samedi 26 août 2023


Cuba : les BRICS et les défis d’un nouvel ordre international, par Haroldo Miguel Luis Castro 

Voici venu de Cuba ce que nous avions souligné : à savoir au-delà de la promesse d’un soutien de Cuba par la Chine, l’annonce d’un véritable partenariat stratégique entre Cuba et la Chine à travers le G 77, pour appuyer le nouvel ordre du monde sur la force des peuples pour une vie matérielle meilleure mais aussi le respect de leur dignité et de leur souveraineté, ces valeurs que porte Cuba et sa capacité de rassembler sur l’essentiel. Oui Cuba a besoin d’une aide immédiate, de la solidarité de ses amis, mais pas de “charité”, il s’agit aussi de faire percevoir à la jeunesse en particulier la force, l’héroïsme cubain et le rôle réel qui est le sien dans ce monde en train de naitre, Cuba n’est pas qu’une victime, elle est et restera un phare dans cette conscience qui s’élargit : “résister est plus sûr que de s’incliner devant un système mortifère”. (note et traduction de Danielle Bleitrach histoireetsociete)

25/08/20230

XVe Sommet des BRICS
Les BRICS ont agi depuis leur création avec l’intention claire de rompre avec l’hégémonie politique et économique des États-Unis.

Pendant trois jours, le groupe de consensus international fondé par le Brésil, la Chine, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud – connu sous le nom de BRICS – a tenu son quinzième sommet dans la ville sud-africaine de Johannesburg.

Avec l’aide de la grande majorité des plus de 20 pays qui ont officiellement demandé à rejoindre le bloc, non seulement des questions liées au rôle de l’Afrique dans le multilatéralisme et à la réalisation du développement durable ont été discutées, mais aussi des aspects tels que la réforme de l’architecture financière mondiale; la reprise post-pandémique et la réalisation des objectifs de développement durable du Programme 2030.

Le conclave qui vient de s’achever a marqué l’entrée de l’Argentine, de l’Arabie saoudite, de l’Égypte, de l’Éthiopie, des Émirats arabes unis et de l’Iran en tant que membres à part entière à compter du 1er janvier 2024. Une annonce décrite par le président chinois, Xi Jinping, comme « un nouveau point de départ » pour l’interaction et la consolidation de ses objectifs.

Créé en 2006, le groupe BRICS est un acteur relativement nouveau de la géopolitique, qui a gagné en influence ces dernières années grâce à son extraordinaire capacité de production et à sa puissance financière. Pour se faire une idée, les cinq membres fondateurs représentent environ 41% de la population totale, couvrent 30% de la surface de la terre et incarnent 27% du produit intérieur brut mondial. En fait, le président de la Russie, Vladimir Poutine, dans son discours par voie télématique, a déclaré que le groupe dépasse en pouvoir d’achat le Groupe des 7 (G-7).

Países del BRICS

Les BRICS ont agi depuis leur création avec l’intention claire de rompre avec l’hégémonie politique et économique des États-Unis, favorisant ainsi un scénario de transition de plus en plus manifeste. Cependant, même s’il s’agit d’un véritable partenariat alternatif au modèle de gouvernance traditionnel imposé par les centres de pouvoir occidentaux – qui a déjà été durement frappé par le flirt avec la fin de la mondialisation et la polarisation avec ce sommet – beaucoup reste à faire. Que recherchent les États-Unis en Asie ? L’échec à atteindre les objectifs fixés avec les efforts précédents, ainsi que la consolidation politique et économique de la Chine, ont conduit à une radicalisation de la Maison Blanche, extrêmement intéressée à contenir le géant asiatique par l’instabilité commerciale et les alliances régionales…Cubahora/Haroldo Miguel Luis Castro


Ainsi, dans la déclaration finale de la réunion, ils ont cherché à accroître leur influence internationale en prenant part à des questions telles que la réalité complexe d’Haïti, le conflit armé entre la Russie et l’Ukraine et le contexte social délicat que connaît le Niger aujourd’hui. Ils parient également sur le maintien de l’accord nucléaire iranien, connu sous le nom de Plan d’action global commun et de la résolution 2231 des Nations Unies (ONU), adoptée en 2015 pour la non-prolifération.

Mais ils se sont également engagés à renforcer la coordination des politiques macroéconomiques, à approfondir la coopération et à œuvrer en faveur d’une reprise durable et équilibrée, en consolidant les chaînes d’approvisionnement et en stimulant les flux de ventes et d’investissements.

De même, ils préconisaient de renforcer les mécanismes d’assistance agricole pour améliorer la sécurité alimentaire et étaient chargés d’accroître la durabilité des systèmes énergétiques, y compris les infrastructures essentielles, afin de promouvoir l’utilisation d’énergies propres, la recherche et l’innovation dans le domaine de l’énergie.

