jeudi 8 février 2024

 

La bonne nouvelle du moment : la fin du terrorisme

8 Février 2024 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme, #La bonne nouvelle du jour, #GQ, #Asie occidentale, #États-Unis, #Ukraine, #Ce que dit la presse

La bonne nouvelle du moment : la fin du terrorisme

La fin du terrorisme

Le fléau qui a ravagé le monde depuis un demi-siècle qui s'il n'est certainement pas le plus grave, est certainement le plus spectaculaire est en train de s'effacer, pour laisser la place à d’autres sans doute, mais ce n’est pas une raison de nous priver de la bonne nouvelle.

Le terrorisme dont il est question ici est le terrorisme aveugle qui vise à tuer le plus possible de gens ordinaires, a priori innocents, pris au hasard ou presque dans la foule pour faire la Une des médias globaux. Il est causé par des groupes qui sont parfois spontanés, mais qui sont aussi souvent infiltrés et parfois littéralement créés par les services secrets d’un État - État domestique ou État impérialiste étranger. Ces groupes sont incontestablement nuisibles et déstabilisateurs. Les terroristes du Xinjiang manipulés et encouragés par la CIA et par les médias globaux occidentaux ont été pris au sérieux, confronté énergiquement – sans qu’il n’y ait eu de près ou de loin de « génocide » - et vaincus par le gouvernement chinois car sa crédibilité était en jeu.

Mais c’est néanmoins un adversaire factice pour les pouvoirs institués dans la société capitaliste, l’adversaire odieux et indéfendable qu’ils préfèrent évidemment avoir en face d’eux parce qu’il ne remet en rien en cause leur base économique et sociale.

La psychologie de ceux qui commettent ces attentats dans la rue ou les lieux publics ressemble à celle de ces criminels désaxés qui se sont multipliés pendant la même période – 1980 – 2020 - du nouvel âge du capitalisme, à ces individus tarés qui massacrent des innocents en vue d’obtenir la célébrité, avant de se tuer ou de se faire tuer par la police, qui choisissent leurs victimes dans leur famille, parmi leurs collègues de travail ou leurs camarades de classe, dans le public d’un spectacle, ou parmi les simples passants. La seule différence étant qu’un motif politique est revendiqué par les auteurs des crimes terroristes qui est pris au sérieux par les médias. Les attentats de novembre 2015 à Paris et de Juillet 2016 à Nice sont typiques de ce style . Par contre l’attentat qui a exterminé la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015 n’est pas de ce type.

La vague terroriste qui s’est abattue sur le monde au tournant du millénaire a commencé en Italie vers les années 1970 par les attentats des réseaux clandestins de l'OTAN dit « Gladio » et de l'extrême-droite qui visaient délibérément le public, pour effectivement faire régner la terreur, et dissuader une section de la classe dirigeante italienne de tenter l’aventure du « compromis historique » avec le PCI. On peut ranger parmi ces exploits pour défendre le « monde libre » le massacre de la Piazza Fontana en 1969, la bombe du train Italicus en 1973, puis celle de la gare de Bologne en 1980.

Mais si l'extrême-droite joue son rôle par la suite dans la série sanglante de massacres terroristes qui ont émaillé l'actualité des quatre décennies suivantes notamment dans les massacres perpétrés dans divers pays pourtant bien tranquilles (Norvège, Nouvelle-Zélande, Canada …) contre des musulmans, ou contre des Afro-Américains aux États-Unis, c’est sa variante islamiste et parfois antisémite, propulsée par les fonds généreusement distribués par les pétromonarchies du Golfe qui a défrayé la chronique, jusqu’en 2020 environ et qui a pris l’apparence d’une force historique autonome de première grandeur à cause de la gigantesque couverture médiatique qu’elle a obtenu, et qui a culminé à la suite des attentats du 11 Septembre 2001 aux États-Unis.

