lundi 11 décembre 2023

ENSAUVAGEMENT ET DÉCIVILISATION (°)

« Emmanuel Macron prétend civiliser par l’absence de civilisation », analyse Roland Gori

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Alors que l’État se prosterne devant le marché, que des jeunes ont brûlé des mairies l’été dernier, et que des groupuscules d’extrême droite organisent de plus en plus d’expéditions punitives, Le psychanalyste Roland Gori s’est replongé dans les processus de civilisation et décivilisation.

Le psychanalyste a tenu à revenir sur le terme de « décivilisation », détourné par l’extrême droite et utilisé par le président de la République lui-même, pour inviter à le remettre dans le bon sens. Ce qui décivilise, estime-t-il, c’est avant tout la toute-puissance d’une aristocratie économique fondée sur la compétition et la domination.

C’est l’affaiblissement de la République sociale qui fait « de l’État une start-up et de la nation une entreprise privée », et met en place une société managériale et élitiste qui porte en elle les germes d’un régime potentiellement totalitaire, comme l’ont montré les travaux de Norbert Elias.

Emmanuel Macron, au sujet des révoltes et des violences urbaines qui ont suivi la mort de Nahel, tué fin juin par un policier, a dénoncé une « décivilisation » en cours. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a lui parlé d’« ensauvagement ». Qu’en pensez-vous ?

Le barbare, comme disait Claude Lévi-Strauss, c’est d’abord l’homme qui croit en la barbarie. Ainsi, Emmanuel Macron et Gérald Darmanin ne règlent pas du tout le problème mais l’aggravent. Ceux qui se sont attaqués à des mairies et à des écoles après la mort de Nahel ne sont pas des sauvages : ils sont dans un processus que produit une société quand elle renonce à ses valeurs humanistes.

La République sociale a abandonné la responsabilité qu’elle avait de former les citoyens à s’émanciper eux-mêmes. Elle a renoncé à l’accompagnement, au respect, à l’égalité : on peut dire que la civilisation du partage et des services publics a reculé d’elle-même et s’est auto-mutilée devant une civilisation de la start-up nation en germe depuis des années.

À partir du moment où le président de la République érige la figure de l’homme devenu unique autoentrepreneur de lui-même, il organise l’accomplissement de l’individu dans un rapport de violence aux autres. Cette civilisation de l’affrontement est consubstantielle de la concurrence.

La source philosophique du macronisme, c’est que l’absence de régulation de l’État laisserait faire la nature pour faire apparaître le meilleur de l’individu. Macron prétend donc civiliser par l’absence de civilisation. Au lieu de standardiser la société par la concorde sociale, qui amène les individus à s’autoréguler dans le respect des uns des autres, il organise la loi du plus fort économique, et donc la loi de la violence.

Cette loi rencontre pourtant une part d’adhésion dans la société, y compris dans les banlieues…

Ce modèle néolibéral fait paradoxalement florès dans nombre de quartiers populaires, avec l’idée de triompher seul des difficultés : il s’agit là d’une forme d’identification à l’agresseur. Mais même là les dés sont pipés, puisque beaucoup de jeunes qui rêvent de monter leur boîte pour devenir PDG ne sont pas fils de PDG, et finissent souvent dans l’autoaliénation de l’ubérisation.

À cela s’ajoutent une stigmatisation et une discrimination qui ne sont que le relais des critères d’une société profondément aristocratique, et donc fondée sur la domination de l’autre. Nous nous sommes habitués à l’horreur économique et aux morales numériques. C’est cela la véritable décivilisation : l’idée de valeur fondée uniquement sur la performance individuelle et l’exploitation, quand la civilisation est au contraire un processus collectif fondé sur la coopération.

Si Emmanuel Macron pense qu’il y a décivilisation, elle n’est pas imputable à la religion ou à l’origine d’un individu, mais au fait que le modèle que le président prône lui-même est en réalité incapable de transmettre d’autres valeurs que celles de violence.

