mercredi 5 août 2020

Beyrouth ou les leçons de la chute de l’Empire par Danielle Bleitrach

Il y a de plus en plus de zones de la planète où les facteurs économiques et sociaux donnent à la crise environnementale et climatique, à l’épidémie, des allures d’apocalypse qui font songer à la chute de l’empire romain. La chute des empires décrite par les historiens se passe aux frontières de l’empire, celle où ses armées de pillards créent violence et pillage, mais leur effondrement reproduit celui du centre. Il y a plus, partout la médiocrité impensable des dirigeants politiques laisse croire que le désordre est de leur fait, mais c’est le désordre qui les engendre. Héliogabale n’est pas à l’origine de la chute de l’empire romain, il en est l’ultime produit, celui qui se fait sodomiser dans les latrines du Colisée par les gladiateurs finit assassiné… Au point qu’Artaud en fait “l’anarchiste couronné”… Quand le mode de production capitaliste n’a plus qu’un personnel criminel et corrompu jusqu’à la moelle on ne peut pas plus en attendre dans ces temps de bouleversement. Cela signifie que la société est incapable de maîtriser son environnement, elle-même, et qu’elle est devenue la proie du hasard… Dans cette chute, le hasard, celui d’une explosion, celui d’une épidémie, devient ingérable. Face à une transition d’une telle ampleur tout dépendra désormais de la capacité des être humains a créer les conditions de véritables coopérations, et à chercher une issue dans un mode de production, le socialisme qui recrée les conditions du collectif.
Nous avons un pays qui depuis des mois connait une spirale infernale et sur lequel pourtant les médias ne s’attardent pas préférant nous parler de Hong Kong ou de l’épidémie. Mais dans ce pays tous les chocs du Moyen Orient, terre devenue lieu de tous les affrontements de systèmes corrompus eux-mêmes en crise, résonnent sur une classe politique et économique elle-même corrompue et pourrie jusqu’à la moelle. Ce pays est tellement corrompu, tellement vendu et tellement pourri que l’on a fini par croire que seule une guerre avec un vainqueur et un vaincu pourrait le sortir du pourrissement. L’incurie est totale, 50% des habitants vit désormais au-dessous du seuil de pauvreté alors même que le lieu reste un des refuges des délinquants de haut vol comme l’ancien PDG de Nyssan Renault. Un lieu relais pour les protégés d’un gouvernement français qui n’a cessé d’attiser tous les conflits en suivant ses protégés, sans moyen d’aider réellement le pays.
L’épidémie on en parle même pas, l’état de l’hôpital public face à la catastrophe est tel qu’il y a eu un appel pour que les générateurs d’électricité des particuliers lui soient prêtés, parce que le pays ne distribue plus l’électricité et l’hôpital public n’a plus les moyens d’acheter ses propres générateurs. Là encore la caricature de la chute du mode de production capitaliste est saisissante, les limes s’effondrent sur un modèle qui paraît une caricature de la destruction du centre… Les Etats-Unis, Rome, et la périphérie dans un même mouvement, avec les mêmes victimes.
J’ai été nourrie dans mes jeunes études de la description de la chute de l’empire romain, du moins en occident et j’ai dévoré l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, de l’historien britannique Edward Gibbon, paru en 1776. Plus tard il y a eu l’incontournable Charles Parrain, son Marc Aurèle et Max Weber sur la fin du mode de production esclavagiste et versus les temps de l’obscurité, Duby et l’an mille dans lequel se construit la féodalité, une renaissance. Auquel il faut ajouter, paru à la Découverte : Comment l’Empire romain s’est effondré, Le climat, les maladies et la chute de Rome par Kyle HARPER. Il y a chez tous ces auteurs quelque chose que ne renierait pas le marxisme, le caractère inéluctable de la fin des empires quand les forces productives n’arrivent plus à se déployer dans les rapports sociaux existant, l’effondrement est total comme une espèce de tremblement de terre généralisé dans lequel se multiplient fractures, explosions, tandis que les êtres humains courent pour y échapper.
Il y a la tentation comme dans l’ouvrage de Harper sur a chute de l’Empire romain qui a mis en lumière les variations climatiques et épidémiques sur cette chute de rapporter aujourd’hui l’effondrement de l’empire américain sur des effets environnementaux, climatiques et épidémiques, d’où l’effroi provoqué par le coronavirus, l’idée qu’il faut apprendre à vivre avec mais que les sociétés que nous avons sous nos yeux, telle celle en faillite à Beyrouth sont incapables de la moindre coopération et ne peuvent que détruire. «Le destin de Rome a eu pour acteurs les empereurs et les Barbares, les sénateurs et les généraux, les soldats et les esclaves», admet-il, avant de compléter: «Mais il a été également décidé par les bactéries et les virus, les volcans et les cycles solaires […] En conspirant de manière involontaire avec la nature, les Romains ont créé une écologie des maladies qui a permis le déchaînement de la puissance latente des agents pathogènes».
Devant l’explosion qui semble intervenir par hasard mais qui n’est sans doute que le produit de négligences criminelles devenues inhérentes à cette absence de totale de buts communs, de solidarité les hypothèses se sont multipliées. Qu’il y ait tant de possibles à ce drame reflète déjàles forces à l’oeuvre dans et contre ce malheureux pays. CGTN en Français (agence de presse chinoise) dans un laconique communiqué notait : “Les autorités libanaises déclarent que 2700 tonnes de nitrate d’ammonium
ont conduit à l’explosion massive. Il était entreposé au port depuis six ans sans mesures de sécurité. Le nitrate d’ammonium est couramment utilisé par les organisations terroristes à travers le monde pour infliger un maximum de dégâts. Lorsqu’il est mélangé avec du carburant diesel, il forme un explosif avec plus de la moitié de la force de la dynamite.Comment peut-on trouver dans un port civil une telle accumulation de cette substance?
Peu importe, toutes les hypothèses concordent toutes vers la même origine, l’incapacité des êtres humains dans les sociétés dévastées par la corruption, le profit, la misère, les inégalités à faire face ensemble aux périls et à tenter avec discipline et foi en l’avenir à les maîtriser ensemble.
Si le socialisme a un sens c’est dans la réponse collective qu’il apporte à ces temps périlleux. Mais que dire de nous Français quand nous en sommes réduits à avoir y compris un parti communiste incapable de défendre un tel avenir et cherchant dans le maintien de l’existant de quoi exister.



