N° 818 26/04/2023 Macron et son commis chargé de l’éducation nationale, Pape N’Diaye ont annoncé, à grand renfort de publicité des media,
une "revalorisation" des enseignants. Mais, comme à l’habitude,
mensonge et arnaque se perçoivent facilement derrière les boniments.
Faux-semblants sur toute la ligne
Il
est important de noter que c’est le mot de revalorisation qui est
utilisé et non celui d’augmentation des salaires. En effet, il ne s’agit
en aucun cas d’une augmentation. On ne touche pas au point d’indice et
le "traitement", nom du salaire des fonctionnaires, ne change pas d’un
centime. Depuis des années, les gouvernements, et les véhicules de
l’idéologie dominante avec eux, entretiennent le flou sur cette
question, parlant de pouvoir d’achat et non de salaire. L’épisode actuel
dans l’éducation nationale ne déroge pas à la règle. Il ne s’agit pas de salaire, mais de prime, sans effet sur la retraite.
Les
enseignants bénéficient d’une indemnité pour les tâches afférentes à
leur métier hors du temps devant élève (suivi, orientation, notation,
coordination, etc.) appelée ISOE dans le second degré et ISAE dans le
premier. Le ministre a annoncé que ces indemnités seront doublées à
partir de septembre. Il est important de noter qu’elles ne concernent
que les enseignants, sauf les professeurs documentalistes. Les CPE
(Conseillers Principaux d'Education, qui animent la vie scolaire) et les
psychologues ne la touchent pas non plus. Mais leurs indemnités
spécifiques devraient augmenter également ainsi que la prime d’activité
des enseignants contractuels.
L’augmentation devrait être de 92 euros par mois en moyenne, ce qui, évidemment, ne fait pas le compte.
Comme
lors de la précédente "revalorisation", annoncée avec tambours et
trompettes par l’ancien ministre Blanquer, il s’agit de poudre aux yeux.
Et surtout, la revendication commune à l’ensemble des
organisations syndicales de la fonction publique, à savoir le dégel du
point d’indice n’a absolument pas été évoqué. Or, la baisse de
niveau de vie des enseignants est principalement dûe, depuis le début
des années 2000, à la fin de l’indexation du point d’indice sur
l’inflation et depuis la fin de ces mêmes années, au gel du point
d’indice. Un enseignant en début de carrière qui gagnait 2,4 fois le
SMIC en 1990, ne gagne aujourd’hui même pas 1,2 fois le salaire minimum.
Pour
le Parti Révolutionnaire Communistes, il est urgent de dégeler le point
d’indice, de l’aligner de nouveau sur l’inflation et d’opérer un
rattrapage notamment pour les traitements les plus bas.
Le pacte et le cercle vicieux des heures supplémentaires
Mais
ce n’est pas tout. Le "pacte", ainsi que le dénomment nos gouvernants,
prévoit aussi une augmentation plus substantielle (mais toujours hors
salaire), contre des tâches supplémentaires.
Les
enseignants du second degré, principalement concernés par ce volet ont
des obligations de service de 18 h 00 devant élèves, s’ils sont
certifiés (titulaires du CAPES) ou PLP (enseignants de lycée
professionnel, bivalents dans les matières générales) ou de 15 h 00
devant élèves s’ils sont agrégés. Mais, ils peuvent compléter leur
service avec des heures supplémentaires, sachant que pendant longtemps,
elles n’étaient pas obligatoires et qu’ensuite Sarkozy a décidé que les
chefs d’établissement pouvaient en imposer une selon leur bon vouloir,
c’est passé à deux avec Macron.
Notons
que le nombre d’heures supplémentaires choisies par les enseignants est
en grande augmentation depuis quelques années, les enseignants
choisissent en nombre non négligeable la solution individuelle pour
pallier la baisse de leur niveau de vie.
