jeudi 20 avril 2023

Que fait Wagner en République Centrafricaine ?

Washington fait pression sur le gouvernement de Bangui pour qu’il cesse ses relations avec le groupe Wagner, mais compte tenu des options en matière de sécurité, les Centrafricains apprécient le groupe plus qu’on ne pourrait le penser.

John Lechner, 11 AVRIL 2023

Le 21 février, Le Monde rapportait que des diplomates américains avaient proposé au président de la République centrafricaine (RCA) Faustin-Archange Touadéra de rompre avec la société militaire privée russe (SMP) Wagner Group dans un délai de 12 mois. En échange, Washington promettait de former les Forces armées centrafricaines (FACA), de fournir davantage d’aide humanitaire et d’offrir un soutien accru à la mission de maintien de la paix des Nations unies en République centrafricaine (MINUSCA).

Des fonctionnaires proches du dossier m’ont assuré qu’il n’y avait pas de date limite et ont insisté sur le fait que Washington entretenait des relations étroites avec Bangui.

Délai ou pas, la logique qui sous-tend la proposition de Washington est fondée sur un récit qui dépeint le résultat de l’action contre-insurrectionnelle des SMP russes en Afrique comme infructueux et impopulaire, en fait une exploitation au détriment de la souveraineté de l’Afrique. Mais les conflits en Libye, au Soudan, au Mozambique, en République centrafricaine et au Mali sont très différents ; ce qui est vrai sur un théâtre de guerre ne s’applique pas forcément à tous. Et la complexité inhérente à l’intervention de Wagner en RCA rend la proposition apparemment simple de Washington impossible à mettre en œuvre, politiquement difficile à réaliser et synonyme de suicide pour le régime si elle est acceptée

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L’arrivée de Wagner

En 2017, le gouvernement de Touadéra luttait pour sortir d’une guerre civile dévastatrice. Le gouvernement contrôlait peu de territoire en dehors de la capitale Bangui, et de puissants groupes armés étaient retranchés dans les campagnes. Le gouvernement a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de lever l’embargo sur les livraisons d’armes, qui datait de la guerre civile. L’ONU a maintenu l’embargo mais a également approuvé une offre russe de donner des armes et d’envoyer des conseillers.

La Russie a alors négocié un accord de paix entre Bangui et 14 groupes armés, l’accord de Khartoum de 2019. Les élections présidentielles ont rompu cet équilibre délicat et, en décembre 2020, l’ancien président François Bozizé s’est associé à six groupes rebelles pour former la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Les milices de la CPC ont atteint Bangui en janvier 2021 avant d’être repoussées par les SMP russes, les troupes rwandaises, les soldats de la paix de la MINUSCA et les FACA.

Wagner a-t-il réussi ?

La contre-offensive souvent brutale lancée par les FACA et soutenue par les SMP russes et les troupes rwandaises a permis au gouvernement de reprendre plus de territoires qu’il n’en avait tenus depuis des années. La plupart des grands centres urbains sont de nouveau aux mains du gouvernement.  

Selon les Nations unies, les violations des droits de l’homme ont généralement diminué depuis la tentative de coup d’État de la CPC, lorsque les groupes armés étaient responsables d’environ 54 % des abus. Aujourd’hui, les agents de l’État sont responsables de 58 % des violations.

Lors de mes déplacements dans le pays en 2022 et 2023, les citoyens m’ont massivement fait part de leur satisfaction quant à la sécurité dans leurs villes. Le commerce a repris, en particulier dans le nord-ouest et le sud-ouest. Dans le nord-est, dans des endroits comme Bria et Birao, les habitants peuvent se promener librement. Ils veulent maintenant que la même sécurité règne sur les routes.

Les groupes rebelles n’ont pas été éliminés. La contre-offensive a poussé les combattants à franchir les frontières ou à s’enfoncer dans la brousse lointaine, et la CPC a été plus active cette saison sèche que la précédente. Les défections leur ont coûté cher, mais la CPC et d’autres groupes recrutent des mercenaires au Soudan. Les attaques récentes et l’insécurité persistante le long des routes montrent que les groupes rebelles sont affaiblis, mais pas éliminés. Il serait toutefois fallacieux de qualifier d’échec la contre-insurrection de Wagner en RCA. 

Wagner est-il populaire ?

