Ouragan Katrina : la leçon de Cuba et l’ aide qu’ elle a offerte sans publicité.
[Dés
le 30 août, avant même que les vents finissent de balayer la Lousianne,
Cuba offrait en totale discrétion son aide aux États-Unis.
]
Ouragan, la leçon des pauvres, par Emanuele Giordana.
il manifesto, mardi 6 septembre.
Si
Fidel Castro avait voulu être de mauvais goût, il ne se serait pas
limité à offrir de l’aide. Et, dans son message de condoléance aux
Etats-Unis, il aurait rappelé au pays du premier monde par excellence
que, peut-être, le « tiers-monde » a quelque chose à leur apprendre.
Il
y a quelques années, pour le cyclone Ivan, grâce à un système d’alarme
et à une organisation préventive draconienne dans les communautés
locales, le gouvernement cubain fut en mesure de déplacer en quelques
heures deux millions et demi de personnes, en sauvant biens matériels,
vies humaines et animales. Avec Ivan, La Havane n’enregistra aucune
victime alors qu’aux Caraïbes on en compta 112, dont 35 aux Etats-Unis.
Si on remonte plus loin, en 1998, l’ouragan George tua 4 personnes
à Cuba et 600 dans le reste des Caraïbes. Pendant l’ouragan Charley, le
dernier dans l’ordre chronologique, l’île de Fidel Castro enregistra 4
autres victimes. La Floride, 30. On pourra objecter que les chiffres de
la population cubaine ne sont pas les mêmes que ceux des Usa (même si le
bilan encore incertain de Katrina apparaît inimaginable) mais il est
vrai que la stratégie préventive de Cuba est très valorisée à l’ONU, si
bien que, comme
il manifesto l’a déjà rapporté, quand le Sri
Lanka post tsunami demanda des informations sur le type de modèle futur
de prévention à adopter, il se vit conseiller « un voyage à La Havane ».
Sitôt dit, sitôt fait.
Le secret des cubains est
l’oeuf de Colomb : conscience très répandue du risque, dans la
population, et capacité optimale de recours aux ressources humaines sans
besoin de grands moyens et avec une capacité très rapide de
mobilisation en temps réel, impliquant écoles, usines et lieux publics.
Qu’est-ce
qu’enseigne l’expérience cubaine ? Qu’un pays qui n’a pas de grands
moyens technologiques et de puissantes protections civiles peut malgré
tout monter un système d’alerte - et de mobilisation- très raffiné. Et
à la charge de l’état. Ce que l’expérience cubaine enseigne, et que
l’épisode Katrina confirme, est donc que ça n’est pas forcément la haute
technologie qui sauve les vies humaines. Elle enseigne que la
« libéralisation » de la réponse aux désastres porte malheur. En
Louisiane, disent les chroniques, l’évacuation était obligée. Mais si tu
n’as pas d’argent pour partir, comment fais-tu ? Tu t’arranges, et si
ça tourne mal, tu meurs. De nombreux gouvernements raisonnent de la même
manière et les régimes ne sont pas en eux-mêmes une garantie : dans la
Chine de Deng par exemple, les catastrophes naturelles se traduisent
toujours en chiffres importants, ce qui semble tenir non seulement à la
pression démographique, mais à une certaine négligence, typiquement
impériale, à l’égard des propres citoyens. Comme le montre la digue des
Trois gorges, et les faibles préoccupations de Pékin pour son impact
sur les populations résidentes. Quoi qu’il en soit, quand le
gouvernement du Sri Lanka s’est adressé aux Nations Unies, les experts
en catastrophes n’ont eu aucun doute pour conseiller à un pays pauvre
(PIB par habitant : 881 dollars par an) les méthodes d’un autre pays
pauvre (Cuba : 1700 dollars). Mais peut-être est-ce une leçon qui vaut
aussi pour un pays dont le revenu moyen tourne autour de 37.000 dollars.
Emanuele Giordana,
Lettera22 [1].
- Source :
www.ilmanifesto.it
- Traduit de l’italien par
Marie-Ange Patrizio