vendredi 1 décembre 2023

Une Nakba se déroule aussi en Cisjordanie occupée

Dévastation dans le camp de réfugiés de Jénine - une grande foule de Palestiniens assiste aux funérailles des 14 Palestiniens assassinés la veille lors d’une incursion militaire israélienne à grande échelle à Jénine et dans son camp de réfugiés. Au cours de cette incursion, les forces israéliennes ont eu recours à des frappes aériennes, à des tireurs d’élite et à des bulldozers blindés, causant d’importants dégâts dans le camp. Depuis le 7 octobre, les forces coloniales israéliennes ont intensifié leurs raids en Cisjordanie, tuant au moins 240 Palestiniens [bilan au 29 novembre]. Les forces coloniales israéliennes ont également arrêté plus de 3000 personnes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est annexée au cours de la même période, selon le groupe de défense du Club des prisonniers palestiniens.

Les forces israéliennes d’occupation et les colons terrorisent la population palestinienne de Cisjordanie afin de l’expulser et de voler ses terres.

Depuis un mois et demi, les objectifs génocidaires d’Israël à Gaza sont devenus de plus en plus clairs. Non seulement l’armée israélienne massacre des civils, mais elle bombarde également l’enclave dans le but de détruire toutes les infrastructures civiles nécessaires à la vie.

Hôpitaux, écoles, stations d’épuration, toute source d’électricité – y compris les panneaux solaires -, entrepôts et fermes ont été pris pour cible. Cela a rendu la bande de Gaza invivable, forçant les Palestiniens à vivre une nouvelle Nakba.

Mais ce n’est pas seulement à Gaza qu’Israël espère se débarrasser de la population palestinienne. La volonté israélienne de procéder à un nettoyage ethnique s’étend à la Cisjordanie occupée, où est mis en œuvre un plan similaire, bien que plus subrepticement.

Des plans d’annexion

Séparer la poursuite du génocide à Gaza du contexte palestinien à plus grande échelle revient à nier que la cible des crimes israéliens n’est pas limité au mouvement Hamas ni à la bande de Gaza, mais bien à l’existence palestinienne dans la Palestine historique dans son ensemble.

Il ne s’agit pas d’une crainte imaginaire des Palestiniens, mais d’une réalité que même les fondateurs de l’État israélien ont constamment et ouvertement admise.

« Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins, et de les transférer tous, sauf peut-être [les Arabes de] Bethléem, Nazareth et la vieille Jérusalem », écrivait Joseph Weitz, le directeur du Fonds national juif (FNJ), dans son journal en 1940.

« Pas un seul village ne doit être laissé debout, pas une seule tribu [bédouine]. Ce n’est qu’après ce transfert que le pays pourra absorber des millions de nos frères et que le problème juif cessera d’exister. Il n’y a pas d’autre solution », avait-il conclu.

Les milices juives qui ont mené une campagne de nettoyage ethnique massif des Palestiniens pour créer Israël n’ont pas pris le contrôle de la Cisjordanie et de Gaza en 1948, non pas parce qu’elles ne le souhaitaient pas, mais parce qu’elles n’en avaient pas la capacité.

La pression internationale et les limites de leurs propres capacités militaires les en ont empêchées.

Ces territoires servaient aussi commodément de destination aux Palestiniens expulsés du littoral méditerranéen, des villes comme Yaffa, Safad, Lydd et des villages environnants, dont les milices s’étaient emparées.

La guerre de 1967 a donné à Israël l’occasion de réaliser son objectif de régner sur toute la Palestine historique. Il a occupé Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza, ainsi que la péninsule égyptienne du Sinaï et le plateau du Golan syrien, qui reste occupé à ce jour.

Depuis lors, divers plans ont été élaborés pour annexer une partie ou la totalité de la Cisjordanie et de Gaza, tout en repoussant la population palestinienne soit dans des bantoustans séparés les uns des autres, soit vers les pays voisins, la Jordanie et l’Égypte.

La construction de plus de 150 colonies israéliennes (totalement illégales au regard du droit international) et de 120 avant-postes dans toute la Cisjordanie occupée est une politique qui découle de ces plans.

C’était également le cas à Gaza jusqu’en 2005, date à laquelle Israël a démantelé ses colonies et imposé un siège sur le territoire deux ans plus tard.

