mardi 27 novembre 2018

AUJOURD'HUI, NOUS NOUS SOMMES "PARLÉ"

Ce soir, ma petite femme chérie, je vais faire plus court. Parce qu'aujourd'hui, il s'est passé des choses nouvelles. Des choses que j'imaginais plus que difficiles, impensables, il y a encore quelques jours: nous avons parlé de ce qui nous attend, de ce que hier encore je ne pouvais concevoir: de cet horrible moment qui approche sans que nous sachions le moment précis, et qui va nous séparer à jamais. 
C'est venu tout simplement. Comment exactement? Je ne me souviens plus très bien. Nous avions abordé le sujet il y a déjà quelques  mois, mais nous étions si loin de la réalité que c'était resté assez imprécis. Même si nous étions d'accord sur l'essentiel. Et aujourd'hui, lorsque j'ai commencé par parler de moi, pour "noyer le poisson", pour éviter de parler de toi, plutôt aborder ce sujet en priorité par mon cas, de te rappeler que je ne souhaitais que des obsèques civiles, au crématorium, tu m'as aussitôt rappelé que c'était pareil pour toi, que tu ne souhaitais passer par l'église, mes cendres à moi seraient réparties sur la tombe de mes parents, les tiennes à ta demande, faut-il le préciser, dans le cimetière d'Ibos, je t'ai simplement suggéré de faire mettre l'urne près de tes parents....
C'est ainsi que nous avons abordé , presque paisiblement, ce sujet d'importance, j'ai pu mesurer là une nouvelle fois ton courage, ton sang froid pour envisager ce sujet émouvant et ô combien difficile pour l'être qui "sait",  ta détermination, sans émotion apparente, tu m'as donné une autre leçon de la force de caractère que cachent ta douceur et ta légendaire tolérance. Surtout, je t'ai avoué que depuis plusieurs semaines, chaque soir,  je t'écris par internet interposé, je t'écris à ma manière, d'un trait , sans fioritures, pour parler de toi, de l'amour que tu m'as apporté, de ce que je te dois pour tant d'amour et de patience, pour le "râleur" auquel tu reprochais parfois -avec juste raison- ses excès, du bonheur que j'ai trouvé près de toi, après un divorce difficile et des années de "remise en ordre " dans mon tempérament parfois difficile à comprendre. D'un mouvement d'épaule, d'un regard, tu m'as signifié: " C'est encore de mon Pierre tel qu'il a toujours été et sera toujours : imprévisible, original, unique."
Heureusement pour moi, j'avais rencontré une perle rare.  Personne ne pourra me contredire. Sauf les pauvres imbéciles qui nous ont tourné le dos, sans doute, pour des motifs mesquins, dans une période où tu avais TANT besoin de tous les soutiens des vrais amis, et qui se sont avérés des faux culs.....
Enfin, ce qui m'a le plus rassuré, c'est lorsque tu m'as dit que de ces volontés dont nous avons décidé de parler, tu avais déjà parlé à ta sœur: un sujet de friction d'évité, pour l'avenir, même si cela ne regarde que nous, je pouvais m'attendre à n'importe quel reproche de qui peut tout se permettre.En n'importe quel domaine, ces donneurs de leçon ne manquent pas de culot, juste d'humilité. Chose qui ne les a jamais effleurés.
Ce soir, malgré la mauvaise journée que tu viens de vivre, sans rien manger, ou presque, - vomi aussitôt- je me sens un peu apaisé, comme toi, d'ailleurs, je t'ai trouvé plus détendue lorsque vers 20 H je t'ai quittée pour la nuit.  Tu m'as même souri plusieurs fois. Je n'oublierai pas de si tôt, que lorsque je t'ai dit que tu m'avais rendu heureux, tu m'a murmuré " moi aussi!!!!" 
Que ces deux mots sont beaux! A tous ceux qui me lisent, je souhaite d'entendre les mêmes. 
Je crois pouvoir dire que cette chose inattendue, que j'ai connue aujourd'hui, ces mots que nous avons échangés et dont je craignais la brutalité, la tristesse, se sont avérés doux et apaisants. Merci Mario, et d'autres amis et proches qui m'encouragent et me soutiennent, me conseillent, merci à vous tous: vous m'avez aidé à franchir un obstacle que je croyais trop dur pour moi. Grâce à vous,  l'avenir n'est pas et ne sera pas plus serein, mais mon âme, nos âmes et nos cœurs, sans doute, sont ce soir plus apaisés.
Pour terminer, Gisèle a encore une nouvelle fois été gâtée ce soir par ma petite sœur et son mari: elle a eu droit à du parmentier de canard, apporté spécialement de St Pé. Un beau-frère en or, çà, je le savais depuis 42 ans, mais tant d'attentions, de gâteries, pour ma petite perle qui lutte contre le mal implacable, et qui n'est que leur belle-sœur par alliance.....Chapeau, mille mercis pour elle, du fond du cœur. Tu vois, ma petite femme chérie, comme tu es appréciée et aimée comme tu le mérites. Et je n'oublie pas bien sûr l'autre beau-frère de MIJAS, mon querido cuñao Mauricio, plus qu'un vrai frère, qui m'appelle très souvent pur me soutenir, alors que son épouse première,  ma sœur aînée, est décédée depuis septembre 73, dans toute sa beauté, à l'âge de 42 ans. Çà, c'est du sentiment humain!
A demain, ma bichette chérie. Mais laisse moi encore et encore profiter de ces moments où je peux parler de toi et du souvenir que tu laisseras dans les cœurs de celles et ceux qui t'auront connue.

