lundi 16 août 2021

 

QUAND LES DJIHADISTES ÉTAIENT NOS AMIS...

Afghanistan : quelques perles. Voici ce qu’ils écrivaient et déclaraient dans les années 1980.

Extraits. Source : « Le Monde diplomatique ».

Revenir sur le discours général et sur les images d’Epinal, pléthoriques dans la presse française — du Figaro Magazine au Nouvel Observateur —, permet de mesurer à quel point presque tout ce qui suscitait hier l’admiration quand il s’agissait de populariser le combat contre l’« empire du Mal » (l’Union soviétique selon Ronald Reagan) est devenu depuis source d’exécration et d’effroi. Entre 1980 et 1988, on applaudissait les exploits des « combattants de la foi » contre l’Armée rouge.

« Le monde est fantastique. Leur âme se lit sur leur visage », photoreportage de Julio Donoso, texte de Guy Sorman avec la collaboration de Pascal Bruckner, Le Figaro Magazine, 20 septembre 1986.

Le 3 février 1980, quelques semaines après l’intervention militaire de l’Union soviétique en Afghanistan M. Zbigniew Brzezinski, conseiller pour les affaires de sécurité du président américain James Carter, se rend au Pakistan. S’adressant aux moudjahidins réfugiés de l’autre côté de la frontière, il leur promet : « Cette terre, là-bas, est la vôtre. Vous y retournerez un jour parce que votre combat va triompher. Vous retrouverez alors vos maisons et vos mosquées. Votre cause est juste. Dieu est à vos côtés. »

Le discours médiatique français relatif à l’Afghanistan va alors favoriser l’objectif géopolitique américain.

Devoir d’ingérence

« Il faut penser, il faut accepter de penser que, comme tous les résistants du monde entier, les Afghans ne peuvent vaincre que s’ils ont des armes, ils ne pourront vaincre des chars qu’avec des fusils-mitrailleurs, ils ne pourront vaincre les hélicoptères qu’avec des Sam-7, ils ne pourront vaincre l’armée soviétique que s’ils ont d’autres armes (...) que celles qu’ils parviennent à ravir à l’Armée rouge, bref, si l’Occident, là encore, accepte de les aider. (...) Je vois que nous sommes aujourd’hui dans une situation qui n’est pas très différente de celle de l’époque de la guerre d’Espagne. (...) En Espagne, il y avait un devoir d’intervention, un devoir d’ingérence. (...) Je crois qu’aujourd’hui les Afghans n’ont de chances de triompher que si nous acceptons de nous ingérer dans les affaires intérieures afghanes. »

Bernard-Henri Lévy, journal télévisé de la nuit de TF1, 29 décembre 1981

Comme au temps de la Résistance en France

« Pour permettre aux Afghans de parler aux Afghans, comme, pendant l’occupation en France, les Français parlaient aux Français, le Comité droits de l’homme a décidé d’aider la résistance afghane à construire une radio sur son territoire : Radio-Kaboul libre. Il y a un an et demi, le 27 décembre 1979 (...). Les vieux fusils sortent des coffres, les pistolets de dessous les bottes de paille. Mal armée, la résistance se lève. »

Marek Halter, Le Monde, 30 juin 1981

Le combat de toutes les victimes du totalitarisme

« Le combat des Afghans est celui de toutes les victimes des totalitarismes communistes et fascistes. »

Jean Daniel, Le Nouvel Observateur,

Préserver une société d’hommes libres

« Un regard d’une fierté inouïe qu’on aurait du mal à rencontrer ailleurs dans le monde et qui donne une exacte mesure de la farouche volonté des Afghans de se débarrasser de l’occupant soviétique, même si leurs moyens peuvent paraître dérisoires. »

Patrick Poivre d’Arvor, journal d’Antenne 2, 8 juillet 1980

« Ce qui meurt à Kaboul, sous la botte soviétique, c’est une société d’hommes nobles et libres. »

Patrice de Plunkett, Le Figaro Magazine, 13 septembre 1980

Comme les Brigades internationales, les « Afghans » de l’Hexagone

« C’est cela, l’amitié franco-afghane : un ami qui aide son ami. (...) François a appris le persan, comme Isabelle. Cet été, la frontière franchie, il a marché à pied pendant six jours, de jour et de nuit, parfois dans la boue, à un rythme assez soutenu. »

Claude Corse consacre à son tour un reportage du Figaro Magazine, le 19 décembre 1987, aux médecins, agronomes et ingénieurs français qui aident les Afghans. Avec une référence à la Résistance française.

