
« Informer n'est pas une liberté pour la presse mais un devoir »
Deux écrans, deux mondes, deux systèmes de production
(Première partie)

Pendant
que nous étions enfermés seuls chez nous, nous étions dans une position
tout à fait spéciale pour observer la scène du monde à travers les deux
écrans que nous avions à notre disposition, l’officiel, la télévision,
et l’alternatif, l’ordinateur et Internet.
Deux écrans
Il faut une solide colonne vertébrale pour garder l’équilibre entre
ces deux pôles. A la TV, la parole des puissants est célébrée comme
parole d’évangile, quel que soit son niveau de crédibilité, et on dirait
même que moins elle en a, plus les médias l’encensent, sans doute pour
compenser. Les experts, les journalistes et autres éditorialistes qui
squattent les plateaux sont la lie de l’humanité en matière de
compétence comme de probité, leur seule qualité est d’être serviles
jusqu’à l’abject. La loyauté à l’organisation est la qualité mafieuse
par excellence. Le rôle de ces medias est d’incarner la bien-pensance
face à des figures de la « dissidence » qu’on trouve, elles, sur
internet. Je ne parle pas de révolutionnaires, non, simplement des gens
qui sont encore assez libres ou honnêtes pour refuser de servir de
marchepied aux puissants dans l’espoir que leur bienveillance
ruissellera sur leurs têtes. La télévision orchestre ainsi des
contre-feux à chaque voix non conforme qui se lève. Par exemple, contre
le Professeur Raoult qui n’en faisait qu’à sa tête, une tête qu’on ne
pouvait pas couper parce sa valeur et sa réputation étaient
inattaquables, la télévision officielle a utilisé Karine Lacombe, une
praticienne bien connue pour ses liens avec les laboratoires que France
info, à défaut de pouvoir les nier, a présentés comme normaux. C’est, en
effet, sans doute normal dans leur monde à eux.
Quant au Français vraiment normal, celui qui est simplement à la
recherche d’informations exactes et véridiques, il doit louvoyer entre
la propagande éhontée des médias du pouvoir et ce qu’il peut glaner sur
Internet. C’est devenu extrêmement difficile de savoir ce qui se passe
vraiment et à qui on peut se fier. Je comprends ceux qui se détournent
carrément de ce panier de crabes et vont cultiver leur jardin comme
Candide, enfin pour ceux qui en ont un...
Deux mondes
La période que nous venons de vivre n’est pas terminée même si
l’épidémie est finie. Le gouvernement vient de l’admettre du bout des
lèvres à l’issue du Conseil des ministres de ce mercredi 13 mai. Il peut
se le permettre maintenant qu’il a réussi à faire prolonger l’état
d’urgence sanitaire jusqu’au 12 juillet pour tenter, à la faveur de ce
qu’il nous restera de vacances, de nous faire oublier les conséquences
désastreuses de sa gestion de l’épidémie. Ne doutons pas qu’il trouvera
autre chose (pourquoi pas une seconde vague ?) pour nous empêcher de
manifester en septembre.
On se doutait que l’épidémie touchait à sa fin. Outre que le
Professeur Raoult nous l’avait dit, le Dr Laurence Peignot a fini par
avouer au Point que les urgences étaient vides depuis un mois :
« Les internes que je côtoie me racontent leur stage hospitalier :
les services qui ont été réorganisés pour accueillir les patients
atteints du Covid ont été pleins durant deux ou trois semaines, au plus
fort de la vague. Mais, depuis un mois, ce n’est plus du tout le cas.
Les urgences sont désertes là n’est pas l’essentiel ».
Ce qui la contrariait le plus, c’était que « Certains médecins
détournent à présent leur savoir et leur pouvoir pour alimenter une
psychose collective qui va nous coûter cher sur le plan médical, social,
psychologique et économique », avec évidemment la complicité des médias
toujours prêts à affoler la population pour faire le buzz.
On comprend que les médecins, longtemps marginalisés par les
économistes et autres experts patentés, essaient de profiter de la
tribune que le Coronavirus leur offre pour faire avancer leur agenda,
mais ce n’est plus de la médecine, c’est de la politique.
A propos des soins eux-mêmes, France 24 a interviewé, Andry
Rajoelina, le président de Madagascar. C’était un dialogue de sourds
très étrange. Le malheureux président expliquait en long, en large et en
travers, qu’à Madagascar, ils n’ont pas eu un seul mort parce qu’ils
ont trouvé un remède naturel qui guérit le virus, mais les deux
journalistes se fichaient complètement des morts. Pour eux, ce ne sont
pas les guérisons qui font la valeur d’un médicament, c’est l’estampille
officielle, le cachet de l’administration. Peu importe, comme le
souligne habilement le président malgache, que cette estampille ait
causé la mort de milliers de personnes comme dans le cas du Médiator ou
autres. Pour le président malgache, il s’agit d’une forme de racisme :
« Si c’était un pays européen qui avait découvert ce remède, est-ce
qu’il y aurait autant de doutes ? Je ne pense pas [...] Le problème,
c’est que cela vient d’Afrique. Et on ne peut pas accepter qu’un pays
comme Madagascar, qui est le 163e pays le plus pauvre du monde, ait mis
en place cette formule pour sauver le monde ».
