26
avril 2022: Dans cette première interview accordée à un média au
Canada, Christelle Néant, journaliste indépendante basée à Donetsk dans
l'est de l'Ukraine depuis 2016, démontre que la guerre actuelle a
commencé avec le coup d'État de la place Maïdan février 2014.
Elle
explique comment la population du Donbass a vécu la guerre dont
personne n'a voulu parler pendant toutes ces années. Elle rappelle les
référendums de mai 2014 dans le Donbass où la population a voté très
massivement en faveur de l'indépendance des Républiques de Donetsk et de
Lougansk.
Officiellement, et selon nos
communiquant reconnus, le conflit sur le sol ukrainien oppose de
méchants envahisseurs russes à de gentils ukrainiens envahis, voire
victimes de » crimes de guerre », et même de « crimes contre
l’Humanité » et de « génocide » selon le fou furieux qui règne à
Washington, et les journalistes français qui lui servent de
faire-valoir.
Est-il d’ailleurs anodin de remarquer que ces termes n’ont jamais,
avant Biden, été employés par un chef d’État à l’égard d’un autre leader
national, sauf en état de guerre déclarée avec lui, contre Hitler par
exemple. Or, le Président US et ses acolytes de l’OTAN jurent leurs
grands dieux qu’ils ne sont pas en guerre, mais seulement les fermes
défenseurs de l’Ukraine agressée.
Foutaises, que tout observateur honnête sait faux, pour plusieurs raisons :
1/ Depuis deux mois, les divers pays de
l’OTAN fournissent à Zélinski et ses sbires ukrainiens des matériels
militaires sophistiqués, avions, blindés, fusées, drones, explosifs
divers, largement utilisés dans les diverses zones de combat, sauf quand les frappes ciblées russes ont réussi à en empêcher le transfert.
Et Biden, loin de le démentir, vient de claironner sa demande au
Congrès des États-Unis de les financer de quelques milliards
supplémentaires.
2/ La guerre actuelle n’est plus celle
opposant des armées innombrables, comme en 1945 quand Staline disait des
anciens supplétifs des nazis « un tel, combien de divisions ? » Les
combats en Ukraine, et les techniciens de l’OTAN le savent bien,
opposent de petits groupes de miliciens au service de l’État
nationaliste ukrainien, aguerris, entraînés, souvent animés d’une
idéologie d’extrême droite, comme les snipers du bataillon Azov, qui
visaient les soldats russes depuis les immeubles de Mariupol, en
empêchant leurs habitants de les quitter.
Car à l’inverse du discours bêtifiant de nos médias, la
majorité des civils en Ukraine ne rêvaient que de fuir le conflit. Plus
de trois millions d’entre eux l’ont fait, malgré l’interdiction des
dirigeants nationalistes qui leur ordonnaient de rejoindre l’armée
ukrainienne.
3/La technologie militaire fournie est
essentielle, en drones tueurs et fusées à longue portée qui peuvent
atteindre leur cible à des centaines de kilomètres (ainsi le croiseur
russe explosé en Mer Noire). Dans ce type de guerre, point n’est besoin
de fournir de futures victimes en uniforme, les armes lourdes et la
technologie fournies sont une participation directe.
Les dirigeants des USA et de l’OTAN sont
co-belligérants dans cette guerre, qu’ils sont prêts à continuer
jusqu’au dernier ukrainien.
Même si les chefs du Kremlin font semblant de ne pas le savoir,
retenus qu’ils sont jusqu’à présent par le désir d’éviter le conflit
nucléaire et les massacres urbains.
Jusques à quand si les fournitures d’armes occidentales continuent ?
4/ Le Président français, tant qu’il
n’était pas réélu, a pris quelques distances avec les propos outranciers
du patron de la Maison Blanche, et c’est tant mieux. Encore faudrait-il
que les actes suivent maintenant qu’il est réélu.
D’autant que certains engagements français directs dans le
conflit n’ont pas manqué, de la fourniture d’avions par le territoire
roumain aux forces de l’OTAN, à la décision imbécile de l’envoi à Kiev
de 18 gendarmes de l’IRCGN (Institut de recherches criminelles de la
Gendarmerie Nationale), partis de Pontoise le 9 avril pour
officiellement « enquêter sur d’éventuels crimes de guerre russes ». Les
Gendarmes français étant des militaires, mandatés par leurs supérieurs
et le Ministre des armées, cette expédition au service des seules
autorités ukrainiennes est bien un acte de belligérance, un choix
contraire à cette paix que l’on prétend vouloir.
Après deux mois de combats, destructions et cadavres, le pays
s’est vidé de ses habitants au détriment de voisins européens déjà
incapables de donner logement et vie digne à ses habitants, et le
Donbass est à feu et à sang.