dimanche 25 novembre 2018

25 NOVEMBRE: LES DIMANCHES QUI N'EN SONT PLUS....

Ma perle chérie, ce soir, je m'installe avec un peu de retard, pour cause de "téléphonite" prolongée. Ma sœur Yvette, puis Mario T. , que nous croisions autour ds arènes, puis Corinne et Guy, puis à nouveau Yvette, qui m'a annoncé ne venir te voir que le soir, un rdv oublié le  matin..... Notre journée ne s'est pas passée au mieux, hier au soir, tu avais vomi, çà a recommencé ce matin et encore ce soir, dès les premières bouchées de ton repas. Autant dire que tu n'as pas gardé grand chose dans l'estomac, toi qui disais hier vouloir reprendre des forces.....De quoi demain sera fait? Déjà que ce matin je te trouvais plus petite mine qu'hier, et que rien ne s'est amélioré de ce jour....J'ai de plus en plus peur! Mais comme m'a dit Mario, tout-à-l'heure, il me faut gravir la montagne, et donc tout faire pour y arriver....
Encore une découverte qui m'a troublé: deux fois, aujourd'hui, j'ai vu des petites touffes de tes cheveux qui couraient sur le sol de la chambre. Tes beaux cheveux roux et gris-blancs, qui font l'admiration de beaucoup de femmes de ton âge, même plus jeunes,- elles croient souvent que tu te fais faire une couleur !!!- sont l'ultime méfait de ta dernière saleté de chimio. L'autre jour, une petite touffe était restée collée contre ma poitrine . Aujourd'hui, c'est l'arrière de ta tête tout entier qui apparaît presque nu, contre l'oreiller, heureusement que tu ne peux pas le voir....As-tu seulement conscience de cette chose terrible pour une femme si coquette, et qui me remplit de peine pour toi, ma "petite femme", comme tu aimais que je t'appelle? 
Cette journée a été assez éprouvante. D'abord, tu parles peu, de moins en moins, et de plus en plus faiblement, tu murmures, et je suis obligé de tendre l'oreille près de tes lèvres. Et souvent je ne sais que faire ou que dire, devant ses yeux chéris qui se ferment peu ou prou pour que je sache si tu vas dormir, sommeiller, ou seulement te reposer sans rien dire. Parfois, c'est un geste, avec le doigt, un mot à peine distinct, ou mal compris, et je me lève, deux fois, dix fois, cinquante fois, pour t'entourer et te gâter comme je veux que tu le sois. Comme tu le mérites, ma bichette. Mais le soir, quand je te quitte, j'ai comme l'impression d'avoir accompli une rude journée, à tourner et retourner vingt et cent fois dans ce petit endroit confiné. A te servir, à t'être agréable, à te rendre plus doux ces instants qui nous sont comptés. Qui te font certainement souffrir, malgré les antalgiques et autres antidépresseurs, et qui me font crever de douleur et de chagrin. 
Ce soir, tes pieds étaient encore froids, comme souvent. Mauvaise circulation du sang due à l'œdème, disent docteurs et soignants. Je t'ai frictionné les chevilles, les mollets, et les pieds, pendant un long long moment. J'attendais enfin un signe, un mot, pour seulement me rassurer, savoir si çà te faisait du bien. Hélas! rien n'est sorti, rien ne sort plus jamais de te bouche pour exprimer un sentiment, une satisfaction. Il faut que je te demande: " Est-ce que çà te fait un peu de bien?" , pour que tu me répondes un "oui" presque inaudible. Que c'est dur, de ne plus reconnaître en toi d'aujourd'hui le parfait objet de mon amour d'hier! Je sais: je dois me raisonner, ma Gisèle n'a plus les mêmes facultés pour exprimer les sentiments qu'elle ne maitrise plus. Et pourtant, sa mémoire est toujours aussi vive, du moins aussi claire: elle sait parfaitement où se trouve tel ou tel objet qu'elle me demande de lui rapporter, dans la kirielle de buffets, armoires, tiroirs, placards de notre maison, qu'elle avait aménagés et rangés de ses mains de parfaite fée du logis.
Plusieurs fois, souvent, même, je te dis des " je t'aime ", et tu me réponds "Oui"! Le "moi aussi, mon bichon" a disparu. Oh! Pas définitivement. De temps en temps, çà te revient, timidement, certes, mais çà me remplit le cœur de joie, comme si ces mots laissaient entrevoir un éclair d'espoir dans ton cœur et ton corps meurtris et souillés par l'immonde saloperie qui t'enlève à moi.
Ah! J'oubliais: ma Corinne préférée - ma filleule chérie-  m'a suggéré de te mettre une bouillotte sous les pieds, tout simplement: demain matin je file à la pharmacie.
Nous sommes nombreux à t'aimer, ma biche chérie: il y a des moments, entre deux pleurs, malgré les reproches indécents, çà me fait un sacré grand bien.