« Barbes, turbans et même l’œil farouche : ces Afghans typiques sont des Français. Parmi eux, un marin breton spécialiste des vents de Polynésie, qui s’est fait agronome montagnard par goût pour un peuple qui vit vent debout ! (...) Précieuse ressource vivrière, cet arbre de vie [un châtaigner] symbolise l’espérance d’un peuple d’irrédentistes uni contre l’envahisseur communiste, comme les bergers corses de la Castagniccia le furent jadis contre les armées d’occupation. »

Exotisme et jolis paysages

Vaincre le communisme soviétique ne constituait pas un objectif universellement populaire en France. Pour que la cause des Afghans, patriotique mais aussi traditionaliste, dispose d’appuis plus nombreux, les grands médias l’associent à un désir d’aventure, à un paradis perdu. C’est d’autant plus facile que le combat afghan se déroule dans un cadre géographique enchanteur, avec des lacs purs qui accrochent le regard. Le pittoresque des paysages (et des traditions) de l’Afghanistan renvoie toute une génération occidentale devenue adulte dans les années 1960 au pays dont ont rêvé les routards et qu’ils ont parfois traversé pour se rendre à Katmandou. Retour à la nature, aux vraies valeurs, aux « montagnes cruelles et belles ». L’Afghanistan comme antithèse de la civilisation moderne, matérialiste et marchande.

« Ici Radio- Kaboul libre… », par Bernard-Henri Lévy, Le Nouvel Observateur, 12 septembre 1981.

« On oublie que c’est la guerre tellement c’est beau »

« Cela commence comme une histoire d’amour. Ils sont presque tous allés en Afghanistan. Dès le premier voyage, c’est l’attirance définitive. Ils décrivent “l’endroit par excellence où l’on est loin : pas de chemin de fer, pas d’industrie”. L’espace et la liberté : “Un Afghan ne vous regarde pas, ne vous importune pas.” Isabelle dit aussi : “Par moments, on oublie que c’est la guerre tellement c’est beau.” »

Danielle Tramard, Le Monde, 19 décembre 1984

« Leur barbe noire, leur nez busqué et leur regard

« Impressionnants avec leur barbe noire, avec leur nez busqué et leur regard aigu, ils font penser à des rapaces. Ce sont des guerriers-nés, indifférents à l’effort, au froid, à la fatigue. Ce sont des êtres à part, insensibles à la solitude, à la faim, à la mort. Armés de vieux fusils Enfield, modèle 1918, ils font mouche à 800 mètres. L’histoire a démontré qu’aucune armée venue d’ailleurs, ni même de l’intérieur, n’a pu les mater. (...) C’est cette accumulation de triomphes, c’est cette hécatombe des ennemis, c’est leur orgueil, c’est leur fierté qui, aujourd’hui, permettent encore à 17 millions d’Afghans de croire que, bientôt, tapis dans leurs repaires du Toit du monde, là où Kipling a fait vivre son Homme qui voulut être roi, leurs défenseurs seront encore triomphants. »

Jérôme Marchand [avec Jean Noli], Le Point, 21 janvier 1980

« Qu’est devenu ce cavalier enturbanné cheminant dans la neige ? »

« Que sont devenus ces caravaniers pachtounes, sirotant leur thé vert dans une maison de thé, leur fusil près d’eux ; ce berger de l’Hindou Kouch près d’un point d’eau ; ce cavalier enturbanné cheminant dans la neige ? (...) Les dunes géantes que le vent sculpte en vagues, les rues de Herat où l’odeur des roses que respire un vieillard vous entête, où les portes cloutées, d’un bleu paradis, des maisons des riches vous intriguent, où vous surprend inopinément le mollet gainé de blanc d’une femme complètement cachée sous le tchador plissé et dont le regard filtre à travers le grillage d’une broderie... »

Nicole Zand, Le Monde, 9 décembre 1980

Un islam sans « politisation extrême comme en Iran, ni surchauffe »

« Ne mélangeons pas les genres. A Téhéran, l’intégrisme correspond à une folle libération du petit peuple des villes après vingt années de mégalomanie, de gâchis et d’occidentalisation criarde. En Afghanistan, il ne s’agit que de tradition, et rien que de tradition. Pas de politisation extrême comme en Iran, ni de surchauffe. La ferveur est de toujours. (...) Les montagnards et maquisards de Dieu ont la foi. »

Pierre Blanchet, Le Nouvel Observateur, 7 janvier 1980

« Je crois que la révolution islamique de Khomeiny rend un mauvais service à la cause afghane. Mais la résistance afghane n’a pas la radicalité des mouvements révolutionnaires iraniens, et les courants qui présentent un caractère sectaire y sont très minoritaires. »

Jean-Christophe Victor, Les Nouvelles d’Afghanistan, décembre 1983

Indisciplinés, vaniteux, bavards, mais courageux

« Leur islam vaut bien le communisme à la soviétique »