Quelle que soit l’opinion que l’on ait des belligérants, il serait
temps de revenir à la raison, de négocier comme le prône l’ONU, dont il
faut rappeler que l’Assemblée Générale n’a pas approuvé la version
belliciste de Biden, l’OTAN et l’UE, que nous resservent à tout instant
les journalistes supposés nous informer et rétribués pour cela.
Photo : Des soldats français du 27e Bataillon
des chasseurs alpins patientent avant de décoller pour la Roumanie à
bord d’un Airbus A330 MRTT à la base aérienne française d’Istres, dans
les Bouches-du-Rhône, le 1er mars. NICOLAS TUCAT / AFP
Retraites : Macron propulse une ancienne de McKinsey pour piloter la réforme
jeudi 28 avril 2022
par Aldo Stella.2
blog ANC
La réforme des retraites est la
contre-réforme centrale du début du second quinquennat de Macron. Une
attaque d’ampleur dont on apprend que celle-ci serait pilotée par une
ancienne consultante chez McKinsey, aujourd’hui dans l’équipe de
campagne de Macron !
On commence à s’y
habituer, la proximité du gouvernement d’Emmanuel Macron avec le cabinet
de conseil McKinsey n’est plus à démontrer. Pourtant, ce dimanche, le
JDD, journal proche de la macronie, révélait un nouveau nom clef dans
l’entourage du président de la république en lien avec le cabinet de
conseil.
Marguerite Cazeneuve, ancienne consultante de McKinsey, est aujourd’hui la tête pensante de la contre-réforme des retraites.
Une ancienne de McKinsey à la tête de la réforme des retraites
Aujourd’hui âgée de 31 ans, elle entre après sa sortie d’HEC en tant
que consultante junior dans le fameux cabinet de conseil américain qui
est au cœur d’une série de scandales en lien avec le gouvernement
Macron, de septembre 2013 à décembre 2014. Elle y est notamment chargée
en 2014 d’auditer les comptes de la Direction de la Sécurité Sociale
pour le gouvernement Hollande, faisant ses premiers pas dans le secteur
social et médical.
En effet, elle est embauchée dans la foulée au Secrétariat général de
pilotage de l’Objectif national de dépenses d’assurance-maladie (Ondam)
pour le gouvernement socialiste.
Mais c’est réellement sous la macronie qu’elle va devenir un élément
indispensable des différents projets du gouvernement. Comme le cite un
article du Point, « auprès d’Emmanuel Macron, d’Edouard Phillipe puis
de Jean Castex, elle s’est imposée peu à peu comme une des principales
conseillères de l’ombre sur le front de la pandémie. »
En effet, après avoir enchaîné plusieurs postes au sein de la
protection sociale, des comptes sociaux ou encore dans la santé, elle
est propulsée numéro deux de l’assurance-maladie en mars 2021 et gère le
déploiement de la vaccination pour le gouvernement.
C’est à ce moment-là que selon le Point, « les commandes passées auprès de McKinsey progressent fortement ».
L’arrivée de Marguerite Cazeneuve à ce poste et la participation active
de McKinsey à la gestion de la crise sanitaire n’est donc pas un
hasard.
Marguerite Cazeneuve, formée au cabinet McKinsey, évolue dans
un entourage gagné au macronisme entre son père Jean-René Cazeneuve
député LREM, son frère Pierre Cazeneuve, membre du cabinet Macron ou
encore son mari Aurélien Rousseau à la direction de l’ARS de la région
Île-de-France pendant la crise sanitaire.
Décrite comme « le pont entre deux mondes », elle fait aujourd’hui
partie de l’équipe de campagne de Macron sur le volet social et de la
retraite. C’est elle qui jouera donc dans l’ombre un rôle important dans
la prochaine réforme des retraites. « Recul de l’âge de départ à
65 ans, les mesures de compensation en matière de pénibilité au
travail, l’équilibre financier, le niveau des pensions… », selon le JDD voici les différents aspects de la contre-réforme dont est en charge l’ancienne de McKinsey.
La réforme des retraites, une magouille du patronat de bout en bout
Élément central du prochain quinquennat, la réforme des retraites est
une véritable attaque envers notre camp social en repoussant l’âge
légal du départ à la retraite à 65 ans. Et si Macron, réélu avec une
abstention record, se veut adopter « une nouvelle méthode » en mettant
en avant le dialogue social et la concertation, dès les premiers jours
de sa réélection, les membres du gouvernement ont montré leurs
intentions.
Sur France Info, Bruno Le Maire n’a ainsi pas exclu le recours à
l’utilisation du 49.3. Selon Nantes Révoltée, Marguerite Cazeneuve est
même présentée comme trop extrême par un ancien artisan de la réforme
des retraites de 2019 : c’est dire comme la réforme des retraites que
Macron nous prépare, malgré les déclarations d’intention de « dialogue
social », sera tout aussi violente que celle qu’il avait voulu faire
passer en 2019, voire plus.