LES BRICS, CUBA ET LA COOPÉRATION AVEC LE G-77 ET LA CHINE

Dans le cadre des Dialogues BRICS Plus et dans le but d’établir des alliances avec des pays en développement, Cuba a participé pour la première fois à un événement de ce type. En tant que Président pro tempore du Groupe des 77 et de la Chine, Cuba s’est présentée avec la responsabilité d’établir des stratégies communes qui contribuent au développement durable et à la réalisation des objectifs connexes.https://cdn.iframe.ly/api/iframe?url=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2F100068370872986%2Fposts%2F613506490938375%2F%3Fmibextid%3DrS40aB7S9Ucbxw6v&key=c19d95c7e440050a3d5463906745efac&v=1&app=1

Créé en 1964 par les membres du Mouvement des pays non alignés (MNA) à l’issue de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, le G77 a vu le jour pour stimuler les intérêts économiques des fondateurs et renforcer la capacité de négociation conjointe au sein de l’ONU. Avec l’entrée du Soudan du Sud en mars 2015, il est composé de 134 États, ne gardant son nom que pour des raisons historiques. Dans le cas de la Chine, bien qu’elle soit considérée comme un membre officiel, elle participe et collabore à l’extérieur. Cuba s’engage en faveur d’un développement durable, inclusif et résilient du G-77 + Chine La récente convention internationale sur l’environnement et le développement qui s’est tenue à La Havane a cherché à définir une stratégie commune pour atténuer l’impact croissant du changement climatique …Cubahora/Haroldo Miguel Luis Castro


Après plus d’un demi-siècle d’existence, elle a réussi à rester unie au multilatéralisme comme principe directeur des stratégies de coopération, malgré les différences marquées entre ses membres. Le G-77, qui représente 80 % de la population mondiale, a cherché à faire contrepoids aux grandes puissances économiques qui le composent.

Cuba, par la voix de son président, Miguel Diaz-Canel Bermúdez, a appelé au renforcement de la coordination effective entre les deux blocs pour promouvoir la défense des revendications des pays du Sud et assurer ainsi une plus grande représentation et un plus grand vote des nations du Sud en développement dans la prise de décision au sein des institutions économiques et financières internationales.

Le Premier Secrétaire du Parti communiste a également souligné la nécessité d’un ordre monétaire international plus stable, prévisible et diversifié ; et préconisé la défense du multilatéralisme et le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international.

Dans son discours, Diaz Canel a rejeté l’imposition de mesures coercitives unilatérales, telles que le blocus imposé par les États-Unis depuis plus d’un demi-siècle au peuple cubain et a défendu un modèle international de coopération solidaire et de bénéfice mutuel, sans ingérence dans les affaires intérieures des États.


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Haroldo Miguel

Haroldo Miguel Luis Castro


 

mercredi 23 août 2023

Le plan nucléaire pour décapiter la Russie et la Chine (et la planète)

Même si le lanceur d’alerte Daniel Ellsberg des Pentagon Papers est décédé, son deuxième secret qui jusqu’ici n’avait pas été révélé, l’est désormais : Daniel Ellsberg a découvert les preuves que tous les gouvernements des Etats-Unis, aucun n’y faisant exception, sont prêts à déclencher un nouvel Hiroshima y compris contre une puissance nucléaire et la Chine est actuellement dans le viseur. Alors que dans le conflit ukrainien, la Chine n’a aucune part Daniel Ellsberg montre que le plan d’attaque nucléaire contre ce pays est activé. Daniel Ellsberg a estimé le nombre de morts d’une telle stratégie : le nombre total de morts serait d’environ 600 millions de morts. C’est une centaine d’holocaustes. Mais lisez plutôt c’est au-delà des pires cauchemars et c’est pourtant la stratégie adoptée par tous les gouvernements des Etats-Unis et cautionné par les nôtres. (note et traduction de Danielle Bleitrach)

21/08/2023

par Dan Steinbock
Publié le

Le 16 juin, Daniel Ellsberg, âgé de 92 ans, est décédé. À RAND, il a contribué à une étude top-secrète en 47 volumes de documents classifiés sur la guerre du Vietnam. Même si la guerre avait été reconnue comme « impossible à gagner » depuis les années 1950, les présidents successifs, d’Eisenhower à Nixon, avaient menti sur le conflit.

Comme Ellsberg a publié des copies des documents classifiés, les 7 000 pages sont devenues connues sous le nom de « Pentagon Papers ». Cependant, de 1958 à 1971, son travail principal avait été celui de planificateur de guerre nucléaire pour les administrations Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon.

Selon lui, presque tous les présidents américains, de Truman à Trump, ont « envisagé ou dirigé des préparatifs sérieux pour une éventuelle initiation imminente par les États-Unis d’une guerre nucléaire tactique ou stratégique ». La plupart des plans se concentraient sur l’Union soviétique, le Vietnam du Nord, la Corée du Nord, ainsi que l’Irak, l’Iran, l’Inde et la Libye.

Dans le cas de la Chine, le rôle de Pékin dans la guerre de Corée (1950) et les crises du détroit de Taiwan (1954-55, 1958) ont déclenché des plans nucléaires américains.

Jusqu’à récemment, on ne savait pas qu’Ellsberg avait également secrètement copié des dossiers sur les plans nucléaires du Pentagone pour « décapiter » la Russie, la Chine et notre planète.

 La décapitation nucléaire du pilote automatique de la Chine

En mai 2021, le New York Times a publié les documents classifiés d’Ellsberg sur l’attaque nucléaire proposée contre la Chine dans un contexte de tensions sur le détroit de Taïwan en 1958. Les dirigeants du Pentagone faisaient pression pour une option de première frappe, malgré leur conviction que l’Union soviétique, alors alliée de la Chine, pourrait riposter et que des millions de personnes périraient.

Exhortant le président Biden et le Congrès à en prendre note, Ellsberg était également las de l’apathie des médias après son livre The Doomsday Machine (2017).