Nous vivons l’agonie d’une culture humaniste qu’il faut réinventer plutôt que de précipiter son abandon. Si la réponse du gouvernement est à l’inverse de plus en plus sécuritaire, avec davantage de traque numérique, voire des sanctions faites aux familles des émeutiers, cela agrandira la faille, sans permettre l’adhésion à un ordre ressenti comme vertueux. Se met alors en place une civilisation contraignante, fondée sur la répression normative. En résumé, ou bien nous serons capables de réanimer une République sociale, ou bien nous irons nécessairement vers quelque chose de déterminé par la discrimination, le racisme et la violence.

Le thème de « décivilisation » a été repris ces dernières années par le militant d’extrême droite Renaud Camus, théoricien du « grand remplacement ». Mais on doit en réalité les travaux sur ce terme à Norbert Elias, et ceux-ci vont dans un tout autre sens…

Quand on utilise le terme de « décivilisation », effectivement emprunté au sociologue Norbert Elias, il faut au minimum le situer dans le corps de doctrine qui est le sien. Or, Emmanuel Macron ne le fait pas du tout. Renaud Camus, lui, se livre à une tentative de retournement des travaux d’Elias, car celui-ci l’a utilisé non pas pour expliquer qu’il y aurait une forme de décivilisation pour des causes endogènes ou ethniques, mais au contraire pour analyser comment les Allemands, après la Première Guerre mondiale, se sont décivilisés eux-mêmes jusqu’à devenir des nazis.

C’est précisément ce qui devrait interroger le président de la République : comment une culture humaniste peut perdre la main pour se refonder sur la violence, la force et la haine. Norbert Elias ne fait pas la liste des comportements atroces et terribles des nazis : il s’interroge sur les conditions sociales et culturelles qui les ont rendus possibles en Allemagne dans les années 1930. Il essaie de rendre compte de la barbarisation des nazis en démontrant qu’après l’humiliation de la défaite de 1918 la société allemande va adopter les mœurs de la noblesse et de l’élite aristocratique à laquelle elle prête la victoire de 1870. La bourgeoisie allemande va s’aligner sur ce modèle, sur un code de civilisation fondée sur l’appartenance privilégiée, l’élitisme et la discrimination des autres comme reflet de sa supériorité. L’Allemagne va passer de l’opposition sociale à l’opposition nationale, puis ethnique.

Avec les philosophes français, les révolutions américaine et française avaient permis de réformer les mœurs des peuples par le progrès et la raison. L’Allemagne, dans les années 1930, va de son côté sombrer dans une décivilisation liée à l’éloge de la force et de la compétitivité. Norbert Élias démontre que l’admissibilité de la violence et des inégalités sociales furent des conditions préalables et favorisantes à l’apparition d’une « culture » nazie, tout comme l’identification de tout un peuple à une aristocratie se prétendant supérieure. Or, et c’est cela qui doit interroger nos sociétés, une civilisation des mœurs qui fait prévaloir la concurrence sur la solidarité ne saurait prétendre liquider l’héritage nazi.

Considérez-vous que le capitalisme ouvre la voie à des sociétés encore plus barbares ?

Évidemment, Emmanuel Macron n’est pas Adolf Hitler, mais il se fourvoie complètement quand il prétend lutter contre la décivilisation, puisqu’il n’analyse pas ce qui provoque le processus, et ne mesure pas que les politiques qu’il mène sont celles qui participent à déciviliser. Norbert Elias insiste par exemple sur la place qu’une civilisation accorde aux « faibles ». Plus une civilisation encourage les inégalités et le culte de la victoire sur le dominé économique, plus elle rend difficile l’identification aux dépendants, aux vulnérables et aux mourants. S’ensuit un manque de spontanéité dans l’expression de la sympathie, mais aussi un laconisme dans le contact social, et une marchandisation des tâches et des actions que requièrent le soin et l’assistance.

Tout cela nourrit une déshumanisation qui participe au processus de décivilisation. Le point important pour Norbert Elias est de mettre en évidence que l’habitus national d’un peuple n’est pas fixé biologiquement, mais se trouve étroitement lié à chacun des processus de formation de l’État. Si décivilisation il y a aujourd’hui en France, c’est moins à cause de « barbares » impénitents qu’à la suite des modifications structurelles de l’État français, de son autorité et de ses services publics.