UN SAMEDI MAUSSADE DE POLLUTION PAR LE BRUIT ET LE POISON INDUSTRIEL

Ma biche chérie, journée plus éprouvante que d'autres, ce samedi où d'abord je me croyais à dimanche. Tellement je finis par être désorienté, perdu, sans toi, à me partager entre toi et notre maison que je quitte chaque matin le plus tôt possible. Il y a peu, j'ai écrit que j'avais horreur des week-ends en clinique. Aujourd'hui, et tu es du  même avis que moi,  puisque tu as râlé plusieurs fois, comme moi, je confirme et je signe: il ne fait pas bon être hospitalisé à l'Ormeau pendant les fins de semaine, que ce soit samedi ou dimanche. Et nous avons râlé parce que entre la pollution par le bruit de ceux qui travaillent sous notre fenêtre à l'étanchéité des terrasses, et les fumées des goudrons brûlés au chalumeau qui pénètrent dans la chambre, il y a de quoi s'inquiéter sur les conséquences pour la malade que tu es et qui est là pour être soignée. Pas pour être empoisonnée par cet environnement dangereux.
Je suis arrivé près de toi vers 10 heures: l'équipe qui procède à la réfection de l'étanchéité m'a paru ne pas arrêter de travailler pour prendre un repas. A moins que ce ne soit pour cause de ramadan. A 15 heures, ils travaillaient encore, jusqu'à 17 H, sans que je les ai vus une seule fois s'arrêter pour prendre un casse-croûte. Par contre, qu'est-ce qu'ils avalent comme fumée noire, toxique, évidemment, de ce goudron qu'ils répandent et chauffent avec de gros chalumeaux. Sans masque! Quelle nourriture pour leurs poumons, en plus de la cigarette, pour certains! Comment des entreprises qui en plus travaillent pour des établissements de santé laissent leurs ouvriers s'empoisonner, sans leur donner les moyens et les outils nécessaires, pour se préserver des risques de maladie grave qu'ils encourent. Si tu vois ce que je veux dire,  et dont il vaut mieux que je ne te parle pas, toi qui en est déjà la victime malgré toutes les précautions que nous ayons toujours prises. 
Autrefois, la première fois que j'ai approché d'un hôpital, quand j'étais gamin, -c'était celui de Tarbes-, ce qui m'avait frappé, et que je garde en mémoire, c'était les panneaux " HÔPITAL SILENCE" placés dans les rues avoisinantes. Aujourd'hui, non seulement on ne respecte ni ne fait respecter aucun silence, mais de plus, je le répète, on empoisonne les malades au sein même de la clinique, sans se poser de question.C'est vrai qu'il faudrait prendre la sage décision de condamner pendant la durée des travaux les chambres trop exposées à cette pollution, reloger ailleurs  les malades pour un temps, ce qui, dans notre société au service du seul fric, du capital, qui se fout de l'avenir de la planète, n'est même pas envisageable. Il faut avancer, c'est la loi de l'économie de marché, au service des investisseurs, et des actionnaires, qui mène comme je le crains le monde dans le mur, sans ce préoccuper de "détails secondaires", comme la paix, l'environnement, et la santé universelles,  ce qui pourrait entraver ou retarder la marche en avant du profit à tout prix. 