Cette mouvance politique et sa stratégie violente avaient été soigneusement cultivées par les services secrets occidentaux et israéliens comme arme contre la gauche arabo-musulmane, et contre les gouvernements qui en relevaient peu ou prou, en Palestine, de l’Afghanistan au Yémen, de l’Algérie au Soudan, de l’Irak à la Libye, et enfin à la Syrie où ça continue encore et encore. Les islamistes radicaux de la mouvance takfiriste pouvaient fournir le personnel exécutant de ces attentats – infiniment plus dévastateurs dans les pays musulmans qu’en Occident - en puisant dans le vivier de jeunes désorientés et fanatisés produits génération après génération dans des sociétés en crise perpétuelle à cause de l’ingérence extérieure. Contrairement à ce qu’indiquait le programme d’histoire de terminale en France il y a quelques années, le Moyen Orient n’exporte pas sa violence dans le reste du monde, il importe la nôtre.

Mais quand il s’agit de terrorisme, qu’il représente authentiquement les intentions de ceux qui revendiquent les actions, ou qu’il résulte totalement ou partiellement d’un complot, il s’agit avant tout de manipuler les apparences. Les terroristes ne peuvent obtenir aucune influence directe, ni aucun succès militaire par le simple effet matériel de leur action. Leur rôle est politique, et indirect. Il s’agit essentiellement de se faire une place sanglante dans le spectacle chaotique du monde comme il va, et de la tenir. Et son effet est de créer dans le public une sidération et une passivité telles qu'elles le rendent manipulables à divers effets. Que cet effet soit ou non la raison consciente des actions des terroristes et surtout de ceux qui les commanditent est au fond secondaire. Les complots terroristes existent, mais ils ne se trouvent pas nécessairement derrière chacun des grands crimes dont les médias globaux assurent la promotion indirecte.

La meilleure stratégie pour contrer une campagne terroriste consiste à contrôler sa couverture médiatique, et ce n’est pas un hasard que les Russes et les Chinois aient su le faire. Les médias capitalistes « libres » ont une malsaine complicité avec le phénomène dont ils tendent à multiplier les effets. Mais cela signifie aussi que si ces médias se désintéressent de lui le terrorisme aveugle va dépérir et tout indique maintenant qu’ils sont accaparés par autre chose et que la préparation de la guerre avec la Russie et la Chine occupera maintenant toute leur attention, et si on peut enrôler dans la croisade contre ces pays des terroristes de diverses familles idéologiques, pourquoi s’en priver ? c’est déjà le cas sur le terrain en Ukraine.

La guerre de Syrie, en révélant les caractères contradictoires de ce qui est appelé « islamisme » en Occident a aussi contribué à rendre difficile l’amalgame systématique entre terroristes et musulmans.

Elle a montré à nouveau le soutien manifeste de l’Occident aux terroristes du gang Al-Qaïda, puis elle a montré son instrumentalisation du groupe 'ISIS" ou "État islamique en Irak et en Syrie" pour mettre un pied en Syrie et y rester jusqu’à nos jour malgré les droit international. Et elle a révélé aussi que d’autres tendance islamistes – tel le Hezbollah - s’avéraient les combattants les plus efficaces contre le terrorisme, bien plus efficaces que les marines envoyés là-bas pour pêcher en eaux troubles. Aujourd’hui il devient aussi plus difficile de recruter des kamikazes car depuis que la Chine négocie la paix entre l'Iran et les pays du Golfe, les monarchies pétrolières changent de camp et cessent de payer pour les supplétifs en chair à canon qui ont été si utiles contre Khadafi et pour déstabiliser l’Afrique.

L’effet géopolitique du terrorisme spectaculaire et particulièrement de l’affaire du 11 septembre a été de faire sortir le loup du bois. L’absurde déclaration de guerre officielle du gouvernement américain « au terrorisme » équivalait à une revendication au contrôle de la totalité du territoire mondial, et impliquait la destruction du droit international, pour le remplacer par le fameux « ordre fondé sur des règles », règles qui se résument à la domination impériale occidentale indéfinie sur le reste du monde. Pour la faire durer ses partisans en Amérique du Nord et en Europe doivent maintenant comme chacun le voit utiliser des moyens plus directs, plus coûteux, et beaucoup plus puissants ce qui ne laisse pas d’être inquiétant.