Il
existe deux sortes d’heures supplémentaires, celles fixées à l’année,
qui entrent dans l’emploi du temps (HSA) et celles effectuées dans le
cadre d’une mission particulière, ponctuelle (HSE). C’est dans ce second
volet, qui concerne aussi les enseignants du premier degré, que seront
puisés les moyens du pacte. Leur taux sera augmenté.
Les heures effectuées dans le cadre de ce pacte seront défiscalisées.
Deux types de missions sont proposées : des missions en face à face
pédagogique et des missions de coordination de projet.
Le
premier volet de ces missions sera le remplacement des absences de
courte durée pour les enseignants du second degré et les heures de
soutien en sixième pour les professeurs des écoles ; ce sont les
missions prioritaires pour le ministère.
Les enseignants concernés auront 18 heures à l’année soient 30 minutes par semaine à
effectuer pour toucher 1250 euros, soient un peu plus de 69 euros de
l’heure. En comparaison, une HSE rapporte aujourd’hui pour un professeur
des écoles de classe normale 28 euros, pour un certifié ou PLP 41 euros
et pour un agrégé, presque 60 euros. Il s’agit donc d’un gain pour tous
les enseignants, excepté les documentalistes.
Pour
les remplacements de courte durée, les professeurs devront remplacer
leurs collègues absents au pied levé. Et si les élèves manquent un cours
de maths et qu’il n’y a qu’un prof de français disponible, qu’à cela ne
tienne, les élèves n’auront pas maths mais français. Le ministre
N’Diaye a indiqué que cela s’inverserait lorsque le professeur de
français serait absent à son tour, mais on a du mal à voir la mise en
pratique.
Pour
les autres missions, celles qui ne seront pas en face à face avec les
élèves tout comme celles qui ne sont pas prioritaires, le pacte sera
composé de 24 heures payées également 1250 euros, soit 52 euros de
l’heure. Dans le premier degré, il s’agit de missions de coordination,
de mise en œuvre de projets, d’accompagnement d’élèves en difficulté
scolaire. Les enseignants pourront aussi effectuer des heures de soutien
si à la suite du passage des évaluations CP, CE1 et CM1, l’équipe
pédagogique constate des difficultés persistantes chez les élèves.
Un but réel : déconnecter la rémunération du salaire et s’en prendre au statut
Le
modèle du pacte enseignant déconnecte la rémunération du salaire. Il
conditionne cette rémunération à l’accomplissement de tâches. Il définit
l’acte d’enseignement en des temps morcelés, en une accumulation de
dispositifs disjoints choisis « à la carte » par des professeurs
devenant prestataires.
Le
présent « pacte », qui ne propose que de gagner plus, c’est-à-dire de
vendre ses services, est un contrat qui ne dit pas son nom. Il fait du
fonctionnaire le partenaire d’un marché. Ce qu’il sous-entend, c’est que
le statut a perdu son caractère fondateur et que toute relation de
travail peut être contractualisée. Nous avons, honteusement, changé de
sphère.
Enfin, les chefs d’établissements seront rémunérés pour « organiser ce travail » ;
le syndicat majoritaire (SNPDEN-UNSA) a négocié et obtenu une prime de
mille euros, il semble qu’ils aient clairement choisi leur camp et que
cette notion si controversée de pacte ne les gêne absolument pas. Cela
leur donne encore plus de pouvoir et ils seront utilisés pour
« recruter », au cas où les enseignants seraient réfractaires au pacte.
Pour
le Parti Révolutionnaire Communistes, de « pacte » créant des
obligations nouvelles, avec la solennité qui s’attache à ce mot, il ne
peut être question.
Un second but plus caché : l’intégration au système
La question se pose de savoir si les enseignants vont « mordre à l’hameçon »,
si le gouvernement va réussir son opération, sans bouger les salaires,
en s’attaquant au statut, transformant encore plus les enseignants en
exécutants. Le ministère table sur un tiers des salariés concernés qui
pourraient accepter. Cela favoriserait la « solution individuelle »,
briserait encore plus les collectifs et ferait basculer un peu plus
dans la normalité la déconnexion de la revalorisation du salaire et les
attaques contre le statut.
