vendredi 19 juin 2020


Andalousie : Esclavage moderne au sein du « potager de l’Europe »



Alors qu’au début du confinement, le gouvernement appelait ceux qui n’avaient plus d’activité à rejoindre la « grande armée de l’agriculture française », c’est une solution encore plus cynique que semblent avoir trouvé les propriétaires de serres espagnols. Au mépris des principes les plus élémentaires du droit du travail, des hommes et des femmes sont exploités pour alimenter l’industrie agro-alimentaire.

Dans la province d’Almería, qui servait autrefois de décor aux films de western spaghetti, ce sont des hors-la-loi d’un nouveau genre qui opèrent. Ici, des travailleurs immigrés, majoritairement originaires d’Afrique du nord ou subsaharienne plantent et récoltent tomates, poivrons, courgettes, aubergines ou melons, sous des serres où règne une chaleur étouffante, pour des propriétaires de serres qui refusent d’appliquer le droit du travail.
« Ils sont payés en dessous du SMIC, n’ont pas de protection quand ils épandent des produits phytosanitaires, pas de toilettes et les salaires leur sont payés avec du retard », énumère Joanna Moreno, membre du Sindicato Andaluz de Trabajadores (SAT) qui se mobilise particulièrement sur cette thématique. Une déshumanisation qui se traduit également par des propos racistes, comme cette femme malienne se faisant insulter de « cabra negra » (chèvre noire), une expression associée à Satan qui résonne particulièrement dans une Espagne encore très catholique. Le tout pour un salaire de misère et sans garantie de voir leur contrat reconduit le lendemain.
S’ils acceptent ces conditions de travail déplorables, c’est souvent par obligation. Majoritairement immigrés, parfois clandestins, ils ont fuit leur pays d’origine pour rejoindre l’Europe, un « El Dorado » qui leur permettra de subvenir aux besoins de leur famille.

Un succès économique sur le dos des travailleurs


Cette situation a permis à Almería de s’imposer comme l’un des poumons économiques de l’Andalousie, la région la plus pauvre d’Espagne. En 2016, plus de 3,5 millions de tonnes de fruits et légumes étaient produits dans ces serres. Les trois quarts sont destinés à l’exportation et rapportent chaque année 2,5 milliards d’euros. Ainsi, un quart du PIB de la province d’Almería provient directement de l’agriculture sous serres. Mais ce qui est parfois présenté comme un miracle économique a été rendu possible grâce à ces travailleurs immigrés précaires.
A Huelva, les travailleurs ne sont pas mieux traités. Si cette province est le deuxième producteur mondial de fraises derrière les États-Unis, c’est encore une fois en appliquant la même recette : une main d’œuvre principalement étrangère et sous-payée. Mohammed Lamine Camara est porte-parole du Collectif des Travailleurs Africains à Huelva. Il explique : « L’Andalousie, ce n’est plus l’Europe. Nos droits ne sont pas respectés. Ils prennent les marocains et les noirs, et ils les font travailler dans des conditions difficiles. Les pouvoirs publics doivent nous aider car nous sommes présents pour nourrir les européens ».


Serres à perte de vue dans la province d’Almeria // Crédit : CC

Avec le Covid-19, la situation est devenue encore plus problématique. Le 20 mai, l’Asaja, le principal syndicat patronal agricole espagnol se félicitait de l’augmentation de la demande européenne en citrons et fruits pendant le confinement. Pour répondre aux besoins des consommateurs européens, les travailleurs de ces exploitations agricoles ont dû redoubler d’effort, parfois sans protection. A Almería, au début de l’épidémie, certains étaient obligés de se confectionner des masques avec du papier toilette faute de masques chirurgicaux. Par ailleurs, en l’absence de contrat de travail, il a été difficile pour certains de convaincre les forces de l’ordre de les laisser se déplacer jusqu’à leur lieu de travail.
Dès lors, ils ont été privés de revenus pendant plusieurs jours voire semaines et contraints de bénéficier de l’aide d’ONG venant réaliser des distributions alimentaires. Dans les bidonvilles, l’absence d’eau courante a également été problématique. Sans possibilité de se laver les mains, la lutte contre la transmission du virus s’est avérée compliquée. « Nous ramassons les framboises à la main. Et nous n’avons même pas accès à de l’eau pour nous les laver » souligne Mohammed.

