Parce
que c'est la fin de l'abondance. La faute à qui? Surtout pas aux
dirigeants d'EDF et aux gouvernements successifs qui, sous le diktat de
l'UE du capital, en sont arrivés à ce que nous vivons aujourd'hui.
Bon,
ont dit les commis gouvernementaux français des Marchés internationaux.
Faut être patriote et baisser votre thermostat et sans doute vous
éclairer à la bougie. A moins qu'elle ne soit produite en Russie ou en
Ukraine. Alors là, c'est vraiment la fin des carottes cuites. Non?
En attendant, côté entreprise patriote, le Psg-Qatar
s'est envolé en avion pour taper dans le ballon rond à Nantes. En TGV,
il faut moins de 2 heures. Par les airs, c'est 58 minutes. Certes, il y
a l'empreinte carbone en avion, mais on touche sa prime de match plus
vite.
Bon,
comme dirait le Qatar, au sujet des conditions inhumaines de travail
des salariés qui construisent chez lui en plein désert la coupe du monde
2022 de foot-fric, l'écologie c'est du détail. Comme les droits de l'Homme, surtout celui des femmes.
La maladie infantile du communisme (une suite à Lénine) :
Il y a une grande différence entre
l’activité révolutionnaire dont le centre et la raison d’être se trouve
au final dans l’intérêt et dans l’action du prolétariat et l’activité
politique d’extrême-gauche qui volontiers prêche la révolution, mais pas
de manière à la rendre populaire parmi les masses !
Cette tendance politique n’est en
effet pas du tout une expression du prolétariat, ni même de la petite
bourgeoisie, mais plutôt une expression de secteurs ou d’individus
déclassés de la bourgeoisie proprement dite, et de son intelligentsia.
Il faut rechercher le sens et la fonction sociopolitiques de
l’extrême-gauche dans les contradictions internes de la bourgeoise :
fractions montantes, ou au contraire groupes fragilisés à le recherche
de rentes, problèmes d’affectation des héritiers, des cadets, des
parents pauvres, ou parfois comme ce fut le cas autour de mai 1968, une
dynamique de transformation inhérente au capital lui-même, et à son
besoin d'un panel à qui proposer le renouvellement des marchandises à
offrir sur le marché.
On voit que l'origine sociologique de
l'extrême-gauche est presque la même que celle de l’extrême-droite
internationale classique, avant qu’elle ait reçu la correction de 1945
administrée par l’Armée Rouge.
Extrême-gauche et extrême-droite ont
en commun le culte de Nietzsche et la haine de l’URSS - et souvent
aujourd'hui, rancunier comme ils sont, de la Russie.
La gauche et l’extrême gauche dans le
système cohérent de la vie politique bourgeoise, sont formées de ceux
qui veulent changer l’ordre capitaliste pour l’améliorer, le modérer, le
rendre plus humain, et les plus extrêmes dans cette direction sont ceux
qui pensent avoir quelque chose à gagner directement dans la
dramatisation de l’agitation politique notamment en attirant l’attention
sur leur personne.
Il y a dans tous les partis des
professionnels de la politique, et sans eux, pas de continuité ni
d’action cohérente possible, mais ces professionnels peuvent rester au
service du prolétariat, ou se servir de sa cause, pour se servir
eux-mêmes, et entre les deux comportements plutôt qu’une frontière bien
délimitées par des grands principes (mais la moralité individuelle joue
aussi son rôle) il y a plutôt une zone grise de transition. On trouve
rarement dans la biographie d’un militant 100 % d’abnégation, ou 100 %
d'opportunisme.
Le critère de distinction entre le
groupe révolutionnaire prolétarien et le groupe d’extrême-gauche à
l’agitation spectaculaire, mais politiquement passif ou même nocif, est
donc non pas le radicalisme verbal mais le réalisme politique, et la
volonté d’exercer le pouvoir au nom du prolétariat.