Entre les bruits souvent insoutenables et les odeurs tout aussi intenables, nous avons passé une foutue journée. D'autant que la veille, il t'avait à nouveau repris des vomissements, après que je t'ai quittée, vers 20 H: les soignantes avaient oublié de poser la sonnette sur le lit, tu ne pouvais  appeler personne, et tu es restée un bon moment bien malheureuse, avant de te faire entendre, et d'être délivrée et nettoyée comme tu en avais besoin. Tu m'avais annoncé çà à l'oreille, dès mon arrivée. "Je vais te raconter quelque chose", m'as-tu murmuré, tellement ta voix est faible, presque inaudible.De quoi m'inquiéter pour toi plus encore pour l'avenir, j'espère que ces soignantes qui sont d'ordinaire attentionnées, douces, patientes, retiendront la leçon: vérifier contradictoirement que le moindre détail n'échappe ni à l'une ni à l'autre.  Surtout que la sonnette pour un malade, c'est primordial, non?
Même à l'oreille, je ne puis t'annoncer la mauvaise nouvelle que j'ai appris également ce matin, en arrivant, quand on m'a prié de ne pas entrer, pendant ta toilette: je me suis approché de la chambre de la dame de Bordes, dont j'ai parlé hier. La porte était fermée. J'ai compris que c'était fini, j'ai eu peu après confirmation , je n'ai pas vu son mari. Est-ce que le corps de la pauvre femme avait été emporté? Déjà un grand coup de blues, à l'arrivée à la clinique, même pour cette personne que je ne connaissais pas, mais qui m'avait beaucoup ému. Mais son mari, son fils et son petit fils, qui vivent tous à proximité, vont pouvoir, ensemble, faire le deuil. Pour moi, à mon humble avis, une chance, dans leur malheur.
Ce soir, je pense à eux, avec compassion, au mari, surtout, avec qui j'ai échangé, qui me paraissait un brave homme. Mais je pense surtout à toi, cher amour, je me sens chaque soir de solitude un peu plus brisé, écorché, meurtri, par ce qui nous attend, et que je ne sais ni n'ose envisager. Personne ne mérite de souffrir de cette saloperie comme tu souffres, toi, surtout, ne le méritais pas. Tu es si bonne, tolérante, douce, tu t'accommodes de tout, de tous....Une peur panique que tu me laisses seul. Dans cette maison qui est la notre, la tienne, tout me parle de toi qui ne vas plus revenir, puisqu'on me l'a dit. J'ai si mal de toi, ma biche chérie.
Ne me quittes pas....

vendredi 23 novembre 2018

UN JOUR QUI NE PRÉSAGE SANS DOUTE RIEN DE BON.