Passivité des pouvoirs publics


Après avoir travaillé pendant de nombreuses années dans ces serres, il décide avec des collègues de fonder ce collectif en octobre 2019. Une manière d’officialiser un combat qu’ils ont débuté depuis longtemps pour faire respecter leurs droits. Une lutte qui est pourtant loin d’être gagné : « Nous nous sommes assis avec le maire pour discuter de notre situation. Il nous a dit qu’il ne pouvait rien y faire. »
Une passivité partagée par nombre d’acteurs publics. Si les manquements aux droits des travailleurs sont un secret de polichinelle, aucune action n’a véritablement été entreprise pour régler ce problème. Pourtant, il s’agit d’un véritable manque à gagner pour l’État espagnol. Les heures travaillées non déclarées dans le secteur agricole représentent ainsi une perte de 50 millions d’euros de cotisations pour la Sécurité Sociale. Mais pour Joanna Moreno, ce désintérêt n’est pas étonnant : « Il est mal vu de s’attaquer à l’agriculture, le veau d’or de l’Andalousie. C’est le secteur qui génère le plus d’emplois dans la région ».
S’ils ne sont donc pas aidés par les pouvoirs publics, les employés de ces exploitations peuvent en tout cas compter sur la solidarité de leurs camarades. Ainsi, Mohammed Lamine Camara raconte « Une de nos collègues a eu un cancer. Quand son employeur l’a appris, il l’a licencié sans lui verser aucune indemnité. Elle s’est donc retrouvée sans aucun salaire. Alors, nous l’avons aidé pour qu’elle puisse se payer un médecin et se trouver un logement décent ».
Avoir un logement décent n’est d’ailleurs pas une évidence pour ces salariés. Nombre d’entre eux vivent dans des chabolas, ces bidonvilles installés aux alentours des exploitations agricoles. Ici, ni électricité, ni eau courante et encore moins de toilettes. Leurs maisons ont été construites grâce aux rebus de plastiques et de cartons qu’ils ont trouvé et ils doivent donc encore supporter une chaleur étouffante. « On ne peut pas rester à l’intérieur pendant la journée, ni y conserver de la viande ou des produits frais ».

Pas de droit du travail mais des labels et subventions


Si l’agriculture andalouse est loin d’être vertueuse, elle bénéficie cependant de subventions de l’Union Européenne. Ainsi au titre de la Politique Agricole Commune, 2 milliards d’euros sont attribués chaque année aux agriculteurs andalous. Si les propriétaires des serres d’Almería et de Huelva sont principalement des petits producteurs (rares sont les exploitations dépassant les 10 hectares), on compte tout de même quelques mastodontes.
Ainsi, Haciendas Bio, premier producteur de fruits et légumes bio en Espagne possède 433 hectares en Andalousie. Mais elle ne semble pas plus respectueuse du code du travail que les petites exploitations. Dans cette entreprise, des salariés ont été licenciés après s’être plaints de leurs conditions de travail. Aujourd’hui, un procès est en cours. Pourtant, la marque s’enorgueillit de posséder divers labels attestant de ses bonnes pratiques. Parmi ces certifications, on retrouve notamment le label Agriculture Biologique français ou son équivalent européen.
Si ces labels ne comportent pas explicitement de clause sociale, les conditions de productions de ces fruits et légumes semblent entrer en contradiction avec une certaine idée qu’on pourrait se faire de l’agriculture biologique respectueuse du bien-être animal mais aussi humain. L’Agence Bio, qui assure la communication autour du label français Agriculture Biologique, n’a pas souhaité répondre à nos questions, nous rappelant simplement que les critères de ce label étaient alignés sur celui du label bio européen. Les porte-paroles de la section agriculture de la Commission Européenne, n’ont quant à eux pas répondu à nos sollicitations.

Demeter, un label peu soucieux des droits des travailleurs


Plus surprenant, Haciendas Bio bénéficie également du label Demeter. Si ce label, qui se revendique de la biodynamie, est peu connu de prime abord, il est pourtant octroyé à de nombreux produits de chaînes de magasins bio tels que Naturalia, La Vie Claire ou Bio c’bon. Réputé plus exigeant que le label Agriculture Biologique classique, il comporte une clause de responsabilité sociale stipulant que les entreprises labellisées doivent « garantir la santé et la sécurité de toutes les personnes travaillant pour l’entreprise et s’assurer que personne n’est mis en danger lors de son travail ».
Ces entreprises sont également tenues de lutter contre « le manque de droits sociaux » et les « conditions de travail ou salaires en dessous des standards en vigueur ». D’après ses anciens salariés, Haciendas Bio ne respecte pas ces règles. Pourtant, ils continuent de bénéficier de ce label. Contacté à ce sujet, Cornelia Hauenschild, la responsable des certifications chez Demeter, nous a informé qu’une enquête avait été menée dans la semaine du 18 mai par des inspecteurs de Demeter et d’un autre label semblable, Naturland, en compagnie d’un représentant de la Confederación Sindical de Comisiones Obreras (CCOO), l’un des syndicats majoritaires en Espagne. Toutefois, il ne nous a pas été possible d’obtenir les conclusions de cette enquête.