Bien entendu, nous considérons ici
comme « d’extrême-gauche » ceux qui se désignent eux-mêmes ainsi, ou qui
se satisfont de cette étiquette quand elle leur est accolée par les
autres et par les médias. Nous les désignons plus généralement comme les
« gauchistes », comme le faisait Lénine, qui visait dans sa brochure de
1922, La maladie infantile du communisme, le
courant conseilliste ou « soviétiste » qui se revendiquait exagérément
de Rosa Luxembourg et qui interprétait littéralement le slogan « tout le
pouvoir aux soviets » comme un appel à l’autogestion généralisée. Et
dont Socialisme ou Barbarie et les situationnistes sont des
continuateurs, deux générations plus tard (l’Internationale
Situationniste fut fondée par Debord et ses acolytes en 1957). Mais le
gauchisme comme tradition politique bourgeoise relève plutôt d’autres
courants, moins innocents, aux financements plus opaques, dont les
développements principaux sont d’ailleurs bien postérieurs à Lénine, ce
sont le communisme libertaire anarchiste individualiste, le trotskysme,
et le maoïsme de salon.
Ce qui caractérise tous ces courants,
c’est le refus des étapes intermédiaires entre la situation présente et
le communisme, et le refus des compromis et des alliances provisoires
nécessaires pour y parvenir. C'est l'incompréhension de la dialectique
(on ne comprenait pas, par exemple, qu'il faille faire la guerre à
Hitler pour préserver la paix). Et donc le refus, théorisé ou non, de
l’État socialiste et de sa politique machiavélienne, et de sa stratégie
qui pour en être une ne peut pas être à tout moment transparente.
Ce critère de la pratique peut être
parfois difficile à utiliser : si un gauchiste comme Mélenchon en arrive
à briguer réellement le pouvoir, il devient du même coup relativement
plus légitime qu’un parti prolétarien trop faible pour envisager ce but.
Parfois des politiciens douteux se retrouvent à leur propre étonnement
dans un costume trop grand pour eux. En général ils ne le restent pas
très longtemps.
D’autre part il s’est développé, de
concert avec l’écologisme (qui a beaucoup de liens à son origine avec le
courant anarchiste - mais aussi avec la réaction antidémocratique), un
nouvel esprit gauchiste non seulement sectaire comme il l’a toujours
été, mais sectoriel, communautaire, séparatif, « intersectionnel » qui
met l’accent sur les luttes de minorités considérées à tort ou à raison
comme particulièrement opprimées.
Ce faisant il n’aide en rien les
membres des dites minorités qui sont réellement opprimés, c’est à dire
ceux qui font partie du prolétariat. Et quant aux autres, ils n’ont pas
vraiment besoin d'aide !
Ce gauchisme est la continuation, mais
aussi la métamorphose et dans bien des cas l’inversion des combats pour
les droits civiques qui ont marqués les années 1960 et 1970 dans les
métropoles occidentales. Pour l’essentiel, ces combats ont gagné la
partie à l’époque et les discriminations institutionnelles ont disparu :
les dates charnières étant la promulgation de l’amendement des droits
civiques en 1964 aux États-Unis, et la fin du type de société qualifiée
par Foucault (parangon intellectuel du gauchisme libéralisant) de
« société disciplinaire », à la suite des mouvements qui comme mai 68
terminent l’histoire du mouvement ouvrier traditionnel, tout en écrivant
les premières pages des « révolutions colorées » libérales. Le
laissez-faire des mœurs et le laissez-faire économique sont les deux
expressions du même slogan des années-fric, « chacun fait ce qui lui
plait-plait-plait », comme on dit dans la chanson Chagrin d’Amour (1980).
Or la situation générale des minorités
dans le nouvel âge du capitalisme post 68 – et on inclura pour la
commodité de la démonstration les femmes qui ne sont pas une minorité –
c’est la réalité de leur émancipation. Cette émancipation, qui concerne
aussi bien les Noirs américain que les Français d’origine maghrébine,
les femmes que les homosexuels, les indigènes américains et les
minorités ethnolinguistiques un peu partout dans le monde, et même les
groupes religieux dissidents, se caractérise par la recomposition à la
faveur du mouvement dans leurs rangs d’une bourgeoisie et d’une petite
bourgeoisie interne qui prétend au droit de représenter l’ensemble de la
communauté sur des bases inter-classistes, et qui s’accapare tout le
fruit matériel de la lutte émancipatrice. Les Afro-Américains ou les
français d’origine maghrébine sont invités à se sentir libres parce
qu’ils peuvent s’identifier à des présentateurs de télévision, des
vedettes du sport ou du show-biz, des ministres, ou à de grandes
fortunes, et qu’ils peuvent s’ils le souhaitent suivre exclusivement des
canaux de diffusion culturels animés à leur intention où ils ne verront
que des gens qui leur ressemblent.