La Machine apocalyptique (2017) de Daniel Ellsberg

Source : Bloomsbury Publishing

Depuis le conflit ukrainien, les États-Unis et l’OTAN ont associé la Russie à la Chine, qui n’a joué aucun rôle dans l’invasion. En octobre 2022, l’administration Biden a dévoilé une stratégie de guerre froide pour les « menaces nucléaires de la Chine et de la Russie ». Ce faisant, les réalités historiques ont été bouleversées.

Selon The Doomsday Machine, Ellsberg a d’abord appris ces réalités en lisant un document top secret basé sur la question du président Kennedy aux chefs d’état-major interarmées : « Si vos plans de guerre [nucléaire] générale sont exécutés comme prévu, combien de personnes seront tuées en Union soviétique et en Chine ? » Lire aussi :Bannon: Trump prêt à rendre la guerre commerciale « insupportablement douloureuse » pour la Chine

Le total variait autour de 275 millions à 325 millions de décès. En fait, le plan de guerre nucléaire américain visait la « destruction de la Chine et de l’Union soviétique en tant que sociétés « viables » ».

1 100 cibles nucléaires américaines en 1956

En 2016, les Archives de la sécurité nationale ont publié une liste déclassifiée de cibles nucléaires américaines de 1956, qui couvrait 1 100 sites en Europe de l’Est, en Russie, en Chine et en Corée du Nord. Source : Capture d’écran en gros plan de « Nukemap » par le Future of Life Institute

Pire, la stratégie nucléaire liait une « guerre générale », ce qui légitimerait une première frappe contre l’Union soviétique (et aujourd’hui la Russie) et la Chine, même si Pékin n’aurait rien à voir avec un tel conflit. Ellsberg a donc demandé aux chefs, au-dessus de la signature du président, une ventilation totale des décès dans le monde dus aux attaques américaines.

Environ 100 millions de morts supplémentaires ont été prédits en Europe de l’Est, à la suite d’attaques directes contre les bases du Pacte de Varsovie et les défenses aériennes et des retombées. Peut-être 100 millions de plus provenant des retombées en Europe occidentale et encore 100 millions dans les pays principalement neutres adjacents au bloc soviétique et à la Chine, y compris la Finlande, la Suède, l’Autriche, l’Afghanistan, l’Inde et le Japon.

Le nombre total de morts serait d’environ 600 millions de morts. C’est une centaine d’holocaustes.

Une véritable « solution finale »

Comme Ellsberg l’a découvert, dissuader une attaque nucléaire soviétique surprise ou répondre à une telle attaque n’a jamais été le seul ou principal objectif des plans et des préparatifs nucléaires américains. Le véritable objectif est de limiter les dommages causés aux États-Unis par les représailles soviétiques ou russes à une première frappe américaine contre l’URSS ou la Russie.

L’impact dévastateur de « l’hiver nucléaire » et de la « famine nucléaire », tous deux connus depuis le début des années 80, est systématiquement ignoré par les planificateurs nucléaires.

Si les plans américains de guerre thermonucléaire sont mis à exécution, cela signifie « de la fumée et de la suie soulevées par de violentes tempêtes de feu dans des centaines de villes en feu dans la stratosphère, où il ne pleuvrait pas et resterait pendant une décennie ou plus ». Il envelopperait le globe et bloquerait la plupart de la lumière du soleil. Cela abaisserait les températures mondiales annuelles au niveau de la dernière période glaciaire et tuerait toutes les récoltes dans le monde, « provoquant ainsi une famine quasi universelle dans un an ou deux ».

Dans ses mémoires Doomsday Delayed (2008), John H. Rubel, qui a ensuite été secrétaire adjoint à la Défense de McNamara, se souvient de la première présentation de haut niveau d’un tel scénario au printemps 1960. Il a montré comment plus de la moitié de la population soviétique périrait des seules retombées radioactives, et la moitié des 600 millions de Chinois. Cela a horrifié Rubel, qui était d’origine juive allemande. Il a pensé à la conférence de Wannsee en janvier 1942, lorsque principalement des bureaucrates SS, y compris Adolf Eichmann, se sont mis d’accord sur un programme visant à exterminer tous les derniers Juifs qu’ils pouvaient trouver en Europe, en déployant des méthodes d’extermination de masse technologiquement efficaces :Lire aussi :Suivi des vaccins contre la COVID-19 en Chine

J’avais l’impression d’assister à une descente comparable dans le cœur profond des ténèbres, le monde souterrain crépusculaire gouverné par une pensée de groupe disciplinée, méticuleuse et énergiquement insensée visant à anéantir la moitié des personnes vivant sur près d’un tiers de la surface de la terre.

À son tour, la discussion publique sur les plans américains pour la décapitation du commandement et du contrôle soviétiques a conduit à un système de délégation « main morte » qui assurerait des représailles à l’attaque américaine détruisant Moscou et d’autres centres de commandement. Et le reste des États nucléaires ont suivi les empreintes.

Les profiteurs de l’apocalypse

La préparation nucléaire n’est pas bon marché. Les coûts projetés des forces nucléaires américaines de 2021 à 2030 devraient totaliser 634 milliards de dollars. Les deux tiers de ces coûts seront engagés par le Département de la défense (DoD), les dépenses les plus importantes étant consacrées aux sous-marins lanceurs de missiles balistiques et aux missiles balistiques intercontinentaux. Les coûts du Département de l’énergie (DOE) seront consacrés aux laboratoires d’armes nucléaires et aux activités de soutien.