Mais il se pourrait bien que le terrorisme aveugle globalisé soit une victime collatérale majeure de la guerre d’Ukraine.

Aujourd’hui de nouveaux fléaux plus ou moins pertinents sont montés en épingle pour intimider le public global de l'Occident, et au-delà, , des variants du Covid aux aléas du climat, alors que les véritables menaces sont comme toujours ignorées ou minimisées. Ainsi il y a toujours très peu d’inquiétude dans le public sur les provocations de l’OTAN qui risquent de nous mener comme jamais depuis 1945 à la guerre nucléaire. Mais c’est un autre chapitre de cette histoire.

Et en attendant, je pense qu’on peut prendre le métro tranquillement – à moins de tomber un jour sur un gaulois autochtone rendu fou par les prophéties apocalyptiques du changement climatique.

GQ, 11 septembre 2023

PS du 8 février 2024

La nouvelle guerre de Palestine engagée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 ne change pas grand chose à cette nouvelle donne globale, bien que la sauvage répression israélienne puisse relancer un cycle de représailles aveugles.

 

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

capture d'écran

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Ecrit en langage business, ça se traduit par "bon marché et inflation". Bien, l'inflation, surtout dans les prix à la consommation et les tarifs de l'énergie, vous la subissez. Mais l'ONG Foodwacht, dans sa dernière enquête publique, cible une nouvelle arnaque: la "cheapflation".

Les industriels de l'agroalimentaire bernent déjà les consommateurs avec moins de produits proposés pour le même prix, quand il n'augmente pas à cause de la guerre en Ukraine. Mais cette fois, c'est la qualité du produit qui est diminué, tout en maintenant voire en augmentant le prix.

L'ONG Foodwatch cible Nestlé, Milka, Findus, Fleury Michon, Bordeau Chesnel, Maille. Maille, par exemple, avec seulement 7% d'oeufs et bien c'est + ,12,6% à Intermarché.

D'un autre côté,  la foire internationale de la robotique agricole se tient à Auzeville-Tolosanne, en Haute-Garonne. Pour pallier le manque criant de travailleurs agricoles, la société danoise Agrointelli (une consonance italienne c'est plus chaud) vend un robot qui sème, plante, bine et pulvérise (sans doute du bon pesticide agréé par l'UE du capital). Coût de l'engin: 180 000 euros.

Avec ça, fin des fermes familiales et bonjour à des exploitations-usines de plus en plus colossales.

Mais n'est-ce pas la politique agricole commise par le palais de l'Elysée, avec ses partenaires sociaux que sont les syndicats d'exploitants agricoles Fnsea et JA?

 

Dans le cadre de nos interrogations impertinentes de la journée, en voici deux…

Se poser les bonnes questions est plus essentiel parfois que prétendre convaincre que l’on détient la vérité dans un monde où on est soumis à jet continu à la justification des guerres, dans une Europe et une France ou du moins en ce qui me concerne nous sommes loin du temps des certitudes sur qui s’avérera le moins pire mais plutôt dans le temps du “pari de Pascal” (1). Voici donc deux remarques posées à ceux qui pensent avoir de bonnes raisons d’appuyer cette propagande :

La première question concerne l’affirmation de Netanyahou quand il repousse non seulement les conditions du Hamas pour la restitution des otages mais de fait il écarte même la poursuite de négociations dans lesquelles se sont investis le Qatar et l’Égypte, en affirmant que le moment de la victoire totale est là et qu’il faut ne pas mollir.

Qu’est-ce qu’il définit exactement comme une victoire totale ? Et sur qui, est-ce que cela ira jusqu’à l’acceptation par, non seulement ceux qui lui ressemblent mais ceux qui se revendiquent y compris du centre ou de la gauche d’une “purification ethnique” de la population palestinienne ? Quand est-ce qu’on commence à justifier l’équivalent d’une démonstration nazie et qu’on ose le faire au nom de ses victimes ?