La première version de la réforme des retraites dite « à point »
voulue par Macron en 2019, avait déjà mis en évidence les magouilles
dans les hautes sphères du pouvoir politique avec l’affaire de Jean-Paul
Delevoye.
Pour rappel, lorsqu’il était Haut-commissaire à la réforme des
retraites, une enquête avait prouvé que ce dernier cumulait 13 mandats
non déclarés, et avait perçu ses pensions de retraite en plus de son
salaire mirobolant de 10.135 euros. Une fois de plus, Macron fait preuve
de son mépris habituel et rappelle ses intentions : protéger les
intérêts des riches et de la classe dominante, aux dépens des classes
populaires et des travailleurs.
Face aux différentes attaques qui vont se faire dans le prochain
quinquennat qui s’annonce explosif, l’exécutif ne reculera pas, surtout
avec sa réforme phare des retraites.
La macronie a une stratégie claire pour mieux faire passer ses
offensives contre les travailleurs. Il faut dès à présent se préparer,
non au dialogue social que nous proposent le gouvernement et les
directions syndicales, mais bel et bien à un vrai plan de bataille sur
le terrain des grèves et des manifestations, et en construisant un bloc
de résistances pour affronter le quinquennat à venir.
jeudi 28 avril 2022
Les trois raisons du troisième échec de Jean-Luc Mélenchon
une excellente analyse de Pierre Alain MILLET…blog histoire et société
Tout a été fait pour réduire le premier tour à ce qui était prévu
pour le deuxième. Quelques mois qui donnent l’illusion d’un débat
démocratique et puis la machine se met en marche pour conduire les
citoyens dans le piège. Les temps de parole médiatique se concentrent
sur quelques candidats, les sondages forment un vote utile concentré sur
les trois premiers, écrasant tout le reste. Les partis politiques et
leurs militants sont inutiles, les médias et leurs têtes d’affiches
dominent.
A gauche l’impasse se referme. Plus Jean-Luc Mélenchon joue le vote
utile, plus il réduit les autres forces de gauche pendant que le même
vote utile fait grimper Macron pour ceux qui ne veulent pas de Le Pen et
Le Pen pour ceux qui ne veulent pas de Macron… Les résultats de la
Guadeloupe sont illustratifs de ce piège d’un vote utile qui n’a plus
aucun sens, Mélenchon à 56% au premier tour et Le Pen à 70% au
deuxième !
Au total, Mélenchon finit derrière Le Pen, et le le total gauche
finit derrière le total d’extrême-droite, pour la première fois en
France. Depuis le choc de 2002 et la première qualification d’un Le Pen
au deuxième tour, l’extrême-droite n’a cessé de progresser, et la gauche
est à son plus bas, 12% de moins en 2022 qu’en 2002.
Dès les résultats du premier tour, les dirigeants de la France
Insoumise ont multiplié les condamnations des autres candidats de gauche
qui auraient la responsabilité de l’échec de Jean-Luc Mélenchon. Ce
n’est pas sans conséquence sur les débats entre citoyens, jusqu’à des
violences contre des locaux du PCF.
Pourtant, dès qu’on regarde les résultats, on ne peut qu’être
interrogatif sur les causes de ce deuxième tour que personne ne voulait.
Comment penser que ce sont les 800 000 voix de Roussel qui expliquent
ce troisième échec de Mélenchon quand il y a près de 13 millions
d’abstentions ? que l’extrême-droite progresse à 11 millions de voix ?
que même le président sortant pourtant rejeté est le premier président
sortant de droite de la 5ème république qui progresse gagnant 1 million
de voix ?
Prenons un grand quartier populaire, les minguettes à Vénissieux.
Mélenchon y gagne 1017 voix passant de 45% à 65%, Roussel n’obtenant que
117 voix, moins que Asselineau en 2017 ! Pourtant les communistes se
sont mobilisés fortement, étaient plus nombreux que les insoumis au
marché, au collage, au porte à porte… Mais au final, leur action a
conduit beaucoup d’habitants à aller voter… Mélenchon. Et l’abstention
est restée à un haut niveau de 3138 voix et presque 40%. La réserve de
voix pour Mélenchon est bien d’abord dans cette abstention qui en France
a progressé de 2017 à 2022.
Comment expliquer cet échec de l’Union Populaire sans expliquer
pourquoi l’abstention a progressé, alors que la colère contre Macron
était forte, que la crainte du couple Le Pen-Zemour était forte ?