Les principaux bénéficiaires de ces dépenses sont les principaux contractants de nouveaux vecteurs nucléaires et les exploitants du complexe national d’armes nucléaires. Un petit oligopole d’entrepreneurs et d’opérateurs mondiaux – la Big Defense – en récoltera les bénéfices. Northrop Grumman a identifié les principaux fournisseurs de son nouvel ICBM dans 32 États. Ses 12 plus grands sous-traitants comprennent certaines des sociétés de défense les plus importantes du pays, notamment Lockheed Martin, General Dynamics, L3Harris, Aerojet Rocketdyne, Honeywell, Bechtel et la division aérospatiale de Raytheon.

De 2012 à 2020, ces grands conglomérats de défense ont dépensé plus de 119 millions de dollars en contributions électorales employant 380 lobbyistes parmi eux en 2020 seulement. Plus des deux tiers de l’argent sont passés par la « porte tournante » des postes les plus élevés du Congrès, du Pentagone et du Département de l’énergie pour travailler pour des entrepreneurs en armes nucléaires en tant que cadres ou membres du conseil d’administration, et vice versa. Typiquement, les secrétaires à la Défense – y compris James Mattis (General Dynamics) ; Mark Esper (Raytheon) ; et Lloyd Austin (Raytheon) – ont été lobbyistes ou membres du conseil d’administration de grands entrepreneurs en armes nucléaires avant le Pentagone.

En outre, la Grande Défense dépense des millions de dollars pour soutenir les groupes de réflexion pour une « analyse indépendante » sur les armes nucléaires. Léchant la main qui les nourrit, les groupes de réflexion, en retour, poussent à augmenter les investissements nucléaires dans l’étranger proche de la Russie et en Asie via le pacte de sécurité trilatéral États-Unis-Royaume-Uni-Australie AUKUS.Lire aussi :L’ex-conseiller d’Angela Merkel s’oppose à l’envoi d’armes lourdes en Ukraine

Démanteler la Machine

Alors, où en sommes-nous aujourd’hui? Le plan Doomsday Machine, officiellement connu sous le nom de Plan opérationnel intégré unique (SIOP), a été mis à jour annuellement jusqu’en 2003, date à laquelle il a été remplacé jusqu’à sa révision en 2012 par le PSO 8010-12, Dissuasion stratégique et emploi de la force. On pense que son plan de base est toujours dirigé contre « la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie et les attaques d’armes de destruction massive par des acteurs non étatiques ».

Même contre la Russie et de plus en plus la Chine, qui domine maintenant la planification nucléaire américaine, le Pentagone et la communauté du renseignement pensent qu’« une première frappe désarmante [contre les États-Unis] ne se produira probablement pas ». Pourtant, comme il y a plus de six décennies, de telles évaluations sont sujettes à des perceptions, qui ont abouti à plusieurs fausses armes depuis les années 1960 ; certains d’entre eux potentiellement mortels.

Comme en témoigne l’horloge de la fin du monde, la probabilité d’une catastrophe mondiale d’origine humaine est aujourd’hui la plus élevée depuis la Seconde Guerre mondiale. Démanteler la machine apocalyptique aux États-Unis et dans d’autres États nucléaires est le seul moyen viable d’assurer une paix durable – et la survie de notre planète.

* Dr. Dan Steinbock est un stratège internationalement reconnu du monde multipolaire etle fondateur de Difference Group. Il a travaillé à l’India, China and America Institute (États-Unis), aux Shanghai Institutes for International Studies (Chine) et au EU Center (Singapour). Pour plus d’informations, reportez-vous à la section https://www.differencegroup.net/ . Publié à l’origine par China-US Focus sous le titre « Dévoiler les menaces nucléaires: une réalité du passé et du présent » le 12 juillet 2023

 

dimanche 20 août 2023

 

Quelques réflexions concernant la guerre en Ukraine

samedi 19 août 2023 par Régis de Castelnau  blog ANC

[...]Tout d’abord, je vais me rajeunir en invitant à lire « le rapport fait devant la 11e conférence de Moscou sur la sécurité internationale par le camarade général d’armée Shoigou au nom du Politburo du PCUS maintenu.

Même si cela donne raison à Victoria Nuland qui prétend que Vladimir Poutine veut restaurer l’Union soviétique, la prestation du camarade Shoigou était caricaturale au plan de la forme. Sur le fond, présentée devant un parterre de délégations étrangères, l’analyse présentée en dit long sur la stratégie de la Russie :

  • « L’opération militaire spéciale a mis fin à la domination de l’Occident collectif dans le domaine militaire. Sa capacité à imposer ses intérêts dans diverses régions du monde a été considérablement réduite. Les changements en cours ont renforcé le rôle des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine dans le système mondial, y compris l’utilisation des ressources naturelles pour le développement souverain des États.
  • De même qu’au siècle dernier, la défaite du fascisme en Europe par l’Armée rouge a donné un puissant élan au mouvement anticolonial dans le monde entier, de même aujourd’hui la défaite des néo-fascistes ukrainiens soutenus par l’Occident servira de facteur pour contrer le néo-colonialisme moderne. »

Si l’on comprend bien, comme l’avait fait la prise de Berlin par l’Armée Rouge, l’OMS déploie sa force propulsive et reprend la lutte pour la libération du monde ? Eh bien dites donc…

On peut ensuite passer à l’interview donnée par Sergueï Lavrov. à la revue du ministère russe des affaires étrangères. Ne varietur, Lavrov est toujours aussi déterminé et rigoureux qu’au premier jour de l’OMS.
Et cette détermination rejoint celle de Shoigu :

  • « concernant l’Ukraine, nous atteindrons nos objectifs (démilitarisation, dénazification, neutralisation) et nous serons des acteurs importants de la désoccidentalisation du monde. Le maintien de la Russie est à ce prix »

Ces deux interventions de ministres essentiels de la direction russe ne sont pas des opérations de propagande improvisée. Mais des rappels au réel de la situation et des intentions de la Russie. Il faut vraiment les prendre au sérieux.