Le capitalisme va flatter ces
représentants (qui ne sont jamais démocratiquement désignés) et même
leur accorder le bénéfice d’une discrimination positive, qui consiste
non pas à leur faire une place parmi la bourgeoise déjà nantie et bien
installée (d’où chez eux le maintien d’un sourd ressentiment), mais à
leur réserver un quota favorable parmi ceux qui sortent des classes
exploitées et qui réussissent leur promotion dans la bourgeoisie. La
discrimination positive des minorités pour favoriser l’ascension sociale
de quelques individus est donc en fait une discrimination tout court à
l’encontre des prolétaires sans qualité, c’est à dire n’appartenant pas à
une minorité.
Le discours bourgeois est à peu près
celui-ci : enrichissez vous comme l’ont fait les plus méritants ou les
plus valeureux de vos représentants, et le discours victimaire qui n’en
continue pas moins ne porte finalement plus que sur ce point :
contrairement aux promesses, il n’est pas possible d'enrichir tout le
monde, ni de s’enrichir autant qu’on le voudrait. Et comme on sait, le
désir est sans limite.
Pour la grande majorité, qui ne change
pas de classe sociale au cours de sa vie, cette politique n’a aucune
autre effet que celui de rendre invisible ses revendications. Pour
prendre un exemple comme un autre, un ouvrier d’industrie n’a rien à
perdre objectivement à une extension des droits des groupes estampillés
LGTB (etc.) mais il va quand même bien souvent en prendre ombrage, non
pas tant parce qu’il serait un homophobe irrécupérable mais parce qu’il
aura le sentiment hélas justifié que cette cause n’est en fait mise en
avant dans les médias et les partis politiques que pour prendre la place
de la sienne, qu’il estimera, et je pense justement, bien plus
universelle bien que trivialement matérialiste. A terme, ce sentiment de
frustration, et cette jalousie de la bonne place accordée dans les
médias aux surenchères permanentes des représentants des minoritaires
peut finalement contribuer à diffuser massivement une sorte de racisme
secondaire qui s’appuiera sur le constat que ces néo-bourgeois sont
effectivement favorisés, et particulièrement pour l’accès au quart
d’heure de célébrité à laquelle se résume l’idée du bonheur
post-moderne.
Minoritaire ou non minoritaires
doivent pourtant tous les deux se préoccuper de leur beefsteak, même
s’il est préparé à base de tofu. Mais le porte-parole minoritaire qui
milite en tant que tel a déjà résolu ce problème et vise plutôt à
obtenir de tous les autres non plus un droit à l’indifférence qui est
acquis depuis longtemps, mais une reconnaissance spéciale qui ressemble
beaucoup à une résurrection en plein XXIème siècle de la notion de
privilège. Et on remarquera que les minoritaires entre eux n’ont pas
particulièrement de tolérance pour les privilèges de reconnaissance
revendiqués par une autre minorité.
Par réaction, la majorité sans qualité
en vient à réclamer le privilège de l'antériorité, et à se
« minoriser » en se réfugiant dans le roman historique et les clichés
scolaires de l’histoire de France, et la boucle est bouclée.
Par contre, le beefsteak, (et le
fromage, le vin, et le couscous) ils l’ont tous en commun, et pendant
qu’ils se disputent entre eux sur leurs identités respectives, ils sont
tous en train de se le faire rogner à l’âge du capitalisme hyper
tolérant, mais encore plus hyper exploiteur.
Et donc n’en déplaise à Frédéric
Lordon, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis des Batignoles sont des
ouvrières qui ne sont pas prêtes à lâcher le beefsteack, et non des
« noires », ou des « femmes », bien qu’elles soient presque toutes des
femmes noires. Ce ne sont pas des filles à papa qui revendiquent un
coupe-file pour passer à la télé et servir de faire-valoir à Zemmour,
mais des travailleuses qui luttent contre l’exploitation, pour le bien
de tous !
GQ 8 juin 2021, relu le 2 septembre 2022
PS : Je critique les gauchistes dans leur concept, mais je suis
conscient du fait que des personnes dont l'engagement de fait pas de
doute peuvent se retrouver dans leurs rangs, comme ce fut d'ailleurs mon
cas, par erreur de jeunesse, ou par les hasards de l'existence.