4 août 1789 - 4 août 2020
231 années après :
LA NUIT DU 4 AOÛT : FIN DES PRIVILÈGES !

Les privilèges ont été abolis, grâce à l’intervention du peuple.
Si la chose a été possible en 1789, pourquoi ne le serait-elle plus aujourd’hui ?
Si les inégalités s’accroissent, c’est bien parce qu’existent de nouveaux privilèges.
Une nouvelle Nuit du 4 août reste donc à faire !
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La nuit du 4 août 1789 est une des dates clefs de la Révolution Française. L’ennui, c’est que la période comporte beaucoup de dates clefs. Bien entendu, le choix d’une date, d’un évènement donc, est révélateur de la grille de lecture que nous utilisons pour définir les moments phares de cette Révolution, lesquels nous servent à définir les enseignements que notre présent peut éventuellement en tirer. Il est donc important de ne pas s’en tenir à des vulgates « classiques », mais de tenter de bien cerner le contexte historique de l’évènement choisi.
Destruction du système féodal
La nuit du 4 août est celle où « l’Assemblée nationale a détruit entièrement le régime féodal », pour reprendre les termes du décret du 4 août. C’est vrai. Mais à nuancer fortement. Et ce n’est pas arrivé par hasard. Il y a des causes particulières, et des acteurs spécifiques. Une réalité historique qu’il faut cerner avant que d’en tirer des enseignements.
Les faits sont connus. L’Assemblée nationale, qui s’est définie comme « constituante » à l’occasion du serment du Jeu de Paume – encore une date clef — s’enflamme au soir du 4 août et les députés vont, au cours d’une séance mémorable, jeter à bas le vieux système féodal. C’est, de surcroît, à l’initiative de plusieurs membres des ordres privilégiés (clergé et noblesse) que tout arrive. Le vicomte de Noailles, suivi à la tribune par le Duc d’Aiguillon ouvre le bal. La salle exulte et se lance dans une surenchère qui a marqué l’historiographie des décennies suivantes.
Les propositions sont simples : établir l’égalité fiscale et, au-delà, supprimer les privilèges qui sont l’armature de la France d’Ancien Régime. Ces privilèges sont de deux sortes. Certains pèsent sur l’individu, ainsi, les corvées, et d’autres sont ancrés sur la propriété. Ces derniers, nommés « droits réels » vont finalement être déclarés rachetables. Au cours de la nuit, tout vole en éclats. La Dîme du clergé, les droits de chasse seigneuriaux, les droits de garenne, de colombier, mais aussi les privilèges des communautés, villes, provinces, corporations…
Dans le Mémorial alphabétique (« des droits ci-devant seigneuriaux supprimés et rachetables ; conformément aux Décrets de l’Assemblée nationale, sanctionnés par le Roi »), « ouvrage utile à tous les Propriétaires de Fiefs, Tenanciers et Détempteurs », publie en 1790 par M. Ravaut, Avocat et Procureur au Parlement de Paris, la liste exhaustive de ces privilèges est établie.
En gros, une nuit d’ivresse égalitaire suivie d’une gueule de bois de propriétaires… Car si, de fait, la table est rase au petit matin du 5 août – la séance s’est achevée vers 3 heures -, beaucoup s’empressent de ramasser la vaisselle tombée au sol dans les jours qui suivent. Du 5 au 11 août, d’âpres marchandages accompagnent la rédaction des décrets de l’Assemblée. Ainsi, les droits considérés comme rachetables sont fortement protégés. D’une part, leurs possesseurs, nobles où bourgeois, n’ont pas à fournir la preuve de leurs titres, d’autre part, ils ne peuvent être rachetés que si la communauté (villageoise, seigneuriale…) sur laquelle ils pèsent est unanime dans sa volonté de rachat…
La « Grande Peur »
C’est donc que l’exaltation des députés à abolir les privilèges n’était pas spontanée. Derrière la belle façade égalitaire de la nuit du 4 août se profile la « Grande Peur » paysanne qui a embrasé une vaste partie du territoire entre le 20 juillet et le 6 août 1789. Ce mouvement, une « alarme des plus extraordinaires » selon le prévôt de la maréchaussée du Soissonnais, secoue la France rurale et provoque la réaction de l’Assemblée lors de la nuit du 4 août. Il est souvent lié à des rumeurs qui circulent un peu partout. Des brigands seraient en marche : le tocsin sonne et les villageois, les paysans s’assemblent et s’arment.