Il est possible également de prendre connaissance des éléments essentiels de l’interview donnée parle président biélorusse Loukachenko à une journaliste ukrainienne. Il ne mâche pas ses mots, et en particulier rétablit la vérité sur ce qui s’est passé au début de l’offensive russe.
Puis il annonce aux ukrainiens ce qui va leur arriver :

  • « Maintenant, la Russie va vous écraser. Vos effectifs et votre matériel. Il n’y a plus ces petits nazis motivés, ils sont déjà tous morts. Qui se bat ici ? Ceux que vous attraperez dans les rues et que vous amènerez ici ? Ils ne sont pas préparés. Et puis un peu de militaires. Ils n’y arriveront pas. Ils vous broieront, puis ils feront ce dont vous avez le plus peur : ils vous couperont jusqu’à la Moldavie, jusqu’à la Transnistrie ».
    C’est du Loukachenko, du brutal, et sans précautions particulières, il annonce probablement ce qui va se passer.

Pour terminer [...] il faut (re)lire l’intervention de John J. Mearsheimer à l’université européenne de Florence le 16 juin 2022. Son diagnostic était imparable, et il pointait l’écrasante responsabilité de l’Occident imbécile dans la catastrophe :

  • « En termes simples, le conflit en cours en Ukraine est une catastrophe colossale qui, comme je l’ai noté au début de mon discours, obligera les gens du monde entier à chercher ses causes. Ceux qui croient aux faits et à la logique découvriront rapidement que les États-Unis et leurs alliés sont les principaux responsables de ce déraillement de notre train commun. » concluait-t-il. Mearsheimer est un vieil occidentaliste et il est normal qu’il déplore « le déraillement du train commun ».
L’internationaliste conséquent lui répondra que le train conduit par la locomotive américaine n’est précisément pas un train commun.
Le problème c’est que la majorité mondiale est de cet avis.
Et comme le montre l’affluence des demandes d’adhésion au sommet des BRICS, on se bouscule à la correspondance pour en prendre

samedi 19 août 2023


Cris et chuchotements le long des tours de guet russes

Disons que je n’ai pas de grandes affinités avec Pepe Escobar qui est pour moi aux antipodes du mode de penser communiste mais on ne peut nier qu’il s’agisse d’un fin connaisseur de ce monde multipolaire en train de surgir. Ici, il nous livre ce qui pourrait être un nouvel épisode de la “maskirovka“, de cette duperie militaire russe qui s’enseigne dans les académies militaires depuis des décennies. Tout à coup des tactiques mystérieuses deviennent une bonne pratique militaire. Le but de cette « fausse guerre » est de tromper l’ennemi et de le garder trompé jusqu’à ce que vous soyez vraiment prêt à bouger. Voici ce que les Russes ont conçu en matière de guerre trompeuse. Les éclaireurs allemands ont signalé l’emplacement de dizaines de positions de canons qui se sont avérées plus tard n’être rien d’autre que des troncs d’arbres effilés coincés dans le sol à des angles de rotation pour ressembler à de l’artillerie. C’est la même chose avec certaines concentrations de tanks. Ils se sont avérés être des modèles en bois. Les Allemands ont été trompés par une soudaine explosion d’activité sur un secteur, avec des soldats de l’Armée rouge déplaçant des canons, des chars roulant de haut en bas, des hommes courant partout et criant et creusant de nouvelles fortifications. Les Allemands, bien sûr, s’attendaient à une attaque à ce stade et s’y préparaient. L’attaque est venue juste à côté. Il faut beaucoup d’habileté et de capacité à la comédie pour mener une guerre trompeuse, mais jusqu’à présent, les Russes ont prouvé qu’ils avaient une armée d’acteurs de premier ordre lorsqu’ils essayaient ce genre de chose. Mais il ne s’agit pas seulement de ce qui se passe sur le Front, ce qui rend littéralement fous les ennemis est de tenter de percevoir la relation entre le fait militaire et l’organigramme de commandement. Et là il est clair que si c’est volontaire, ils sont arrivés à créer une situation assez stupéfiante. Si l’on considère la prise de Bakhmout malgré ou grâce aux querelles entre Wagner et le haut commandement ils ont réussi à attirer dans un hachoir une bonne partie des forces ukrainiennes rendant difficile l’offensive annoncée et sans cesse repoussée et qui risque fort de se traduire par la fin de l’Ukraine, le relais étant par exemple la Pologne, c’est-à-dire la guerre directe avec l’OTAN. Par ailleurs, ce qui monte dans la société russe face à cette situation est une volonté du peuple russe et des combattants d’un engagement plus massif et plus clair dans la guerre avec l’OTAN et pas une paix type les accords de Minsk ou les promesses fallacieuses faites à Gorbatchev sur la dissolution de l’OTAN. En outre on peut considérer que si c’est volontaire, la maskirovka a déjà réussi à rendre complètement délirante la propagande déversée en occident. (note de Danielle Bleitrach histoireetsociete)