L'erreur est humaine; persévérer dans l'erreur est diabolique.
Trois entreprises américaines contrôlent plus d’un tiers des terres agricoles ukrainiennes
En
2021, une loi sur la vente des terres agricoles est entrée en vigueur
en Ukraine. D’après le média Australian national review, des firmes
américaines ont profité de cette législation pour investir massivement
dans le pays. 40% des terres cultivables en Ukraine est désormais
contrôlé par des capitaux américains. Cela projette un jour nouveau sur
le récent accord entre les belligérants ukrainien et russe concernant
l'exportation du blé récolté en Ukraine. Kiev a négocié sous la pression
d'intérêts financiers américains. Plus fondamentalement, la question de
la répartition de la propriété est fondamentale car elle permet de
suivre l'échec de la démocratie dans l'Ukraine indépendante.
Les agriculteurs ukrainiens profitent-ils du fait que l’Ukraine
dispose des terres agricoles les plus fertiles d’Europe? Avec l’entrée
en vigueur le 1er juillet 2021 de la loi « modifiant certaines lois concernant les conditions de renouvellement des terres agricoles » (loi 552-IX), le président Zelensky et le FMI ont souhaité “rendre le secteur plus attractif pour les investisseurs internationaux“. On ne sera pas étonner de constater que de nombreux Ukrainiens ont contesté cette loi,
qui ne ferait que renforcer la corruption dans le pays et la mainmise
de quelques grands propriétaires sur le secteur agricole. En effet,
suite à l’entrée en vigueur de cette loi, selon le site Australian national review ,
l’Ukraine aurait vendu un tiers de ses terres agricoles à 3 grandes
entreprises transnationales américaines. D’après l’agence australienne,
ces firmes américaines seraient désormais propriétaires de 1.7 millions
sur 42 millions d’hectares de terres agricoles, acquis en moins d’une
année
Mainmise américaine sur 40% des terres arables ukrainiennes
Les trois enseignes Cargill, Monsanto (société
germano-australienne à l’origine, mais aujourd’hui à majorité
américaine) et Dupont sont bien connues aux États-Unis détiennent
désormais environ 40% des terres arables ukrainiennes.
Cette
réalité récente relie la guerre en Ukraine aux initiatives des
décideurs financiers stratégiques occidentaux puisque des sociétés comme Vanguard, Blackrock et Blackstone figurent parmi les plus gros actionnaires de ces entreprises.
Désormais,
lorsqu’on parle de blé ukrainien, on se demande si l’usage de ce terme
est encore approprié. Si on tient compte des informations fournies par
la revue australienne, le blé exporté par l’Ukraine provient de terres
agricoles appartenant à des firmes américaines. (Il faudrait ajouter des investissements chinois récents, représentant à peu près 5% du total des terres arables du pays.
Les
inspecteurs qui ont contrôlé le transit des cargaisons de blé ukrainien
depuis le 03 août dernier, connaissent l’identité des propriétaires de
ces céréales puisqu’ils ont à leur disposition les documents officiels
liés aux échanges.
Le secrétaire d’État américain Antony Blinken avait qualifié le voyage du Razoni,
le premier navire ukrainien transportant des céréales à avoir quitté
Odessa depuis l’invasion de l’Ukraine, « d’étape importante”. Mais on
est amené à voir l’accord sur les exportations de blé à travers le
couloir établi en Mer Noire sous un autre jour, si l’on considère qu’il
s’est agi, pour les Etats-Unis, à travers leurs hommes de paille
ukrainiens, de défendre les intérêts d’entreprises américaines.
Une réforme renforçant la corruption et la mise à l’écart des agriculteurs ukrainiens
La propriété des terres cultivables constitue un sujet à
controverses en Ukraine depuis la fin de l’URSS et la décollectivisation
des terres qui s’en est suivie. Faut-il abolir la loi qui a autorisé la
vente de ces terrains donnant à des investisseurs étrangers le droit de
les acheter ? En Ukraine, ce n’est pas seulement un sujet de
“conversations de comptoir”, c’est une question cruciale.
Les
terres agricoles en Ukraine étaient des propriétés de l’Etat à l’époque
de l’Union soviétique. Les agriculteurs travaillaient dans des
exploitations collectives et publiques. Suite à la création d’une
Ukraine indépendante, le gouvernement a décidé de privatiser
la plupart des terres agricoles. Des coupons étaient distribués aux
occupants, qui leur permettaient de devenir propriétaires d’une parcelle
agricole délimitée. Mais dans un contexte de récession économique ,
beaucoup ont revendu leurs coupons. Il s’est ainsi constitué un groupe de grands propriétaires terriens, membres d’ une nouvelle oligarchie.