Un jour en demi-teinte. Le matin, je t'ai trouvée relativement sereine. Faible, très faible, comme toujours, depuis ces dernières semaines. Dire que nous étions partis passer quelques jours à Anglet il y a six ou sept semaines, pour donner un petit coup de fouet à notre moral......Tu avais de plus en plus de difficultés à marcher, à respirer, un jour, tu m'avais même répondu, alors que je te demandais d'aller jusqu'à la boîte à lettres: "Non, je ne veux pas qu'on me voit marcher comme une vieille". Puis le séjour au bord de l'océan nous avait procuré quelques bons moments de promenades, de contemplations, de détente. On se prenait à espérer. Patatras! Le jour de la première chimio qui suivit nos huit jours de vacances  fut catastrophique: tu as vomi dans le bureau de l'oncologue, qui décida enfin de t'hospitaliser immédiatement.
Depuis, je me dis que ces vacances, qui se voulaient une parenthèse dans nos souffrances, dans ton calvaire, peut-être même une rémission miraculeuse, n'auront plus aucun lendemain. Que çà en est fini de notre bonheur....Et qu'il ne me reste plus rien à espérer, pendant que le réel semble se détacher de toi. Même si ta mémoire et ton esprit restent intacts.
A midi, je t'avais préparé des girolles aux échalotes, crème fraiche, vin blanc....Tu t'es  régalée, nous nous sommes régalés, avec une tranche de paleron saignante, passée à la poêle et réchauffée au micro-ondes. Plus quelques desserts: raisin, tourte, mandarine. Une petite sieste, et nous avons joué aux dames....Par contre, pour le repas du soir, tu t'es plaint de douleurs à l'estomac. Putain de mal: il recommence, il continue, il ne s'arrêtera jamais, ce serait contre nature. Une infirmière est venue, à ma demande, t'installer une nouvelle perfusion, sensée calmer, atténuer ta souffrance. Sais-tu ce que vraiment cache cet "antidépresseur", ou cet antalgique? J'enrage de penser que tout ce processus te conduit plus paisiblement au bout du corridor qui va nous séparer. Mais que fait le "bon dieu" de ses loisirs? Sans vouloir manquer de respect ou se moquer de celles et ceux qui croient en lui et l'interpellent, le prient et le supplient, ce dont je les remercie pour toi et pour le bien qu'ils te veulent, il me paraît trop indifférent à la souffrance répandue sur la terre, qu'il pourrait bien, s'il en a le pouvoir, comme on le prétend parfois, faire montre d'un peu d'humanité, de charité, envers ceux qui souffrent par millions ou milliards sur cette terre sans le mériter. 
C'est mon sentiment, c'est pourquoi je lui en veux comme j'en veux à ceux qui gratuitement répandent autour d'eux les pires cruautés.
Ah! Oui! Aujourd'hui, tu as pu enfin ouvrir ta liseuse, après plusieurs semaines de privations. Qu'au moins tu puisses quelques fois , quelques minutes, dans la journée, faire s'évader ton esprit torturé par le mal.  Un peu de paix dans ton âme blessée. Le temps d'un sourire, d'un regard. Ce regard qui souvent reste fixe, et éloigné de moi: quelle torture!
Que je t'aime, mon cher amour. Que j'ai mal de toi! 
Ne me quittes pas.....
P.s. Je ne sais pas ce qui se passe, qu'est-ce qui a provoqué cet intérêt inhabituel pour mon modeste blog, mais je découvre qu'en trois jours il a reçu la visite de plusieurs  milliers de "curieux". Plusieurs milliers!!!! Est-ce mon monologue  face à ma petite perle? Ou bien mes derniers coups de pioche dans la fourmilière politicienne?
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UN JEUDI PLUS ENSOLEILLÉ..... ET TON TEINT ÉTAIT COLORÉ.

Mon cher amour, ce matin je suis parti très tôt pour acheter quelques pommes et quelques kiwis chez Patricia, comme nous le faisons depuis déjà vingt sept ans. Quand elle m’a demandé de tes nouvelles, et je lui ai répondu comme tu étais, elle n’a pas pu retenir une larme, et je suis reparti avec mes fruits, qui m’aideront à tenir comme je dois le faire, pour continuer à être près de toi jusqu’au bout de notre amour, et avec mon chagrin, que je ne peux plus cacher, même lorsque je suis dans la rue, même si j’ai parfois l’impression de m’accoutumer à ce grand malheur. Parfois, seulement, parce que dès que je rentre chez nous, dans cette maison que tu as arrangée à ton si bon goût féminin, et où tu aurais dû vivre au moins vingt ans de plus, la même peine me submerge, redouble, m'écrase, m'anéantit.
Puis je suis allé au Méridien. Là, un jeune employé a accepté d’enregistrer quatre livres sur ta liseuse. Parce que je ne connaissais rien aux choses à effectuer, que tu faisais tout depuis ton ordi à la maison, moi qui ne connais rien à ce genre de lecture, il a eu pitié de moi. Il a tout fait en quelques minutes, quelle agréable rencontre en début de cette journée ! Un jeune si dévoué, compétent, humain ! HUMAIN !!! Ce n’est pas tous les matins, tu le sais bien, ma biche chérie, qu’un rayon de soleil humain suffit pour illuminer le reste de la journée. Celui-ci a un peu effacé l’horrible moment dont je t’ai parlé hier et que j’avais vécu au matin. Et lorsque je t’ai retrouvé un peu plus tard, que j’étais heureux de t’apporter ta liseuse, enfin équipée de quelques romans de ton auteure préférée. Les liras-tu tous ? Comme je le voudrais, du plus profond de mon cœur.....Hélas, comme je doute!