Bien sûr, il a raison et le titre et le sous-titre « prétendument »
équilibrés, mais pleins de sous-entendus, de l’article du Monde sur
cette interview le prouvent à l’envi : « Madagascar : le président
défend sa potion prétendument anti-coronavirus. Andry Rajoelina dénonce
une attitude condescendante envers la médecine africaine, en balayant
les critiques sur l’efficacité et les dangers de la potion à base
d’artémisia ». Mais il y a aussi autre chose, à mon avis. Dans l’univers
hors-sol et bureaucratisé de nos élites, la réalité n’a plus de valeur,
la seule chose qui compte, c’est le cachet d’Autorités, aussi
corrompues soient-elles, qui se soutiennent entre elles.
Mais dans le monde réel, les gens de terrain, qui ne peuvent se payer
de mots ou de paraphes, soignent les gens, sans trop se préoccuper des
Autorités de l’autre monde. Ainsi la Provence titre : « Malgré
l’interdiction Coronavirus : l’explosion des prescriptions de
l’hydroxychloroquine » et explique : « Malgré la polémique et les
alertes, la prescription de la bithérapie de l’IHU associant
azithromycine et hydroxychloroquine a été largement suivie en ville. Un
bond de 7 000 % fin mars avec 10 000 patients ».
Deux systèmes de production
Il y a énormément d’articles en ce moment sur Internet sur
l’après-covid. La situation inspire tout le monde. Les contributions se
chevauchent de manière assez répétitive, du fait, sans doute, que les
mêmes événements engendrent les mêmes réflexions, et que beaucoup de
questions demeurent sans réponse. Mais parfois on trouve un joyau qui
donne corps à ce qu’on pressent, et j’ai eu la chance d’en trouver deux,
coup sur coup.
— Les travailleurs sont prêts à prendre le pouvoir sur la production
Le premier est un article de Jacques Chastaing, « Confinement et
déconfinement sont des rapports de force, des rapports de classe » qui
répond à une question que je me pose depuis le début : pourquoi
l’oligarchie a-t-elle décidé de nous enfermer pendant deux mois sous
bonne garde policière ? Comme lui, je ne crois pas une seule seconde que
ce soit pour nous préserver de la maladie. La meilleure preuve c’est
qu’aucune mesure de protection n’a été fournie aux Français et qu’aucun
soin n’a été autorisé en attendant le résultat d’une hypothétique étude
« Discovery » qui n’a évidemment rien donné.
Jacques Chastaing explique que c’est la résistance du monde du travail qui a provoqué cette décision :
« Face à la pandémie, le monde du travail, dans la foulée de ses
résistances précédentes, a refusé massivement de sacrifier sa vie pour
les profits des capitalistes en multipliant des droits de retrait,
grèves, débrayages et mises en maladie dans les secteurs non
indispensables à la survie immédiate ... Cette résistance a été immense
et a amené le gouvernement à précipiter un confinement généralisé pour
éviter le risque d’une marche du prolétariat vers un contrôle de fait de
la production : qui produit quoi, pour qui et dans quelles conditions
avec à partir de là, la prise de conscience générale de classe qui peut
l’accompagner. »
Je trouve cela génial, car c’est bien là le nerf de la guerre : il
faut abolir la propriété privée des moyens de production et le droit de
tirage qu’elle donne sur la richesse produite par les travailleurs. Cela
fait environ quatre siècles que la bourgeoisie travaille à renforcer et
consolider la propriété privée par tous les moyens, légaux et illégaux.
Et cela suffit !
J’ai revu dernièrement le film Jaurès, naissance d’un géant. Le film
finit dans la liesse au moment où Jaurès est élu à la Chambre, en
janvier 1893, après être parvenu à convaincre les vrais socialistes (les
ouvriers qui voulaient prendre le pouvoir sur la production) de le
choisir comme représentant, à l’issue de la grande grève des mineurs de
Carmaux. La joie de la victoire est amère quand on sait que cette
élection a sonné le glas du mouvement ouvrier socialo-anarchiste, vu que
Jean Jaurès n’était au fond qu’un réformiste républicain qui entourait
habilement ses actes d’un parfum révolutionnaire. Quant aux communistes,
ils ont laissé leurs idéaux anti-capitalistes sombrer avec l’URSS.
Depuis, à gauche, il ne reste plus que quelques minuscules groupes pour
remettre en question la propriété privée des moyens de production.