Tout cela avait été encouragé par le Fonds Monétaire International,
juge auto-proclamé des procédures adéquates de privatisation.
En 2001, un moratoire a
été décrété pour faire le bilan de ces transactions, suspendant la
privatisation des terres publiques, et bloquant jusqu’à inventaire les
transactions portant sur des terres privées. Ce moratoire concernerait
41 millions d’hectares de surface agricoles, soit environ 96 %
des terres agricoles ukrainiennes. Environ 10 millions d’hectares
étaient à cette époque encore la propriété de l’Etat ou des communes; et
28 millions d’hectares appartenaient à des “petits et moyens propriétaires” privés au nombre de 7 millions.
Pourtant, même renouvelé régulièrement jusqu’en 2019, le moratoire n’a
pas joué son rôle de stabilisation. Il a certes été régulièrement
renouvelé jusqu’en 2019. Cependant, les difficultés économiques de la
population ont conduit beaucoup de petits propriétaires à louer leurs
terres à des opérateurs qui étaient en fait membres de l’oligarchie
terrienne en voie de constitution. La concentration des terres a
continué sous une fome déguisée.
Ce sujet est passionnant dans
la mesure où il est bien vrai qu’une démocratie repose sur une classe
moyenne nombreuse de propriétaires. Or l’Ukraine s’est, avec les
années, toujours plus éloignée de cet objectif. Et, dans ce domaine
comme dans tous les autres, le président Zelensky a trahi l’espoir que
les électeurs avaient mis en lui.
Le candidat Volodimir Zelensky
avait proposé l’organisation d’un référendum pour pouvoir remédier aux
défauts du moratoire de 2005, mais il n’a pas eu lieu après qu’il avait
été élu.
La Verkhovna Rada, parlement
ukrainien à chambre unique, a fini, en mars 2020, par voter un texte,
sous la pression du Président et celle du Fond Monétaire International,
le principal créditeur du pays. La nouvelle loi 552-IX
a mis fin au moratoire et autorisé les particuliers à acheter jusqu’à
100 hectares de terres à partir du 1er juillet 2021. Dans le même temps,
la loi, apparemment restrictive en ce qui concernait l’acquisition de
terres par des étrangers (personnes physiques ou morales): elle permet
l’acquisition de terres par des sociétés enregistrées en Ukraine; et
elle n’a pas régulé le mécanisme de location des terres pour leur
exploitation. C’est ainsi que les entreprises et les fonds dont nous
parlons ont pu contourner la loi.
Second pays plus vaste d’Europe, la superficie totale de l’Ukraine atteint 600 000 km², dont 170 000 km²
ont été acquis indirectement (prête-noms ukrainiens ou baux de longue
durée) par des sociétés étrangères, en grande majorité occidentale,
notamment américaines.
Zelenski et les institutions internationales ont toujours présenté cette réforme agricole
comme une condition nécessaire pour attirer les investissements
étrangers, permettant de « libérer » le plein potentiel des terres
agricoles ukrainiennes.
Cette loi était également la condition d’obtention d’un prêt de 5 milliards de dollars accordé par le Fonds monétaire international (FMI).Mais nombreux Ukrainiens contestent la loi qui , selon eux, ne fera que renforcer la corruption (devenu un fléau dans le pays) et l’accaparement des terres par les grandes multinationales étrangères.
C’est ainsi que
les investisseurs américains seraient devenus, de manière déguisée,
propriétaires de terres agricoles en Ukraine. Pour rappel, avant
l’adoption de cette loi, des manifestations pro-Zelenski proclamait que « la terre appartenait aux Ukrainiens »
tout en stigmatisant « les Chinois et les Arabes » qui s’apprêtaient,
selon les manifestants « à emporter notre terre par wagons ». Deux ans
et demi plus tard, il s’avère que ce sont des capitaux américains qui
contrôlent un tiers des terres ukrainiennes – contre seulement 5% pour
des capitaux chinois.