Sous le prétexte de « protéger » les 700 000 colons, Israël a empiété sur de plus en plus de terres palestiniennes, expulsant de plus en plus de Palestiniens de leurs communautés et leur refusant l’accès à leurs fermes, à leurs pâturages et à leurs oliveraies.

Cette situation a porté atteinte aux moyens de subsistance et à l’autosuffisance des Palestiniens.

Elle a également enhardi et encouragé les colons à harceler, torturer et tuer les Palestiniens sur leur propre territoire. Ces mesures, associées à des politiques visant à étrangler l’économie palestinienne et à pousser la majorité des Palestiniens dans un état de constante précarité, ont pour but ultime de forcer la population palestinienne à partir « volontairement ».

Préparer la Nakba

Au cours de l’année écoulée, le gouvernement israélien dirigé par Benyamin Netanyaou a intensifié ces politiques. Lorsque le Hamas a lancé son offensive du 7 octobre, la situation en Cisjordanie occupée était déjà intolérable depuis longtemps.

L’année 2023 s’annonçait comme la plus meurtrière pour les Palestiniens de Cisjordanie occupée depuis que les Nations unies ont commencé à recenser les décès en 2006.

A la date du 7 octobre, les forces israéliennes et les colons avaient tué quelque 248 Palestiniens, en majorité des civils, dont au moins 45 enfants.

L’armée israélienne, en coordination avec les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP), a mené des raids violents et des meurtres en série dans toute la Cisjordanie, en particulier dans les districts de Naplouse, Jénine et Tulkarem, dans le nord du pays.

Le nombre d’attaques de colons contre les communautés palestiniennes a également explosé et a gagné en ampleur et en violence. En février, les colons ont mené un pogrom dans la ville palestinienne de Huwara.

En juin, le gouvernement israélien et son ministre des finances, (le fasciste) Bezalel Smotrich, ont annoncé de nouvelles mesures facilitant et accélérant l’annexion de terres palestiniennes. En juillet, les expansions approuvées des colonies israéliennes ont atteint des sommets.

L’économie palestinienne, déjà au bord du désastre, a souffert encore plus de la destruction des infrastructures et de la limitation de la liberté de mouvement par les forces israéliennes et les colons.

Les démolitions de maisons et de structures de subsistance palestiniennes se sont multipliées. Au 1er octobre, plus de 750 bâtiments avaient été détruits, entraînant le déplacement de plus de 1 100 Palestiniens.

Tous ces processus, qui visent à l’expulsion des Palestiniens et à l’annexion de leurs terres, étaient déjà en cours avant le 7 octobre. Israël a ensuite profité de l’offensive du Hamas le 7 octobre pour les accélérer.

Et alors que jusque-là, les vociférations de « mort aux Arabes » pouvaient être entendues publiquement, principalement lors de rassemblements de colons, après le 7 octobre, une majorité d’Israéliens s’est sentie tout à fait à l’aise pour exprimer ouvertement ce sentiment entre eux et avec le reste du monde.

Au cours des 50 derniers jours, Israël a tué 249 Palestiniens en Cisjordanie, dont au moins 60 enfants. Les raids israéliens sur les villages, les villes et les camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie occupée se sont intensifiés en termes d’ampleur, de gravité et d’utilisation d’armes meurtrières, notamment des fusils automatiques, des chars et des drones suicides « Maoz ».

Le nombre de Palestiniens arrêtés et placés en détention administrative – la version officielle de l’enlèvement par Israël – a atteint un niveau record. Depuis le 7 octobre, au moins 3 260 Palestiniens ont été arrêtés en Cisjordanie occupée, dont de nombreux enfants. Les 150 Palestiniens libérés jusqu’à présent dans le cadre de l’accord d’échange d’otages sont également susceptibles d’être arrêtés à nouveau.

Les rapports et les vidéos faisant état d’abus et de tortures en détention se sont multipliés. Les Palestiniens sont également régulièrement harcelés et battus, même chez eux ou dans la rue.

Encouragés et armés par les autorités israéliennes, les colons israéliens sont devenus encore plus violents. Ils ont intensifié les expulsions forcées des communautés bédouines palestiniennes dans le sud, près de la vallée du Jourdain, et dans le centre, près de Ramallah, déplaçant plus de 1000 personnes depuis le 7 octobre.