Comment expliquer ce progrès de l’extrême-droite dans les milieux
populaires ? A Vénissieux, elle dépasse son record de 1995. La bataille
engagée à l’époque par André Gerin et poursuivie depuis 2009 par Michèle
Picard avait permis de réduire fortement le FN/RN. Les communistes en
étaient fiers. Comment comprendre alors ce résultat de l’extrême-droite
en 2022 ?
Toutes ces questions supposent un effort d’analyse partagée et de débat réel. Cet article veut y contribuer.
D’abord, tout le monde a vu que le vote était très différencié
géographiquement. Mélenchon progressant fortement et atteignant des
records dans les villes populaires, mais perdant des voix dans les
départements hors grandes agglomérations.
Les résultats sont en effet très inégaux, avec des progrès dans la moitié du pays mais des pertes dans l’autre moitié
Et la carte de cette évolution est plus explicite. On reconnait les
grandes villes universitaires ou Mélenchon progresse, Paris, Toulouse,
Bordeaux, Nantes, Grenoble, Lille, Strasbourg… mais ce sont des taches
de progrès dans une carte plutôt défavorable, malgré la récupération
d’une grande partie de l’électorat socialiste et écologiste.
Beaucoup d’articles ont analysé les causes sociologiques ou urbaines
de ces différences. C’est le sujet qui devrait interpeller tout ceux
qui sont en colère de s’être fait une nouvelle fois piégé dans ce
deuxième tour infernal.
Un échec devant l’abstention !
Regardons donc le résultat par circonscription législatives de
Jean-Luc Mélenchon en comparant son résultat 2017 et son résultat 2022.
Il progresse en voix dans 294 circonscriptions mais baisse dans 245. En
pourcentage des inscrits, il fait mieux que sa moyenne dans 191
circonscriptions sur les 539, et y gagne 700 000 voix mais est en baisse
dans 275 autres où il en perd 300 000 ! Dans ces dernières, la
participation est en baisse de 660 000 voix et Roussel fait 0,5% de
moins que sa moyenne nationale et ne peut donc être la cause.
La première raison de l’échec de Jean-Luc Mélenchon est bien là,
quelque chose dans son programme, sa campagne ou son style, n’a pas
permis de mobiliser les abstentionnistes en colère contre Macron ou
craignant l’arrivée de Le Pen, et pourtant ils sont nombreux !
Voila un graphique qui montre cet échec devant l’abstention.
Chaque point représente une circonscription, placée sur l’axe
horizontal en fonction du niveau d’abstention et sur l’axe vertical
selon le résultat de Mélenchon en % des inscrits.
La droite indique une tendance négative : à droite de l’axe vertical,
l’abstention progresse, et en-dessous de l’axe horizontal le score de
Mélenchon diminue ; c’est le cas de la moitié des circonscriptions. Les
quelques points à gauche de l’axe vertical sont ceux ou Mélenchon
progresse en faisant reculer l’abstention, mais ils sont très peu
nombreux, la 1ère de Seine-Saint-Denis, la 3ème du Rhône ou la 4ème de
Haute-Garonne… »
La première raison de ce troisième échec de Jean-Luc
Mélenchon est d’avoir buté sur l’abstention sans arriver à la faire
reculer à la hauteur du défi, y compris dans les quartiers populaires
comme le montre l’exemple des minguettes à Vénissieux évoqué dans
l’introduction.
Un échec devant le vote ouvrier
Après les présidentielles de 2017, j’avais publié une étude comparative du vote Marchais de 1981 et du vote Mélenchon de 2017,
montrant que le vote Mélenchon gardait une trace du vote Marchais, mais
faiblement, et était plus proche du vote Mitterrand, le vote Marchais
se perdant dans la fracture française.
En 2022, cette évolution est arrivée à sa fin. Il n’y a plus aucune
corrélation entre le vote Marchais de 1981, donc le vote communiste
historique, et le vote Mélenchon 2022. Il n’y a d’ailleurs pas plus de
corrélation avec le vote Roussel, très faiblement marqué par les zones
de forces historiques du vote communiste.
C’est la question fondamentale du vote ouvrier qui est derrière cet
effacement du vote communiste. On dit souvent que le vote ouvrier a été
conquis par Le Pen. Ce n’est pas le fait principal. Quand on compare le
niveau d’abstention, le vote Le Pen et le vote Mélenchon avec la part
d’ouvriers dans chaque commune, on fait un constat clair. Le monde
ouvrier est d’abord abstentionniste !
C’est particulièrement vrai dans les grandes villes de plus de 25.000 inscrits, avec une corrélation significative de 0,7 [1], ce que montre le diagramme ci-dessous » .
C’est aussi vrai dans les communes entre 10 000 et 25 000 inscrits. La
corrélation faiblit dans les petites communes où la dimension régionale
doit compter beaucoup.