Le politologue Jérôme Fourquet estime que « la décivilisation désigne la difficulté à gérer ses affects et sa frustration », ce qui participe selon lui à la montée du RN…

Qu’est-ce qu’une civilisation ? C’est à la fois des évolutions techniques, le développement des connaissances, une vision du monde, des règles, des principes et des valeurs, un modèle sociétal et social, une éducation, une culture, des rites religieux ou sociaux, un modèle d’habitat et d’alimentation, des règles de savoir-vivre, et bien plus encore. On dit de quelqu’un qu’il est « civilisé » quand il se tient bien, quand il est poli, qu’il adopte le bon comportement selon les situations. L’autocontrôle de soi, de ses pulsions, est au cœur du processus de civilisation social.

Nous n’avons pas besoin que l’État contrôle les individus à partir du moment où ils se contrôlent eux-mêmes par l’adhésion collective à un mode de fonctionnement codé et commun. Mais Jérôme Fourquet fait fausse route dans son analyse, car la décivilisation n’est pas un processus psychologique : c’est un processus politique.

Ce sont des décisions politiques qui transforment et décivilisent. Le sujet est moins lié à des populations qui seraient mal assimilées ou déclassées qu’à la faillite d’un État. Jérôme Fourquet fustige l’« enfant roi » ou l’individu sans limite. Mais le véritable échec intervient sur le plan de la fabrique du citoyen, et sur sa capacité de développement sur le terrain social.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de contraintes externes : elles sont déjà omniprésentes. Le modèle de la concurrence sur un modèle de management quasi militaire crée une culture agonistique et prépare au retour d’un régime autoritaire. Ce qui manque, ce n’est pas la coercition, c’est au contraire une culture d’entraide et de paix. La répression et l’idée que seule la violence est la solution, voilà la vraie décivilisation. La police de la pensée aussi.

Quel est le rôle des médias dans ce processus ?

Nous avons aujourd’hui une « société de l’information » chargée de « civiliser » les masses au moyen des médias et des rhétoriques de propagande, en réalité fondée sur les rapports de domination des couches sociales. Nous avons ici un outil fondamental du contrôle social. Un régime démocratique où coexistent plusieurs visions du monde suppose un modèle éducatif puissant et émancipateur, qui rend tout passage à l’absolutisme lent et laborieux, et difficile l’alignement sur un chef. Mais la casse du système éducatif et le contrôle des médias par quelques-uns participent par contre grandement au processus de décivilisation.

 

Interview d'Aurélien Soucheyre publié dans l'Humanité

 (°) LE TITRE  "ENSAUVAGEMENT ET DÉCIVILISATION", LES TERMES D'ENFUMAGE  DÉMAGOGIQUE DE DARMANIN ET MACRON POUR JUSTIFIER LEUR POLITIQUE , EST DE PEDRITO

 

Les autocrates arabes ont définitivement trahi la cause palestinienne

dimanche 10 décembre 2023 par Abdel Bari Atwan        Blog ANC

Les États arabes sont de connivence dans la guerre américano-israélienne contre la résistance palestinienne.Quant-on explique que seul le profit immédiat régie ce monde, les États arabes en administrent la preuve. Le capitalisme impérialiste, quel qu’il soit, est la cause des guerres sans pitié !(JP-ANC)

Il est honteux que des dirigeants arabes aient assisté à la conférence de la Cop28 à Dubaï aux côtés du président israélien Isaac Herzog, alors que ce pays mène un assaut génocidaire contre la bande de Gaza, qui a coûté la vie à au moins 16 000 civils innocents jusqu’à ce jour.

Je comprends qu’il s’agisse d’un événement annuel de l’ONU pour discuter des questions environnementales et du changement climatique, mais le tapis rouge déroulé pour Herzog et ses rencontres avec des dirigeants arabes, notamment ceux des Émirats arabes unis et du Qatar, sont une insulte aux victimes et aux deux millions de personnes qui ont été déplacées de force et privées des éléments essentiels de la vie.