Ces pratiques ont également eu un impact dévastateur sur l’économie palestinienne.

L’armée israélienne a verrouillé les principaux barrages militaires dans toute la Cisjordanie occupée, paralysant presque totalement les transports. Les travailleurs journaliers ont eu du mal à gagner leur vie, tandis que les stocks de nourriture s’amenuisent et que les importations sont retenues plus longtemps dans les ports israéliens.

Le secteur de la santé est également en état de crise, incapable de gérer le nombre qui ne cesse d’augmenter de blessés et de malades. Pour tout aggraver, l’armée israélienne a également commencé à assiéger et attaquer les hôpitaux de Cisjordanie.

Toutes ces tactiques servent à répandre la crainte et le désespoir parmi les Palestiniens, les préparant finalement à l’annexion et à l’expulsion.

Éliminer la résistance

Aujourd’hui, nous assistons à la poursuite de la Nakba à Gaza et en Cisjordanie. L’objectif d’Israël est d’expulser les Palestiniens et de tenter d’assimiler les survivants, comme il a essayé de le faire avec les Palestiniens de 1948.

Aujourd’hui, ces survivants ont la citoyenneté israélienne, mais sont traités comme des citoyens de seconde zone et souvent exposés à des pratiques discriminatoires et violentes de la part des citoyens juifs-israéliens et des autorités.

Face à cette catastrophe imminente, les Palestiniens de Cisjordanie sont livrés à eux-mêmes.

L’Autorité palestinienne (AP) est le seul acteur palestinien ayant accès aux armes, mais elle n’a rien fait pour protéger les Palestiniens contre la violence israélienne.

Les forces de sécurité de l’AP, fortes de 10 500 hommes, sont formées par les États-Unis et la Jordanie au maintien de l’ordre, et non à la confrontation avec une autre force armée.

Pire encore, ces forces et les unités de renseignement ont directement aidé Israël à attaquer et à démanteler toutes les poches de résistance armée en Cisjordanie au cours des dernières années.

Contrairement aux affirmations de la propagande israélienne, les jeunes qui ont décidé de prendre les armes – principalement concentrés à Naplouse et Jenine – ne font pas partie du Hamas ; certains sont membres du Fatah ou sont des transfuges des forces de l’Autorité palestinienne, mais beaucoup n’ont aucune affiliation politique.

Depuis le 7 octobre, l’armée israélienne s’est attachée à éradiquer ces groupes de résistance afin que la population civile de Cisjordanie soit totalement démunie face à la violence, à la dépossession et à l’expulsion.

Mais à mesure qu’Israël intensifie la violence, la résistance palestinienne apparait. Les Palestiniens ne cesseront pas de lutter contre l’occupation et l’apartheid simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens.

Personne ne veut vivre au bord de la survie, poussé et maintenu au bord du gouffre par un régime étranger.

Le moins que le monde puisse faire est de cesser de donner tête baissée dans la propagande israélienne et de défendre le droit des Palestiniens à résister à leur colonisateur et à leur oppresseur dans leur quête de libération.

C’est le moment de rassembler le courage nécessaire pour s’exprimer et mettre un terme à la volonté génocidaire d’Israël. C’est ici que les livres d’histoire nous offrent la possibilité de reconnaître que les États d’apartheid violents fondés sur des massacres ne sont ni légitimes, ni durables.

* Mariam Barghouti est une écrivaine palestino-américaine basée à Ramallah. Ses commentaires politiques sont publiés, notamment, dans l’International Business Times, le New York Times, la chaîne de télévision TRT-World Mariam Barghouti est également correspondante en Palestine du site d’informations et d’analyses Mondoweiss.