Isolés, les travailleurs peinent à se mobiliser


Malgré ces conditions de travail difficiles, il est compliqué pour les travailleurs de se mobiliser. Si le taux de syndicalisation est plus élevé chez nos voisins espagnols (autour de 20%) qu’il ne l’est en France (11%), ce sont la CCOO et l’Union General de los Trabajadores (UGT) qui concentrent la majorité des adhésions. Or, selon un représentant de la Confederación National del Trabajo (CNT), ces syndicats sont peu intéressés par les problématiques que rencontrent les travailleurs des serres andalouses.
Par ailleurs, la syndicalisation est particulièrement rare dans le milieu rural, et les salariés hésitent à témoigner par peur des représailles. Jamal, qui a travaillé à Almería et à Huelva, raconte ainsi qu’une de ses collègues est tombée enceinte et que son employeur l’a mis en congé maternité sans que ne lui soit pourtant versé aucune indemnité. Si cette pratique est en contradiction flagrante avec le droit du travail, la femme en question a peur des retombées négatives et préfère donc se taire. Ces salariés ne parlant pas toujours espagnols sont donc souvent seuls pour faire valoir leur droit face à des propriétaires de serres qui peuvent les licencier du jour au lendemain.
Enfin, les contrôles par les inspecteurs du travail sont rares et peu efficaces. « Quand des inspecteurs viennent, ils préviennent nos employeurs. On nous demande alors de nettoyer les serres de fond en comble et aucun défaut n’est présent à leur arrivée. Les salariés qui pourraient être tentés de critiquer l’employeur sont ensuite placés loin de l’inspecteur et ceux qui lui sont favorables sont placés à proximité ».
Si la lutte de ces travailleurs pour obtenir de meilleures conditions de travail et de logement est donc compliquée, une prise de conscience semble débuter. Le 7 février, le rapporteur de l’ONU sur l’extrême pauvreté alertait publiquement sur l’urgence de la situation. « Nous ne pouvons pas traiter ces immigrés comme s’ils n’existaient pas » insistait-il. Ce sera donc peut-être les consommateurs qui feront évoluer ces pratiques. Comme le rappelait Joanna Moreno : « La société civile peut avoir un rôle à jouer, en refusant d’acheter ces produits ».

mercredi 17 juin 2020

16 JUIN: JOURNÉE DE DÉFENSE DE LA SANTÉ.



.....EN PASSANT PAR MONTPELLIER

Deux cent cinquante défilés en France pour riposter au saccage du système de santé par Macron




Policiers ? Gardiens de l'ordre Républicain? Ou  rambos-soudards au service de la caste macronique des milliardaires?

Personnels de santé: les revendicatioons déconfinées

On  dit que dans certains défilés, les policiers applaudissaient les manifestant-tes. Honneur à eux. D'après cette image, il y a donc flics et flics.... Certains plus "zélés" que d'autres . Cette femme en blouse blanche réclame de la ventoline.  Mais personne ne l'entend. Macron peut-être fier: certains lui obéissent aveuglément. 
Dangereusement.....




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Quand les libéraux se convertissent à l’État