« Il y a l’opposition, indirecte et perfide, de ceux qui se demandent si les résistants valent mieux que les occupants : si leur islam n’est pas “primitif et barbare” ; si, en définitive, il faut bien risquer de “mourir pour Kaboul”. C’est à cette démission qu’on nous convie de toute part tandis que les Afghans se font tuer et appellent à l’aide. Devant leur SOS, il faut alors proclamer bien haut que la résistance des Afghans contre les occupants soviétiques est juste comme toutes les guerres de libération. (...) Outre que leur islam vaut bien le communisme à la soviétique et que le premier est aussi “globalement positif” que le second, il est scandaleux de s’interroger sur leur civilisation au moment où ils la défendent avec le plus d’héroïsme. »

Jean Daniel, Le Nouvel Observateur, 16 juin 1980

Un journaliste du « Figaro Magazine » embrasse « de bon cœur » le Coran

« Avant toute attaque, la prière : une prière rapide par laquelle chacun recommande son âme à Allah. Les résistants passent ensuite sous un drapeau tendu dans lequel est déposé un petit Coran. Certains l’embrassent, d’autres s’inclinent en signe de ferveur. Anayatollah a insisté pour que j’accomplisse moi aussi le rituel. Je l’ai fait de bon cœur. C’est effectivement dans l’islam que ce peuple afghan maintient sa cohésion et puise la force morale qui lui permet de résister. Le djihad (guerre sainte) et le caractère islamique de cette résistance peuvent effrayer mais, à de rares exceptions près, on ne leur connaît pas de forme fanatique. »

Stan Boiffin-Vivier, Le Figaro Magazine, 5 décembre 1987

Tag(s) : #Afghanistan Médias

 

Publié par El Diablo

Le 14 août 2021

Dans un poste précédent (voir ci-dessous) j’évoquais ma honte et mon énervement provoqué par certains possesseurs d’une carte de presse, porte-parole du pouvoir, que je ne peux appeler confrères.

Et bien aujourd’hui, après les manifs de ce samedi 14 août, je suis obligé de remettre le couvert. Chers amis, vous êtes devenus dingues ou quoi? Vous transmettez sur France Télévisions, sur BFM, sur C News, ou autre des infos aussi ridicules que les suivantes:

-La veille des manifs, le ministère de l’intérieur annonce qu’il y aura 250 000 manifestants. Et vous reprenez comme parole d’évangile.

-Le soir des manifs le ministère annonce

214 845 et vous reprenez. C’est le 45eme qui devrait vous interpeller non? Ridicule, absurde….

Le pouvoir est grotesque sur les chiffres, et vous avec.

Et il y a plus: Macron, Véran, Attal réduisent l’opposition au pass à une pancarte trouvée à Metz et donc à l’antisémitisme, au racisme… Et vous reprenez sans rétablir la réalité, sans dénoncer la marginalité ultra minoritaire de ces quelques faits…

Comme je le disais, cela est une Honte. Et certains s’étonnent de ne pas être aimés. Bizarre non?

J.C.

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Le 7 août 2021

HONTE À VOUS QUE JE N’OSE APPELER CONFRÈRES !

J’ai été durant plus de 30 ans grand reporter à France 2, ai glané à l’époque avec mon ami aujourd’hui décédé Pascal Martin une collection de prix, du 7 d’Or au reportage d’investigation en passant par quelques autres.

On n’abandonne pas, dans la tête du moins, ce métier: tenter de comprendre le monde pour l’exposer. Avec son point de vue mais dans le respect absolu des faits.

Ce soir, bien que n’ayant plus rien à voir avec France Télévisions, j’ai été partagé par un sentiment de honte et de colère en voyant le journal de France 2.

Comment donc se prétendre journaliste en acceptant un tel journal, une telle hiérarchisation de l’info ? Comment faites-vous ?

De toute évidence, la mise en page, le contenu de France 2 ne visent qu’à gommer le fait majeur de cette situation estivale, des centaines de milliers dans la rue (ramenés par la presse à 200 et quelques milles annoncés par le ministère de l’intérieur) contre le passe pour La liberté.

Durant 10 ans, les médailles françaises aux JO. Au passage l’enthousiasme de quelques dizaines devant un écran au Trocadéro.

Puis durant plusieurs minutes, la préparation des prochains jeux à Paris…

Et puis enfin en deux minutes les manifs anti passe pour conclure sur un camping où « le passe se déroule très bien » et sur la « catastrophe en Guadeloupe ».

A l’époque le ministre de l’information avait un bureau dans les locaux de la télé publique. Aujourd’hui plus besoin. Honte! Les responsables de la télé et leurs petites mains aux ordres n’ont pas d’état d’âme. La télé publique est la télé officielle du pouvoir, voilà la triste réalité.