C’est ce qu’une partie de la gauche française qui se donne Glucksmann pour leader est en train d’accepter et il est vain de vouloir le cacher derrière le souci que l’on peut éprouver face à la résurgence de l’antisémitisme. L’antisémitisme ne peut que prospérer dans ce type d’acceptation. Ceux qui repoussent l’antisémitisme devraient au contraire avoir à cœur de réactiver “le plus jamais ça’…

En quoi les Etats-Unis ont-ils besoin d’une arme de ce prix ?

La deuxième interrogation concerne la nécessité, l’urgence qui peut pousser les Etats-Unis en train de se débattre dans un monstrueux endettement et d’être confrontés à des défaites face à des forces humaines, de commander un nouveau missile balistique de 131 milliards, le tout dans un contexte où comme nous l’avons décrit le gouvernement est incapable de faire face à des épidémies, à la prolifération de la drogue, à l’impossibilité d’éduquer et de soigner.

La vice-présidente des États-Unis Kamala Harris, le président Joe Biden et le secrétaire à la Défense Lloyd Austin, lors d’une cérémonie en l’honneur de Mark A. Milley (à droite), ancien chef d’état-major des armées des États-Unis, remplacé à ce poste par Charles Q. Brown Jr. (à gauche), le 29 septembre 2023 à Arlington (Virginie). | Saul Loeb / AFP© 

Est-ce à cause des guerres en Ukraine et au Proche-Orient? On a entendu peu d’exclamations de surprise et vu peu de bouches béer lorsque l’armée de l’air américaine a annoncé, le 18 janvier dernier, que le prix de son nouveau missile balistique intercontinental à ogive nucléaire, le LGM-35A Sentinel, venait soudain d’augmenter de 37%.

Voilà qui devrait établir le coût total du programme de développement de ce missile à 131 milliards de dollars

(1) Le pari de Pascal est une argumentation philosophique de Blaise Pascal, philosophe, mathématicien et physicien français du XVIIe siècle. A défaut de pouvoir démontrer l’existence ou la non existence de Dieu, une personne rationnelle a tout intérêt à croire en Dieu, qu’il existe ou non. En effet, dans la probabilité que Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perd rien ou presque. Par contre, si Dieu existe, le croyant gagne l’immortalité et le paradis de la religion, tandis que le non-croyant athéiste prend le risque d’une condamnation à l’enfer pour l’éternité. A la seule différence que moi je serais plutôt d’accord avec Diderot qui refusait d’envisager un dieu assez mesquin et stupide pour vous châtier pour l’éternité pour quelque chose qui relève de l’intime conviction et qui devrait donc faire partie de son inintelligibilité. Il n’en demeure pas moins que dans une situation de bouleversement historique d’une telle ampleur croire que tout dépend des candidats en présence dans des élections aussi peu représentatives de la réalité, serait un rétrécissement du champ de la réalité qui est le produit outre la sottise d’entendements bornés, le déchaînement des intérêts privés. Les bénéficiaires réels de ces foires d’empoigne étant de moins en moins nombreux et le partage de plus en plus âpre on ne peut pas décemment ramener la chute de l’empire américain aux bénéfices que madame Dati escompte de son ralliement au Titanic alors que même Bayrou refuse d’y accrocher son canot de sauvetage. Donc dans ce contexte, exagérer l’impact de nos choix est excessif. Mais pourtant dans le même temps plus la vague est forte plus reconstituer les conditions d’une résistance collective est indispensable, quelle voie s’impose ? C’est là qu’intervient un pari raisonné sur celui qui dit que dans les exploitations agricoles, comme dans les entreprises industrielles, partout où existe un collectif de production la résistance a plus de chance d’exister que dans les réseaux sociaux, les lieux de bavardage où aucune réalité ne vous résiste au point que vous ne songez même plus à vous poser les questions ci-dessus. C’est un pari non dénué de rationalité mais qui ne peut bénéficier de la foi du charbonnier, mieux vaut parler du fond et laisser chacun construire son intime conviction.