 

mercredi 29 novembre 2023

 

Publié par El Diablo

 

Emmanuel Macron nous a vanté la réindustrialisation de la France en se déplaçant dans une usine du groupe Novo Nordisk à Chartres où doit être investi 2,1 milliards avec à la clef la création de 500 emplois. Au premier abord, il est possible de se féliciter mais quand on étudie de plus près le projet, le tableau est moins attrayant. En effet, cette usine produisant déjà de l’insuline va devenir un des lieux de production du médicament antidiabétique qui est maintenant vendu pour lutter contre l’obésité et qui constitue une poule aux œufs d’or. Je cite un article de presse : « Les investisseurs parient sur un marché de 100 milliards de dollars en 2030.... Même s’ils sont chers, le marché parie qu’ils seront à l’avenir remboursés ». Face à l’explosion de l’obésité dans les pays riches et développés, les lois du marché sont appliquées de manière très avantageuse avec un prix de vente de ce médicament au tarif de 300 euros pour 4 semaines en Allemagne et 1 200 euros aux États-Unis. Il est bon de rappeler que les découvreurs de l’insuline ont cédé leur brevet pour un dollar symbolique afin que ce produit qui sauve des vies devienne un bien commun de l’humanité.

Si l’obésité est un problème de santé publique majeur, la priorité est-elle de prioriser un traitement médicamenteux avec des effets secondaires toujours potentiellement graves ou bien de s’attaquer au problème du mode de vie et à la malbouffe. Visiblement ce qui est privilégié dans notre monde capitaliste est de fabriquer et de vendre toujours plus de produits, pour toujours plus de bénéfices sonnants et trébuchants. Il est beaucoup moins rentable de former des professionnels de santé pour accompagner les personnes concernées par l’obésité à adapter leur régime alimentaire et à adopter une vie saine. A cela s’ajoutent les actions auprès de l’industrie agro-alimentaire et des producteurs de repas afin qu’ils proposent des produits plus sains. Mais là aussi, le business prime, comme le montre notamment les freins à la généralisation du Nutri-Score.

En termes de performance industrielle, nous ne pouvons qu’être déçus car cette usine ne produira pas le principe actif du médicament mais ne se chargera que de la dilution et du remplissage des stylos d’injection.

En ce qui concerne les créations d’emploi, les 500 emplois promis sont peu par rapport aux 5 000 emplois supprimés par Sanofi en France en une dizaine d’années ou tout récemment la fermeture de Récipharm, producteur de vaccins en Indre-et-Loire, avec 360 suppressions d’emploi ou de Synthexim, producteur de principe actifs à Calais avec 110 emplois disparus.

Enfin, au regard des pénuries de médicaments essentiels qui augmentent d’année en année, la priorité n’est-elle pas de rapatrier en France la fabrication des principes actifs actuellement fabriqués en Chine ou en Inde, plutôt que de prioriser la production de médicaments peut-être utiles mais bien moins essentiels comme ceux contre l’obésité.

Visiblement pour Emmanuel Macron, la priorité ne semble pas être les priorités de santé publique mais bien les actionnaires en les aidant à obtenir le meilleur retour sur investissement.

Docteur Christophe Prudhomme

 

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

CAPTURE D'ECRAN

CAPTURE D'ECRAN

Du coup, il n'a pas siégé une seule fois au Sénat durant les débats sur le projet de la loi immigration, présenté par le ministre de l'Intérieur et lui-même. Olivier Dussopt n'avait pas piscine. Mais depuis ce lundi, devant un tribunal correctionnel, il est soupçonné de "favoritisme".

Pas depuis qu'il est l'un des ministres très influents du palais de l'Elysée, mais quand il était socialiste comme maire et député d'Annonay. Il aurait favorisé La Saur, spécialisée dans le traitement des eaux, pour l’attribution d’un marché public. Cela aurait pu être motus et bouches cousues. Mais Médiapart avait décrit l'affaire dans un article que, si bien, le Parquet national financier diligentait une enquête en 2020.

Deux lithographies de Gérard Garouste sont offertes à Olivier Dussopt par un dirigeant local de la Saur. Un cadeau quand la Saur est sur le point de signer un contrat avec la Ville d'Annonay et Olivier Dussopt, alors député socialiste, ne les pas déclarées au déontologue de l’Assemblée nationale. Et ça c'est vilain!

Du coup, l'élu socialiste restitue les deux lithographies: "Ben oui, je m'avais trompé". Du coup, le Parquet national financier abandonne ses soupçons de "corruption" et de "prise illégale d'intérêts".

En revanche, le ministre, désormais macroniste, encourt de la taule et une amende pour des soupçons de favoritisme envers le groupe privé la Saur. Affaire à suivre, à moins que "Ben, je m'avais trompé aussi sur ce coup-là!"