On
peut se demander pourquoi le gouvernement se fixe ainsi sur l’éducation
nationale. On sait que sa politique consiste à détruire tous les acquis
sociaux obtenus depuis l’après-guerre. Cette politique s’accompagne
d’un volet idéologique visant à intégrer les salariés au système, à leur
faire accepter comme inéluctable sa politique. Or, Macron est en échec
sur ce sujet avec la réforme des retraites.
Le
gouvernement essaie probablement de reprendre la main en s’attaquant à
un maillon faible. Les enseignants, qui avaient été très présents lors
des grèves de 1995, fers de lance lors de celles de 2003, ont été de
moins en moins présents dans les grèves, en 2010, en 2019 et cet hiver. A
partir de l’après 7 mars, leur nombre a fortement diminué lors des
grandes journées de grève, et seule une partie marginale, dans quelques
endroits de France, a tenté la grève reconductible.
On
peut expliquer cette évolution par deux éléments. D’abord,
chronologiquement, le rôle de la FSU, organisation syndicale majoritaire
dans la profession, qui, après 2003, s’est évertuée à changer la nature
de la grève dans l’esprit des salariés : avec deux ou trois journées
par an, on a peu à peu perdu de vue l’idée que la grève était le moyen
de gagner sur des revendications, et c’est devenu un simple symbole de
protestation, la grève de lutte a été remplacée par la grève de
respiration. Tout a été fait pour que la question de la suite ne soit
plus posée ; on peut comprendre à cette aune pourquoi les enseignants
grévistes des grandes journées de la lutte actuelle ont massivement
déserté les assemblées générales, où la question de la suite, de la
reconduction, pouvait se poser. Ils ont été les meilleurs élèves de
l’intersyndicale, organisatrice des « journées saute-mouton ».
Mais
il y a une seconde raison, probablement plus importante. Depuis 2008,
les enseignants ne sont plus recrutés à bac plus 3 mais à bac plus 5, ce
qui a induit une mutation sociologique dans cette frange du salariat. A
une époque où la majorité des étudiants sont salariés, il est difficile
mais possible pour celles et ceux issus des couches populaires
d’obtenir un diplôme validant trois années de fac. En revanche, il est
quasiment impossible d’obtenir celui qui valide cinq années, surtout
avec la méga sélection entre la quatrième et la cinquième année. Nous
avons donc désormais une majorité d’enseignants, même dans le premier
degré, issus des couches moyennes, de la petite voire de la moyenne
Bourgeoisie.
Les
organisations syndicales de l’éducation et notamment la FSU ont été peu
présentes dans la lutte. Il faut dire que, depuis la loi de
transformation de la fonction publique, qui participe également à la
destruction du statut et des acquis, le lien salarié/syndicat s’est
délité, peut-être plus que dans le reste de la fonction publique d’État.
Le gouvernement veut profiter à fond de cet état de fait, des mutations
sociologiques et idéologiques en cours depuis vingt ans chez les
enseignants.
Conclusion
Les
mesures décidées par Macron et son ministre N’Diaye constituent un
nouveau recul. Outre que, pour la majorité des enseignants, la
revalorisation sera quasi inexistante, les mesures enfoncent le clou sur
le plan idéologique ; déconnexion du salaire, attaques répétées contre
le statut, individualisation et prime à l’obéissance, divisions parmi
les personnels, intégration au système. Il n’y a rien de bon dans ce
dispositif !
Le
Parti Révolutionnaire Communistes est avec tous les enseignants qui
refuseront la soumission incarnée par ce pacte, et qui combattront pour
une augmentation de salaire sans contrepartie, avec le dégel du point
d’indice et son alignement sur l’inflation.