13 MAI 2023 ALGORA BLOG 

par Pepe Escobar via Strategic-Culture

Rappelez-vous Poutine : « Nous n’avons encore rien commencé. »

Des murmures d’une « puissance maléfique » ont été entendus dans les files d’attente dans les magasins de laiterie, dans les tramways, les magasins, les appartements, les cuisines, les trains de banlieue et longue distance, dans les gares, grandes et petites, dans les datchas et sur les plages. Inutile de dire que les gens vraiment matures et cultivés n’ont pas raconté ces histoires sur la visite d’une puissance maléfique dans la capitale. En fait, ils se sont même moqués d’eux et ont essayé de donner du sens à ceux qui leur disaient. »

Mikhaïl Boulgakov, Le maître et Marguerite

Pour citer Dylan, qui aurait pu être un épigone de Boulgakov: « Alors arrêtons de parler faussement maintenant / l’heure se fait tard. » À présent, il est tout à fait clair que l’illusion d’un accord de « paix » en Ukraine est le dernier rêve humide des suspects habituels « capables de ne pas conclure d’accord », toujours accrochés aux mensonges et au pillage tout en manipulant habilement certains libéraux parmi l’élite russe.

L’objectif serait d’apaiser Moscou avec quelques concessions, tout en gardant Odessa, Nikolaev et Dnipro, et en sauvegardant ce que serait l’accès de l’OTAN à la mer Noire.

Tout cela tout en investissant dans une Pologne enragée et rancunière pour devenir une milice militaire armée jusqu’aux dents de l’UE.

Ainsi, toute « négociation » vers la « paix » masque en fait une volonté de reporter – juste pour un petit moment – le plan directeur initial : démembrer et détruire la Russie.

Il y a des discussions très sérieuses à Moscou, même au plus haut niveau, sur la façon dont l’élite est réellement positionnée. En gros trois groupes peuvent être identifiés: le parti de la victoire; le parti de la « paix » – que Victory décrirait comme des capitulations ; et les neutres/indécis.

La victoire inclut certainement des acteurs cruciaux tels que Dmitri Medvedev; Igor Setchine de Rosneft; le ministre des Affaires étrangères Lavrov; Nikolaï Patrouchev; le chef du Comité d’enquête de la Russie, Alexandre Bastrykine; et – même sous le feu des critiques – certainement le ministre de la Défense Choïgou.

La « paix » comprendrait, entre autres, le chef de Telegram, Pavel Durov ; l’entrepreneur milliardaire Andrey Melnichenko; le tsar des métaux et des mines Alisher Usmanov (né en Ouzbékistan); et le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Neutre/indécis inclurait le Premier ministre Mikhaïl Michoustine; le maire de Moscou, Sergueï Sobianine; le chef de cabinet du bureau exécutif présidentiel, Anton Vaino; le premier chef de cabinet adjoint de l’administration présidentielle et tsar des médias, Alexey Gromov; Herman Gref, PDG de Sberbank; Alexey Miller, PDG de Gazprom; et – pomme de discorde particulière – peut-être le supremo du FSB Alexander Bortnikov.

Il est juste de soutenir que le troisième groupe représente la majorité de l’élite. Cela signifie qu’ils influencent fortement l’ensemble du cours de l’opération militaire spéciale (SMO), qui s’est maintenant métastasée en une opération antiterroriste (ATO).

Le brouillard de guerre « contre-offensive »

Ces différents points de vue russes au sommet suscitent, comme on pouvait s’y attendre, des spéculations frénétiques parmi les think tanks américains et de l’OTAN. Otages de leur propre excitation, ils oublient même ce que toute personne ayant un QI supérieur à la température ambiante sait : Kiev – bourré de 30 milliards de dollars d’armement de l’OTAN – pourrait avoir des effets moins que nuls de sa « contre-offensive » tant vantée. Les forces russes sont plus que préparées, et l’Ukraine manque de l’élément de surprise.

Les hacks collectifs occidentaux, après s’être fiévreux grattés la tête, ont finalement découvert que Kiev devait se lancer dans une « opération interarmes » pour tirer quelque chose de son nouveau déluge de jouets de l’OTAN.

John Cleese a noté à quel point le couronnement de Charles The Tampax King ressemblait à un sketch des Monty Python. Maintenant, essayez celui-ci comme une suite: l’Hégémon ne peut même pas payer ses billions de dettes tandis que les hommes de main de Kiev se plaignent que les 30 milliards de dollars qu’ils ont obtenus sont des cacahuètes.

Sur le front russe, l’indispensable Andrei Martyanov – un maelström d’esprit – a observé comment la plupart des correspondants militaires russes alarmés n’ont tout simplement aucune idée « du type et du volume d’informations de combat qui affluent vers les postes de commandement à Moscou, Rostov-sur-le-Don ou les états-majors des formations de première ligne ».

Il souligne qu’« aucun officier de niveau opérationnel sérieux » ne parlera même à ces gars, joyeusement décrits comme des « voenkurva » (en gros, des « chiennes militaires »), et ne divulguera tout simplement aucune sorte de données opérationnelles hautement classifiées ».