Le président iranien Ebrahim Raisi a boycotté la conférence et la délégation iranienne s’est retirée pour protester contre la présence du président israélien.

Lire également : Pour les dirigeants arabes, la Palestine est avant tout un outil de propagande par Motasem A Dalloul

Les participants arabes auraient dû faire de même, au minimum, ou aller plus loin en rompant tous les liens avec Israël et en fermant ses ambassades, comme l’ont fait plusieurs pays non arabes et non musulmans tels que la Bolivie, le Chili, la Colombie et l’Afrique du Sud.

Les groupes palestiniens qui résistent courageusement à l’assaut, après avoir infligé une défaite historique à l’occupation en attaquant les avant-postes militaires et les colonies entourant la bande de Gaza, ont violemment critiqué l’accueil de M. Herzog à ce moment-là.

Le Hamas a contenu son indignation dans une déclaration polie disant qu’il « espérait que les Émirats arabes unis ne l’auraient pas invité ».

Les États-Unis ont été directement impliqués dans la guerre génocidaire, en transportant par avion des munitions et des missiles vers Israël, en envoyant 2000 soldats pour soutenir l’assaut et en fournissant 14 milliards de dollars pour couvrir les coûts.

Ils préparent maintenant une guerre politique parallèle contre les groupes de résistance, en particulier le Hamas, visant à leur fermer les portes de la plupart des capitales arabes, en particulier Doha (qui, de l’aveu d’un de ses propres officiels, avait ouvert un bureau du Hamas à la demande des États-Unis eux-mêmes et avec l’approbation d’Israël).

Selon un rapport de l’agence Reuters, confirmé par la suite par d’autres médias, le Qatar a déclaré aux États-Unis qu’il était prêt à reconsidérer la présence de dirigeants du Hamas sur son sol une fois que la crise actuelle concernant les captifs détenus par le groupe sera terminée.

L’émir du Qatar, le cheikh Tamim bin-Hamad, et le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, seraient parvenus à un accord à ce sujet.

Cette campagne contre les mouvements de résistance, initiée par Israël, risque de se retourner contre les États-Unis et leurs intérêts dans la région. Elle alimentera l’extrémisme et renforcera l’attrait de l’axe sino–russe en pleine ascension.

Le Qatar, qui a accueilli le Hamas pour se distinguer politiquement et dans l’opinion publique des autres États du Golfe – des « normalisateurs » en particulier – risque d’être l’un des plus grands perdants s’il cède aux diktats américains.

L’histoire est occupée ces jours-ci à enregistrer les positions prises par les gouvernements arabes, dont la plupart sont en contradiction flagrante avec les valeurs islamiques et les principes de solidarité arabe qu’ils prétendent épouser, puisqu’ils conspirent contre les mouvements qui résistent au nettoyage ethnique et au génocide et qui défendent les lieux saints de Jérusalem au nom des peuples arabes et musulmans.

Quelle que soit l’issue de la guerre de Gaza – et je pense qu’elle se soldera par une défaite stratégique pour Israël, elle pourrait renverser toutes les politiques de soumission qui l’ont précédée à la suite des directives des États-Unis et de leurs appendices dans la région.

Elle pourrait déclencher l’effondrement des régimes de connivence, à l’instar de la période qui a suivi la Nakba de 1948.

Les régimes complices devraient commencer à se faire du souci.

Photo : Combattant de la résistance palestinienne en Cisjordanie sous occupation - Photo : via The New Arab

*Source et Traduction : Chronique de Palestine

samedi 9 décembre 2023

Cette hausse de la pauvreté qui contredit les fables de l’exécutif

 Dans le monde virtuel et parallèle de l’exécutif, nous nous approcherions du plein emploi et il aurait protégé le pouvoir d’achat. Mais ces fables s’évaporent au contact d’une réalité tout autre : la pauvreté ne cesse de progresser, comme le montrent malheureusement les demandes croissantes au Secours Populaire ou aux Restos du Cœur, ou la récente note de la fondation Jean Jaurès. blog Agora Vox

 

