Glucksmann s’est réjoui d’avoir fait taire Mélenchon et imposé
son propre programme, qui est antisocial, atlantiste et belliciste. Qui
ne dit mot consent, mais ici c’est plus qu’un silence complice. C’est
l’abandon de la paix, la validation de la trahison.
Ce n’est pas la première fois que la direction du PCF se range sans honte du côté de la grande bourgeoisie.
Mais rien ne nous oblige. Du reste si nous attendons la fin du scrutin
ce sera exactement la même chanson. Après il ne faut pas « faire le jeu
de la droite » en critiquant le gouvernement d’Union de la Gauche, on
peut s’attendre à il ne faut pas « faire le jeu des fasciste » en
critiquant le nouveau front populaire.
Du reste, comme Bardella a écarté les revendications « sociales »
purement démagogiques, pour se faire adouber par le grand capital, le RN
s’est aussi empressé d’entrer dans l’union sacrée du soutien aux néo
nazis de Kiev.
Mais rien ne nous oblige. Les communistes n’ont pas signé pour
envoyer des armes en Ukraine. Si certains l’ont fait qu’ils assument
d’être désavoués.
Le combat pour le pain et pour la paix, contre le fascisme et contre
l’OTAN, ne s’interrompt pas pendant l’espace d’un scrutin sacré, ni
avant ni après.
Le combat contre le fascisme est aussi le combat contre la guerre. Envoyer des armes à Kiev c’est aussi faire le jeu du fascisme
Pour l’avenir, se rassembler sans masquer les questions posées !
Au titre de la réflexion collective indispensable voici
l’intervention de Marie-Christine Burricand membre de l’exécutif qui a
voté contre l’accord de Front populaire avec 4 autres camarades et 8 qui
se sont abstenus et qui s’en explique ici. (note de Danielle Bleitrach
pour histoireetsociete)
Les membres du Conseil National devaient ce jeudi 14 juin se
prononcer quant à l’accord du nouveau Front populaire ! Cinq camarades
se sont prononcés contre cet accord – j’en suis – 8 se sont abstenus.
J’explique ici mes raisons en précisant que ce vote n’affaiblit pas mon
engagement pour que le nouveau Front populaire batte l’extrême droite
les 30 juin et 7 juillet.
L’accord du Nouveau Front Populaire comprend deux volets, la répartition des circonscriptions et le programme.
Concernant la répartition des circonscriptions, l’accord reprend pour
le PCF l’essentiel de celui passé en 2022 avec la Nupes. C’était un
accord très contraignant puisqu’il ne permettait au PCF de ne se
présenter que dans 50 circonscriptions. En 2022, je ne l’avais pas
approuvé d’autant que sur la la 14éme circonscription du Rhône, il
attribuait la candidature à la France Insoumise. Cependant, après nous
être battus le plus loin possible pour une candidature communiste
(Michèle Picard),nous l’avions respecté sur la circonscription.
Deux ans plus tard, alors que le Rassemblement National est aux
portes du pouvoir, je ne m’attendais pas à autre chose que la
reproduction à l’identique et je n’ai donc pas contesté l’accord sur ces
questions.
C’est sur le programme que s’est donc décidé mon vote.
Il contient les mesures d’urgence essentielles, concernant
l’abrogation de la réforme des retraites, de l’assurance chômage, le
pouvoir d’achat…
S’il prévoit des mesures de taxation financières sur le capital et
les grandes fortunes, il ne contient pas les propositions permettant de
prendre le pouvoir sur le capital quant aux outils de production et
financiers, en fait les leviers du pays.
Le programme laisse aussi de côté la question du maintien et
développement du nucléaire, pour assurer un coût et une production
garantissant l’égal accès à l’énergie et la réponse aux besoins de la
population et de l’industrie qu’il faut développer dans des domaines à
déterminer.