 

mardi 28 novembre 2023

 

Le racisme : un héritage français de l’histoire

mardi 28 novembre 2023 par Francis Arzalier (ANC)

Notre pays fut durant cinq siècles une grande puissance coloniale et maritime, ce qui lui a laissé de multiples héritages.

L’un d’eux est méconnu, et pourtant extraordinaire : alors que le littoral de l’hexagone fait seulement 5500 km de long, celui des divers territoires d’Outre-mer porte la longueur totale du littoral français à 20 000, et le territoire maritime de la France est le DEUXIÉME au monde ! Ce qui n’est pas sans importance géopolitique à l’heure où il est de plus en plus question d’exploiter les ressources minérales off-shore, sans parler de la présence militaire et stratégique des Caraïbes au Pacifique. Ce qui permet de mieux comprendre l’acharnement coûteux des gouvernants français pour s’accrocher aux « confettis de l’Empire » comme l’île de Mayotte en Océan Indien ou Saint Pierre et Miquelon (6000 habitants !) au large du Canada. Un argument pour se prétendre encore une grande puissance, dont les vantardises diplomatiques d’un Macron font s’esclaffer le monde entier…

Un autre de ces héritages prête beaucoup moins à sourire, l’actualité aujourd’hui le démontre amplement. Les mentalités françaises, qui par ailleurs ont enfanté bien des révolutions, traînent depuis des siècles une morgue raciste à l’égard des peuples coloniaux, dont l’infériorité et les mauvais instincts supposés justifiaient l’exploitation et la conquête.

Jusqu’en 1848, ce n’est pas si lointain, les Africains Noirs des rivages atlantiques furent déportés par centaines de milliers vers les colonies esclavagistes des Antilles, par des marchands et des marins de Nantes, Le Havre ou La Rochelle, avant que les soldats et colons de la Troisième République ne transforment leur continent d’origine en Empire français, d’Alger, Tunis et Marrakech à Dakar, Brazzaville et Tananarive.

Au prix de quelques paradoxes, l’école de Jules Ferry prétendait encore en 1950 apporter aux « braves africains » les Droits de l’Homme au lieu de l’esclavage et la sauvagerie d’antan », mais en notre nom, on n’hésitait pas à punir avec férocité les ingrats qui méconnaissaient le bonheur d’être sujets français, de la brousse malgache aux villages algériens.

Une France 2023 nettoyée de ses héritages malsains ?

Et, bien sûr, nos maîtres à penser de 2023, nous répètent la main sur le cœur que ce passé est révolu, que l’esclavage fut il y a des siècles un crime contre l’humain dont nous sommes aujourd’hui bien loin, que le temps où les êtres humains se vendaient en marchés aux enchères est bien loin, où les pogroms, les « ratonnades » de l’OAS en 1960 sont un passé oublié depuis lors…

Sauf que ces derniers jours, ce passé sulfureux nous ressaute au visage :

1/ Le 26 novembre 2023, la ville de Romans en Isère a failli vivre une évidente « ratonnade » comme celles menées à Oran et Alger par les commandos pieds-noirs de l’OAS, quand ces fous furieux racistes, conscients de la victoire proche des patriotes Algériens, tuaient les femmes de ménage et les enfants arabes dans les rues.

À Romans, sept décennies plus tard, une centaine de nazillons cagoulés et armés criaient leur désir de tuer des Arabes en menant une action punitive contre le quartier La Monnaie accusé d’avoir donné le jour aux voyous soupçonnés de bagarre conclues par la mort d’un jeune français dans un bal de village. Il est vrai que la plupart des journaux, à commencer par le torchon de Bolloré le journal du Dimanche, avaient rendus publics les prénoms à connotation musulmane des jeunes mis en examen, dans la foulée, à l’appel de groupes racistes internet, d’autres se lançaient à déclarer leurs envies de « se faire des musulmans » à Paris et ailleurs en France, en déployant des drapeaux tricolores, que Doriot et Salan utilisaient aussi…

Faut-il redire à Messieurs Darmanin, Ciotti, et autres Bardella, que ces quelques actes de fascistes ornés de croix gammées sont là pour rappeler que l’arbre antisémite qu’ils voient partout cache le bien réel racisme anti-arabe et musulman, qu’ils sont les premiers à nourrir depuis un mois ? Que leur discours faisant des immigrés et leurs enfants des « quartiers difficiles » les responsables désignés implicitement de l’insécurité est un appel au crime ?