A l’époque être du service public d’information était un honneur, une référence.

Aujourd’hui, c’est une honte!

J.C.

Source : la page Facebook de Jacques Cotta:

 

Les loups sont entrés dans Kaboul

Quelle va être la forme du pire à venir ?

Les loups sont entrés dans Kaboul

Sur leurs 225 ans d’existence les USA ont quasiment toujours été en guerre. Sur les 150 dernières années toujours hors de ses frontières exportant le fer, le feu, le sang puis la radioactivité et la chimie orange. 

A part durant la période 1941-1945 et leur participation à l’écrasement de l’axe fasciste Germano-italo-nippon, ce sera toujours pour porter la mort contre les peuples pour défendre par tous les moyens les intérêts du capital font ils sont le symbole accompli.

Durant les 150 dernières années toujours, l’Afghanistan aura eu le triste privilège d’avoir subi la conjugaison de toutes les manœuvres des USA avec dès les années 80 l’assistance le financement et l’armement des Talibans pour aider l’ultraréaction portée par Massoud à renverser le régimes laïque et républicain en place parce que trop lié à l’URSS. 

Et toujours , symbole des pratiques dictatoriales la place de plus en plus réduite des femmes, allant jusqu’à leur négation comme membre de l’humanité, leur transformation en propriété privée dans un cadre théocratique qui aurait pu faire passer le régime iranien pour progressiste.

Ici en France, durant des années, les exactions des Talibans ont été plus ou moins tolérées ou ont servi de justifications par tous les BHL disponibles pour soutenir Massoud et justifier la « guerre sainte » au nom du combat contre l’URSS. Nos droits de l’hommistes germanopratin s’indignant plus du dynamitage scélérat des Bouddah de Bâmiyân que des lapidations des jeunes filles assassinées pour avoir exprimé leur exigence de liberté. Quiconque argumentait pour comparer la situation des femmes, de la santé, de la culture, de l’école, avant l’intervention impérialiste était cloué au pilori.

On a vu des collectivités territoriales dites de gauche soutenir Massoud et ses successeurs, refusant de voir que Talibans et pro US jouaient la même partition contre les peuples , soutenir l’interventionnisme impérialiste. Des gouvernements dit de Gauche, à la remorque de l’impérialisme ont participé au désossement d’un pays à la culture millénaire et créé les conditions de la situation d’aujourd’hui.

Ce qui se passe à Kaboul en 2021 est un revers majeur des peuples. Un recul des droits humains au premier rang ceux des femmes vers une préhistoire sillonnée de barbarie.

Cette Barbarie est le résultat de presque un demi siècle de l’action des USA, de choix délibérés pour un but géostratégique impérialiste nés de la peur de la conférence de Bandung de 1955.

Vingt-neuf pays se rendent à la conférence : quinze pays d’Asie (Afghanistan, Birmanie, Royaume du Cambodge, Ceylan, République populaire de Chine, Inde, Indonésie, Japon, Royaume du Laos, Népal, Pakistan, Philippines, Thaïlande, République démocratique du Viêt Nam, État du Viêt Nam), neuf du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Égypte, Iran, Royaume d’Irak, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie et Yémen) et six pays africains (Côte-de l’Or -l’actuel Ghana), Éthiopie, Liberia, Soudan, Somalie et Libye) ce qui reflète le fait que la plus grande partie de ce continent est encore colonisée. un front anticolonial et anti impérialiste.

Intolérable pour le capital qui s’organise: l’Indonésie ouvrira un cycle de massacres génocidaire Toujours soutenu par Wall street et le Pentagone. Le vietnam au prix d’une lutte héroique les fera plier, mais Chili, Ethiopie, Somalie, (avec Kouchner et BHL avec leurs sacs de « kalashnikov basmati ») Sarko et la Lybie, la tyrannie confortée à Riyad, les dictatures des émirats et maintenant l’Afghanistan.

Regardez la liste et regardez les foyers de guerre alimentés par les puissances impérialistes. Dans cette sinistre partie de domino, l’Afghanistan (en fait principalement les Afghanes) paie le tribu à l’hydre capitaliste mondialisé.

 

 

L’enchevêtrement en Afghanistan ?