mardi 16 juin 2020 par Francis Arzalier (ANC)
Le credo affirmé du libéralisme qui est l’idéologie officielle, voire le dogme religieux de notre bourgeoisie française, toutes affinités partisanes confondues, du PS à la Droite, en passant par les Verts et les diverses nuances d’En Marche, est que le Marché doit décider de tout, et notamment du sort des hommes, producteurs et consommateurs. Et que dans cette optique, l’État n’a qu’à lui obéir, et se faire le serviteur dévoué de ses règles.
Les dirigeants français, et Macron le premier, n’ont eu depuis leur accès au pouvoir que mépris affirmé de l’État et ses fonctionnaires, jugés incapables de gérer l’économie, et n’ont agi qu’au nom des vertus du Capital privé, privatisant tout ce qui pouvait l’être, et dénonçant pêle-mêle "l’assistance d’État", ou " "l’État-Providence", les "rêveries keynésiennes ", du nom de cet économiste des années 1930, idole de la Social-Démocratie, qui découvrit alors que seule une forte implication de l’État dans l’économie pouvait répondre à l’énorme crise économique des années 30 dans le monde capitaliste, aux USA et en Europe.
Ce sont les recettes étatiques prônées par Keynes qui permirent de sortir de la crise et ses millions de chômeurs aux USA avec Roosevelt, et en France avec le Front Populaire. Précisons pour la vérité historique que Keynes n’était en rien Socialiste, qu’il était un ferme partisan du système capitaliste, et que son choix de l’État pour sauver l’économie de la Crise économique fut appliquée aussi en Allemagne nazie (par des investissements massifs d’État dans les industries guerrières, alors que les gouvernements de gauche en France le faisaient par la relance de la consommation populaire). Dans les deux cas, d’ailleurs, cela donna une nouvelle jeunesse à l’économie capitaliste.
Plus tard, après 1958, le Gaullisme au pouvoir, convaincu des vertus du Capitalisme occidental même s’il était nationaliste et anti-Étatsunien, fut aussi un adepte des théories de Keynes. Il a su beaucoup utiliser les sociétés nationalisées (Air- France, SNCF, etc…), sources de progrès technologiques (Concorde, trains rapides, etc…) au service du Capital privé. On parlait même alors de Capitalisme Monopoliste d’État.
À partir des années 1975, le Capitalisme français s’est converti à la vulgate mondialiste, structurée par les sociétés transnationales, toujours en quête de profits plus abondants, grâce aux délocalisations vers les pays à bas salaires. Le Gaullisme politique a disparu peu à peu du paysage idéologique français, remplacé dans la bourgeoisie au pouvoir par ce qu’on a souvent qualifié d’ultra-libéralisme, acharné à démanteler les conquêtes sociales et les services publics, et à tout privatiser, sous des étiquettes changeantes (le PS Jospin privatisa plus que les Présidents RPR ou UMP successifs).
Depuis 2017, le Président Macron et son équipe sont en quelque sorte l’apogée de cette évolution prédatrice du Capitalisme en France.
La crise sanitaire de 2020 a évidemment créé un contexte nouveau, et initié une crise économique sans précédent, comparable à celle des années 1930, sur un laps de temps bien plus court. Il était donc logique que tous les défenseurs des entreprises en difficulté, français et Européens, s’adressent aux États et leurs subsides pour rétablir leur trésorerie asséchée, et survivre. Rien de neuf en cela, le Capitalisme libéral, n’en déplaise aux naïfs, n’est pas " contre l’État ", mais seulement contre un État au service des citoyens les plus démunis.