Ainsi, dans l’état actuel des choses, tout le bruit et la fureur de la « contre-offensive » sont enveloppés d’un épais brouillard de guerre.

Et cela ne sert qu’à jeter de l’huile sur le feu des vœux pieux du Think Tankland américain. Le nouveau récit dominant dans le Beltway est que la direction à Moscou est « fragmentée et imprévisible ». Et cela pourrait conduire à « une défaite conventionnelle d’une grande puissance nucléaire » dont « le système de commandement et de contrôle s’est effondré ».

Oui : ils croient en fait en leur propre propagande stupide (copyright John Cleese). Ils sont l’équivalent américain du Ministry of Silly Walks. Incapables d’analyser pourquoi et comment l’élite russe a des points de vue différents sur la méthode et l’étendue du SMO / ATO, le mieux qu’ils puissent trouver est « protéger l’Ukraine est une nécessité stratégique, puisque la menace russe augmente si Moscou gagne en Ukraine ».

Ce qui se cache derrière le son et la fureur de Prighozin

L’arrogance/ignorance américaine n’efface pas le fait qu’il semble y avoir une sérieuse lutte de pouvoir entre les siloviki. Evgueni Prigojine, un siloviki, a en fait dénoncé Choïgou et Gerasimov comme incompétents, laissant entendre qu’ils ne gardent leurs postes que par loyauté envers le président Poutine.

C’est aussi grave que possible. Parce que c’est lié à une question clé posée à travers plusieurs silos éduqués à Moscou : si la Russie est largement connue pour être la puissance militaire la plus puissante au monde avec les missiles défensifs et offensifs les plus avancés, comment se fait-il qu’ils n’aient pas conclu toute l’affaire sur le champ de bataille ukrainien ?

Une réponse plausible est que seulement 200 000 membres de l’armée russe combattent actuellement, et environ 400 000 à 600 000 attendent en réserve pour l’attaque ukrainienne. Pendant qu’ils attendent, ils sont en formation constante; l’attente est donc à l’avantage de la Russie.

Une fois que la fameuse « contre-offensive » s’estompera, l’Ukraine sera frappée par une force massive. Il n’y aura pas de règlement négocié. Seulement une reddition inconditionnelle.

Ce qui se passe en ce moment – le drame Prigozhin – est subordonné à cette logique, fonctionnant parallèlement à une opération médiatique assez sophistiquée.

Oui, le ministère de la Défense (MoD) a commis plusieurs erreurs graves, ainsi que d’autres institutions russes, depuis le début du SMO. Les critiquer en public, de manière constructive, est un exercice salutaire.

La tactique de Prighozin est un joyau; il manipule un certain degré d’indignation publique pour faire pression sur la bureaucratie du ministère de la Défense en disant essentiellement la vérité. Il pourrait même aller jusqu’à citer des noms : des officiers qui abandonnent différents secteurs des lignes de front. En revanche, ses « musiciens » wagnériens sont dépeints comme de véritables héros.

La question de savoir si le bruit et la fureur de Prigozhin suffiront à affiner la bureaucratie enracinée du ministère de la Défense reste ouverte. Pourtant, la couverture médiatique de l’ensemble du drame est essentielle; Maintenant que ces problèmes sont dans le domaine public, les gens s’attendront à ce que le ministère de la Défense agisse.

Et d’ailleurs, c’est le fait essentiel : Prighozin a été autorisé (italiques à moi) à aller aussi loin qu’il le veut par la Puissance supérieure (la connexion de Saint-Pétersbourg). Sinon, il serait maintenant dans un goulag remanié.

Les prochaines semaines sont donc absolument cruciales. Poutine et le Conseil de sécurité savent certainement ce que tout le monde ne sait pas – y compris Prighozin. La clé à retenir est que le terrain commencera à être préparé pour que les États-Unis et l’OTAN finissent par transformer l’Ukraine croupion, les chiens de poche baltes, la Pologne enragée et quelques autres figurants en une sorte de forteresse Europe de l’Est engagée dans une guerre d’usure contre la Russie avec le potentiel de durer des décennies.

C’est peut-être l’argument ultime pour que la Russie opte enfin pour la jugulaire, dès que possible. Sinon, l’avenir sera sombre. Eh bien, pas si sombre. Rappelez-vous Poutine : « Nous n’avons encore rien commencé. »

Frustré par la souveraineté du Mali, le ministère des affaires étrangères s’en prend aux populations, par Franck Marsal

Le gouvernement français ne supporte pas que les anciens pays colonisés (Mali, Burkina, Niger) accèdent à la réelle souveraineté et rejettent les injonctions méprisantes de Paris. Incapable de prolonger sa domination sur l’Afrique, la France choisit de se venger en s’en prenant aux populations. Menaces, sanctions et gesticulations qui ont des effets terribles mais qui ne font que renforcer la détermination des nouvelles générations à tracer une voie indépendante de l’occident.

Dernière décision en date, celle prise la semaine passée par le Ministère français des Affaires étrangères de placer le Mali en zone rouge, fortement déconseillée aux ressortissants français. Cyril Adohoun, journaliste malien relate, dans un article que nous publions ci-dessous, les conséquences concrètes de cette décision, dont les autorités maliennes n’ont été informées que par voie de presse.