2/ Le Figaro, qui ne passe pas pour un brûlot gauchiste, a publié le.21/11/2023 un reportage qu’en son temps, quand il était celui des Communistes, le quotidien L’Humanité se serait honoré de produire. Sous le titre « Sur le parking de grandes enseignes de bricolage, de véritables marchés aux clandestins, il décrit comment en grande banlieue parisienne, sur le territoire de Pierrelaye, opère au grand jour sans que cela émeuve les autorités un succédané des marchés aux esclaves d’il y a deux siècles.

Les travailleurs sans papiers s’y rendent pour vendre (à bas prix évidemment) leur force de travail à des clients, chefs d’entreprise ou particuliers, désireux de travaux, petits ou grands, contre un petit salaire négocié, selon le vieux principe libéral, « un renard libre dans un poulailler libre ».

C’est évidemment parfaitement illégal de leur part, mais au grand jour ! La journaliste donne même des détails, sur le regroupement par langues pratiquées des clandestins sur cet espace, Arabes de ci, Slaves un peu plus loin…

Seul « progrès » sur les marchés d’esclaves d’autrefois, les clandestins viennent s’y vendre temporairement de leur propre volonté : il est vrai que ces « dangers publics » selon Marine et ses amis ont besoin de se nourrir…

Du baratin grandiloquent à la réalité.

La France 2023 est devenue le Royaume de l’Hypocrisie, avec son pseudo-monarque Macron, qui fait profession de donneur de leçons humanistes à la télévision, un cache-sexe minable pour l’impuissance internationale, la veulerie au service des USA, la culture des inégalités sociales et le racisme suggéré.

Car la « solution » à l’indignité des marchés aux migrants selon les Sénateurs des Droites consiste à supprimer l’aide médicale aux sans-papiers, ce qui est à la fois une indignité morale à leur égard, mais aussi un risque sanitaire pour l’ensemble des Français en cas d’épidémie.

Photo  : Des migrants attendent des clients près des magasins de la zone industrielle de Pierrelaye, dans le Val-d’Oise. Sofiane Boukhari pour Le Figaro

lundi 27 novembre 2023

Massacre de Crépol : la fin de la stratégie Lumpen

Je ne reviens pas sur le déluge d’obscénités gauchistes dont nous abreuvent les médias bien-pensants depuis ce drame épouvantable (qui, du reste, a eu lieu dans une magnifique région, que je connais bien, et dans laquelle j’ai passé mon adolescence). Nous avons eu droit à tout, y compris à l’inversion accusatoire : en gros, selon les gauchistes, les massacreurs n’auraient fait que se défendre contre de méchants gaulois racistes ayant proféré des propos insultants et discriminatoires. Mais, passons ; le discours gauchiste est tellement ridicule, tellement tissé de contradictions qu’il ne passe plus que par le soutien de l’État, du judiciaire et de toute la machinerie politico-médiatique. Mais, précisément, si le discours gauchiste ne passe plus, ou plus guère, c’est parce que la stratégie Lumpen est en voie d’épuisement. Explication.

La stratégie du Lumpenprolétariat a été magnifiquement décrite par Karl Marx au XIXe siècle. Le grand Karl Marx est, théoriquement, l’auteur de référence de la gauche radicale ; en réalité, celle-ci n’en a pas lu un mot.

Le capitalisme vise constamment à réduire les travailleurs à un quasi-esclavage (en gros, travailler le plus possible pour gagner moins possible). Le capitalisme utilise tous les moyens disponibles pour empêcher le prolétariat de revendiquer, de s’organiser, de travailler à son émancipation ou même une simple amélioration de ses conditions de vie. Le prolétariat, c’est aujourd’hui la classe moyenne, la « France périphérique », celle qui n’embête personne, respecte la loi, paye des impôts, vit mal. Le Lumpenprolétariat, c’est la racaille, mais aussi tout ce qui gravite autour d’elle, y compris les idéologues improductifs et parasitaires. Lumpenprolétariat signifie prolétariat en haillons, car, à l’époque, ces gens était fort mal habillés, et, surtout, ils ne portaient pas les habits du travailleur (bleu de chauffe, etc.). Aujourd’hui, le « look » a un peu changé. Mais, l’état d’esprit est le même : pour Marx, il s’agit d’une classe qui n’a jamais été formée à la dure école du travail, qui ne vit que d’opportunisme, d’expédients, de combines diverses et variés allant jusqu’au crime. C’est une sorte de pègre.