Les dirigeants Macroniens ont fait comme leurs congénères allemands, ou italiens, à la hauteur du désastre économique prévisible : presque 500 milliards d’euros ont été engagés par l’État français depuis le début de la "crise sanitaire" et ses conséquences économiques et sociales. Ce qui a fait exploser dans les médias l’affirmation saugrenue que Macron et sa Cour libérale s’étaient subitement convertis, avaient découvert Keynes et les dérives du Capitalisme, etc...
Une nouvelle légende rose, à l’usage des gogos !
Car s’il est évident que personne ne conteste la nécessité de l’aide de l’État aux millions de chômeurs supplémentaires, aux hôpitaux, de l’injection de fonds d’État pour assurer la survie de certaines industries (aéronautique, automobile, tourisme, etc…), on sait bien que nos dirigeants n’ont pas changé de nature. Leur objectif est, grâce à l’aide financière de l’État, d’assurer au mieux la pérennité de l’économie Capitaliste. Cela commence par l’apport de milliards extraits des finances publiques aux Chefs d’Entreprises.
Non seulement leur possession du capital n’est en aucun cas mis en cause, mais les maîtres de l’État français distribuent ces prébendes publiques sans aucun engagement de leur part. Il a fallu une menace de grève pour que PSA, heureux bénéficiaire de "l’aide à l’automobile ", consente à ne pas importer des travailleurs polonais sous-payés pour remplacer les intérimaires valenciennois mis au chômage.
Une réaction populaire moins naïve que celle d’un Brossat, porte-parole du PCF, se félicitant dans l’Humanité du "grand retour de l’État" du fait de nos gouvernants, et célébrant un imaginaire "monde d’après" d’où le Capitalisme serait absent, par la grâce du Saint Esprit, sans doute...
Car la réalité est plus brutale : ces milliards qui vont aux entreprises en déshérence sont financés par la fiscalité. En effaçant à l’occasion le dogme " européen " d’un maximum à ne pas dépasser de dépenses publiques, dont on nous expliquait depuis 20 ans l’impérieuse nécessité, pour justifier l’austérité !
Plus prosaïquement, ces milliards viennent de nos impôts, dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont inégalitaires, puisque la plupart des grandes entreprises n’en paient guère, alors que le poids essentiel porte sur les moins riches, par le biais des taxes sur la consommation (TVA et autres).
Le moins qu’on puisse dire est que ces "efforts de l’État" exigeraient parallèlement une refonte démocratique de l’impôt, à commencer par le retour de celui sur les grosses fortunes (ISF), que Monsieur Macron supprima, et qu’il ne songe pas à rétablir...
Certes, nos dirigeants, effrayés par la fronde fiscale qui émanait des Gilets Jaunes, promettent de ne pas augmenter les Impôts. Ce qui ne signifie rien, sinon en bon français que les milliards en question seront fournis par les emprunts d’État, qui devront être remboursés par les futurs contribuables, et accoucheront de juteux profits pour les banques prêteuses.
Soyons clairs : l’intrusion de l’État au sein de l’économie n’est pas en soi synonyme d’un choix politique, et il ne se fera au service de ceux qui vivent de leur travail que si le Pouvoir politique est entre leurs mains, ou contraint par les luttes sociales de se plier à leurs désirs.
Ce n’est pas le cas dans la France actuelle, il nous incombe d’en changer.
En attendant, il faut expliquer sans relâche qu’à l’issue d’une crise économique et sociale de l’ampleur de celle d’aujourd’hui, les divers " Plans de relance" doivent s’accompagner de réforme fiscale et de la taxation des Français les plus fortunés, ainsi que de la nationalisation des secteurs essentiels de l’économie.
Pour que les sacrifices ne soient pas toujours pour les mêmes.

