”. Les riches votent pour leur intérêt et donc leur candidat.

Mais face à ce vote des riches, Jean-Luc Mélenchon n’arrive pas à construire un vote qui unisse le peuple, ouvrier et employés, précaires et statutaires, urbains et ruraux, d’origine immigrés ou pas, jeunes et vieux, diplômés et non diplômés. Il veut fédérer toutes les contestations même contradictoires, toutes les mobilisations pourvu qu’elles s’inscrivent dans sa stratégie électorale pour préparer la prochaine échéance présidentielle à laquelle tout est renvoyé. Les mobilisations peuvent avoir des objectifs locaux, mais de véritables ruptures ne peuvent venir que de sa candidature présidentielle permettant la 6ème république et la constitution qui doit donc advenir par miracle de cette union populaire.

C’est pourquoi d’ailleurs il accorde si peu d’importance aux élections locales, signe des accords à géométrie variable et ne s’embarrasse pas de ses élus locaux quand il a une personnalité nationale à placer quelque part. Sa propre stratégie de candidature est éclairante. Sénateur de l’Essonne, candidat aux législatives à Henin-Beaumont dans le nord, puis à Marseille, puis ailleurs en 2022 ?

La question de la laïcité et de la place de la religion dans la vie politique est un bon exemple. Bien sûr, le programme des insoumis défend la laïcité. Mais beaucoup de dirigeants insoumis s’appuient sur des mouvements de division, ceux qui opposent les “racisés” [3] et les “blancs”, qui parlent d’islamophobie en acceptant la confusion avec les intégristes et ceux qui veulent imposer la religion dans la vie politique. L’expérience des quartiers populaires montre pourtant le risque de ces tactiques politiciennes qui divisent le monde du travail au lieu de l’unir, qui laissent s’installer des acteurs religieux dans l’espace public, associatif, politique.

Beaucoup de communistes d’origine musulmane alertent. Ce qui défend l’islam, c’est justement la laïcité qui garantit la liberté de culte, laisse chacun décider de sa foi et de sa pratique. On sait bien qu’il y a des forces qui veulent décider à la place de chaque croyant quelle est la bonne pratique. C’est aussi le cas avec tous les intégrismes, évangéliques, catholiques ou juifs. La laïcité garantit la liberté à chacun.

C’est la même difficulté sur les questions de police. Quand on habite un grand quartier populaire, on sait que l’immense majorité des familles, le plus souvent d’origine immigrée, demandent plus de présence de police, plus de sévérité avec les trafiquants, plus de condamnations. Bien sûr, les relations entre policiers et habitants, notamment dans la jeunesse, sont difficiles et il existe des violences policières. Mais il y a aussi des violences urbaines dont sont victimes des habitants et des policiers ! Qui n’a jamais habité dans un immeuble avec un point de deal ne peut comprendre. On ne peut pas construire une unité des quartiers sans partir des attentes des habitants pour la tranquillité publique, le respect des droits de chacun.

Au total si la stratégie de l’union populaire est en échec, c’est que l’unité du peuple est un combat de terrain, qui demande une organisation pour lever un à un les obstacles à l’unité du peuple. Car tout dans le capitalisme est fait pour diviser, opposer, mettre en concurrence. C’est l’expérience pratique que font toutes les catégories populaires, et c’est la raison fondamentale des divisions idéologiques et politiques. Elles ne peuvent être surmontés dans un marketing médiatique. Il faut un travail militant pour construire pas à pas ce qui pourra devenir une hégémonie idéologique. C’est alors que l’élection peut être un moment de contestation L’hégémonie ne se construit pas dans une campagne électorale mais avant. C’est la raison fondamentale de l’échec de Jean-Luc Mélenchon.

D’autant que cette unité populaire ne peut se construire sans ceux qui n’ont rien à perdre que leur chaine, les prolétaires disait Marx. Car beaucoup de mobilisations citoyennes peuvent porter des revendications qui divisent. Ainsi des défenseurs du photovoltaïque citoyen qui font payer par les consommateurs leur petit bénéfice de vendeurs d’électricité. Ou des accros du bio qui se contentent de solutions locales limitées aux plus aisés. Ou encore de ceux qui ne veulent pas voir d’industrie jugée polluante et tant pis pour les salariés et les importations de marchandises produites ailleurs. Les exemples sont nombreux et il est impossible de construire une unité populaire simplement par une démocratie citoyenne dominée par les couches moyennes ou supérieures éduquées. Pour porter l’intérêt du plus grand nombre, il faut un effort théorique et politique pour construire un programme cohérent et tourné vers la construction d’une autre société.