Dans ce contexte, Marine Le Pen est “un peu” entendue dans le monde
ouvrier, mais bien plus faiblement que ce que nous disent les médias. Il
y a bien une tendance positive entre la part d’ouvriers et le vote Le
Pen, mais il n’y a pas de corrélation et des communes à fort part
ouvrière votent ou ne votent pas Le Pen. C’est vrai dans l’ensemble des villes et
aussi dans les grandes villes, avec une tendance un peu plus marquée
d’ailleurs contrairement à l’idée que le RN serait plus fort dans le
rural…
Il faut toutefois noter que dans le Nord-Pas de Calais, il y a bien
un vote ouvrier Le Pen, avec une corrélation faible mais une tendance
nette, et ce qui est normal, une tendance un peu plus faible qu’ailleurs
sur l’abstention.
Et enfin, tout indique que Mélenchon n’est pas entendu par le monde
ouvrier, notamment dans les grandes villes, ou la corrélation est
nulle ! [2].
On connait l’analyse que fait Emmanuel Todd,
démographe bien connu, caractérisant les trois “blocs” issus des
exprimés du premier tour comme un bloc Macron des riches diplômés (et
vieux), un bloc Mélenchon des diplômés pauvres, et un vote Le Pen des
non diplômés pauvres. Il faut d’abord pondérer cette analyse du constat
d’un vote Zemmour d’extrême-droite qui est celui des riches. Mais si la
relation entre niveau de diplôme d’un coté, et abstention, vote Le Pen
ou vote Macron de l’autre, est très forte, elle est plus complexe pour
le vote Mélenchon.
La
corrélation positive entre diplôme et vote Macron est très claire,
celle négative entre diplôme et abstention ou vote Le Pen aussi. Mais
on ne peut expliquer le vote Mélenchon avec le niveau de diplômes. La
relation n’est pas linéaire. Ce vote est plus faible qu’ailleurs dans
les communes où le niveau de diplôme est très bas, progresse quand le
niveau de diplôme augmente mais diminue pour les communes avec de très
forts niveaux de diplômes. qui sont des communes de droite ayant choisi
clairement Macron. Cela s’explique sans doute par un vote de la jeunesse
diplômée des “couches moyennes” qui subit la paupérisation, alors que
dans les communes plus fortement diplômées, il s’agit clairement de
diplômés plus âgés, les gagnants dans ce monde concurrentiel qui votent à
droite.
Si on regarde le même graphique pour l’ensemble des communes de plus
de 500 inscrits, on a presque les mêmes constats, avec une différence,
l’abstention semble être plus élevée pour les diplômés des petites
villes. Le fait urbain est alors plus fort que le diplôme.
La conclusion est claire et Jean-Luc Mélenchon le sait bien. La
deuxième raison de son échec est son incapacité à parler au monde
ouvrier, qui refuse de se mobiliser pour lui, se laisse parfois avoir
par cette colère noire qu’évoquait Fabien Roussel en appelant les ch’tis
à ne pas se tromper de colère, et en reste beaucoup plus souvent à
l’abstention.
Le vrai débat est alors le programme. Pour qui a été écrit le
programme l’Avenir en Commun de la France Insoumise ? Tout le monde le
sait, pour les couches moyennes éduquées urbaines fortement marquées par
les idées écologistes et faiblement concernés par l’industrie, l’emploi
et les salaires.
Ce qui est en cause, c’est bien le choix de Mélenchon d’imposer le
scénario negawatt qui conduit, sans le dire bien sûr, à une forte
réduction de la construction de logements, d’équipements publics,
d’industrie, allant jusqu’à organiser comme pour la sidérurgie une
“structure de défaisance” pour fermer les usines jugées trop polluantes
ou inutiles.
Certains croient que le débat pour ou contre le nucléaire n’est qu’un
débat sur l’environnement. Mais c’est d’abord un débat sur l’emploi et
la réponse aux besoins du plus grand nombre. Sans énergie, pas
d’industrie, pas de logement, pas de transport… L’arrêt du nucléaire
conduit Mélenchon à imposer l’objectif de diviser par deux les
consommations énergétiques, donc de construire moins, de se déplacer
moins, de loger plus tassé, de produire moins…
C’est ce que le monde ouvrier sait sans doute confusément, mais qui
rend les discours lyriques de Jean-Luc Mélenchon inaudibles pour ceux
qui produisent les richesses qui font la France. Sans doute aussi, le
monde ouvrier n’a aucune illusion électoraliste. Il sait bien que le
rapport de forces se construit d’abord entre capital et travail dans
l’entreprise.
l’échec devant l’unité populaire
La troisième raison est encore plus profonde et illustrative de
l’écart entre le “marketing” de Jean-Luc Mélenchon et la réalité de ce
qu’il construit. Alors même qu’il appelle son mouvement l’Union
Populaire, il s’éloigne du monde ouvrier, des abstentionnistes, et son
résultat traduit les divisions populaires.