 LA PHRASE DU JOUR


Mobiliser le travailleur pour des hausses de salaires est dans l’air du temps les mobiliser pour prendre la direction des entreprises va être une autre paire de manches et sans cette prise de pouvoir économique ou si nous la sous traitons à des technocrates réformistes nous continuerons à aller dans le mur.

 

 Commentaire de Daniel ARIAS article

Afonine : Les chiffres relatifs au développement socio-économique du Nord-Ouest démontrent clairement les avantages du socialisme

Blog Histoire et Société 

 

Pourquoi les Etats-Unis s’en prennent-ils au Venezuela?

6 FÉVRIER 2024

Encore un des exploits majeurs de la politique étasunienne sur laquelle pèse pourtant la question de l’immigration et qui témoigne donc de l’étrange capacité impérialiste à se tirer une balle dans le pied non sans avoir largement arrosé au passage des gens qui n’y sont pour rien… Encore et ce n’est pas terminé une des pratiques de l’empire et de ses vassaux, nous en l’occurrence… (note et traduction de Danielle Bleitrach histoireetsociete)

PAR ROGER HARRISFacebook (en anglais seulementGazouillerSur RedditMessagerie électronique

Source de la photographie : David~ – CC BY 2.0

Pourquoi les États-Unis réimposent des sanctions au Venezuela

Même le magazine économique américain Forbes s’est étonné de la réimposition de sanctions américaines sur les ventes d’or du Venezuela et de sa menace de faire de même avec le pétrole. Les sanctions pétrolières, en particulier, si elles étaient rétablies, précipiteraient la hausse des prix de l’essence et affaibliraient davantage l’économie vénézuélienne, forçant davantage de personnes à quitter le pays par nécessité économique.

Le gouvernement vénézuélien, pour sa part, n’a pas été contrit. La vice-présidente Delcy Rodríguez a protesté contre « la mauvaise décision d’intensifier l’agression économique contre le Venezuela ». Elle a averti que si Washington prenait les mesures qu’il menaçait, le Venezuela annulerait les vols de rapatriement des immigrants vénézuéliens qui reviennent des États-Unis.

Biden se tire-t-il une balle dans le pied dans une année électorale marquée par des vulnérabilités majeures dues à l’inflation et à l’immigration impopulaire ? Le New Times décrit ces faiblesses comme une « crise majeure » pour le président américain en exercice. Pour ajouter aux malheurs des démocrates, de nombreux Vénézuéliens aux États-Unis – poussés ici par les sanctions – soutiennent les républicains.

L’accord de la Barbade allège temporairement les sanctions

Le département d’État a accusé le gouvernement vénézuélien d’actions « incompatibles » avec l’accord de la Barbade, négocié en octobre dernier. Cet accord prévoyait un échange de prisonniers avec les États-Unis et la délivrance de licences permettant au Venezuela de vendre une partie de son propre pétrole et de son or. L’accord promettait un allègement temporaire et partiel des sanctions pour le Venezuela, bien que d’importantes dispositions économiques coercitives soient toujours en place.

Même avec un allègement limité des sanctions, le Venezuela prévoyait une augmentation de 27 % des revenus de sa compagnie pétrolière publique. Les experts prédisaient une “expansion économique modérée” après avoir connu la plus forte contraction économique en temps de paix de tous les pays de l’ère moderne. Le Venezuela était sur la voie de la reprise.

Puis, le 30 janvier, les États-Unis ont annulé la licence de vente d’or et menacé de laisser la licence pétrolière expirer le 18 avril, ce qui pourrait coûter 1,6 milliard de dollars en perte de revenus. La raison apparente de ce revirement de la politique américaine était l’échec de la Cour suprême vénézuélienne à annuler les interdictions précédentes imposées à Maria Corina Machado et à d’autres politiciens de l’opposition de se présenter à des fonctions publiques.