C’est une faiblesse, mais je peux considérer que ces questions se
régleront par le développement et le renforcement du mouvement social,
question qui doit mobiliser le PCF en permanence. Et s’il manque des
propositions, le texte n’en interdit aucune à priori. Ce qui a
déterminé mon vote, c’est donc bien ce qui est écrit sur l’Ukraine, très
tôt dans le document, que chacun peut lire ci-dessous
“Défendre l’Ukraine et la paix sur le continent européen Pour
faire échec à la guerre d’agression de Vladimir Poutine, et qu’il
réponde de ses crimes devant la justice internationale : défendre
indéfectiblement la souveraineté et la liberté du peuple ukrainien ainsi
que l’intégrité de ses frontières, par la livraison d’armes
nécessaires, l’annulation de sa dette extérieure, la saisie des avoirs
des oligarques qui contribuent à l’effort de guerre russe dans le cadre
permis par le droit international, l’envoi de casques bleus pour
sécuriser les centrales nucléaires, dans un contexte international de
tensions et de guerre sur le continent européen et œuvrer au retour de
la paix”
Il est déjà assez étrange de prôner la paix pour justifier la guerre. Les mots ont un sens et ce paragraphe nous enferme dans une guerre de plus en plus terrible et meurtrière.
Le soutien est “indéfectible” donc à priori indiscutable ; “la
livraison d’armes nécessaires” indique que ce soutien autorise toutes
les livraison d’armes, sans distinction aucune entre offensives et
défensives, sans limite quant à la nature des ces armes ; c’est donc
toujours plus …qui peut s’imagine que de telles livraisons d’armes peut
aller sans l’intervention de militaires français sur le terrain ? Enfin,
la référence à l’intégrité des frontières de l’Ukraine rend pour encore
de longs mois toute négociation impossible avec la Russie puisque cette
formule indique que les accords de Minsk qui ouvraient la porte à
l’autodétermination des républiques du Donbass. sont caducs.
Mais François Hollande et Angela Merkel n’avaient ils pas avoué que
ces accord n’avaient été signés que pour permettre à l’Ukraine de se
réarmer sous l’égide de l’OTAN !
Ce paragraphe est extrêmement dangereux, il autorise une escalade
supplémentaire dans la guerre quelle que soit la nature du gouvernement,
y compris un gouvernement de gauche. Il y a trop de similitudes dans ce
moment avec les débuts de la guerre meurtrière de 1914, où malgré Jean
Jaurès et avant la création des partis communistes en 1920, la gauche
français se compromit dans le soutien à la guerre.
Le pain et la paix vont de pair car la guerre finit toujours par
rapporter aux financiers et marchands d’armes, ce sont toujours les
peuples qui la paient. Enfin, cette guerre se fait sous l’égide de
l’OTAN, qui peut s’imaginer que l’OTAN, bras armé de l’impérialisme du
dollar veut la paix, alors qu’elle entretient partout dans le monde des
foyers de tension qui peuvent être sources de nouveaux conflits ?
Qui peut fermer les yeux sur la réalité, le capitalisme pour
maintenir sa domination a besoin de l’extrême-droite comme de la guerre,
la dissolution n’est pas un caprice de Macron mais un choix du capital
qu’il est urgent de déjouer.
C’est ce passage, pour moi contre-sens historique,qui a motivé mon
opposition à ce programme. C’est pour cela aussi que je me félicite
qu’en même temps que la section de Vénissieux se bat pour faire élire un
député “Front Populaire”, elle appelle à agir dans le cadre d’un”
comité populaire contre le fascisme, pour la paix” et à renforcer le
PCF. Le vote est un moment de la bataille pour changer la société,
l’action et l’organisation sont le cœur et la permanence de cette
bataille.
L’ÉLYSÉE MANIPULE LES FRANÇAIS ET DIABOLISE LES EXTRÊMES
Voici encore une description des manœuvres politiciennes dans
lesquelles les malheureux Français sont pris émanant cette fois d’une
société d’investissement très “libérale” mais qui visiblement partage la
détestation générale de Macron… Cette unanimité a atteint un tel niveau
qu’il n’est pas sûr que les “extrêmes” en pâtissent même si les
“coalitions” pédalent en rétrogradant impressionnées par la propagande
sur le chaos que leurs timides propositions risquent de provoquer sur
fond de danger fasciste si l’on s’écarte d’un iota du consensus du
“château” qui est aussi celui de l’UE, du Medef et des marchés
financiers. Jusqu’où ira le grotesque d’une situation, quelle prise de
conscience ? Le diagnostic est unanime mais les solutions divergent et
aucun débat démocratique ne permet d’en construire fut-ce dans la
confrontation…(note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
A une dizaine de jours des élections législatives, que proposent vraiment les extrêmes et quel est le plan de la Macronie ?