Dans la même période, le Mali vient de publier les résultats de son 5ème recensement général de la population, qui sont tout à fait fascinants :

La population malienne est estimée à 22 395 485 habitants pour l’année 2022. Parmi ces chiffres, 47,2% sont des jeunes de moins de 15 ans. Le taux de croissance démographique du Mali est de 3,3 % par an. Une croissance de 3,3% par an signifie que la population du Mali aura doublé en 20 ans. Ces résultats montrent l’ampleur des défis auxquels le peuple malien est aujourd’hui confronté pour nourrir, éduquer, construire, protéger sa patrie. Ils montrent également l’incurie profonde des classes dominantes françaises, enfermées dans leur passé colonial et incapable de se projeter dans le monde de demain qu’elle ne gouverneront plus. Ils montrent enfin que la souveraineté n’est pas seulement un enjeu de dignité pour ces pays mais une urgence vitale, afin de pouvoir mobiliser toutes les ressources et énergies nécessaires en vue de ces défis.

Les trois pays “fer de lance” de l’actuel mouvement pour la souveraineté de l’Afrique sont dans cette même situation de croissance démographique. Réunis, ces trois pays comptent environ 65 millions d’habitants et auront doublé leur population d’ici 20 ans, moins d’une génération. Ces pays que le gouvernement français méprise auront alors une population double de celle de la France. Il n’y a aucune raison de douter que ces jeunes pays relèveront le défi de la souveraineté et celui du développement. De nombreux signes montrent que les problèmes sont en train d’être pris à bras le corps, non par le gouvernement, mais par le pays tout entier.

Le mouvement de solidarité avec le peuple nigérien, frappé par les sanctions criminelles de la CEDEAO se poursuit pour sa part dans plusieurs pays africains, sous forme de manifestations populaires et de prises de position. Par exemple, la conférence des évêques du Togo viennent d’appeler à trois journées de prière en solidarité au peuple nigérien et pour la levée des sanctions. Il est temps que les organisations populaires françaises entrent à leur tour dans des actions concrètes de solidarité.

LA BOURDE DIPLOMATIQUE AUX PROPORTIONS INATTENDUES SAPE DAVANTAGE LES RELATIONS ENTRE BAMAKO ET PARIS. LA MESURE FRANÇAISE DE METTRE LE PAYS EN ZONE ROUGE A FÂCHÉ LES MALIENS QUI ONT EUX AUSSI RÉAGI EN RÉCIPROCITÉ, par Cyril Adohoun

Le Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a récemment été pris de court en apprenant que le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français avait catégorisé le Mali en zone rouge, invoquant des « fortes tensions régionales » comme justification. Cette décision a déclenché une série de mesures qui risquent de compromettre les liens entre les deux nations.

Il est préoccupant de constater que cette dé-classification du Mali en zone rouge a été communiquée aux autorités maliennes par le biais des médias plutôt que par des canaux diplomatiques appropriés. « Le Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a appris, avec surprise, par voie de presse que le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français a classé le Mali en zone rouge au motif de supposées « fortes tensions régionales », a tweeté le ministre Abdoulaye Diop.

Cette approche négligente a non seulement froissé la sensibilité de Bamako, mais a également miné la confiance qui est fondamentale pour maintenir des relations internationales solides. Une telle omission dans la communication ne fait qu’accroître les tensions déjà existantes entre les autorités de la transition malienne et celles françaises.

Dans la même foulée, a fait savoir le Chef de la diplomatie malienne, les Services de l’Ambassade de France à Bamako ont suspendu la délivrance des visas et fermé le centre de visas et le centre d’appels « Capago ». Ce qui a ajouté une couche supplémentaire d’obstacles aux relations entre les deux pays.

La suspension de la délivrance des visas a des conséquences bien plus vastes que ce qui pourrait apparaître à première vue. Elle a le potentiel de perturber les échanges culturels, économiques et éducatifs entre le Mali et la France, mettant ainsi en péril les opportunités de collaboration et de rapprochement entre les deux nations.

« Le Ministère suspend, jusqu’à nouvel ordre, la délivrance de visas aux ressortissants français par les services diplomatiques et consulaires du Mali en France », a répliqué le ministre Abdoulaye Diop. L’utilisation de la réciprocité par le Mali pour suspendre la délivrance de visas aux ressortissants français est compréhensible d’un point de vue diplomatique.

Cependant, ces mesures réciproques risquent de créer un cercle vicieux de représailles mutuelles qui ne fera que détériorer davantage les relations déjà fragiles entre les deux pays. La diplomatie devrait viser à apaiser les tensions et à favoriser le dialogue plutôt qu’à intensifier les conflits.

La situation actuelle appelle à une réflexion approfondie sur la manière dont les décisions diplomatiques sont prises et communiquées. Une meilleure coordination et une communication directe entre les parties concernées sont nécessaires pour éviter de telles bourdes à l’avenir. Les relations entre pays ne sont pas seulement basées sur les intérêts nationaux, mais aussi sur le respect mutuel et la compréhension.

Somme toute, la bourde diplomatique entre Bamako et Paris ne peut être minimisée. Les répercussions potentielles de ces actions hâtives sont profondes et pourraient avoir des conséquences durables sur les relations entre le Mali et la France. Il est impératif que les deux parties travaillent ensemble pour rétablir la confiance et relancer un dialogue constructif afin de surmonter les différences et de renforcer leur collaboration pour le bien de leurs peuples respectifs et de la stabilité régionale.

Cyril Adohou Source: L’Observatoire