Les États-Unis peuvent-ils vraiment arrêter d’être le flic du monde?

Une fois encore le diagnostic sur l’impossible changement des Etats-Unis est posé. Parce que l’analyse de la crise qui secoue les USA, et plus généralement le monde occidental, ne se limite pas au fait que se trouve à la direction du pays l’individu le plus délirant, le plus incontrôlé qu’il n’y ait jamais eu, mais bien que les structures économiques et sociales soient sous l’effet de dissolution de la phase néo-libérale du capitalisme et que la nécessité du changement est beaucoup plus fondamentale qu’un simple changement de président (note et traduction de Danielle Bleitrach).
Source: Global Times Publié: 2020/6/15 20:48:405

Photo: Une capture d’écran d’une vidéo de Xinhua montre le discours de West Point du président américain Donald Trump.”Nous ne sommes pas le policier du monde”, a déclaré le président américain Donald Trump alors qu’il exposait sa vision de l’utilisation de l’armée américaine lors du discours d’ouverture à West Point samedi. 
“Le travail du soldat américain n’est pas de reconstruire des nations étrangères, mais de défendre et de défendre fermement notre nation contre les ennemis étrangers. Nous mettons fin à l’ère des guerres sans fin”, a déclaré le président.
Ce n’est pas la première fois que Trump déclare que les États-Unis ne sont plus le policier du monde. Lors de son voyage en Irak en décembre 2018, Trump a défendu sa décision de retirer des troupes de la Syrie déchirée par la guerre en faisant les mêmes remarques.  
Les gémissements de Trump sur l’engagement des États-Unis à l’étranger et les remarques selon lesquelles le pays devrait cesser d’être le flic du monde sont conformes à sa philosophie diplomatique qui met l’accent sur “l’Amérique d’abord”. À un moment où ses relations avec les hauts responsables militaires sont tendues et les tensions raciales bouillonnent dans le pays, Trump espère apaiser le public américain, en particulier ses partisans, en portant son attention sur les questions intérieures. De cette façon, il met l’accent sur le rôle de l’armée américaine dans la protection de la sécurité intérieure. 
Mais les États-Unis peuvent-ils vraiment arrêter de jouer au policier du monde? Il n’y a aucune preuve suffisante dans l’histoire ou maintenant pour indiquer que les États-Unis sont disposés à, ou pourraient, cesser de surveiller le monde. Au lieu de cela, les problèmes intérieurs n’ont pas empêché les États-Unis d’intervenir à l’étranger.
Ceci est inévitable et déterminé par la nature hégémonique du pays. Afin de maintenir son hégémonie, les États-Unis doivent étendre leur influence à l’étranger. Les États-Unis considèrent également depuis longtemps qu’il s’agit d’une noble mission de promouvoir les soi-disant valeurs démocratiques et la liberté dans le monde entier. 
Par conséquent, le rôle des États-Unis en tant que policier du monde fait partie, voire est un symbole, de l’hégémonie américaine. Tant que les États-Unis resteront une puissance hégémonique ou tenteront de maintenir leur puissance, leurs actions policières mondiales ne changeront pas. Les États-Unis peuvent-ils retirer toutes leurs troupes de l’étranger? Les États-Unis renonceront-ils à leurs tentatives d’inciter à des révolutions de couleurs dans d’autres pays? La réponse est définitivement «non». Il est donc peu probable que les États-Unis abandonnent leur statut de policier mondial. 
En fait, ce que Trump a dit lors du discours d’ouverture ne doit pas être pris au sérieux. Ce n’est qu’une simple tentative de réduire l’insatisfaction au sein de l’armée au milieu d’une rupture grandissante entre Trump et les troupes. 
En plus de prétendre que l’armée américaine n’est pas le policier du monde, Trump a hautement apprécié les contributions que les soldats ont apportées au pays. Il s’est vanté des réalisations de son administration dans le domaine militaire, telles que la création d’une force spatiale et l’investissement de 2 000 milliards de dollars pour les dépenses de défense.    
Depuis que Trump a pris ses fonctions, l’armée américaine s’est progressivement éloignée du président. Que ce soit les conflits entre Trump et les hauts responsables militaires américains, y compris l’ancien secrétaire à la défense Jim Mattis, ou la controverse et les différences sur le rôle que l’armée américaine devrait jouer dans les émeutes en cours aux États-Unis, cela montre que la perception de Trump du rôle de l’armée américaine est différent de la façon dont les militaires se perçoivent.
Trump, en tant que président et commandant en chef de l’armée, estime que l’armée devrait obéir à tous ses ordres. Ce n’est apparemment pas ce que pensent certains hauts responsables militaires. 
Les menaces de Trump d’utiliser des troupes pour réprimer les émeutes nationales déclenchées par la mort de George Floyd ont rendu les conflits entre Trump et l’armée plus évidents. Il y a maintenant un fossé profond entre les deux côtés. Cela ne peut pas être comblé par des discussions vides et des paroles douces.  
L’article a été compilé par le journaliste du Global Times Yu Jincui sur la base d’une interview avec Zhang Tengjun, chercheur adjoint au China Institute of International Studies. yujincui@globaltimes.com.cn