Bien que les conceptions de l’État diffèrent, presque tous les Centrafricains souhaitent son retour. Les milices ont commis des atrocités à grande échelle, mais ce qui est plus fréquent, ce sont les barrages routiers quotidiens et les taxes qui étouffent le commerce, ou la peur qui empêche les agriculteurs de cultiver leurs champs. Sans surprise, nombreux sont ceux qui jugent le succès d’une intervention à l’aune de sa “fermeté” vis-à-vis des groupes armés.

La contre-offensive de Bangui, soutenue par les SMP russes, a mis ces groupes sur la défensive, conférant à Wagner une aura de “dureté”. Mais cette métrique est à double tranchant. L’accord de paix russe, qui a vu les chefs rebelles entrer au gouvernement, ainsi que le recrutement d’anciens combattants par Wagner, suscitent également le ressentiment.

Si l’amélioration de la sécurité est généralement approuvée, les opinions des Centrafricains sont loin d’être monolithiques. Elles sont également fluides. La violence impose des décisions binaires aux communautés, qui remodèlent constamment leurs relations avec tous les acteurs armés. Nombreux sont ceux qui ont souffert directement ou indirectement des opérations des SMP russes, dont les médias locaux se font largement l’écho. Au cours d’une décennie de violence des groupes armés, le soutien à Wagner n’est pas le résultat de l’ignorance ou de la désinformation.

Qui exploite qui ?

Les gouvernements africains s’associent à Wagner en fonction des options disponibles. En théorie, la présence de mercenaires suggère qu’il existe une solution militaire à un conflit, tandis que les missions de maintien de la paix suggèrent que les guerres se terminent à la table des négociations.

Les deux sont nécessaires pour mettre fin à un conflit, mais l’attrait de Wagner est, en partie, fonction de la crise de légitimité dont souffrent les missions de maintien de la paix. En effet, les opérations de maintien de la paix récompensent souvent les plus violents et conduisent à la création de davantage de groupes armés, au lieu d’en réduire le nombre. En République centrafricaine, les soldats de la paix ont accompli un travail incroyable en protégeant les communautés et en fournissant l’infrastructure nécessaire au fonctionnement de l’État. Mais ils n’ont pas réussi à protéger les civils et, dans certains cas, ont eux-mêmes commis des abus. Pour beaucoup, des décennies de maintien de la paix n’ont rien donné.

L’Occident insiste sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine et affirme en même temps qu’il n’y a pas de solution militaire aux conflits africains. Et l’on croit que, contrairement aux interventions occidentales qui définissent le problème à résoudre, les SMP russes combattent les ennemis de leurs employeurs. La détermination des contractants de Wagner à souvent – mais certainement pas toujours – prendre les devants et à risquer leur vie sur le terrain crée un sentiment d’équité qui peut transcender d’importantes barrières culturelles, et qui contraste avec les missions de formation et la tendance des forces de maintien de la paix à se cantonner à leur base.

Mais la “souveraineté” se fait-elle au détriment d’une forme d’exploitation typiquement wagnérienne ? Oui et non. Wagner est la conclusion logique des tendances occidentales à la privatisation de la guerre, avec des caractéristiques russes. La présence des SMP russes en Afrique est logique : le continent est un marché essentiel pour tous les acteurs du secteur. Le fait que les SMP commercialisent leurs services auprès de pays en conflit devrait aller de soi et ne pas faire partie d’un quelconque “grand plan stratégique” du Kremlin. Bien que les liens entre les ressources et les conflits ne soient pas nécessairement systématiques, les accords sur les minerais conclus avec des gouvernements à court d’argent ne sont pas non plus surprenants. Ce qui est nouveau, c’est la nature diffuse de ce SMP et la liberté qu’ont les membres du réseau de poursuivre diverses opportunités commerciales.

Mais comment Wagner peut-il s’engager dans ces activités et éviter les accusations de néocolonialisme ? Tout d’abord, il est utile de ne pas avoir le passé brutal de colonialisme de la France dans la région. Deuxièmement, mais inextricablement lié au premier point : dans le pays le plus pauvre du monde, les diamants et l’or sont une source de revenus non exotique – l’une des rares qui existent. Pour la population, il va de soi que les étrangers, y compris les soldats de la paix et les diplomates européens, sont là pour les minerais. Le caractère exploiteur ou non de Wagner dépend, dans une certaine mesure, de la question de savoir si l’on estime que la sécurité qu’il offre en échange des droits miniers constitue un échange équitable. Ce point fait l’objet d’un débat important et ouvert parmi les politiciens, la société civile et les civils centrafricains.