Alors que les programmes politiques susceptibles d’obtenir le plus
grand nombre de députés ne sont pas encore esquissés, les renoncements
aux propositions disruptives ou généreuses apparaissent déjà plus
nombreux que les projets maintenus parmi ceux figurant dans les
professions de foi des législatives européennes.
D’ordinaire, c’est plutôt l’inverse. A environ dix jours du scrutin,
les partis les mieux placés se livrent à une « opération séduction » qui
se solde par une surenchère de promesses intenables, qu’ils ne tiennent
jamais d’ailleurs, pour tenter de « faire la différence ».
Cette fois-ci est différente : l’Élysée joue très bien sur les peurs
de voir la France basculer dans un « scénario à la grecque ». Cela avait
déjà bien fonctionné lors des présidentielles de 2022, mais c’est
encore plus efficace cette année car combiné au leitmotiv du « fascisme
est à nos portes ». Les états-majors politiques font machine arrière,
notamment sur les sujets des retraites, de la baisse de la TVA, du
blocage des prix, dès que les marchés manifestent un brin de stress.
D’un extrême à l’autre, vous l’avez bien compris, il n’existe plus en
France que des « extrêmes », une fois sorti du périmètre du « camp de
la raison ». Les députés qui soutiennent le gouvernement et les médias
ne jurent plus que par le « TINA » (There Is No Alternative) et
les éléments de langage – des mensonges à peine déguisés sur le bilan
de la Macronie, concoctés à leur intention les communicants de l’Élysée
et Matignon.
Aucun faux pas n’est permis
Par conséquent, comme il n’y a plus de Matignon, presque toutes les
informations proviennent désormais exclusivement du « château », ne
laissant aucune place à la réinterprétation du « message » par un
ministre ou un secrétaire d’Etat qui aurait envie de faire le « buzz ».
Vous avez déjà pu le constater du côté des oppositions : la
« diversité » des messages, liée à l’hétérogénéité des coalitions qui
briguent nos suffrages, constitue une faiblesse évidente.
Il est très facile de démontrer les contradictions, l’amateurisme et
l’incompétence des opposants. A droite, difficile de cerner la ligne
directrice concernant l’immigration. Bien sûr, chaque proposition de
restriction des visas ou de remise en cause du droit du sol déclenche
des torrents d’anathèmes, car la France est le pays des droits de
l’homme et elle ne peut se permettre d’envoyer un « mauvais message » à
la planète entière, notamment à cinq semaines des Jeux Olympiques.
Le ras-le-bol des Français ignoré depuis des années
Mais le RN ne peut renoncer à promettre de remédier à une situation
mal vécue par de très nombreux Français, dont les difficultés sont niées
depuis des décennies, aussi bien par des gouvernements de gauche que de
droite, et qui se voient de surcroît affublés de l’infamante étiquette
de xénophobe et de raciste.
Il n’y pas de meilleur moyen de faire monter les « extrêmes » que
d’opposer un déni méprisant à une population victime d’un sentiment de
déclassement, de précarisation et d’insécurité à tous les niveaux.
C’est également ce qui a été fort bien fait avec la réforme des
retraites passée à coup de 49.3, sans qu’aucun amendement raisonnable et
de bon sens, qu’il émane de la gauche ou de la droite dite
« républicaine », n’ait été adopté.
Il en va de même pour la réforme du chômage qui est actuellement
menée avec la même brutalité et sans la moindre concertation, comme si
le principal souci du pouvoir était de complaire aux technocrates de
Bruxelles en appliquant avec zèle les « GOPE » qui démantèlent le modèle
social français…
Le budget continue de se creuser
Force est de constater que les déficits n’ont pas été beaucoup
réduits, mais ont, au contraire, continué de se creuser à une vitesse
stratosphérique en 2023.