mardi 16 juin 2020

Vingtième anniversaire de la Déclaration commune Corée Nord-Sud du 15-Juin

Je ne connais pas la situation en Corée mais j’ai plus tendance à faire confiance en Marianne qui est allée dans les deux Corée, s’est donné la peine d’apprendre le coréen et qui m’a déjà permis de vaincre des préjugés que j’avais comme tout un chacun face à la chute de l’URSS, à l’opinion des Russes. Mais sans même savoir si ce qu’elle me rapporte de la Corée du nord est exact ou non il y a un certain nombre de choses dont je me suis assurée. La première est la manière dont la partition a été imposée par l’intervention américaine et la tragédie de cette guerre. La seconde est l’opinion majoritaire des Coréens des deux Corée dans leur désir de réunification toujours empêché par les USA, la troisième est qu’il faudra bien un jour que la conscience humaine se révolte contre ce crime contre les populations civiles que sont les blocus. C’est l’équivalent des sièges contre d’abord les plus faibles. Quel que soit le peuple qui subit cela qu’il s’agisse de ceux qui ont toute ma sympathie comme Cuba ou le Venezuela ou des gouvernements sur lesquels je suis plus réservé comme l’Iran, je ne tolère pas ce crime et je suis stupéfaite que la gauche puisse s’en accommoder … (note de Danielle Bleitrach)
Le 15 juin 2000, à l’issue d’une visite de trois jours à Pyongyang, capitale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Kim Dae-jung, président de la République de Corée (du Sud), signa avec Kim Jong-il, président du Comité de la Défense nationale de la RPDC une déclaration commune, la première signée au plus haut niveau des deux Etats coréens. La Déclaration commune Nord-Sud du 15-Juin fut l’aboutissement d’un long processus historique, jalonné d’épisodes tragiques, et ouvrit une nouvelle ère dans les relations inter-coréennes, avec des périodes de stagnation et d’accélération, mais maintenant vivant l’espoir d’une réunification possible de la Corée divisée et de la réparation de l’injustice faite au peuple coréen après la Seconde Guerre mondiale.
Signature de la Déclaration commune Nord-Sud le 15 juin 2000
Bien avant 1945 et la défaite du Japon, qui avait annexé la Corée en 1910, le peuple coréen avait l’espoir de retrouver sa liberté et son indépendance, par la résistance qu’il opposait à l’occupant japonais mais aussi par les garanties que pouvaient offrir les puissances alliées.
Ainsi, en novembre 1943, la conférence du Caire réunit le président américain Franklin Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill, et le généralissime Tchang Kaï-chek, chef du gouvernement de la République de Chine, pour discuter de la lutte contre l’Empire du Japon et du nouvel ordre des puissances en Asie, après la guerre (le dirigeant de l’URSS Joseph Staline ne participait pas à la conférence, le pacte de neutralité soviéto-japonais de 1941 étant encore en vigueur).
La participants de la conférence du Caire décidèrent que la « la Corée deviendra libre et indépendante le moment venu ».
Malgré ces promesses, dès sa libération, le 15 août 1945 après 35 années d’une occupation féroce, la Corée fut divisée en deux zones pour désarmer les troupes japonaises. Les Etats-Unis, avec l’accord de l’URSS, choisirent le 38e parallèle. Il convient de noter que les troupes américaines ne débarquèrent que le 8 septembre suivant sur la péninsule coréenne, pour instaurer, dans la partie sud, un « gouvernement militaire de l’armée des Etats-Unis en Corée » (USAMGIK).
Dans la partie nord, était établi un Comité populaire provisoire.
Pour tenter d’enrayer un processus de division de la Corée, une conférence des représentants des partis politiques et organisations sociales du Nord et du Sud eut lieu à Pyongyang le 19 avril 1948, à l’invitation de Kim Il-sung, président du Comité populaire provisoire de Corée du Nord. Le président du Gouvernement provisoire de Corée du Sud, Kim Gu, participa à la conférence de Pyongyang. Ancien résistant anti-japonais, Kim Gu était aussi un anti-communiste, mais il mit en avant l’intérêt supérieur de la nation coréenne, selon un principe qui sous-tendra tous les projets à venir en vue d’une réunification de la Corée : une grande union nationale transcendant les différences d’idéologie, d’idéal et de système. En raison de son engagement, Kim Gu sera assassiné le 26 juin 1949 par la police secrète sud-coréenne.
Car, au lendemain de la conférence de Pyongyang, des élections séparées eurent lieu dans la partie sud, le 10 mai 1948, conduisant à la création d’une République de Corée le 15 août suivant, ce qui éloignait encore la perspective d’une réunification.
Le 9 septembre 1948, au nord du 38e parallèle, était proclamée la République populaire démocratique de Corée.
Même si, selon certaines estimations, les affrontements le long de la limite artificielle du 38e parallèle, firent jusqu’à 100 000 morts entre 1945 et 1950, la guerre de Corée (appelée « guerre de libération de la Patrie » en RPDC) éclata officiellement le 25 juin 1950. Outre les millions de morts et les destructions immenses de ce conflit, la menace de l’emploi de l’arme atomique par les Etats-Unis contre le Nord a provoqué un exode massif vers le Sud, les parents choisissant souvent de mettre leurs enfants à l’abri d’éventuelles frappes nucléaires, aggravant encore le drame des familles séparées.