Les élites centrafricaines disposent d’un pouvoir considérable (réel ou perçu comme tel) dans l’exploitation des ressources, et il y a de bonnes raisons de croire que le gouvernement de Bangui profite des Russes. L’octroi de concessions minières et forestières permet d’externaliser les coûts d’exploitation et de sécurisation de ces ressources. Les intérêts de la SMP russe et du gouvernement se rejoignent dans la reprise des mines aux groupes armés, tandis que les SMP russes subissent le poids des critiques internationales.

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Si Wagner se retirait soudainement de la RCA, en l’absence d’une force significative pour combler le vide, les groupes armés pourraient se retrouver aux portes de Bangui en l’espace de quelques mois. La formation des FACA et le soutien à la MINUSCA ne permettraient pas d’éviter cette situation. Le risque d’un coup d’État externe ou interne à Touadéra augmenterait considérablement et les conséquences pour les civils centrafricains pourraient être désastreuses.

L’arrivée de Wagner en RCA est, en partie, le résultat de l’échec de l’ONU et de l’Occident, ce qui rend l’offre du gouvernement américain de “plus de la même chose” caduque. Les Centrafricains sont conscients des avantages et des inconvénients de la décision de leur gouvernement de s’associer à des SMP russes, et leurs opinions reflètent une évaluation nuancée des priorités locales en matière de sécurité. Le soutien futur dépendra inévitablement des résultats et, en RCA, les défis pour Wagner sont énormes.

 

mercredi 19 avril 2023

La guerre est toujours terrifiante. Mais c’est encore plus effrayant lorsque, en peu de temps, le pays dans lequel vous êtes né devient une dictature. Un pays où tous ceux qui se sont élevés contre l’anarchie sont persécutés, où vous êtes arrêté pour ne pas avoir soutenu l’idée que la Russie est l’ennemi. Vous pourriez être attaché à un poteau ou simplement tué, simplement parce que vous êtes différent. Selon Zelensky, la guerre fera tout oublier. Et beaucoup de gens le croient. Mais ce n’est pas le cas. Chacun devra répondre de ses crimes.Faina Savenkova - Chacun doit répondre de ses crimes - Donbass Insider

 

Interview du député Jean-Paul le Coq sur la nouvelle résolution déposée à l’assemblée nationale le 4 mai prochain


Une nouvelle résolution, dans le cadre de la niche parlementaire du groupe GDR (Gauche démocratique et républicaine) visant à « réaffirmer la nécessité d’une solution à deux États et condamnant l’institutionnalisation par l’État d’Israël d’un régime d’apartheid consécutif à sa politique coloniale » sera débattue et soumise au vote à l’Assemblée Nationale le 4 mai prochain.

Ci-dessous une interview réalisée le 11 avril dernier par l’Agence Média Palestine avec le député GDR de la 8ème circonscription de Seine-Maritime Jean-Paul Le Coq à ce sujet.

Jean-Paul Le Coq

Agence média Palestine : Que pensez-vous de la loi Etat-Nation du Peuple Juif, votée le 19 juillet 2018 par le Parlement israélien, et qui affirme : « l’État israélien est le foyer national du peuple juif, dans lequel il est le seul à pouvoir exercer son droit à l’autodétermination. Il est ouvert à l’immigration juive, et fera tout pour assurer la sécurité des membres du peuple juif. »

M. le Député Jean-Paul Lecoq : Cette loi fait partie des éléments qui ont présidé à la rédaction de notre résolution, et qui permettent de qualifier la politique de l’Etat israélien d’apartheid car elle grave dans le marbre de la loi les critères de la domination d’un peuple sur un autre et la discrimination qui s’instaure dans ce pays de manière légale, ce qui caractérise l’apartheid. L’apartheid s’exprime à la fois dans ses aspects législatifs, mais également par la pratique. Souvent, la pratique d’Israël, depuis sa création, fait qu’il y a déjà une discrimination. Dès lors que ça entre dans la loi, personne ne peut le contester puisque les autorités israéliennes elles-mêmes institutionnalisent l’apartheid.