De l’échec économique au désastre social

 Et dire que le roitelet de l’Élysée s’est cru bon, façon petit chef irrascible, d’enguirlander les syndicats qui seraient responsables d’entraves à ses réformes, qui devraient nous mener au plein emploi ! Cette nouvelle foucade de Macron est doublement ridicule. Sur la forme, s’énerver de la sorte n’a rien de présidentiel et s’apparente davantage à un petit chef médiocre qui passe ses nerfs sur les autres en public, de manière à s’exonérer de la responsabilité de la faillite de sa politique. Malheureusement, la forme ridiculement excessive permet d’oblitérer le fond. Dire que « nous n’y sommes pas » et qu’il faudrait pas faire de pause dans les réformes pour atteindre le plein emploi est surtout le signe de l’échec complet d’une politique entamée après le rapport Attali, piloté notamment par Macron pour Sarkozy

 Cela fait 15 ans maintenant qu’une politique de déconstruction de tous les droits sociaux et du travail, couplée à une baisse massive des taxes des entreprises, est menée par le duopole LR-PS, qui a logiquement enfanté Macron. Quinze trop longues années que de lourdes réformes se sont empilées, permettant l’uberisation de notre économie, la précarisation des travailleurs, dans un contexte de fort déficit d’emplois, produit de notre déficit commercial croissant. Malheureusement, il était prévisible que ces politiques ne donnent aucun résultat, dans un espace comme l’UE, où notre pays et nos travailleurs sont en concurrence avec des pays où le coût du travail est plus bas de 80%... La baisse du taux de chômage, limitée, n’est que le fruit d’une manipulation statistique, le nombre de demandeurs d’emplois baissant à peine.

 En somme, la précarisation, les emplois ou pseudo-emplois à temps partiel, et la stagnation du SMIC, combiné à la baisse du salaire réel de nombreuses professions (permis par le maintien d’un fort niveau de chômage), ont produit un vrai appauvrissement d’une partie de la population. C’est ce que pointait l’INSEE dans une note à la rentrée, pointant « un sentiment de déclassement ». Le Secours Populaire souligne que pour 34% des Français, « leurs revenus leur permettent juste de boucler leur budget ». La Fondation Jean Jaurès vient de publier une note « Classes moyennes en tension. Entre vie au rabais et aides publiques insuffisantes  », nouvelle illustration de l’appauvrissement des Français, avec une nette hausse du renoncement aux vacances (42% vs 31% en 2010) ou aux achats de produits alimentaires

 Très concrètement, cela se traduit aussi par une augmentation du nombre de personnes qui recourent aux Restos du Cœur ou au Secours Populaire : retraités, étudiants, travailleurs pauvres… Ce faisant, il est clair que la politique économique menée depuis trop longtemps ne marche pas : tout ce qui est fait au nom de la compétitivité ne produit qu’une précarisation et un appauvrissement des classes populaires et des classes moyennes, et ne contribue qu’à augmenter les profits des grandes entreprises et la rémunération de leurs dirigeants. C’est aussi ce qui s’était passé en Allemagne après les réformes Hartz (très proches des politiques suivies depuis le rapport Attali en France), avec un appauvrissement d’une partie de la population. Les mêmes politiques produisent les mêmes résultats, détestables socialement.

 Mais ce faisant, cela contredit l’histoire racontée par l’exécutif : non seulement nous ne sommes pas proches du plein emploi, mais la qualité des emplois se dégrade, entre temps partiel et salaire en baisse (comme le rappelle la grêve des livreurs Uber Eats). Et s’il y a eu des gestes pour limiter la baisse du pouvoir d’achat, c’était insuffisant et pour corriger des choix aberrants sur l’électricité.

 

À l’ONU, Les États-Unis bloquent la paix à Gaza

samedi 9 décembre 2023 par L’Humanité 

Sur la Photo : Robert A. Wood, ambassadeur américain adjoint à l’ONU votre contre la Paix, lors du vote du Conseil de sécurité sur un « cessez-le-feu immédiat » à Gaza, au siège des Nations unies, à New York, le 8 décembre 2023. CHARLY TRIBALLEAU / AFP       blog A.N.C.