C’est ce que portait historiquement le parti communiste et que la longue expérience tragique du programme commun a progressivement effacé. La campagne des jours heureux de Fabien Roussel a réintroduit l’idée d’un programme communiste dans le débat public. Mais dans le monde du travail, l’originalité de la pensée communiste n’était plus lisible et beaucoup d’électeurs se disent qu’il n’y a pas de différence entre le programme communiste et le programme insoumis. C’est évidemment totalement faux, mais beaucoup de dirigeants communistes ont pendant des années laisser croire que l’essentiel était “la gauche”, et certains sont prêts à jeter le programme communiste pour quelques places législatives.

Conclusion…

L’Union Populaire est de fait une forme de mensonge publicitaire. Elle n’a d’union que le nom cachant un peuple écartelé entre l’abstention, le vote d’extrême-droite et ce qui reste de la gauche. Elle n’a de populaire que pour ceux qui croient que le peuple est ce qu’on voit à la télé et qui oublie les 6 millions d’ouvriers, mais aussi tous ces invisibles qui ne manifestaient pas pour les retraites ou les lois travail parce qu’ils se sentent non représentés dans les organisations, les institutions, les partis politiques.

Il n’y a sans doute pas qu’une réponse à ce défi de l’unité populaire. Mais ce n’est pas en organisant la guerre entre militants de gauche qu’on va unir et organiser. Les communistes ont fait un choix. Affirmer leur projet d’une autre société, organiser un parti tourné vers l’action et le monde du travail, travailler à unir les différentes catégories populaires… Ils ont beaucoup de travail devant eux. Mais ils ont aussi fait le choix de contribuer partout où c’est possible aux rassemblements d’actions et aux coalitions électorales pour gagner des appuis dans les institutions.

[1] lorsque R=1, la corrélation est parfaite, c’est à dire que connaitre la part d’ouvrier dans une commune permettrait de connaitre exactement le taux d’abstention

[2] c’est malheureusement aussi le cas de Fabien Roussel, même si une petite corrélation commence à apparaitre, mais c’est un autre sujet et ce sera sans doute un des débats du prochain congrès des communistes. Comment mettre en œuvre la décision du 38ème congrès de retour aux entreprises ?

[3] expression terrible qui reprend les mots des racistes. Mais un kabyle blond aux yeux bleus, c’est un blanc ou un racisé ? et un français visiblement blanc dont un arrière-grand-père était noir ? Et un jeune de banlieue sans aucune origine immigrée dans ses aïeux mais qui ressemble à tous ses copains immigrés et subit les mêmes ségrégations qu’eux, c’est un “blanc” ? Nier les ségrégations est stupide, mais nier leur contenu de classe encore plus, les émirs d’Arabie et les oligarques d’Afrique qui vivent dans des palaces à Nice ou à Paris le savent bien


Débat autour du PCF : les liquidateurs sortent plus ou moins renforcés mais pas tout…

Un camarade qui est comme nous tous très préoccupé de ce qu’il va advenir d’un parti communiste en FRANCE, nous met légitimement en garde contre le danger des groupuscules de pratiquer l’exclusion.

qui a parlé d’exclure ?

IL s’agissait simplement de ne pas acheter le ralliement en accordant des postes essentiels non seulement au moment du 38 E Congrès où par suite de manœuvres privant les communistes de leurs choix les liquidateurs avaient de fait la majorité au Conseil NATIONAL et se retrouvaient avec le secteur international, les finances, la culture, diverses commission et la maitrise de l’ordre du jour du dit conseil, et toute la presse jadis communiste.

Ce que l’on peut reprocher à FABIEN ROUSSEL ce n’est pas d’avoir tenu compte de cette situation mais de n’avoir à aucun moment mesuré l’évolution du rapport des forces, il a agi comme il a agi dans la présidentielle, alors qu’il faisait monter un vent d’espoir, il a été incapable de l’exploiter et s’est perdu dans des jeux de sommet, excluant de fait ses principaux soutiens “à gauche” et se ligotant lui-même avec une équipe de campagne qui était composée de planches pourries, le meilleur étant ian BROSSAT qui ne sait mener que des campagnes parisiennes même s’il est sincèrement communiste et si son argumentation est parfois excellente.