Cet après-midi, j’ai du quitter ta chambre, pendant que ces dames te faisaient un peu de toilette. ( C’est incroyable, c'est déprimant, de découvrir comme en quelques jours, une femme comme toi, totalement autonome, coquette, propre, féminine, entreprenante, toujours à l’affut de ce qu’il faut faire pour soi et pour la maison, peut perdre sa volonté, ses forces, sa personnalité, et accepter sans rien dire ni rien faire, sans réaction aucune, d’être manipulée, soulevée, retournée, lavée, séchée, par deux personnes étrangères, puis se retrouver installée sur un siège ou sur le lit médicalisés, à attendre sagement....Attendre.....Attendre....Que tu as changé, mon cher amour, et comme cela ne laisse rien présager de bon....Je vais expliquer pourquoi....)
J’ai quitté ta chambre, et je suis allé dans la petite pièce où se réfugient habituellement les accompagnants. Il y avait là un homme qui pleurait. Nous nous sommes salués, je l’avais déjà croisé plusieurs fois, c’est son épouse qui t’a remplacée à la chambre 110, il y a une dizaine de jours. Il m’a annoncé qu’il attendait la fin, nous nous sommes levés, je l’ai accompagné au chevet de son épouse, par sympathie, pour la saluer. Et j’ai vu la terrible image d’un être qui lutte désespérément, jusqu’au dernier souffle. Rauque. Poignant. Mais qu’on ne devrait pas prolonger inutilement, puisque le dénouement est inéluctable. Le pauvre m’a dit, et il a raison : « Pourquoi peut-on euthanasier un animal qui va mourir, et pourquoi on persiste à maintenir vivant un humain dont on sait que sa fin est très proche ? »
Puis je suis retourné vers toi, l’homme m’a suivi, il s’est approché de ta perfusion, je l’ai ensuite raccompagné jusqu’à la sortie, et c’est là qu’il m’a murmuré : « Elle a les mêmes médicaments que ma femme ».
-!!!!!
Depuis, je n’ai de cesse de penser évidemment à ces mots terribles. Que dois-je espérer ? Combien de temps vivre encore ces heures éprouvantes ? Que me reste-t-il à embrasser tes lèvres, caresser tes mains, tes pieds, tes bras, tes joues, tes chevilles, que je tente de réchauffer ?Cette chambre 110, où tu as passé quelques jours: Mauvais présage? Et une date qui approche, une date maudite, le 8 décembre 1959, ma mère chérie qui s'éteignait après trois mois de souffrances à l'hôpital Purpan.... Mauvais présage aussi? 
Et comme si ma souffrance , mon impuissance à te soulager, à t’entourer, à te chérir, les seules choses qui comptent pour moi depuis ces derniers mois , n’étaient pas suffisamment douloureuses, épuisantes, il me faut subir en plus, comme je les ai entendues hier - j'y reviens, parce que c'est un traumatisme -, les mesquineries consternantes de ta propre sœur, incapable de comprendre et de respecter le sacrifice et le dévouement que je m'impose depuis des mois, des années, par devoir et par amour, pour adoucir les derniers jours de sa propre sœur.
On me dit partout qu'il faut passer outre, ne m'occuper que de toi, de NOUS. C'est ce que je tente de faire autant que je le puis. Pour toi, cher amour, devant toi, je me tais, je me tairai. Mais qu'il est dur de ne pas leur hurler qu'un peu plus de charité et d'attentions à ton égard auraient été mieux  à propos que des inanités déplacées. Moins de simagrées: des actes concrets d'humanisme, d'affection , de compassion....

Je t'aime, ma biche chérie, ma Gisèle, je t'ai sans doute parfois mal aimée, comme un égoïste, comme le sont parfois certains hommes comme moi, mais que je t'aime!  
Ne me quittes  pas, cher amour!