Des brigands ? Selon le lieu, ils sont différents. Dans les Alpes, ils viennent du Piémont. Des Anglais auraient débarqué à Brest, des Espagnols franchiraient les Pyrénées. En plein Massif Central, faute de proximité frontalière, c’est le « complot aristocratique » qui fait office de danger. Les peurs sont imaginaires, mais leurs racines solides. Le soldat en maraude, le vagabond sont des classiques de la crainte locale. Cette mobilisation paysanne ne cesse pas à la découverte de l’absence du danger. Elle va trouver un exutoire. Le château seigneurial est partout présent. Il y en a 75 000 dans la France actuelle, même s’ils ne sont pas tous antérieurs à la Révolution Française. C’est donc au château que les paysans vont s’en prendre. Plus précisément aux papiers : les titres brûlent, les « terriers » (recueils des droits seigneuriaux) partent en fumée. Naïveté paysanne : les doubles existent. C’est d’ailleurs une émeute peu violente. Trois morts sont dénombrés dans tout le pays. Les caves des châteaux ont, semble-t-il, davantage souffert que leurs propriétaires.
Cette « Grande Peur » demeure malgré tout étonnante.
D’abord parce qu’elle est liée à la circulation de rumeurs qui sont prises pour argent comptant. Elles se développent à partir de six ou sept foyers bien identifiés aujourd’hui, autour desquels elles s’étendent de village en village. La prise de la Bastille est elle aussi liée à la circulation de rumeurs. Comme quoi l’information est toujours essentielle. Non vérifiée, elle est lourde de réactions qui peuvent être conséquentes.
Ensuite parce qu’elle marque l’entrée en scène du peuple dans le déroulement de la Révolution. Ce qui a commencé lors de la prise de la Bastille.
Enfin parce qu’elle est révélatrice de l’ambiguïté de la représentation nationale. En effet, au-delà de l’image d’Epinal, celle d’une Nation unie contre les privilèges, affamée d’égalité, elle révèle au contraire la coupure entre les représentants et leurs mandants. Coupure au combien durable…
Mais ces rumeurs avaient un fondement réel : le « complot aristocratique » qui en est la cause principale. Au lendemain du 14 Juillet, en effet, le roi a fait masser des troupes autour de Versailles. Cette mesure a été interprétée comme la volonté du pouvoir de dissoudre l’Assemblée afin de restaurer la Monarchie absolue, bref d’arrêter la Révolution. C’est pourquoi la rumeur du « complot aristocratique » se répand et que le peuple s’attaque aux châteaux.
La question du « rachat »
C’est le 11 août 1789, avec le « décret général sur l’abolition du régime féodal », que la fin de la société par ordres de l’ancien régime devient officielle. Le servage est définitivement aboli. Tous les autres droits sont « rachetables », car les seigneurs acceptent l’abolition des droits qui ne rapportaient rien. Les autres étaient « rachetables », par exemple la dîme est abolie, mais en attendant de trouver une solution au financement de l’Eglise, elle continue à être payée. La Constituante organisa le rachat des droits en mars et en mai 1790, soit neuf mois plus tard. Ces modalités tardives et si complexes provoquèrent la colère paysanne. Les paysans recommencèrent à attaquer les châteaux et à détruire les documents qui leur tombaient sous la main. Cette agitation dura jusqu’en 1793. Les paysans voulaient que l’abolition de ce qui causait leur malheur ne soit pas un vain espoir mais une réalité.
Par exemple dans le Périgord : « Tous les paysans refusent de payer les rentes. Ils s’attroupent, font des coalitions, des délibérations portant qu’aucun d’eux ne paiera de rentes, et que si quelqu’un vient à en payer, il sera pendu. Ils vont dans les maisons des seigneurs, des ecclésiastiques et d’autres personnes aisées ; ils y commettent des dégâts, se font rendre des parties de rente, que quelques-uns ont reçues d’abord, se font faire des reconnaissances et des engagements par ceux qui ont vendu le blé perçu ou qu’ils prétendent qui ont été payés de lods et ventes (droit qui accordait au seigneur une part sur les héritages) et autres droits qui ne leur étaient pas dûs. Un gentilhomme, âgé de plus de quatre-vingts ans, a été assailli dans son château par une troupe de paysans qui ont débuté par planter une potence au-devant de la principale porte. Ce seigneur fut si saisi qu’il en mourut subitement. » (Extrait du Mémoire pour les Provinces du Périgord Quercy et Rouergue, par J-B Loys, député du Tiers de Périgueux).