Le lobbying,
l’arme des oligarques kazakhs en fuite
Plusieurs hommes d'affaires originaires du Kazakhstan ont fui leur
pays où ils sont suspectés d'avoir détourné des sommes importantes à
leur profit. Exilés en Occident, ces oligarques usent de leur fortune
pour tenter de convaincre responsables politiques et opinions publiques
de leur innocence, tout en finançant des campagnes hostiles au pays qui
les a enrichis.
Après l'ombre de Vladimir Poutine planant sur les élections
américaines, celle des oligarques kazakhs s'étendrait-elle au-dessus de
Washington ? La presse locale spécialisée dans les arcanes du Capitole
s'est ainsi récemment faite l'écho d'informations préoccupantes sur la
manière dont des sociétés de lobbying, agences de communications et
autres ONG « pop-up », rémunérées à prix d'or pour défendre les intérêts
de grandes fortunes originaires des pays de l'ex-bloc soviétique,
fondent sur le centre névralgique des États-Unis en déployant des
méthodes pour le moins douteuses. Au premier rang desquelles la
présentation de leurs clients, pour la plupart des oligarques s'étant
enrichis de manière indue en pillant les ressources de leurs pays
d'origine, comme d'honnêtes et respectables militants anti-corruption,
voire comme d'infatigables défenseurs de la liberté et des droits de
l'homme...
C’est ainsi le cas d'Akezhan Kazhegeldin, un ancien premier ministre
du Kazakhstan qui vient de faire l'objet d'une minutieuse enquête du
magazine Townhall.
Avant de fuir son pays d'origine pour les rives de la Tamise,
l'oligarque aurait empoché l'équivalent de 200 000 dollars en revendant,
à la va-vite, une centrale électrique kazakhe dont la valeur dépassait
pourtant les 50 millions de livres sterling. Condamné à contumace par la
Cour suprême du Kazakhstan à dix ans de prison, Kazhegeldin, par
ailleurs ancien agent du KGB, se présente désormais en Occident comme un
dissident injustement poursuivi par les autorités de son pays. Et même
un fervent avocat des droits humains, si l'on en croit la campagne de
communication orchestrée ces derniers temps à Washington par ses
lobbyistes attitrés, visant à convaincre les politiques et le public
américains de la sincérité du combat anti-corruption d'un Kazhegeldin
lui-même suspecté d'être corrompu jusqu'à la moelle. Un retournement de
situation digne d'un véritable « artiste de la propagande », comme le
qualifie l'éditorialiste américain Duggan Flanakin.
Moukhtar Abliazov, le « sans-papier milliardaire » dont ne sait que faire la France
Passé maître dans l'art de dissimuler un exil forcé sous les atours
d'une croisade contre des pratiques dont il a lui-même largement
bénéficié, Akezhan Kazhegeldin n'est pas le seul ni le premier
ressortissant kazakhstanais sur ce registre. S'il est un oligarque
kazakhstanais qui mérite aussi le qualificatif d' « artiste », c'est
bien Moukhtar Abliazov : comme son compatriote, Abliazov a patiemment
fait son nid dans les réseaux de pouvoir du Kazakhstan, avant de tomber
en disgrâce à la faveur de la démocratisation du pays et de prendre la
poudre d'escampette – non sans oublier de se remplir les poches au
passage. Ancien ministre lui-même, Moukhtar Abliazov a pendant cinq ans
dirigé la banque BTA, l'une des plus importantes de ce pays d'Asie
centrale. Nationalisée en 2009, celle-ci l'accuse d'avoir à cette époque
détourné quelque 7,5 milliards de dollars de ses caisses, un pactole
disséminé et dissimulé dans le monde entier, via une constellation de sociétés-écrans.
Comme Akezhan Kazhegeldin, Moukhtar Abliazov fuit alors le
Kazakhstan, où il écope d'une peine de prison à perpétuité. Direction
Londres tout d'abord où, comme Akezhan Kazhegeldin toujours, notre homme
espère démarrer une nouvelle vie dorée – tout en se payant le luxe de
la bonne conscience, Abliazov se présentant volontiers comme la victime
innocente et persécutée du régime de Noursoultan Nazarbayev, l'ancien
président kazakh. Une stratégie de diversion qui rencontre rapidement
ses limites, les autorités britanniques lui refusant le statut de
réfugié politique et la justice de Sa Majesté le condamnant, en 2013, à
22 mois de prison pour « outrage ». Pas de quoi défriser notre « sans-papier milliardaire », comme le qualifie Paris Match,
qui traverse alors la Manche... en autobus, avant de s'installer
confortablement sur la Côte d'Azur. Il faudra attendre plusieurs mois
pour que les policiers de la BRI forcent l'entrée de sa villa cossue et
appréhendent un Moukhtar Abliazov en short, qui tentera tout de même de
se faire passer pour un autre en tendant aux forces de l'ordre un faux
passeport diplomatique – en vain.