Ce texte paru à Cuba a des échos en Russie, en Chine et chez tous ceux qui connaissent bien les USA. Le retrait des USA d’Afghanistan en fait laisse à ceux qui partout restent leurs alliés, les fondamentalistes talibans. Il s’agit de constituer là un foyer capable de déstabiliser durablement la Chine, la Russie, du type de ceux installés en Syrie. Les Talibans sont et toujours été les alliés de l’impérialisme US, qui aujourd’hui comme hier vise à créer des foyers de fascisation. La proposition de la Russie que nous publions par ailleurs tient compte de ce possible tout à fait vraisemblable.. (note et traduction de danielle Bleitrach)

Il serait très étonnant que les troupes américaines sortent, alors que les talibans balayent le pays…

NESTOR NUNEZ15/08/2021EXCLUSIF


L’enchevêtrement en Afghanistan ?
Les talibans semblent destinés à nouveau à prendre le pouvoir sur le territoire afghan après le controversé « retrait » militaire gringo. (Prise de dw.com).

Les événements de ces dernières heures et de ces derniers jours en Afghanistan n’ont cessé, et encore moins en ce moment, d’éveiller le soupçon parmi pas mal de gens qui connaissent ou du moins s’intéressent aux péripéties de cette nation d’Asie centrale, épicentre évident d’importants conflits géopolitiques tout au long de son histoire compliquée.

Comme on le sait, dans un accord sans consultation avec les autorités officielles de Kaboul, l’ancien président égocentrique Donald Trump a décidé, aux côtés du mouvement taliban, le retrait des troupes américaines qui, pendant vingt ans, se sont enracinés dans une géographie mouvementée au nom de la lutte contre le terrorisme. En effet, ce qui s’est passé lors de telles négociations constitue un moment suspect et controversé parce que l’Afghanistan qui pourtant avait un gouvernement national constitué et reconnu, se retrouve avec un traité qui n’implique que le groupe armé que, dans les années 90 du siècle dernier, Washington a privilégié comme celui destiné à « unifier » l’État afghan avec l’aide d’Al-Qaïda et de son chef, le prétendument « malheureux » par les commandos gringos Oussama ben Laden.

Il ne faut pas oublier que les talibans ne pouvaient pas en près de cinq ans de guerre remplir le cahier des charges de stabiliser le pays selon les desiderata des monopoles de l’énergie américaine en embuscade derrière tout l’ébauche locale, et quand ils ont été piégés par la Maison Blanche forcé à un règlement multilatéral ils ont mordu avec Al Qaïda la main de leur ancien maître .

Mais on dit que « là où il reste des cendres, l’amour est possible », et pour les observateurs plus audacieux, il semble une vérité plausible que la sortie militaire de Washington soit une préméditée et consensuelle « solution » le retour de l’extrémisme islamique à la tête de l’Afghanistan, soutenu en outre par la concentration de terroristes de l’État islamique déplacés à la hâte dans ce pays par les États-Unis après leur défaite en Syrie.

ça vous étonne ?Pourtant généraliser le chaos et le terrorisme à proximité des frontières de la Russie, de la Chine, de l’Iran et d’autres nations de la région considérées par les « États défaillants d’Amérique » comme les grands opposants à leur rêve pervers de tenter le contrôle de l’Eurasie, en phase avec le vieil axiome impérial qui est : qui s’empare de cette région « sera propriétaire absolu de la planète ».

Et ce ne sont pas des visions fantaisistes. Il s’avère qu’il y a des semaines, en s’adressant au site canadien Global Research, M. Lawrence Wilkerson, ancien chef de cabinet du secrétaire d’État entre 2001 et 2005, le général Colin Powell, a clairement et catégoriquement affirmé que ce qui se passe en Afghanistan avec le prétendu retrait militaire nord-américain n’est qu’un changement dans la direction de la guerre, qui va maintenant pointer « vers la Chine, la Russie, le Pakistan, l’Iran, la Syrie, l’Irak et le Kurdistan ».

C’est, a précisé Wilkerson, « une lutte pour le pétrole brut, l’eau et l’énergie en général. La présence américaine en Afghanistan ne va donc pas disparaître en ce moment, mais s’étendra jusqu’à un demi-siècle… et elle va grandir, elle ne va pas diminuer.

Une conclusion qui, soit dit en passant, ne s’écarte en rien des affirmations du ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, qui a conclu que le mouvement des troupes américaines déployées jusqu’ici en Afghanistan indique qu’il ne s’agit pas d’un « acte ferme », mais d’une tentative de « s’enraciner » dans la région de l’Asie centrale.

On sait en outre qu’après l’annonce de l’instrumentation du « plan de paix » de Trump avec les talibans, des responsables américains ont tenté de convaincre les pays frontaliers de l’Afghanistan et les anciennes républiques soviétiques asiatiques d’autoriser la présence de contingents militaires américains sur leurs territoires respectifs.

Le fait est qu’après deux décennies d’occupation en Afghanistan, les États-Unis et leurs alliés ne laisseront dans ce pays que des centaines de milliers de morts, mutilés et déplacés, des destructions matérielles massives et la même fragmentation et des confrontations violentes il y a vingt ans, ainsi que la prévalence possible des tendances terroristes que Washington a toujours promues et encouragées.