L’armistice signé le du 27 juillet 1953 a mis fin aux combats mais a laissé la péninsule coréenne divisée par une zone démilitarisée (DMZ) infranchissable et toujours, techniquement, en état de guerre.
Le dialogue inter-coréen a véritablement repris le 4 juillet 1972 quand les deux parties ont publié un communiqué conjoint posant trois principes, toujours valables à ce jour, pour une réunification de la Corée : indépendance, paix et grande union nationale transcendant les différences d’idéologie, d’idéal et de système.
D’autres propositions ont ensuite été avancées pour un futur Etat coréen unifié, telles que le projet de fondation d’une République fédérale démocratique du Koryo et le programme en dix points pour une grande union de la nation, présentés par la RPDC, respectivement, en 1980 et en 1993.
Mais la visite à Pyongyang du 13 au 15 juin 2000 du président sud-coréen Kim Dae-jung à l’invitation du dirigeant de la RPDC Kim Jong-il a été un événement historique, marquant une nouvelle étape dans les relations inter-coréennes, d’abord parce que, pour la première fois depuis la partition de leur pays, les plus hauts dirigeants des deux Etats coréens se rencontraient.
La déclaration commune signée le 15 juin 2000 par les deux dirigeants coréens revêt donc une importance particulière. Cette déclaration comporte cinq points :
1.Le Nord et le Sud ont décidé de résoudre en toute indépendance le problème de la réunification du pays grâce à l’union de notre nation qui en est responsable.
2.Ils ont reconnu qu’il y a des points communs entre le projet de fédération dans son étape inférieure présenté par le premier et le projet de commonwealth avancé par le second et décidé d’orienter dans ce sens la réunification.
3.Ils ont décidé, à l’occasion du 15 août [2000], d’échanger des groupes de visite de familles et de proches dispersés et de résoudre au plus tôt le problème des anciens prisonniers de guerre non convertis et d’autres problèmes humanitaires.
4.Ils sont convenus de développer de façon équilibrée l’économie nationale par la coopération économique et de promouvoir la collaboration et les échanges dans différents domaines, notamment social, culturel, sportif, sanitaire et environnemental en vue d’approfondir la confiance mutuelle.
5.Pour appliquer dans les meilleurs délais ces points d’accord, ils ont décidé d’ouvrir au plus tôt un dialogue entre autorités.
Signatures de Kim Jong-il et Kim Dae-jung au bas de la Déclaration commune Nord-Sud du 15 juin 2000
La Déclaration commune Nord-Sud du 15-Juin a été suivie, sept ans plus tard, d’une autre déclaration signée au plus haut niveau, par le dirigeant de la RPDC Kim Jong-il et par le président sud-coréen Roh Moo-hyun, précisant comment développer les rapport Nord-Sud et parvenir à la paix et à la prospérité.
Puis, les conservateurs revenant au pouvoir en Corée du Sud, le dialogue inter-coréen connaîtra une longue phase de stagnation de 2008 à 2017, les acquis de la période précédente étant même simplement annulés, avec la fin des circuits touristiques dans les monts Kumgang et la fermeture de la zone industrielle inter-coréenne de Kaesong. Quant aux réunions de familles séparées, peut-être l’aspect le plus poignant et le plus urgent de la division, elles deviendront plus rares. Les gouvernements conservateurs iront jusqu’à prendre pour prétexte des drames non élucidés, tels le naufrage d’une corvette de la marine sud-coréenne en mars 2010, pour adopter de nouvelles sanctions à l’encontre de la RPDC…
Il faudra attendre 2017 et le retour des démocrates au pouvoir, après la destitution de la présidente conservatrice Park Geun-hye, accusée de corruption, pour que le dialogue inter-coréen soit renoué au plus haut niveau. Les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in se rencontreront ainsi à quatre reprises entre 2018 et 2019, signant deux autres textes fondamentaux pour les relations inter-coréennes et l’apaisement des tensions en Corée les 27 avril 2018 et 19 septembre 2018.
Quels que soient les obstacles sur la voie menant à une réunification de la Corée, indépendante, pacifique et transcendant les différences d’idéologie, d’idéal et de système, la Déclaration commune Nord-Sud du 15-Juin fut un événement historique et a laissé un héritage qu’il convient de faire prospérer. La réunification de la Corée – divisée contre son gré en 1945 -, est l’aspiration légitime du peuple coréen et c’est un enjeu vital pour la paix du monde, car la Corée reste un foyer de tensions où peut toujours éclater un conflit d’ampleur planétaire.
Il est donc du devoir de tous les pays du monde, singulièrement la France, d’appuyer, par tous les moyens à leur disposition, un processus qui pose des bases solides pour établir une paix durable, promouvoir les échanges et favoriser la réunification entre les deux parties de la péninsule coréenne divisée. Pour sa part, l’Association d’amitié franco-coréenne n’aura de cesse de rappeler aux autorités françaises leur responsabilité en la matière.