A Bruxelles, les réseaux « tentaculaires » de Moukhtar Abliazov
Depuis presque une dizaine d'années maintenant, l'oligarque
kazakhstanais fait l'objet d'un véritable imbroglio
politico-administratif dont seule la France a le secret : alors que
l'extradition d'Abliazov est exigée tant par l'Ukraine que par la
Russie, les divers services de l'État (tribunaux, Ofpra, Cour nationale
du Droit d'Asile, Conseil d'Etat) se renvoient la patate chaude et
annulent systématiquement les décisions des juridictions précédentes. Un
délai à rallonge que le principal intéressé, toujours libre de ses
mouvements dans l'Hexagone, a mis à profit pour défendre sa cause en
déployant de considérables moyens de lobbying. A Bruxelles sévit ainsi
la très opaque ONG « Open Dialogue Foundation » (ODF), une organisation
de protection des droits l'homme créée en Pologne en 2009 et qui s'est
fait une spécialité de défendre, « aux côtés de véritables militants exposés à une incontestable répression, quelques figures fort peu recommandables ».
Des figures comme Moukhtar Abliazov, suspecté d'arroser de généreux
subsides l'organisation à but non lucratif en échange de la défense de
ses intérêts personnels.
Hasard ou coïncidence, « l'ODF, dont les lobbyistes hantent les
couloirs du parlement (européen), joue un rôle ''important'' dès que
l'honorable assemblée débat du Kazakhstan », révèle aussi le site Atlantico.
Jusqu'à glisser des amendements et résolutions « clé en main » aux
députés européens pour condamner, bien opportunément, la politique
interne du Kazakhstan. Trouvant des relais parfois inattendus dans
l'ensemble des forces politiques représentées au Parlement européen, les
« tentaculaires réseaux de Moukhtar Abliazov »
à Bruxelles permettent ainsi à ce dernier de renforcer sa posture
victimaire de martyr du pouvoir kazakhstanais – tout en contribuant à
minimiser ou passer sous silence les accusations qui pèsent contre
l'oligarque. Un joli tour de passe-passe qui n'est pas sans interroger
les fondements démocratiques sur lesquels reposent nos sociétés de
l'information.
Révolution socialiste ou barbarie capitaliste
Le capitalisme mondialisé et financiarisé menace aujourd'hui plus que
jamais la survie de l'humanité. Il ne s'agit pas seulement d'une
nouvelle crise grave du système, mais aussi d'une menace réelle pour
l'avenir des hommes sur cette terre. La population assiste impuissante à
sa lente destruction ainsi que celle de son environnement. Elle
constate effarée les ravages du capitalisme : saccage systématique de la
planète, réchauffement climatique, exploitation de la force de travail
de plus en plus violente, misère sociale exacerbée, menace constante
d'une guerre nucléaire, épidémies à répétition, marchandisation et
déshumanisation des rapports sociaux etc.etc. Mais les hommes qui ont
produit ce système sont également capables de se dresser contre lui et
le dépasser, mettant ainsi un terme à la "préhistoire" de l'humanité.
La classe dirigeante, la bourgeoisie est non seulement dans
l'incapacité de faire face à cette situation sans précédent, mais elle
amplifie cet état de fait. Son système, le capitalisme avec sa logique
d'accumulation, transforme ces ravages et ces catastrophes en autant
d'opportunités de profit, lui permettant ainsi de poursuivre son oeuvre
de destruction. De par sa nature, le capitalisme tend à envahir et à
conquérir toutes les sphères pour en faire un marché.
Le capital non seulement produit du profit, mais le profit à son tour
engendre le capital qui croît et se multiplie d'une manière
irrationnelle et sans fin. Le processus peut donc se répéter à l'infini.
Or les ressources naturelles, ou tout du moins une partie d'entre
elles, sont finies. Le capitalisme est une machine qui est en train de
dévorer l'homme et la planète qui ne sont pour lui que des moyens pour
son extension et son développement. Il va sans dire que le système qui
méprise l'homme ne peut respecter la nature.