L’accord de la Barbade reposait sur des « garanties électorales ». Mais il n’y avait aucune mention de personnes spécifiques qui avaient été légalement empêchées de se présenter aux élections en raison d’infractions passées. En fait, ces cas étaient bien connus. Les responsables vénézuéliens avaient insisté à plusieurs reprises sur le fait que les personnes disqualifiées continueraient d’être inéligibles. Selon Héctor Rodríguez, membre de la délégation du gouvernement vénézuélien à la Barbade, le pardon des crimes n’a jamais été à l’ordre du jour des négociations.

Le cas de l’opposante Maria Corina Machado

Le traitement infligé à Machado par le gouvernement vénézuélien a sans doute davantage penché du côté de la clémence que de la sévérité. Dans la plupart des autres pays, une personne avec son casier judiciaire serait derrière les barreaux. Aux États-Unis, par exemple, 467 personnes impliquées dans l’émeute du Capitole de 2021 ont été condamnées à l’incarcération pour des infractions beaucoup moins graves que celle de Machado.

En 2002, Machado a signé le décret Carmona, établissant un gouvernement putschiste. Le président vénézuélien Hugo Chávez avait été renversé par un coup d’État militaire soutenu par les États-Unis. La constitution a été suspendue, la législature dissoute et la Cour suprême fermée.

Heureusement pour la démocratie au Venezuela, le coup d’État a duré moins de trois jours. Le peuple est spontanément descendu dans la rue et a restauré son gouvernement élu. Machado, qui prétend aujourd’hui, incrédule, avoir signé par erreur le décret fondateur du gouvernement putschiste, a bénéficié d’une amnistie.

Machado s’est ensuite vu interdire de se présenter à une fonction publique après avoir été représentante diplomatique du Panama afin de témoigner contre son propre pays. Elle a également été impliquée dans des affaires d’évasion fiscale et de fraude, ainsi que dans des tentatives de coup d’État. En outre, la droite dure avait appelé à une intervention militaire des États-Unis et à des mesures coercitives économiques sévères.

Machado avait catégoriquement refusé de contester son inéligibilité électorale devant la Cour suprême vénézuélienne. Mais quand Washington lui a ordonné de se présenter devant le tribunal, elle s’est conformée docilement. Le rejet de l’appel de Machado était « évident » même pour Luis Vicente León, président de l’institut de sondage vénézuélien pro-opposition Datanalisis. Il a expliqué : « Si nous sommes honnêtes, le gouvernement américain savait très bien que cela allait se produire. »

Le New York Times a décrit la décision de la Cour suprême de maintenir son interdiction comme « un coup dur pour les perspectives d’élections crédibles… en échange de la levée des sanctions économiques paralysantes des États-Unis. En d’autres termes, les Vénézuéliens n’ont pas cédé au chantage et n’ont pas permis à un criminel de se présenter à une fonction publique.

Opposition vénézuélienne

La façon dont Machado est devenu le candidat officieusement désigné de l’opposition, selon la presse institutionniste, est sous-estimée. Normalement, au Venezuela, les primaires présidentielles de l’opposition sont organisées par les autorités électorales nationales, comme c’est le cas aux États-Unis. Machado, cependant, a organisé l’élection primaire pour qu’elle soit menée en privé.

Les primaires ont été entachées d’irrégularités, et d’autres leaders de l’opposition sont furieux contre Machado. Non seulement son alliance politique (Plataforma Unitaria) a omis certains partis d’opposition des primaires, mais les registres de vote ont été détruits après l’élection. Cela a empêché toute reddition de comptes lorsque certains membres de sa propre coalition ont allégué des fraudes. De plus, l’administration de la primaire de l’opposition impliquait Súmate. Machado a été le fondateur et le premier président de cette organisation non gouvernementale privée, bénéficiaire de fonds de la NED.