Finalement, ce ne fut qu’avec la guerre et l’emprisonnement de Louis XVI après sa tentative de fuite, que l’Assemblée, pour obtenir le maximum de soutien populaire, mit en œuvre réellement l’abolition des droits féodaux et seigneuriaux. Ce n’est que le 17 Juillet 1793 que les droits seigneuriaux furent définitivement abolis par la Convention et que l’on ne parla plus de rachat.
Une Assemblée nationale « bourgeoise »
A Versailles, l’écho de cette panique paysanne apparaît comme une menace, à la fois contre les privilèges et contre la propriété, qu’elle soit noble ou, c’est fréquemment le cas, bourgeoise. Cependant, l’Assemblée n’a guère le choix. Celui de la répression est impossible et surtout, il permettrait au roi de reprendre la main, après les multiples concessions qu’il a du faire. Il faut donc accompagner le mouvement en lui donnant une traduction juridique. Ce a quoi va s’employer l’Assemblée. Quelle Assemblée, au fait ?
Les députés de l’Assemblée nationale, devenue constituante, sont les élus des Etats Généraux du Royaume. Ils sont au nombre de 1 165. Les Etats Généraux sont une vieille Assemblée, réunie par le roi en cas de difficultés majeures. La dernière réunion date de 1614. Les trois ordres, Clergé, Noblesse et Tiers-Etat sont assemblés lorsque le souverain est aux abois, toutes caisses vides. En général, ils acceptent de financer le roi contre des privilèges divers. La nouveauté en 1789, ce sont les Cahiers de Doléances qui ont été rédigés.
Assemblée d’ordres, les États Généraux comptent 291 représentants du clergé. Mais si le Haut Clergé qui regroupe les grands prélats compte une majorité de nobles, 200 membres de ce groupe sont des curés, proches du Tiers-État et favorables à des réformes. La noblesse avec 270 représentants compte environ 90 députés « libéraux » favorables eux aussi à des réformes. Enfin, le « troisième ordre de la Nation », qui a obtenu du roi le doublement du nombre de ses membres, compte 578 députés. Mais aucun ouvrier, aucun artisan et un seul authentique cultivateur, le « Père Gérard », originaire de Montfort sur Meu, Ille-et-Vilaine. Un des ancêtres de Charles Tillon, d’ailleurs. Le fait que le député Le Guen de Kérangal monte, le soir du 4 août, à la tribune de l’Assemblée « en habit de paysan » et que le marquis de Ferrières, relatant son intervention le présente comme « propriétaire cultivateur » est symbolique : Le Guen de Kérangal est plus propriétaire que cultivateur…
Par contre, parmi ces 578 représentants du Tiers-Etat, et là, ce n’est pas symbolique, il y a 450 hommes de loi ! Cette Assemblée est, de fait, issue de la bourgeoisie. Bourgeoisie éclairée, nourrie de l’idéal des Lumières, consciente de sa valeur et de son rôle. La constitution qu’elle va rédiger séparera les citoyens « actifs » et les citoyens « passifs ». C’est le degré de fortune qui démarque les deux groupes. Pour tous, il est évident qu’un propriétaire ne risque pas de devenir, comme législateur, un aventurier social.
Irruption du peuple
Ils sont de leur temps, ils savent que les nouvelles institutions qu’ils créent s’installent dans un environnement qui, culturellement et sociologiquement, reste largement traditionnel. Mais ils ont compris qu’ils doivent s’appuyer sur le peuple, leur seule arme face au pouvoir royal. Mais ce peuple est à la fois un levier utilisable et un danger potentiel. Et il est en train de devenir un acteur majeur de la Révolution naissante.
Difficile donc de simplifier : un peuple lésé par une représentation qui ne représente que ses propres intérêts. Les députés de la Constituante furent appelés les « Architectes des ruines ». Ce qu’ils ont été. Mais ils portent en eux toute l’ambiguïté de la Révolution. Anatole France, au début du XXème siècle, résume cette ambiguïté en évoquant la conquête majeure de la nuit du 4 août : « Cette majestueuse égalité devant la loi qui permet au plus riche, comme au plus pauvre, de dormir la nuit sous les ponts… ».
Mais peut-on reprocher à ces élus de 1789 les exigences d’aujourd’hui ?
Il n’empêche que les privilèges ont bel et bien été abolis, grâce à l’intervention du peuple. Si la chose a été possible en 1789, pourquoi ne le serait-elle plus aujourd’hui ? Si les inégalités s’accroissent, c’est bien parce qu’existent de nouveaux privilèges. Une nouvelle Nuit du 4 août reste donc à faire !