Engels, cité par Rosa Luxemburg, disait "La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie"
(1). Si le socialisme n'est toujours pas là, la barbarie capitaliste et
sa violence sur l'homme et la nature, par contre, se poursuivent
toujours. Mais ce triomphe pourrait tout simplement mener à
l'anéantissement de la vie sur terre. Les classes dirigeantes ne font
que préserver et renforcer par leurs mesures dérisoires le système en
donnant l'illusion qu'il est "réformable". Toutes les demi-mesures et
toutes les réformes, si elles ont contribué à améliorer provisoirement
la situation des esclaves modernes ne font, en dernière analyse, que
perpétuer l'asservissement général engendré par le système.
Que faire alors contre cette marche suicidaire vers l'abîme ?
Continuer sur cette voie tracée par une minorité d'exploiteurs qui mène
au chaos, à la barbarie et à la destruction de l'homme et de la nature
ou, au contraire, renverserl'ordre établi. Contrairement aux
affirmations de l'idéologie dominante qui nie toute possibilité de
transformation qualitative de la société, la révolution sociale et
socialiste reste une alternative qui pourrait changer radicalement les
relations entre l'homme et l'homme, entre l'homme et la nature.
Mais la marche en avant vers le socialisme ne peut résulter de la
perfection de la démocratie bourgeoise, de la conciliation des classes
etc. L'entente des classes est une chimère, une rêverie produite et
entretenue par les classes exploiteuses. Elle est contredite chaque jour
par les faits. La bourgeoisie qui concentre entre ses mains tous les
pouvoirs n'est absolument pas prête à la "concertation" au " dialogue"
etc. Elle ne reculera devant rien pour perpétuer son système de
production et d'exploitation sur lequel elle repose. Et si la lutte des
classes s'intensifie, s'aiguise et dure dans le temps, elle n'hésitera
parecourir à la violence sous toutes ses formes y compris la plus
abjecte, la guerre.Toute l'histoire des classes dominantes n'est que
cruauté et férocité exercées sur les dominés pour se maintenir au
pouvoir. Seule la révolution socialiste est en mesure d'enfanter une
nouvelle société en mettant un terme à la résistance de la minorité
d'exploiteurs.
Mais la révolution ne se décrète pas comme disait Engels une fois encore "(...)
les révolutions ne se font pas arbitrairement et par décret, mais
qu'elles furent partout et toujours la conséquence nécessaire de
circonstances absolument indépendantes de la volonté et de la direction
de partis déterminés et de classes entières" (2).
Mais si la révolution ne se décrète pas, elle se prépare. Et qui sont
les mieux disposés à la préparer que celles et ceux qui subissent au
quotidien l'exploitation et le despotisme du capital ? Les travailleurs,
et d'une manière générale les salariés, non seulement sont le produit
le plus authentique de la bourgeoisie, mais possèdent aussi les moyens
de paralyser le pouvoir économique et partant politique de la minorité
dominante. Les prolétaires d'aujourd'hui comme ceux d'hier n'ont aucun
intérêt, aucun privilège dans la société bourgeoise. Ils y sont ravalés
et traités en bêtes de somme. Il ont donc tout intérêt à renverser le
régime bourgeois. Mais il ne suffit pas que les oppimés prennent
conscience de leur situation d'exploités pour que la révolution se
produise ; il faut aussi et surtout que " "ceux d’en bas” ne veulent plus et que “ceux d’en haut”ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière " (3).
Malheureusement "ceux d'en bas" sont affaiblis et se livrent de
surcroît une concurrence fratricide sur le marché du travail qui brise
leur unité et les empêche de construire des organisations et des
directions capables d'affronter efficacement la minorité exploiteuse.
Ajoutons à cela l'omniprésence de l'idéologie dominante qui, à travers
les grands médias, les programmes scolaires et universitaires, les
institutions religieuses, les industries culturelles etc., trompe,
démoralise et prive la classe des travailleurs des instruments
idéologiques nécessaires au renversement de l'ordre établi. Sans
solidarité fraternelle des travailleurs et sans théorie révolutionnaire,
"ceux d'en haut" continueront à vivre à " l'ancienne manière" et poursuivront leur œuvre de destruction.