Et juste au cas où les mouches, déjà en provenance du département d’État, il a été recommandé à ses citoyens de quitter le sol afghan immédiatement, comme celui qui sait à l’avance que ce n’est pas exactement les roses qu’il laisse derrière son dos coupable.

 

vendredi 13 août 2021

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« La Chine sans œillères » : recension

Maxime Vivas et Jean-Pierre Page ont réussi ce tour de force de réunir dix-sept intellectuel(le)s majoritairement chinois et français, mais aussi du Luxembourg, d’Australie, du Sri-Lanka, du Canada et de Cuba, pour nous offrir, à l’occasion du centenaire du Parti communiste chinois, une vision de la Chine réelle, loin des préjugés antichinois (1) sans pour autant verser dans une admiration béate (2). Le titre est clair : "La Chine sans œillères". Le sous-titre également : "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir…" Il suffit de lire le sommaire pour comprendre que nous sommes en présence d’une petite encyclopédie à entrées multiples.

Les articles sont de longueur variable : de 4 à 20 pages. Mais ce qui ne varie pas, c’est leur valeur et leur intérêt.

La Préface sous la plume de Mobo Gao, professeur de civilisation chinoise en Australie donne le ton de l’ouvrage : ce n’est pas un panégyrique de la Chine dont à plusieurs reprises l’auteur reconnaît que tout n’y est pas parfait ; on est en droit de critiquer la Chine, à condition toutefois que l’on fasse preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle et qu’on n’oublie pas la parabole de la paille et de la poutre.

Il y a d’abord les sujets d’actualité assez généralement présentés en Occident comme autant d’actes d’accusation à l’encontre de la Chine.

Pour parler en connaissance de cause du coronavirus, les directeurs de l’ouvrage ont eu la bonne idée de demander l’avis de Badia Benjelloun, une allergologue réputée. Elle démontre clairement que les accusations de retard à informer l’OMS, de virus échappé d’un laboratoire, voire de virus fabriqué, ne tiennent pas la route et qu’il y aurait même lieu d’enquêter en dehors de la Chine sur l’origine de la pandémie.

Il faut lire l’article de l’Algéro-Canadien Ahmed Bensaada sur Hong Kong. Pour ceux qui l’ignoraient encore, la « révolution des parapluies » est une variante des « révolutions oranges » : l’implication des États-Unis dans le financement et le déclenchement des troubles « démocratiques » y est minutieusement établie et mise en lumière : nombre de meneurs de la révolution des parapluies avaient leurs entrées au Congrès de Washington et même à la Maison Blanche. Plutôt que de réprimer brutalement les émeutes, la Chine a réagi calmement et a promulgué en juin 2020 la « loi sur la sécurité nationale de Hong Kong », interdisant l’ingérence étrangère sur son sol, comme l’avaient fait ... les États-Unis en 1938 en adoptant le « Foreign Agents Registration Act ».

Sur ce même sujet, il faut aussi lire l’article particulièrement dérangeant de Jean-Pierre Page. On y apprend que, pour les Démocrates revenus au pouvoir aux États-Unis, il ne s’agit même plus de contenir l’influence de la Chine, mais d’en finir avec le Parti communiste chinois. Pour eux, Trump a fait preuve de mollesse ; Biden et Blinken pensent que ce sont les Chinois qui bloquent l’économie états-unienne. Pour Susan Rice, la nouvelle conseillère de la Présidence, la politique intérieure se confond désormais avec la politique étrangère ! Avec de telles visions, Washington se croit autorisé à créer des troubles à Hong Kong (et ailleurs). En bon syndicaliste, Page n’oublie toutefois pas que Hong Kong est une des villes les plus inégalitaires du monde et il fait remarquer que ceux qui se présentent comme des « pro-démocratie » sont aussi ceux qui ont le plus à craindre de réformes « communistes » destinées à réduire les tensions sociales.

Sur les Ouïghours, Maxime Vivas, avec la plume qu’on lui connaît, réussit à condenser sur 11 pages son maître-livre Ouïghours, pour en finir avec les fake news, en précisant que certains journalistes, incapables d’y trouver une information fausse, se sont essayés à de minables arguments ad hominem. Il égratigne en passant Antoine Bondaz, un « chercheur » très médiatisé, qui s’était même permis de nier l’existence d’une journaliste dont le reportage sur le Xinjiang ne collait pas avec ses a priori.