Certes, il est normal qu’un résultat électoral soit différencié
socialement et donc géographiquement. Ainsi les votes Macron, Pécresse
ou Zemour sont directement liés aux revenus médians… les plus élevés !
Il s’agit bien du vote des riches
Voici d’ailleurs une carte des votes des trois même dans la métropole
de Lyon… Les mêmes points forts dans les communes… Pour ceux qui
connaissent l’agglomération lyonnaise, on reconnait tout de suite les
communes riches de l’agglomération. Les votes Zemour, Pécresse et Macron
sont clairement des votes “de classe”. Les riches votent pour leur
intérêt et donc leur candidat.
Mais face à ce vote des riches, Jean-Luc Mélenchon n’arrive pas à
construire un vote qui unisse le peuple, ouvrier et employés, précaires
et statutaires, urbains et ruraux, d’origine immigrés ou pas, jeunes et
vieux, diplômés et non diplômés. Il veut fédérer toutes les
contestations même contradictoires, toutes les mobilisations pourvu
qu’elles s’inscrivent dans sa stratégie électorale pour préparer la
prochaine échéance présidentielle à laquelle tout est renvoyé. Les
mobilisations peuvent avoir des objectifs locaux, mais de véritables
ruptures ne peuvent venir que de sa candidature présidentielle
permettant la 6ème république et la constitution qui doit donc advenir
par miracle de cette union populaire.
C’est pourquoi d’ailleurs il accorde si peu d’importance aux
élections locales, signe des accords à géométrie variable et ne
s’embarrasse pas de ses élus locaux quand il a une personnalité
nationale à placer quelque part. Sa propre stratégie de candidature est
éclairante. Sénateur de l’Essonne, candidat aux législatives à
Henin-Beaumont dans le nord, puis à Marseille, puis ailleurs en 2022 ?
La question de la laïcité et de la place de la religion dans la vie
politique est un bon exemple. Bien sûr, le programme des insoumis défend
la laïcité. Mais beaucoup de dirigeants insoumis s’appuient sur des
mouvements de division, ceux qui opposent les “racisés” [3] et
les “blancs”, qui parlent d’islamophobie en acceptant la confusion avec
les intégristes et ceux qui veulent imposer la religion dans la vie
politique. L’expérience des quartiers populaires montre pourtant le
risque de ces tactiques politiciennes qui divisent le monde du travail
au lieu de l’unir, qui laissent s’installer des acteurs religieux dans
l’espace public, associatif, politique.
Beaucoup de communistes d’origine musulmane alertent. Ce qui défend
l’islam, c’est justement la laïcité qui garantit la liberté de culte,
laisse chacun décider de sa foi et de sa pratique. On sait bien qu’il y a
des forces qui veulent décider à la place de chaque croyant quelle est
la bonne pratique. C’est aussi le cas avec tous les intégrismes,
évangéliques, catholiques ou juifs. La laïcité garantit la liberté à
chacun.
C’est la même difficulté sur les questions de police. Quand on habite
un grand quartier populaire, on sait que l’immense majorité des
familles, le plus souvent d’origine immigrée, demandent plus de présence
de police, plus de sévérité avec les trafiquants, plus de
condamnations. Bien sûr, les relations entre policiers et habitants,
notamment dans la jeunesse, sont difficiles et il existe des violences
policières. Mais il y a aussi des violences urbaines dont sont victimes
des habitants et des policiers ! Qui n’a jamais habité dans un immeuble
avec un point de deal ne peut comprendre. On ne peut pas construire une
unité des quartiers sans partir des attentes des habitants pour la
tranquillité publique, le respect des droits de chacun.
Au total si la stratégie de l’union populaire est en échec, c’est que
l’unité du peuple est un combat de terrain, qui demande une
organisation pour lever un à un les obstacles à l’unité du peuple. Car
tout dans le capitalisme est fait pour diviser, opposer, mettre en
concurrence. C’est l’expérience pratique que font toutes les catégories
populaires, et c’est la raison fondamentale des divisions idéologiques
et politiques. Elles ne peuvent être surmontés dans un marketing
médiatique. Il faut un travail militant pour construire pas à pas ce qui
pourra devenir une hégémonie idéologique. C’est alors que l’élection
peut être un moment de contestation L’hégémonie ne se construit pas dans
une campagne électorale mais avant. C’est la raison fondamentale de
l’échec de Jean-Luc Mélenchon.