Le décret du 4 août 1789
Article Premier. - L’Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal, et décrète que, dans les droits et devoirs tant féodaux que censuels, ceux qui tiennent à la mainmorte réelle ou personnelle, et à la servitude personnelle et ceux qui les représentent, sont abolis sans indemnité, et tous les autres déclarés rachetables, et que le prix et le mode du rachat seront fixés par l’Assemblée nationale. Ceux desdits droits qui ne sont point supprimés par ce décret, continueront néanmoins à être perçus jusqu’au remboursement.

2. - Le droit exclusif des fuies et colombiers est aboli ; les pigeons seront enfermés aux époques fixées par les communautés ; et durant ce temps, ils seront regardés comme gibier, et chacun aura le droit de les tuer sur son terrain.

3. - Le droit exclusif de la chasse et des garennes ouvertes est pareillement aboli ; et tout propriétaire a le droit de détruire et faire détruire, seulement sur ses possessions, toute espèce de gibier, sauf à se conformer aux lois de police qui pourront être faites relativement à la sûreté publique.

Toutes capitaineries, même royales, et toutes réserves de chasse, sous quelque dénomination que ce soit, sont pareillement abolies, et il sera pourvu, par des moyens compatibles avec le respect dû aux propriétés et à la liberté, à la conservation des plaisirs personnels du Roi.

M. le Président sera chargé de demander au Roi le rappel des galériens et des bannis pour simple fait de chasse, l’élargissement des prisonniers actuellement détenus, et l’abolition des procédures existant à cet égard.

4. - Toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans aucune indemnité ; et néanmoins, les officiers de ces justices continueront leurs fonctions jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée nationale à l’établissement d’un nouvel ordre judiciaire.

5. - Les dîmes de toute nature, et les redevances qui en tiennent lieu, sous quelque dénomination qu’elles soient connues et perçues, même par abonnement, possédées par les corps séculiers et réguliers, par les bénéficiers, les fabriques et tous gens de mainmorte, même par l’ordre de Malte et autres ordres religieux et militaires, même celles qui auraient été abandonnées à des laïques en remplacement et pour option de portion congrue, sont abolies, sauf à aviser au moyen de subvenir d’une autre manière à la dépense du culte divin, à l’entretien des ministres des autels, au soulagement des pauvres, aux réparations et reconstructions des églises et presbytères, et à tous les établissements, séminaires, écoles, collèges, hôpitaux, communautés et autres, à l’entretien desquels elles sot actuellement affectées [...]

6. - Toutes les rentes foncières perpétuelles, soit en nature, soit en argent, de quelque espèce qu’elles soient, quelle que soit leur origine, à quelques personnes qu’elles soient ducs, gens de mainmorte, domaines apanagistes, ordre de Malte, seront rachetables ; les champarts de toute espèce, et sous toute dénomination, le seront pareillement au taux qui sera fixé par l’Assemblée. Défenses sont faites de plus à l’avenir de créer aucune redevance non remboursable.

7.- La vénalité des offices de judicature et de municipalité est supprimée dès cet instant. La justice sera rendue gratuitement ; et néanmoins, les officiers pourvus de ces offices continueront d’exercer leur fonction et d’en percevoir les émoluments, jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée aux moyens de leur procurer leur remboursement.

8. - Les droits casuels des curés de campagne sont supprimés, et cesseront d’être payés aussitôt qu’il aura été pourvu à l’augmentation des portions congrues et à la pension des vicaires ; et il sera fait un règlement pour fixer le sort des curés des villes.