À propos des Tibétains, le chercheur luxembourgeois Albert Ettinger démonte, témoignages à l’appui, les mensonges d’un ancien Tibet, qui aurait vécu « dans la paix et l’harmonie » alors qu’en fait y régnaient la misère, le servage, l’analphabétisme, les meurtres politiques, le brigandage et la corruption. Mensonges aussi sur le Tibet moderne, fabriqués à Washington ou Dharamsala (comme le canular d’ « un million deux cent mille morts ») et parfois repris dans des publications prestigieuses du style Encyclopédie Larousse pour qui les Tibétains seraient devenus minoritaires sans leur propres pays (alors qu’ils constituent 92,8 % de la population de la Région autonome du Tibet).

Plus encore que par le passé, la Chine, (re)devenue une puissance mondiale, suscite la méfiance et on l’accuse de visées impérialistes, à commencer en Mer de Chine où elle menacerait la liberté de navigation. En réalité, comme les autres États côtiers, elle se borne, écrit l’économiste et ancienne diplomate Tamara Kunayakam, à exiger, comme les autres États riverains, une autorisation préalable au passage de navires de guerre dans ses eaux territoriales. Mais c’en est trop pour les États-Unis, qui ne reculent devant aucun moyen, y compris la provocation et l’intimidation. Pour Biden et son Administration, il s’agit d’isoler la Chine, même au risque d’une « nouvelle guerre froide », voire d’un véritable affrontement armé.

Il va sans dire pourtant que les accords gagnant-gagnant entre la Chine et l’Amérique latine, le jardin traditionnel de l’Oncle Sam, sont en plein essor et ouvrent de larges perspectives. Comme le note Romain Migus, fondateur du site « Les 2 rives », la Chine possède un avantage important sur les États-Unis : ces derniers ont l’habitude de s’ingérer dans la vie politique des pays latino en conditionnant leur prêts à des mesures d’austérité, destructrices des États et aux conséquences dramatiques pour les peuples. La Chine, elle, s’accommode avec des gouvernements de passage, même des adversaires idéologiques, comme le Brésil de Bolsonaro (3).

Le cas de Cuba est particulier. Pendant la « période spéciale » qui a résulté de la disparition de l’URSS, l’île a pu compter sur le soutien sans réserve de la Chine. Une solidarité manifestée par les visites des Présidents Jiang Zemin, Hu Jintao et Xi Jinping. Pour sa part, Fidel Castro s’était rendu en Chine en 1995 et 2003. Et Cuba, en 1960 avait été le premier pays d’Amérique latine et de l’hémisphère occidental à établir des relations diplomatiques avec la RPC. Les liens historiques qui unissent ces deux pays sont à découvrir dans l’intéressante contribution du chercheur Eduardo Regalado Florido.

Le livre fait la part belle à la politique étrangère de la Chine : plusieurs chercheurs s’emploient à démontrer que la peur du « péril jaune » n’a aucun sens.

Le professeur émérite Tony Andréani fait remarquer que la perspective d’une hégémonie chinoise sur le monde relève du fantasme. C’est exactement le contraire : en signant des accords commerciaux avec 124 pays – dont onze membres de l’Union européenne – la Chine va les aider à se développer à leur rythme et ainsi contribuer à la démondialisation de l’économie.

La Chine est un partisan et un acteur du multilatéralisme dans la gouvernance mondiale, comme le montre Ding Yifan, directeur adjoint du centre de recherche du développement de la Chine. Il rappelle opportunément le rôle capital joué par la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment par son aide financière substantielle aux agences onusiennes actives dans la réduction de la pauvreté et le développement de l’éducation fondamentale.

De plus, comme le fait remarquer avec à-propos Bruno Guigue, observateur pointu de la vie internationale, dans sa contribution au titre éponyme du livre, les Chinois savent que leur système est unique : ils ne cherchent à convertir personne. Pour eux, les droits de l’homme, c’est de développer leur pays tout en laissant les autres choisir leur destin. Les Chinois n’ont-ils pas quelques raisons de trouver absurde l’indignation des médias occidentaux concernant le manque de liberté d’expression en Chine alors que dix milliardaires leur dictent une ligne éditoriale monolithique ? La dictature du parti les offusque, mais celle du capital leur convient...

En quoi consiste précisément le caractère unique du système chinois ?

Pour foudroyants qu’ils soient, les succès économiques de la Chine ne sont pas ... tombés du ciel et avaient commencé avant Deng Xiaoping, comme le mettent en lumière deux économistes, le Français Rémy Herrera et le Chinois Zhiming Long, dans une analyse qui en étonnera plus d’un. S’il est vrai que la croissance économique de la Chine s’est accélérée à partir des années 1980, on ignore généralement que, de 1963 à 1978, le taux de croissance annuel moyen du PIB chinois était de 8,2 %, ce qui reflète une croissance très rapide, alors que cette période comprend pourtant la Révolution culturelle.