D’autant que cette unité populaire ne peut se construire sans ceux
qui n’ont rien à perdre que leur chaine, les prolétaires disait Marx.
Car beaucoup de mobilisations citoyennes peuvent porter des
revendications qui divisent. Ainsi des défenseurs du photovoltaïque
citoyen qui font payer par les consommateurs leur petit bénéfice de
vendeurs d’électricité. Ou des accros du bio qui se contentent de
solutions locales limitées aux plus aisés. Ou encore de ceux qui ne
veulent pas voir d’industrie jugée polluante et tant pis pour les
salariés et les importations de marchandises produites ailleurs. Les
exemples sont nombreux et il est impossible de construire une unité
populaire simplement par une démocratie citoyenne dominée par les
couches moyennes ou supérieures éduquées. Pour porter l’intérêt du plus
grand nombre, il faut un effort théorique et politique pour construire
un programme cohérent et tourné vers la construction d’une autre
société.
C’est ce que portait historiquement le parti communiste et que la
longue expérience tragique du programme commun a progressivement effacé.
La campagne des jours heureux de Fabien Roussel a réintroduit l’idée
d’un programme communiste dans le débat public. Mais dans le monde du
travail, l’originalité de la pensée communiste n’était plus lisible et
beaucoup d’électeurs se disent qu’il n’y a pas de différence entre le
programme communiste et le programme insoumis. C’est évidemment
totalement faux, mais beaucoup de dirigeants communistes ont pendant des
années laisser croire que l’essentiel était “la gauche”, et certains
sont prêts à jeter le programme communiste pour quelques places
législatives.
Conclusion…
L’Union Populaire est de fait une forme de mensonge publicitaire.
Elle n’a d’union que le nom cachant un peuple écartelé entre
l’abstention, le vote d’extrême-droite et ce qui reste de la gauche.
Elle n’a de populaire que pour ceux qui croient que le peuple est ce
qu’on voit à la télé et qui oublie les 6 millions d’ouvriers, mais aussi
tous ces invisibles qui ne manifestaient pas pour les retraites ou les
lois travail parce qu’ils se sentent non représentés dans les
organisations, les institutions, les partis politiques.
Il n’y a sans doute pas qu’une réponse à ce défi de l’unité
populaire. Mais ce n’est pas en organisant la guerre entre militants de
gauche qu’on va unir et organiser. Les communistes ont fait un choix.
Affirmer leur projet d’une autre société, organiser un parti tourné vers
l’action et le monde du travail, travailler à unir les différentes
catégories populaires… Ils ont beaucoup de travail devant eux. Mais ils
ont aussi fait le choix de contribuer partout où c’est possible aux
rassemblements d’actions et aux coalitions électorales pour gagner des
appuis dans les institutions.
[1] lorsque
R=1, la corrélation est parfaite, c’est à dire que connaitre la part
d’ouvrier dans une commune permettrait de connaitre exactement le taux
d’abstention
[2] c’est
malheureusement aussi le cas de Fabien Roussel, même si une petite
corrélation commence à apparaitre, mais c’est un autre sujet et ce sera
sans doute un des débats du prochain congrès des communistes. Comment
mettre en œuvre la décision du 38ème congrès de retour aux entreprises ?
[3] expression
terrible qui reprend les mots des racistes. Mais un kabyle blond aux
yeux bleus, c’est un blanc ou un racisé ? et un français visiblement
blanc dont un arrière-grand-père était noir ? Et un jeune de banlieue
sans aucune origine immigrée dans ses aïeux mais qui ressemble à tous
ses copains immigrés et subit les mêmes ségrégations qu’eux, c’est un
“blanc” ? Nier les ségrégations est stupide, mais nier leur contenu de
classe encore plus, les émirs d’Arabie et les oligarques d’Afrique qui
vivent dans des palaces à Nice ou à Paris le savent bien
Débat autour du PCF : les liquidateurs sortent plus ou moins renforcés mais pas tout…
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Un camarade qui est comme nous tous très préoccupé de ce qu’il va
advenir d’un parti communiste en FRANCE, nous met légitimement en garde
contre le danger des groupuscules de pratiquer l’exclusion.
qui a parlé d’exclure ?
IL s’agissait simplement de ne pas acheter le ralliement en accordant
des postes essentiels non seulement au moment du 38 E Congrès où par
suite de manœuvres privant les communistes de leurs choix les
liquidateurs avaient de fait la majorité au Conseil NATIONAL et se
retrouvaient avec le secteur international, les finances, la culture,
diverses commission et la maitrise de l’ordre du jour du dit conseil, et
toute la presse jadis communiste.