9. - Les privilèges pécuniaires personnels ou réels, en matières de subsides, sont abolis à jamais. La perception se fera sur tous les citoyens et sur tous les biens, de la même manière et dans la même forme […]

11. - Tous les citoyens, sans distinction de naissance, pourront être admis à tous les emplois et dignités ecclésiastiques, civils et militaires, et nulle profession utile n’emportera dérogeance.

12. - A l’avenir, il ne sera envoyé en cour de Rome, en la vice-légation d’Avignon, en la nonciature de Lucerne, aucuns deniers pour annates ou pour quelque autre cause que ce soit ; mais les diocésains s’adresseront à leurs évêques pour toutes les provisions de bénéfices et dispenses, lesquelles seront accordées gratuitement, nonobstant toutes réserves, expectatives et partages de mois, toutes les églises de France devant jouir de la même liberté.

13. - Les déports, droits de côte-morte, dépouilles, vacat, droits censaux, deniers de Saint-Pierre et autres du même genre établis en faveur des évêques, archidiacres, archiprêtres, chapitres, curés primitifs et tous autres, sous quelque nom que ce soit, sont abolis, sauf à pourvoir, ainsi qu’il appartiendra, à la dotation des archidiaconés et des archiprêtrés qui ne seraient pas suffisamment dotés.

14.- La pluralité des bénéfices n’aura plus lieu à l’avenir, lorsque les revenus du bénéfice ou des bénéfices dont on sera titulaire excéderont la somme de trois mille livres. Il ne sera pas permis non plus de posséder plusieurs pensions sur bénéfice, on une pension et un bénéfice, si le produit des objets de ce genre que l’on possède déjà excède la même somme de trois mille livres […]

17. - L’Assemblée nationale proclame solennellement le Roi Louis XVI "Restaurateur de la Liberté française".

18. - L’Assemblée nationale se rendra en corps auprès du Roi, pour présenter à Sa Majesté l’arrêté qu’elle vient de prendre, lui porter l’hommage de sa plus respectueuse reconnaissance, et la supplier de permettre que le Te Deum soit chanté dans sa chapelle, et d’y assister elle-même […] ».
Décret général concernant les droits féodaux supprimés sans indemnité, et ceux déclarés rachetables (15 mars 1790), extraits.
L’Assemblée nationale, considérant qu’aux termes de l’article premier de ses décrets des 4, 6, 7, 8 et 11 août 1789, le régime féodal est entièrement détruit ; qu’à l’égard des droits et des devoirs féodaux ou censuels, ceux qui dépendaient ou étaient représentatifs, soit de la mainmorte personnelle ou réelle, soit de la servitude personnelle, sont abolis sans indemnités ; qu’en même temps tous les autres droits sont maintenus jusqu’au rachat, par lequel il a été permis aux personnes qui en sont grevées de s’en affranchir, et qu’il a été réservé de développer par une loi particulière les effets de la destruction du régime féodal, ainsi que la distinction des droits abolis d’avec les droits rachetables, a décrété et décrète :
Titre Premier
Des effets généraux de la destruction du régime féodal
Article Premier. - Toutes distinctions honorifiques, supériorité et puissance résultant du régime féodal, sont abolies. Quant à ceux des droits utiles qui subsisteront jusqu’au rachat, ils sont entièrement assimilés aux simples rentes et charges foncières [24 février] […].
(Blog El diablo )

vendredi 24 juillet 2020


Un petit tour à Tours !

par Marie Christine Burricand


Des questions sur le retour “au congrès de Tours” que certains ont depuis pas mal de temps dans le viseur? (note de Danielle Bleitrach)


Jeudi 23 juillet 2020, 


Que s’est-il passé à Tours ce mardi ? Une page entière de l’Humanité revient sur le tour de piste d’une vingtaine d’élus de grandes villes censés bâtir un réseau de partages d’idées et de projets communs. C’est le Maire de Tours qui invitait car il souhaite créer une fédération des mairies de la sociale écologie ; C’est promis, tout rapport entre cette initiative et les élections présidentielles serait fortuit !

Ce n’est pas tant l’évènement qui est intéressant mais les propos tenus et rapportés dans l’Humanité par un certain nombre d’élus présents
Commençons par le Maire de Tours, Emmanuel Denis : “Cette rencontre est une séance de préfiguration de l’avenir. les électeurs ont envoyé un message clair : ils veulent une accélération de la transition énergétique. ” Celui-là n’a pas senti les ondes venues des très nombreux abstentionnistes qui brouillent un peu la clarté du message. Apparemment, cela ne l’interroge pas. Et pourquoi passer ainsi de la transition écologique à la transition énergétique ?