De son côté, le chercheur à l’INALCO Bruno Drweski remonte plus haut encore dans l’histoire révolutionnaire de la Chine qui a commencé avec l’insurrection des Taïpings sous la dynastie Qing, avec ses ruptures et ses continuités, jusqu’à l’établissement d’un compromis entre les objectifs communistes à long terme et les nécessités d’un développement économique laissant une place au marché d’un type nouveau, une « économie de marché socialiste ». Un système pluraliste construit à partir de l’héritage de l’antique patrimoine chinois et de l’apport critique de la Révolution soviétique.

Le professeur honoraire vivant en Chine, Jean-Claude Delaunay montre bien que, si en Chine le marché est important pour le développement du pays, le marché n’y est qu’un moyen pour produire des services collectifs puissants, ce qui le distingue radicalement d’une économie de marché capitaliste. Ce faisant, le socialisme chinois n’est pas seulement une façon de développer la Chine ; c’est aussi une façon de comprendre le monde et d’agir sur lui pour le transformer.

Si, comme toute institution humaine, l’État chinois n’est pas sans tache, que dire alors des sept péchés capitaux américains contre la Chine que le journaliste chinois Jiaqi Hou a beau jeu de dénoncer : calomnies, ingérences, unilatéralisme, provocations, inefficacité, double standard, violation du droit international ? Juste une phrase pour donner envie d’en lire plus : « Lorsque l’épidémie de coronavirus a commencé en Chine, le pays s’est installé dans sa chaise de spectateur, mangeant du pop-corn, pour mieux assister à la débâche de l’économie chinoise. »

Moins polémique, mais peut-être plus parlant encore, le Chinois Ruolin Zheng qui a vécu une vingtaine d’années en France, se demande comment il se fait que les lecteurs occidentaux, dont la plupart n’ont jamais mis les pieds en Chine, s’imaginent mieux connaître la Chine que lui et que les Chinois eux-mêmes.


La faute en incombe aux médias français et surtout à certains « sinologues » comme Valérie Niquet, Claire Holzman et beaucoup d’autres qui font flèche de tout bois pour créer volontairement une image imaginaire de la Chine dans la tête des français, en racontant n’importe quoi. Exemples de ces fantasmes : le nombre de victimes chinoises du Covid-19 serait bien plus important que le chiffre officiel, les Chinois ne bénéficieraient d’aucun régime de retraite, la lutte contre la corruption ne serait qu’un camouflage de disputes internes au sein du PCC, la pollution à Pékin serait telle qu’il y règne une « airpocalypse », l’économie chinoise serait minée par la bureaucratie et l’immobilisme, etc.

Ruolin Zheng le constate : comprendre la Chine, c’est vrai, n’est pas chose facile. Bien que respectant les cultes divers (avec 14 millions de chrétiens et 18 millions de musulmans), la civilisation chinoise millénaire est clairement athée et tranche avec les trois monothéismes (juif, chrétien et musulman) dominant plus de la moitié de l’humanité. Le peuple chinois a une façon de penser, de vivre, de s’organiser différente. Raison de plus pour essayer de le connaître au lieu de le condamner sur base de préjugés.

Pour terminer cette recension de La Chine sans œillères, je ne pourrais pas mieux faire que de reproduire ... l’introduction rédigée par les deux initiateurs du projet, Maxime Vivas et Jean-Pierre Page :

« Ce livre vise un public que nos médias maintiennent dans une grave ignorance de la Chine.


Ce que beaucoup de Français croient, c’est que le ‘régime’ communiste chinois, dont LA langue est le mandarin, fait travailler les enfants, opprime les minorités, éradique les cultures, persécute les croyants. Sur fond d’un racisme implicite s’est construite une image négative de ce pays et d’un peuple qui font peur (‘le péril jaune’), alors même que la politique étrangère de la Chine, telle que la définit le président Xi Jinping n’est pas basée sur une volonté de domination du monde (contrairement à celle affichée par les États-Unis d’Amérique), mais sur la notion de ‘communauté de destins’.


Il ne s’agit pas ici de faire un éloge béat de la Chine, de suggérer que la France ferait bien de s’inspirer de son système politique, économique, médiatique, policier, militaire, juridique, syndical. Nous avons notre propre système, perfectible. La Chine a le sien, sur lequel nous avons peu de prises, dirigé par un parti communiste désormais centenaire (né le 23 juillet 1921) et fort de 90 millions d’adhérents. Il ne s’agit donc pas de se positionner en ‘pro-chinois’, mais en ‘pro-vérité’ en invalidant des mensonges, en apportant des informations sur ce qui se passe en Chine et qui explique son dynamisme. »

André LACROIX0. Blog Le Grand Soir