Lorsque Marx décrit des voyous irlandais alcooliques qui sèment la panique dans les quartiers ouvriers de Londres, ce n’est pas par racisme anti-irlandais. C’est simplement parce que l’Angleterre du XIXe s. importe ce genre de types pour, précisément, épuiser le prolétariat anglais, le terroriser, le rendre apathique et dépressif, incapable de toute réaction, au boulot comme dans la vie. Vous noterez que le prolétariat anglais est la plupart du temps anglican alors que les voyous irlandais sont catholiques : pain bénit pour le capitalisme britannique ! Si l’Angleterre peut mettre un peu de tension religieuse entre les diverses communautés de l’époque, ce n’est pas plus mal… Sans compter que les Irlandais, en tant que nation, ont souvent été persécutés par les Britanniques, ce qui permet alors d’aggraver encore un peu plus les tensions, sans que la bourgeoisie ou la gentry anglaises, dans les beaux quartiers, en soient le moins du monde affectées. Il faudrait être aveugle pour ne pas faire le parallèle avec notre époque : des cultures différentes, un éventuel contentieux post-colonial attisé par les idéologues de gauche sur fond de victimisation à sens unique, etc.

En clair, tout comme la perfide Albion du XIXe siècle, cela fait plusieurs décennies qu’en Occident, en Europe notamment, les élites occidentales lâchent des voyous et des psychopathes comme des pitbulls sur la classe moyenne. Nos élites protègent bien évidemment leur Lumpenprolétariat en imposant aux victimes une impunité totale, scandaleuse. Les élites utilisent bien évidemment deux redoutables appareils d’État, comme dirait Louis Althusser : 1) l’appareil répressif d’État du judiciaire, qui relâche les bandits et muselle la liberté d’expression, et 2) l’appareil idéologique d’État de la production « intellectuelle » entièrement aux mains du clergé gauchiste. J’écris ces lignes avec d’autant moins de racisme que les classes moyennes pacifiques et assimilées issues de l’immigration sont tout autant touchées par le crime que les classes moyennes autochtones de vieille souche.

Toutefois, ce formidable et abominable moteur à contradictions qu’est le capitalisme ne peut pas rester éternellement fixé sur la même stratégie. Il en est des stratégies du capitalisme comme de n’importe quelle stratégie politique : au bout d’un moment, à force de contradictions entre le réel profond, vécu par les gens, et la volonté officielle, superficielle, où le monde apparaît tout à l’envers comme dans une chambre obscure, les stratégies finissent par s’épuiser, minées par leurs incohérences. Elles font place alors à des mouvements réformistes ou révolutionnaires.

La stratégie Lumpen souffre aujourd’hui d’une double contradiction. 1) Au niveau idéologique, il n’est plus possible d’imposer aux Français le discours renversé des gauchistes où le coupable est la victime et vice versa ; autant vouloir convaincre éternellement les gens que deux et deux font cinq. 2) Au niveau matériel, l’insécurité ahurissante où nous nous trouvons commence à nuire, non seulement à la production capitaliste, mais au confort de ceux qui en profitent. Les entreprises elles-mêmes sont attaquées par les voleurs, les voyous, les émeutiers. Les beaux quartiers et les paisibles campagnes (où les bourgeois ont souvent leurs résidences secondaires) sont durement touchés par l’insécurité, qui n’est plus l’apanage des anciennes banlieues rouges.

Ainsi, dans le contexte actuel, tout ce qui peut faire tomber la stratégie Lumpen est bon : restructuration du système judiciaire, refonte des programmes scolaires, abolition des lois liberticides, revalorisation de la légitime défense, etc. Nous n’y sommes pas encore. Mais le mur de la stratégie Lumpen est désormais fissuré à cœur. Je gage qu’il n’en a plus pour très longtemps.

Illustration principale :

https://www.20minutes.fr/faits_divers/4063605-20231122-mort-thomas-crepol-va-bal-faire-tuer-quelque-6-000-personnes-rendent-hommage-lyceen