Sa pensée se précise quand il envisage l’avenir : “Puisque la scission de la gauche a eu lieu en décembre 1920, nous pourrons fêter ce centenaire en l’unissant à nouveau. Une sorte de Congrès de Tours inversé.” Effacer Tours, la création du PCF et l’affirmation révolutionnaire, décidément c’est une manie !

Anne Hidalgo est elle aussi en pleine forme. : “Évidemment, cette convergence doit aussi permettre de transformer 21 voix de maires en une seule. Nous sommes des décentralisateurs. Il faut que, enfin, on sorte de cet archaïsme dans lequel notre pays est plongé depuis très longtemps, ce jacobinisme, ce colbertisme, qui fait que tout se décide au niveau des ministères parisiens” Anne Hidalgo veut-elle dire que cela suffit depuis 1789 quand les jacobins prennent une part importante dans la révolution française ? Considère t-elle qu’il faut se débarrasser de l’héritage de Robespierre ? Est-elle fâchée avec une doctrine politique qui défend la souveraineté populaire et l’indivisibilité de la république française ? Au regard de cette définition du jacobinisme, on ne voit pas trop comment rattacher ce gouvernement aux jacobins ; Il nous semblerait plus juste de pester contre ce libéralisme, ce désengagement de l’état qui laisse le pays exsangue. Pas un mot sur les responsabilités du capitalisme !S’il s’agit d’un effet de manche, il est mal venu de la Maire de Paris, ville qui a vu la prise de la bastille et la guillotine pour le roi…


En voilà donc deux et pas des moindres qui tournent le dos à ce qui fonde la gauche française, d’une part la révolution de 1789 qui met en place la nation et le principe d’égalité et de souveraineté nationale, d’autre part le congrès de Tours qui affirme dans la gauche le courant révolutionnaire et de la nécessité de son organisation. Je ne leur confierai pas l’avenir de la gauche ; Ma France, elle répond toujours du nom de Robespierre.



jeudi 23 juillet 2020

De la Russie dans la France profonde.

Publié le par Boyer Jakline Blog Bordeaux/Moscou
Le cadeau des voyages et des rencontres inattendues. 
Dans la France profonde où je suis venue passer quelques jours chez des amis,  une rencontre riche avec un créateur qui a vécu à Moscou et à  Donetsk, avant la  catastrophe,  c'est à dire  Maidan,  la guerre,  Odessa.
Nos regards se croisent.  Une connaissance de la vraie vie là bas. A Donetsk, il avait posé ses valises et ouvert son atelier. 
Il est exaspéré,  comme je le suis souvent, par les discours monochromes répandus ici. Ce qui a motivé  la création de ce blog. 
Depuis,  il ne va plus dans le Donbass. À  Kiev aussi  il avait acquis une certaine  notoriété, de nombreux passages à la télévision, sa démarche intéressait.  Avant 2014.
1-  La guerre. 
Oui, elle  continue même si elle  n'intéresse plus personne ici.
De l'aéroport de Donetsk à la ville,  il y a  20 km d'une route à 4 voies. Les hélicoptères ont craché leurs missiles  tout le long. La route était jonchée de  cadavres.  
Il raconte  et il les voient  encore. 
2- les journalistes 
Je devrais écrire  des journalistes,  par respect pour ceux qui continuent à honorer cette profession,  bien qu'ils soient moins nombreux que ceux  qui la déshonorent dans  les  "grands " médias. 
"je me suis fait plein de fric  en enjambant des cadavres" raconte, goguenard,  un journaliste français. 
3- Odessa.
2 mai 2015. J'ai raconté ce massacre dans le blog.  J'étais à Moscou  et nous étions en état de choc en voyant les images en quasi direct que diffusait la télévision. 
Lui aussi a été profondément choqué : comment peut on si rapidement attiser des haines dans une population. 
Remarque personnelle : le pouvoir de Kiev y travaille  scrupuleusement. Réécriture de l'histoire, interdiction  de la langue russe, holodomor,  culte de Bandera et des nationalistes ukrainiens  compromis avec Hitler...
Il a assisté au  défilé aux flambeaux  des néonazis dans le centre  de Kiev sur fond de Carmina Burana. "J'en ai des frissons rien qu'à le raconter "...
1er janvier 2015, et c'est une tradition désormais.