À cause du droit de véto, aucune décision non souhaitée par l’un des cinq membres du Conseil de Sécurité n’est possible.Le droit de veto a été utilisé plus de 265 fois depuis la création de l’ONU. Ce veto paralyse l’ONU, de nombreux exemples l’attestent : pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), l’ONU n’a pas pu agir à cause de la menace du veto français ; pendant la guerre du Vietnam, dans les années 1960, l’ONU est restée impuissante à intervenir à cause de la menace du veto américain. Les États-Unis ont beaucoup utilisé leur veto depuis les années 1970, essentiellement au sujet de la question israélienne, afin de défendre leur allié Israël, ce qui a entravé la résolution par l’ONU du conflit israélo-palestinien. L’ONU doit évoluer sous peine d’ouvrir la porte à la barbarie, comme l’a fait la Société des Nations avant elle... (JP-ANC)

Appelé à se réunir de manière exceptionnelle ce vendredi par Antonio Guterres, le Conseil de sécurité des Nations unies a une nouvelle fois échoué à appeler au cessez-le-feu à Gaza, à cause du véto états-unien.

Il aura abattu toutes ses cartes, sans succès. Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, ne peut que regretter l’impuissance du Conseil de sécurité après l’avoir convoqué, ce vendredi 8 décembre. Deux jours auparavant, le Portugais avait annoncé recourir à l’article 99 de la charte des Nations unies, lui permettant de précipiter une réunion du Conseil. Dispositif politique ultime de l’ONU, cet article n’avait pas été utilisé depuis 1971.

Eli Cohen, ministre des Affaires étrangères d’Israël, a affirmé sur X que cela constituait « un soutien à l’organisation terroriste Hamas », ajoutant que Guterres était un « danger pour la paix mondiale ». Mardi, ce même ministre avait annoncé ne pas vouloir renouveler le visa de travail de la coordinatrice humanitaire en Palestine, Lynn Hastings.

Les 15 pays membres devaient donc voter un projet de résolution demandant un cessez-le-feu humanitaire immédiat dans la bande de Gaza, sous le feu de l’armée israélienne depuis deux mois.
« La communauté internationale doit tout faire pour mettre un terme à ces souffrances. Les yeux du monde entier sont grands ouverts », a déclaré Antonio Guterres après une introduction sous forme de longue liste de maux que subissent les Palestiniens depuis deux mois, ainsi qu’un report du vote de plusieurs heures pour permettre aux diplomates des États arabes de convaincre leurs semblables.

13 votes pour, une abstention, un veto

Malheureusement, cette résolution s’est une nouvelle fois heurtée au système de vétos qu’ont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie). Ce vendredi, les États-Unis, grands alliés d’Israël, ont encore voté non à un cessez-le-feu à Gaza.

« Les terroristes du Hamas se cachent sciemment parmi la population de Gaza », a affirmé le représentant américain, enjoignant une nouvelle fois Israël à « limiter les pertes civiles ».

Même le Royaume-Uni, traversé par des mouvements populaires de soutien au peuple palestinien, a préféré s’abstenir. L’Albanie, le Brésil, la Chine, les Émirats arabes unis, l’Équateur, la France, le Gabon, le Ghana, le Japon, Malte, le Mozambique, la Russie et la Suisse ont voté pour un cessez-le-feu.

À eux seuls, les États-Unis bloquent donc le processus de paix et limitent fortement l’efficacité des Nations unies. Avant que ne se réunissent les diplomates autour de la fameuse table en arc de cercle, le représentant permanent de la France Nicolas de Rivière avait pourtant prévenu « qu’un échec à cause d’un seul veto » signifierait « l’échec du Conseil de sécurité ».
« Nos collègues américains ont devant nos yeux condamné à mort des milliers voire des dizaines de milliers de civils palestiniens et israéliens supplémentaires », a réagi l’ambassadeur russe, Dmitry Polyanskiy.

« Un triste jour »

Depuis le 7 octobre, Antonio Gutteres a pourtant tout fait pour la paix, condamnant l’attaque du Hamas en Israël, les prises d’otages, les violences sexuelles sur les femmes, mais aussi la réponse disproportionnée d’Israël dans la bande de Gaza.