L’opposition a perdu de sa crédibilité même auprès des commentateurs politiques conservateurs aux États-Unis tels qu’Ariel Cohen, associé à l’Atlantic Council et à la Heritage Foundation. Il décrit la saisie par les États-Unis de la filiale pétrolière vénézuélienne Citgo comme faisant partie de leurs « tactiques d’asphyxie ». Livrés à l’opposition, ils ont écrasé Citgo et utilisé les actifs de leur pays à des fins personnelles.

Les sanctions « ne fonctionnent pas »

Washington a un problème. Geoff Ramsey, de l’Atlantic Council, se lamente de manière révélatrice : « Comment menacer un régime qui a enduré des années de sanctions paralysantes, de multiples tentatives de coup d’État et une invasion de mercenaires ratée ? » La malheureuse solution yankee est plutôt ce que Forbes appelle « la réponse brutale de Washington DC » causant sciemment « d’énormes » souffrances humaines. 

Comme l’a admis un récent rapport du Service de recherche du Congrès américain, les sanctions américaines ont « échoué » dans leur objectif implicite de changement de régime, mais ont exacerbé une crise économique qui « a incité 7,7 millions de Vénézuéliens à fuir ». The Hill a publié un article d’opinion affirmant que « les sanctions continuent de nuire aux Vénézuéliens ordinaires – et d’alimenter la migration ».

Certains démocrates du Congrès ont appelé à mettre fin aux sanctions américaines. Des entreprises nationales, telles que Chevron, ont réclamé à cor et à cri la réouverture du marché vénézuélien. L’ONU a fermement condamné les sanctions, qu’elle qualifie de « mesures économiques coercitives unilatérales ». Le Mexique insiste pour que Biden s’attaque aux causes profondes de la migration. D’autres gouvernements d’Amérique latine et d’ailleurs font pression sur les États-Unis pour qu’ils lèvent les sanctions. Pendant ce temps, des experts en droit international des droits de l’homme censurent Washington pour punition collective illégale.

On peut soutenir que l’économie américaine gagnerait davantage à promouvoir le commerce avec une quarantaine de pays sanctionnés qu’à restreindre le commerce. Et le remède le plus sûr à la crise migratoire à la frontière sud du pays est de mettre fin aux sanctions, qui créent des conditions qui ont contraint tant de personnes à quitter leur foyer. Même les grands médias américains ont presque universellement conclu que les sanctions « ne fonctionnent pas ».

L’objectif sous-jacent des sanctions contre le Venezuela

Si les sanctions « ne fonctionnent pas », si elles sont économiquement contre-productives et si elles causent tant de souffrance et de mauvaise volonté, pourquoi les imposer ? La réponse regrettable est que les sanctions « fonctionnent » pour les besoins de l’empire américain.

En 2015, le président Obama a déclaré une « urgence nationale ». Le Venezuela, a-t-il affirmé, représentait une « menace inhabituelle et extraordinaire » pour la sécurité nationale des États-Unis. Ce n’était pas une fausse nouvelle. L’hégémon impérial reconnaît la « menace d’un bon exemple » posée par un pays comme le Venezuela. Comme l’a observé Ricardo Vaz de Venezuelanalysis, le Venezuela est « une lueur d’espoir pour les pays du Sud, et l’Amérique latine en particulier, un affront à l’hégémonie américaine dans sa propre « arrière-cour » ».

L’autoproclamé « ordre fondé sur des règles » de Washington est menacé, en particulier avec l’émergence de la Chine en tant que puissance économique mondiale majeure. Dans la vision impériale du monde, il vaut mieux avoir des États défaillants comme la Libye et l’Afghanistan que l’anathème d’un Venezuela souverain et socialiste.

En bref, les sanctions sont un outil pour empêcher les États qui aspirent au socialisme de réussir. La misère imposée par les États-Unis au Venezuela est utilisée par Washington comme un avertissement sur les conséquences pour un projet socialiste souverain au mépris de la domination yankee.

Roger Harris est membre du conseil d’administration du Groupe de travail sur les Amériques, une organisation anti-impérialiste de défense des droits de l’homme fondée il y a 32 ans.