4- La Russie de Poutine. 
Il y a vécu et travaillé un an.
Incompréhension totale  entretenue chez nous  de ce qu'est ce pays et ce que sont ces gens. Ce sont des gens  de grande culture et très soucieux  de leur indépendance.  Très attachés à leur histoire, leurs racines. Ils en sont fiers. 
La religion omniprésente permet la cohésion. Sur ce point nos points de vue  se séparent.  Oui, la religion est très  présente,  joue un rôle très politique auprès de Vladimir Poutine, ce que pense aussi mon interlocuteur.  Et qu'il approuve. 
Il y a plutôt un sentiment religieux  diffus que j'analyse comme une réminiscence du paganisme animiste culturel,  très fort toujours, encouragé par  les tremblements sociaux, "quand le ciel vous tombe sur la tête".  Ainsi les expressions invoquant dieu sont omniprésentes. Dieu m'en garde, Dieu m'en préserve, grâce à Dieu, etc... etc...
Mon interlocuteur donne une analyse pertinente pour expliquer la très grande impopularité  de Vladimir Poutine en Occident, parmi  les élites et  les éditorialistes à leur solde : la Russie  n'a pas  de dettes.  Elle ne crache pas au bassinet des grandes banques...De ce point  de vue, incontournable dans ce capitalisme financier, elle est indépendante. C'est le diable. 

J'ai volontairement intitulé ces remarques  " la  Russie de Poutine " car c'est la première réaction qui m'est opposée quand j'évoque mon lien avec la Russie.  Sur tous les tons, inquiet,  ironique,  cynique... "Tu es pro-Poutine?" Je peux ainsi  mesurer l'ampleur et la force du conditionnement  à  l'oeuvre. 
Nous nous sommes séparés,  heureux de ce moment inattendu. Finalement pas si rare. Mon intérêt pour la Russie  suscite de bien belles rencontres. 

Ça n'empêche pas Nicolas

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Vietnam, les limites d'un pays cité en exemple face au coronavirus ...
La réaction des autorités politiques et sanitaires vietnamiennes devant la menace venue du géant voisin fut rapide, vigoureuse, systématique. L’annonce par l‘Organisation mondiale de la santé de l’émergence de la maladie date du 10 janvier 2020. Or, dès le 11 janvier – le jour où le gouvernement chinois annonce son premier mort de la maladie -, le gouvernement vietnamien organise une surveillance rigoureuse de ses frontières. Tous les passagers des aéroports internationaux sont soumis à une recherche de suspicion de la Covid-19 et ceux provenant de régions à haut risque sont soumis à une quarantaine obligatoire et conduits directement en bus à la sortie de l’avion dans des centres isolés. Cette surveillance des frontières restera très stricte en février et mars, avec des fermetures de lignes aériennes en provenance des régions à risques et quarantaines pour toutes les arrivées, sans s’arrêter aux conséquences économiques en particulier sur le tourisme dont le rôle est pourtant croissant dans les revenus des populations vietnamiennes.
Tests massifs
Dès le 15 janvier, le ministère de la santé décide d’une stratégie de lutte, en coopération avec l’OMS. Un comité scientifique de prévention de l’épidémie est constitué. L’une des premières mesures sera la fermeture des écoles. Les mesures de confinement local sont décidées sur la base des tests : le premier confinement est décidé à la mi-février pour 20 jours et concerne une population rurale de 10 000 habitants après la détection de 7 cas.  En avril, les trois premières semaines voient un confinement national décidé par le gouvernement.
La stratégie suivie est fondée sur des tests massifs, dès que le pays en a réuni les moyens. Dès la fin avril, le Vietnam peut tester 27 000 personnes par jour et environ 1000 personnes sont testées pour chaque cas détecté. Un taux plus élevé que des pays comme la Nouvelle-Zélande. Les personnes mises en quarantaine sont testées en début et fin, les populations jugées à risques sont massivement testées.
Traçage systématique
Le traçage de tous les contacts des personnes détectées positives est systématisé à l’aide de 63 centres provinciaux, 700 centres de districts et 11.000 dispensaires de santé. Les médias informent les populations où des personnes ont été détectées positives afin qu’elles se présentent aux centres de tests. L’objectif est de tester, à partir de chaque cas confirmé – et donc mis en quarantaine et non renvoyés chez eux comme en France – les contacts des contacts des contacts de cette personne (trois degrés de proximité).

La mobilisation des populations dans une action présentée comme une « guerre contre le virus » se fait par des moyens de communication de toutes  sortes : journaux, télévision, radio, internet… Une vidéo et une chanson en vietnamien expliquant le mode de propagation du virus et les gestes barrières a été vue plus de 53 millions de fois…


La précocité, la rapidité, la vigueur et la rigueur de la réaction gouvernementale, ainsi que l’efficacité des mesures prises avec une population participante, ont permis au pays de bloquer la propagation du virus. De sorte que le coût économique de la crise sanitaire est resté plutôt bas si l’on compare aux pays d’Europe de l’ouest par exemple, car la période de confinement a pu rester limitée.
Sylvestre Huet