Depuis la riposte de l’armée israélienne, 17 487 Palestiniens y ont été tués, selon le porte-parole du ministère de la Santé du Hamas, Ashraf al-Qidreh. Environ 1,9 million de Gazaouis (sur une population de 2,3 millions) ont fui le nord de l’enclave selon l’ONU. Mais les bombardements et les chars israéliens ciblent désormais l’entièreté de la bande de Gaza.

« C’est un triste jour dans l’histoire du Conseil de sécurité », a déclaré Riyad Mansour, représentant palestinien au Conseil de sécurité, regrettant que même l’activation de l’article 99 ne mène à rien.
Selon Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres « reste déterminé à pousser pour un cessez-le-feu », malgré les plus vives critiques d’Israël.

L’ONG Médecins sans frontières, qui souhaitait un cessez-le-feu durable et « la fin du siège du Gaza », a déclaré dans un communiqué que « l’histoire jugera le retard accumulé pour mettre fin à ce massacre ».
Car ce dernier continue, à la faveur d’un veto états-unien donnant un blanc-seing au gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou, qui supprime la population gazaouie en toute impunité. [1]

 

XUAN ET LA SINISATION DU MARXISME

  •  LE YIN ET LE YUANG L'EMPORTENT SUR MARX ET LÉNINE EN CHINE

     
    Article diffusé et à lire sur HISTOIRE ET SOCIÉTÉ  
    Comment de XUAN (à diffuser dans les indispensables cellules du Parti Communiste si ce Parti a la sagesse de les rendre à nouveau obligatoires pour l'instruction marxiste des nouveaux adhérents notamment  et  telles qu'elle n'aurait jamais dû être abandonnées par les liquidateurs de notre grand PCF qui par leurs multiples combines politiciennes, trahisons,  et alliances suicidaires, ont ramené son score à 2 ou 3 %)
    Xuan

    La sinisation du marxisme est une réalité et Xi Jinping le rappelle systématiquement. Cela veut dire que la révolution chinoise obéit aux caractéristiques historiques et culturelles de la Chine et ceci ne s’exporte pas. Ce qui nous est commun c’est sa caractéristique universelle, le socialisme, la transition du capitalisme au communisme. Mais elle prend partout des formes nationales, sinon elle ne prend pas.

    Ce qui échappe à l’auteur mais aussi à certains marxistes, c’est la dialectique marxiste elle-même.
    Comme le dit Danielle le marxisme est conçu sommairement comme une opposition absolument violente. C’est « un se divise en deux ». Mais « un se divise en deux » signifie aussi que les contraires sont reliés et non indépendants, la contradiction est à la fois l’opposition et l’unité des contraires.
    Et le texte de Marx montre comment « on peut se réjouir que l’Empire le plus ancien et le plus solide du monde ait été entraîné en huit ans, par les balles de coton des bourgeois anglais, au seuil d’un bouleversement social qui doit avoir, en tout cas, les conséquences les plus importantes pour la civilisation ».
    Mao Zedong avait exposé ces caractéristiques dans « de la pratique » et « de la contradiction ». A la même époque Politzer avait fait de même dans les « principes élémentaires de philosophie » et les « principes fondamentaux de philosophie », où il cite d’ailleurs Mao. Là se trouve une excellente base de formation pour les cellules du parti communiste.

    Or cette dualité de la contradiction en elle-même est une notion qui échappe à la tradition philosophique occidentale, profondément métaphysique : soit elle nie l’existence de la contradiction, soit elle sépare les contraires et nie tout rapport entre eux.
    Par exemple l’interpénétration du commerce mondial réalise l’unité contradictoire de l’hégémonisme US et des pays producteurs. La contradiction qui oppose les USA à la Chine dans le domaine commercial n’a d’existence que dans le cadre de la mondialisation unipolaire, créée par les USA eux-mêmes. Réaliser un découplage aboutirait à détruire ou entraver les forces productives non seulement en Chine mais également dans le monde entier et aux USA eux-mêmes.
    Nous avons vu ainsi que la guerre commerciale engagée par les USA entraîne des surcoûts pour le peuple américain et des pertes importantes pour des entreprises qui travaillent en Chine ou qui commercent avec, de sorte que ce conflit engendre d’autres contradictions au sein de la grande bourgeoisie des Etats Unis.