Vous allez déposer le 4 mai prochain une nouvelle résolution contre l’apartheid israélien, quel impact espérez-vous ?

Dès lors qu’on a déposé cette résolution une première fois sur le bureau de l’Assemblée nationale en juillet dernier, les médias s’en sont emparés. La première réaction à ce projet de résolution a été de dire qu’il s’agissait d’une résolution antisémite. A l’époque, la résolution s’appuyait sur B’Tselem et les ONG qui avaient documenté ce qu’il se passait dans les territoires occupés et en Israël, et peu le voyaient. Un professeur à Sciences Po disait à ce sujet que le procès en antisémitisme cachait le malaise à parler du fond, de la raison d’être de la résolution. Je pense qu’il avait raison. A l’époque on n’a parlé que de ça. On en est sorti quand Hubert Védrine et trois autres anciens Ministres des Affaires étrangères ont fait une tribune qui affirmait que la politique menée par Israël était assimilable à l’apartheid. Quand d’autres intellectuels ont à nouveau fait une tribune sur le même sujet, l’on a pu constater qu’une partie des gens qui réfléchissent et ont une expérience politique, dont Védrine qui a souvent défendu Israël, avaient évolué sur la question. Les choses sont donc à nouveau mures pour pouvoir défendre cette résolution. 

Est-ce que certains députés sont en cheminement vers la reconnaissance de la situation d’apartheid en Israël/Palestine que plusieurs grandes ONG ont déjà documentée ?

Certains députés sont effectivement en cheminement, notre nouveau projet de résolution a suscité de l’interêt mais beaucoup de députés restent sensibles à l’accusation d’antisémitisme. 

Qu’est-ce qui a fait hésiter tant de Députés et de Sénateurs de gauche à signer cette résolution, voire à retirer leur signature après avoir signé ?

L’accusation d’antisémitisme. Parce que c’est insupportable, c’est nous accuser d’être racistes. Il y a également des circonscriptions, des électorats davantage sensibles. Je pense à Strasbourg, Lyon, où une pression forte peut se faire ressentir. 

Effectivement on a déjà vu sur les réseaux sociaux des réactions virulentes et violentes notamment de la droite et l’extrême droite contre cette résolution qui vise avant tout à défendre le droit international. Avez-vous déjà reçu des menaces ?

Je crois que j’en ai déjà reçu, mais je les regarde assez peu. On m’a déjà promis des semaines assez difficiles… J’en reçois de tous les côtés, j’ai reçu des menaces d’Israéliens, de Marocains (ndlr :par rapport au Sahara Occidental). Dès lors que je prends une position politique, je reçois des messages désagréables. 

Comment expliquez-vous ce double standard des Députés et de la diplomatie française visant à ne pas reconnaître les droits fondamentaux du peuple palestinien, contrairement à d’autres peuples ?

J’ai toujours eu un problème : l’Assemblée nationale a reconnu l’Etat palestinien par un vote sous la présidence de François Hollande en 2014 et le pouvoir en place, qui a l’appui de l’Assemblée, pourrait s’appuyer sur un vote de l’Assemblée nationale pour s’opposer à l’apartheid israélien. Les votes comme celui de 2014 ont pour objectif d’aider l’exécutif à essayer de sortir Israël de cette situation dans laquelle il mène une politique toujours plus dure, du moins à ne pas en être complice. Les valeurs de la France et de son peuple ne devraient pas permettre que l’on soit complices de cela. 

Je me refuse à faire une association d’idées entre la situation en Israël et en Ukraine  mais le fait qu’il y ait deux poids deux mesures à l’échelle internationale quant au respect des résolutions est avéré. Pourquoi dans un cas les sanctions sont-elles appliquées, et dans l’autre, rien depuis des décennies ? Cela sème l’incompréhension parmi ceux qui suivent la vie politique, et nous rendent complices, par notre soutien aveugle, de la politique israélienne. Je propose aux députés d’ouvrir les yeux, et de voir ce qu’il se passe, sans avoir de haine pour Israël, sans agresser le peuple israélien et les Juifs. On rappelle même que les deux Etats ont le droit d’exister, ça n’est pas un peuple contre l’autre avec un choix à faire. Notre groupe fait le choix de deux Etats. 