Le gouvernement ne s’est manifestement pas attaqué aux vrais foyers
de déséquilibre budgétaire : les niches fiscales, dont bénéficient
principalement les très grandes entreprises, les millefeuilles
administratifs qui vont des communes, aux départements puis aux régions,
grande idée bruxelloise inspirée des Länder allemands.
Il ne s’est pas non plus attelé à l’obligation de participer aux
chèques que l’Europe distribue à l’Ukraine, par décret, sans débat
parlementaire et sans contrôle de ce que devient l’argent des
contribuables.
Que proposent les extrêmes ?
En réalité, ni la droite ni la gauche, aussi « extrêmes » soient-ils,
n’envisagent de s’attaquer au coût des directives et appels de fonds
européens dont notre pays ne tire aucun profit par peur de passer pour
des anti-européens. Alors, faute de pouvoir réduire les dépenses, les
« extrêmes » se rabattent inexorablement sur l’augmentation des
recettes.
La droite (extrême, bien sûr) projette de privatiser l’audiovisuel
public, ce qui devrait rapporter quelques milliards, mais qui sera
candidat à la reprise d’une institution archi-syndiquée comme
Radio-France ou France-TV ?
La gauche (extrême, bien sûr) ressort ses expédients les plus
classiques, c’est-à-dire faire payer les « riches », soit plus de
3 800 € de revenus par mois alors qu’en Suisse ou aux Etats-Unis, à
moins de 4 000 $, vous êtes proche du seuil de la pauvreté.
Cela suppose la création de nouvelles tranches d’impôt au-delà de
50%, déjà essayé par F. Hollande, de rendre la CSG progressive et de
rétablir l’ISF sur le patrimoine financier. Pour les plus fragiles, les
prix des produits de première nécessité seront bloqués (qui aura envie
de nous les livrer ?), le SMIC sera augmenté (7 millions de salariés,
majoritairement employés par des PME qui n’ont pas accès aux niches
fiscales des valeurs du SBF-120 et qui comptent peu de Smicards).
Le Nouveau Front populaire, conseillé par Thomas Piketty et Julia
Cagé, semble s’accrocher au rejet du « pacte de stabilité européen », ce
qui signifie que Bruxelles et la BCE nous couperont les vivres. Les
marchés se feront un plaisir d’envoyer nos OAT au tapis et le CAC40 20%
plus bas.
Comment créer plus de richesses ?
Mais la question qui devrait être au centre de toutes les
préoccupations (et que personne ne pose) au lieu de savoir si le renvoi
des immigrés illégaux nous fera économiser 2 ou 3 milliards ou si l’ISF
en rapportera le double, c’est, comment créer plus de richesses, au lieu
de la confisquer et de la redistribuer ?
Partager la richesse, c’est généreux, ne pas la gaspiller, c’est
rationnel. L’essentiel est de trouver des pistes pour encourager sa
création. Cela suppose certainement un peu de génie mais cela dépend
surtout de la liberté de profiter des fruits de son génie et d’en
disposer à sa guise, sans être surtaxé, ni stigmatisé lorsque l’on
dépense son argent, et sans risquer sa peau dès qu’on met le pied dans
l’espace public (ou même chez soi).
La chasse aux riches ou aux signes ostensibles de richesse est ouverte 24h/24 et 365j/an.
L’audition des projets économiques des différentes formations par le
Medef et autres organisations patronales a débuté ce jeudi : la
volatilité des marchés permettra de deviner qui est jugé le plus proche
de Matignon et quel programme est jugé le plus inquiétant.
Ce matin, mardi 18 juin, le journal de 8 h de France Inter commençait ainsi :
Florence Paracuellos : "A la Une, ce matin, le sommet des parias.
Vladimir Poutine - Kim Jong Un, le Russe arrive à Pyongyang pour
resserrer des liens déjà étroits entre les deux pays. Nous sommes à
Moscou dans un instant". [...]. "Des armes nucléaires, ils en ont, et
menacent régulièrement de s'en servir. Ils traînent les sanctions internationales qui frappent leurs pays comme desboulets, ils ont mauvaise réputation et ils s'en fichent !