    Deuxièmement, la position métaphysique considère que la contradiction, si elle existe, est identique sous tous ses aspects.
    Mais si la loi de la contradiction est universelle, sa forme réelle est spécifique à chaque objet.
    Creuser le sol n’a pas de sens en dehors de la nature du sol et de la nature de l’outil, sinon il suffirait d’une pelle d’enfant pour creuser l’argile, ou bien on pourrait faire une tranchée dans du sable avec une pioche. De même face au patron on ne peut pas obtenir des augmentations de salaire de la même façon que pour des bouchons d’oreille en silicone ou des gants de sécurité.
    Ainsi, la Chine ne traite pas de façon identique ses contradictions avec les autres pays émergents, avec les pays du second monde et avec l’hégémonisme US. Et elle ne résout pas de la même façon les contradictions avec l’administration, la fraction militaro industrielle du capital US, et les contradictions avec d’autres clans capitalistes, qui commercent ou font des profits en Chine.
    Il serait faux de mettre indifféremment dans le même sac l’ensemble des relations – des contradictions- qui nouent les nations, et par exemple affirmer que tous les pays sont impérialistes, ou menacent également la paix mondiale, alors que les USA sont hégémoniques et qu’ils provoquent et attisent tous les conflits.
    Il vient donc que de l’ensemble des contradictions mondiales, certaines sont déterminantes et d’autres secondaires. La Chine insiste dans tous les conflits sur la responsabilité des Etats Unis et vise l’encerclement de l’hégémonisme par l’unité de toutes les nations qui en sont victimes.

    Troisièmement, la contradiction qui est à la cause des transformations se transforme elle-même. La mondialisation – c’est–à-dire les relations internationales et intercommunautaires – n’a pas commencé avec la fin de l’URSS, elle vient de la nuit des temps et s’est transformée au cours des âges. Justement, Marx devine comment la vieille Europe risque de « tomber en décadence comme l’industrie et le commerce de l’Italie au XVIe siècle » et «devenir ce que sont aujourd’hui Venise, Gênes et la Hollande ».
    La forme unipolaire et hégémonique de la mondialisation est transitoire, comme le féodalisme et le capitalisme, et y compris le socialisme ensuite. Chaque fois une contradiction fondamentale suit un processus de transformation tout au long de son existence, puis cède la place à une autre.
    L’ère de la mondialisation multipolaire permettra de résoudre d’autres contradictions.

    Selon les métaphysiciens l’opposition des contraires serait définitivement irréductible, ou bien on la réduit à de simples malentendus ou à une complémentarité. En réalité, la forme violente ou pacifique de la contradiction se transforme aussi selon les conditions qui l’entourent.
    Est-ce que la révolution chinoise a toujours consisté à « attendre sagement »
    Tous les syndicalistes savent que la contradiction entre capital et travail présente des périodes d’accalmie et des périodes de lutte intense. Dans les années 70, certains « maos » avaient assimilé la situation en France à l’occupation nazie et se croyaient dans une phase de lutte armée. En fait la forme antagonique de la contradiction, la lutte violente ou sanglante n’apparait que dans certaines conditions, pas en permanence.
    Inversement, il est tout aussi erroné d’affirmer que la contradiction n’existe pas du début à la fin d’un processus, que sa forme pacifique en signifierait la fin et qu’elle cèderait la place à une complémentarité. D’autres formes d’opportunisme ont ainsi réduit le renversement du capitalisme à une compétition électorale et gommé le caractère dictatorial de l’appareil d’état bourgeois. Le résultat a été négatif au possible puisque cette théorie a été maintenue des décennies durant sans aucune autocritique
    Un parti communiste devrait être capable de maîtriser toutes les formes de lutte et non se cantonner à une seule option. Ainsi la Chine veut la paix mais elle se prépare aussi à la guerre.