Peut-être faudra-t-il réfléchir à ce que représente cette opposition de surface entre PARIS et le reste des territoires. Ceux qu’on appelle les “bobos” et qui visiblement provoquent un rejet ne sont-ils pas simplement la caricature de cette étape du capitalisme libéral-libertaire qui a vu les enfants des couches populaires accéder à une certaine maitrise de la consommation alors que les conditions fondamentales de la production créaient au contraire l’insupportable pour la majorité. Ce monde là est en train de basculer dans la précarité et ne sait plus ce qu’est l’organisation. Il ne s’agit pas de tel ou tel individu mais bien de rapports de production, de classes sociales, de produits d’une histoire.


PERSONNE NE REVENDIQUE L’EXCLUSION mais faute d’un débat politique de fond, il y a eu de fait exclusion de la gauche du PCF, celle qui portait une dynamique. Sans jouer les victimes car quand on se bat on prend des coups, on a poussé vers la sortie des gens comme moi, on a porté au pinacle ceux qui me diffamaient, m’humiliaient depuis tant d’années, bref on m’a rendu inutile et je ne suis que la partie visible de l’iceberg parce partout les communistes qui voulaient revenir se sont heurtés à cette offensive faite de racontars et d’inertie. Certes trente ans de combat avaient fait de moi un franc tireur isolé, condamné à trop se mettre en avant sans troupes de soutien mais là ça a été de la lâcheté collective de la base au commet.

Donc le choix de FABIEN ROUSSEL DE FAVORISER CERTAINS AUX DÉPENS D’AUTRES est une exclusion de fait qui s’est traduit par de l’opportunisme qui ne menait qu’au découragement et à l’abandon.

Nous savons ici ce qu’il nous a fallu de conviction pour voter Roussel mais nous ne faisions plus l’effort de convaincre. L’épisode de la cocarde a été catastrophique mais le pseudo ralliement du printemps républicain qui a fini dans sa quasi totalité chez MACRON n’était pas mal non plus.

Donc par pitié ne renversez pas les exigences, ceux qui ont été exclus n’ont pas été les liquidateurs, ils sortent renforcés pour une part et on le voit bien, les élections législatives favorisant ce que la politique politicienne a de plus bas, de moins fondamental, nous y sommes et on ne peut même pas condamner ceux qui tentent dans un tel contexte de sauver un groupe communiste qui sera pire que le précédent. On ne peut pas les condamner parce qu’ils sont certes pris dans les ornières mais aussi parce qu’ils refusent le groupuscule et ont fait à leur manière que le PCF demeure encore la seule alternative crédible.

Les liquidateurs sortent renforcés dans la bataille électorale des législatives mais continue à monter d’autres exigences et la bataille autour de FABIEN ROUSSEL surtout la première partie a transformé le parti et ils ont de fait perdu, cela se verra peut-être au congrès qui aurait du avoir lieu avant la présidentielle. Parce que si le monolithisme est une illusion de secte, il faut une unité de la direction sur un but et une stratégie.

Il ne s’agit pas seulement des “liquidateurs” mais bien de l’ensemble des forces politiques et des pseudos vainqueurs du “vote utile”, les trois forces MACRON, LE PEN, MELENCHON s’avèrent incapables de rassembler non seulement la FRANCE pour faire face aux défis du moment, mais leur propre camp, c’est eux qui ne connaissent que la concurrence et l’autocratie autour d’un “chef” face à un peuple qui ne veut plus de ça. Exclure n’est vraiment pas la solution, mais changer de perspective et de dirigeants certainement.

Il faut beaucoup de lucidité, éviter les procès et rester comme nous le faisons ici sur le fond. C’est en constatant que j’avais été complètement démonétisée et qu’en ce qui me concerne l’opération était allée jusqu’au bout au point qu’il ne se trouvait plus un militant pour me défendre que je me suis retirée de cette perspective mais je vous conseille ceux qui le peuvent de poursuivre en voyant les réalités en face. Ne pas oublier les leçons du passé mais savoir que nous entrons dans une nouvelle période historique où il va falloir innover à partir de nos fondamentaux.