Ce que l’on peut reprocher à FABIEN ROUSSEL ce n’est pas d’avoir tenu
compte de cette situation mais de n’avoir à aucun moment mesuré
l’évolution du rapport des forces, il a agi comme il a agi dans la
présidentielle, alors qu’il faisait monter un vent d’espoir, il a été
incapable de l’exploiter et s’est perdu dans des jeux de sommet,
excluant de fait ses principaux soutiens “à gauche” et se ligotant
lui-même avec une équipe de campagne qui était composée de planches
pourries, le meilleur étant ian BROSSAT qui ne sait mener que des
campagnes parisiennes même s’il est sincèrement communiste et si son
argumentation est parfois excellente.
Peut-être faudra-t-il réfléchir à ce que représente cette opposition
de surface entre PARIS et le reste des territoires. Ceux qu’on appelle
les “bobos” et qui visiblement provoquent un rejet ne sont-ils pas
simplement la caricature de cette étape du capitalisme
libéral-libertaire qui a vu les enfants des couches populaires accéder à
une certaine maitrise de la consommation alors que les conditions
fondamentales de la production créaient au contraire l’insupportable
pour la majorité. Ce monde là est en train de basculer dans la précarité
et ne sait plus ce qu’est l’organisation. Il ne s’agit pas de tel ou
tel individu mais bien de rapports de production, de classes sociales,
de produits d’une histoire.
PERSONNE NE REVENDIQUE L’EXCLUSION mais faute d’un débat
politique de fond, il y a eu de fait exclusion de la gauche du PCF,
celle qui portait une dynamique. Sans jouer les victimes car quand on se
bat on prend des coups, on a poussé vers la sortie des gens comme moi,
on a porté au pinacle ceux qui me diffamaient, m’humiliaient depuis
tant d’années, bref on m’a rendu inutile et je ne suis que la partie
visible de l’iceberg parce partout les communistes qui voulaient revenir
se sont heurtés à cette offensive faite de racontars et d’inertie.
Certes trente ans de combat avaient fait de moi un franc tireur isolé,
condamné à trop se mettre en avant sans troupes de soutien mais là ça a
été de la lâcheté collective de la base au commet.
Donc le choix de FABIEN ROUSSEL DE FAVORISER CERTAINS AUX DÉPENS
D’AUTRES est une exclusion de fait qui s’est traduit par de
l’opportunisme qui ne menait qu’au découragement et à l’abandon.
Nous savons ici ce qu’il nous a fallu de conviction pour voter
Roussel mais nous ne faisions plus l’effort de convaincre. L’épisode de
la cocarde a été catastrophique mais le pseudo ralliement du printemps
républicain qui a fini dans sa quasi totalité chez MACRON n’était pas
mal non plus.
Donc par pitié ne renversez pas les exigences, ceux qui ont été
exclus n’ont pas été les liquidateurs, ils sortent renforcés pour une
part et on le voit bien, les élections législatives favorisant ce que la
politique politicienne a de plus bas, de moins fondamental, nous y
sommes et on ne peut même pas condamner ceux qui tentent dans un tel
contexte de sauver un groupe communiste qui sera pire que le précédent.
On ne peut pas les condamner parce qu’ils sont certes pris dans les
ornières mais aussi parce qu’ils refusent le groupuscule et ont fait à
leur manière que le PCF demeure encore la seule alternative crédible.
Les liquidateurs sortent renforcés dans la bataille électorale des
législatives mais continue à monter d’autres exigences et la bataille
autour de FABIEN ROUSSEL surtout la première partie a transformé le
parti et ils ont de fait perdu, cela se verra peut-être au congrès qui
aurait du avoir lieu avant la présidentielle. Parce que si le
monolithisme est une illusion de secte, il faut une unité de la
direction sur un but et une stratégie.
Il ne s’agit pas seulement des “liquidateurs” mais bien de l’ensemble
des forces politiques et des pseudos vainqueurs du “vote utile”, les
trois forces MACRON, LE PEN, MELENCHON s’avèrent incapables de
rassembler non seulement la FRANCE pour faire face aux défis du moment,
mais leur propre camp, c’est eux qui ne connaissent que la concurrence
et l’autocratie autour d’un “chef” face à un peuple qui ne veut plus de
ça. Exclure n’est vraiment pas la solution, mais changer de perspective
et de dirigeants certainement.
Il faut beaucoup de lucidité, éviter les procès et rester comme nous
le faisons ici sur le fond. C’est en constatant que j’avais été
complètement démonétisée et qu’en ce qui me concerne l’opération était
allée jusqu’au bout au point qu’il ne se trouvait plus un militant pour
me défendre que je me suis retirée de cette perspective mais je vous
conseille ceux qui le peuvent de poursuivre en voyant les réalités en
face. Ne pas oublier les leçons du passé mais savoir que nous entrons
dans une nouvelle période historique où il va falloir innover à partir
de nos fondamentaux.