Voici quelques-uns des points communs qui unissent Vladimir Poutine et
Kim Jong Un. Le Russe est donc attendu à Pyongyang ce matin pour deux
jours de visite. Bonjour Sylvain Tronchet".
Sylvain Tronchet : "Bonjour Florence".
F. P. :
"Vous êtes notre correspondant, correspondant de France Inter à Moscou.
D'où Vladimir Poutine est parti il y a quelques heures pour resserrer
encore les liens avec le dictateur nord-coréen.
S. T. : "Oui, c'est la rencontre de deux régimes parmi les plus sanctionnés au monde, avec l'Iran.
C'est aussi la rencontre des deux dirigeants qui agitent le plus
volontiers souvent la menace nucléaire et qui se sont rapprochés ces
derniers temps. Pour Kim Jong Un, la Russie est une alternative à la
Chine, qui était jusque là son principal soutien et qui n'a pas toujours
apprécié le côté imprévisible et turbulent du dictateur nord-coréen.
Pour Vladimir Poutine, la Corée du Nord, c'est une occasion de plus de
montrer qu'il n'est pas isolé, qu'il existe sur la planète des
dirigeants qui lui déroulent le tapis rouge. Soutenir Pyongyang, c'est
aussi un moyen de montrer son pouvoir, pouvoir de nuisance. Désormais les deux pays assument au grand jourleur
coopération. Lors de la venue de Kim Jong Un en Russie il y a neuf
mois, officiellement aucun accord n'avait été signé, mais cette fois-ci
le Kremlin dit qu'un accord de coopération stratégique pourrait être
adopté".
F. P. : "Alors, partenariat stratégique. Est-ce qu'il faut comprendre coopération militaire, Sylvain ?"
S. T. :
"Alors, il y a peu de chances qu'on sache exactement ce que contient ce
document, mais il semble à peu près clair que la coopération militaire a
déjà commencé. Les immenses stocks de munitions nord-coréens
intéressent Moscou, des photos satellites publiées ces derniers mois ont
montré des cargos russes venant charger dans des ports nord-coréens ou
des convois ferroviaires qui passaient la frontières entre les deux
pays. D'après les Occidentaux, la Russie a déjà utilisé des obus et même
des missiles balistiques nord-coréens en Ukraine et Washington affirme
que Moscou a, en échange, fait profiter Pyongyang de son expertise en
matière de satellites. A une époque, Moscou soutenait les sanctions
contre la Corée du Nord, mais tout cela est désormais terminé".
F. P. :
"Sylvain Tronchet, en direct de Moscou, à quelques heures de l'arrivée
de Vladimir Poutine, plusieurs dizaines de soldats nord-coréens ont
franchi la frontière de la Corée du Sud, avant de battre en retraite
sous les tirs de sommation. Derniers épisode des tensions qui montent
entre les deux pays, avec ces ballons nord-coréens remplis de déchets et
d'extraits d'excréments envoyés au Sud, qui répond en diffusant de la
K-Pop à fond le long de la frontière".
Remarque 1. Des "États parias" : que signifie ce mot de "paria"
? Au figuré, quand il est sorti de son contexte hindou, il signifie
personne exclue socialement, méprisée par un groupe. Mais aux yeux de
quels pays la Russie et la Corée du Nord sont-elles des parias ? Aux
yeux de l'Amérique du Nord (États-Unis + Canada), de l'Union européenne
et de quelques associés (comme le Royaume-Uni, la Suisse et la Norvège),
le Japon, la Corée du Sud, plus quelques breloques comme l'Australie et
la Nouvelle-Zélande. Soit, en résumé, 15 % de la population mondiale, et un poids économique en déclin.
Remarque 2.Corrélative de la précédente.
Ces deux pays ne sont pas du tout parias, ni aux yeux de la Chine ni à
ceux de l'Inde, ni à ceux de la majorité de l'Asie, ni à ceux des pays
musulmans, ni à ceux de l'Afrique sub-saharienne, ni à ceux de
l'Amérique latine... soit 85 % de
la population mondiale, et un poids économique de plus en plus
prégnant. Rapporté à ces données, la qualification de "Communauté
internationale", dont se targuent la plupart du temps les 15 % de la Remarque 1,
apparaît d'une suffisance et d'une arrogance d'autant plus
insupportables qu'elles sont proférées en toute innocence, en toute
inconscience...
Remarque 3."Ils traînent les sanctions internationales comme des boulets"
: où les journalistes de France Inter ont-ils vu cela ? Ignorent-ils
que la Russie, comme la Corée du Nord ont développé des stratégies de
contournement, qui leur permettent non seulement de compenser les
sanctions édictées par les pays occidentaux, mais de s'en sortir même
beaucoup mieux que ces derniers (au moins pour la Russie) ? [Il y a, par
ailleurs, dans l'image du boulet, celle du forçat du XIXe siècle -
popularisé par la B.D. des Dalton - qui révèle tout le mépris de la
bourgeoisie nantie, bouffie de foie gras et de bonne conscience, envers
les miséreux expédiés au bagne de Cayenne ou de Nouméa pour avoir porté
la main sur un propriétaire...]
Remarque 4."Ils ont mauvaise réputation et ils s'en fichent !"
: que ce vocabulaire est éclairant ! On croirait entendre, il y a
quelques décennies, des bourgeois bons chrétiens, parlant de très jeunes
femmes - parfois même jeunes filles - engrossées par le patron, le
curé, ou le notable local, et qui soutenaient le regard réprobateur de
ceux qui voulaient leur faire expier "leur faute". Ou des âmes
charitables se scandalisant (il n'y a pas si longtemps) lorsque des
homosexuels s'affichaient avec leur compagnon sans baisser les yeux. On
sent, dans ce vocabulaire transposé du domaine social au domaine
international (où le mépris de classe suinte comme du pus...) tout le
dépit du maître défié... et impuissant !
Remarque 5. Il est révélateur que, dans son intervention, Sylvain Tronchet ait réussi à placer l'Iran (qui
avec Cuba, le Venezuela, le Hamas, le Hezbollah...), figure parmi les
cinq ou six "méchants", caricaturés à foison, qui permettent aux
Occidentaux de se croire le derrière propre. Mais pourquoi les
journalistes n'emploient-ils pas les mêmes termes pour parler du régime
de Suharto (qui tua entre 500 000 et 1 million de communistes
indonésiens en 1965 et qui fut soutenu par la CIA) ?
Remarque 6. Il
est pour le moins surprenant de voir s'afficher une telle bonne
conscience de la part des pays européens qui, du XVe au XXe siècle,
colonisèrent, pillèrent, massacrèrent, exploitèrent et humilièrent
pratiquement tous les continents et de la part des États-Unis, qui,
depuis 1945, ont agressé des dizaines de pays dans le monde...
Remarque 7.(Pour les plus âgés). Il est remarquable de voir comment le président Kim Jong Un se glisse bien dans la peau de Basam Damdu, l'Empereur jaunemégalomane de la bande dessinée "Le secret de l'Espadon",
de la série Blake et Mortimer, publiée de 1946 à 1949. A cette époque,
l'auteur, Edgar P. Jacobs, dessinateur belge, avait imaginé un État
secret situé au Tibet (donc symboliquement, dans le Heartland, au milieu
des terres, dans des montagnes, tout ce qui, métaphoriquement, était le
plus éloigné et le plus opposé aux étendues océaniques, au Royaume-Uni
insulaire, dominant les mers, et qui prenait la tête de la résistance à
l'Empire jaune). Même si Jacobs s’inspirait beaucoup de la Seconde
Guerre mondiale (encore toute récente), on sentait, dans sa B.D.,
transparaître des éléments de la guerre froide débutante, ainsi,
peut-être, que de lointaines réminiscences de L'invasion jaune,
roman paru en 1908 sous la plume du colonel Émile Driant (dit capitaine
Danrit) et fortement marqué par la révolte des Boxers (1899-1901) et la
guerre russo-japonaise (1904-1905).
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, compléments, rectifications et critiques.
Xuan