L’une des tactiques employées par les relais du régime israélien d’apartheid et notamment à l’Assemblée nationale est de faire adopter la définition biaisée de l’antisémitisme de l’IHRA et ses exemples. Allez-vous y faire référence dans la résolution ? 

Je ne le ferai pas parce que cette résolution n’est pas sur l’antisémitisme. Cette résolution n’a pas pour objectif de qualifier l’antisémitisme, d’autant que le temps est chronométré à l’Assemblée nationale. Mais par le passé, à l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, un député allemand avait proposé à l’Assemblée que toute critique d’Israël devait être assimilée à de l’antisémitisme. Toute la délégation française, tous partis confondus, avaient voté contre au motif que c’était une atteinte contre la liberté d’expression, ce qui n’a pas empêché cette définition d’être adoptée. Juste après cette délibération, Stéphane Hessel devait intervenir à la Sorbonne – intervention qui a été interdite car il critiquait la politique israélienne. 

Êtes-vous en relation et en coordination sur cette problématique avec d’autres parlementaires de l’Union Européenne ?

Non, je l’étais quand j’étais membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et de l’OSCE. Au Conseil de l’Europe, Israël était d’ailleurs membre observateur. Cela me permettait de diffuser la critique de la politique israélienne en Europe et au-delà, ce qui est beaucoup plus compliqué depuis que je suis Député à l’Assemblée nationale française. 

Pensez-vous que l’état du débat actuel sur l’apartheid israélien en France est en retard par rapport aux autres pays de l’Union Européenne ?

Oui, par rapport à d’autres pays comme l’Irlande par exemple. D’autres pays osent réagir à la politique menée par Israël. Je dis souvent au Ministre des Affaires étrangères « ce sont vos amis, dites-leur ce que vous pensez ». Lors de mon premier mandat, je suis allé en Israël après l’opération plomb durci, et j’ai rencontré Ehoud Olmert, le Premier ministre. Je lui ai dit « nous avons visité Gaza, nous avons tous vu la même chose ; l’hôpital, les bombes. L’utilisation de ces armes est un crime. Je sais qui est terroriste sur ce territoire. Je sais que votre fils fait ses études à Paris, j’espère que quand vous viendrez le voir vous serez arrêté à la sortie de l’avion pour que vous soyez jugé pour crime contre l’humanité ». Il s’est mis dans une colère froide, et a répondu « quand Israël se défend, le monde entier est contre Israël. Mais sachez que la prochaine fois que nous agirons, vous entendrez les Palestiniens hurler jusqu’au Pôle nord jusqu’à ce que vous ne les entendiez plus ». 

A la fin, il a tenu à me serrer la main, apparemment parce qu’il considérait que j’étais le seul qui avait vraiment dit ce qu’il pensait.  

Après cette résolution, envisagez-vous de prendre d’autres initiatives avec d’autres parlementaires français et/ou européens, notamment pour faire avancer la demande de sanctions pour faire respecter le droit international ?

Nous avons reconstitué le groupe d’étude France-Palestine au Parlement, donc nous prendrons des initiatives dans le cadre de ce groupe, pour que ce soit transpartisan. Le fait de parler de cette résolution aide aussi ceux qui luttent au quotidien pour défendre les Palestiniens, le droit international et la paix. Beaucoup d’ONG en France attendent que des actes politiques de cette nature les soutiennent, les accompagnent. Les prises de parole que nous prenons font partie de cela.

 

 

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QUAND LA FRANCE AUX NATIONS UNIES
 

VOTAIT POUR UN ETAT PALESTINIEN

 

"En votant aujourd’hui - nous sommes alors en novembre 2012 -  pour la reconnaissance de la Palestine comme Etat , la France a voté en faveur de la solution des deux Etats, de deux Etats pour deux peuples, Israël et la Palestine, vivant, côte à côte, en paix et en sécurité, à l’intérieur de frontières sûres et internationalement reconnues ; en faveur d’une solution dont elle s’est faite l’avocate avant que l’ensemble de la communauté internationale ne s’y rallie ; en faveur d’une solution aujourd’hui menacée par l’impasse du processus de paix".

Refusant toujours de se plier à ce vote, l'Etat d'Israël a ,  - à l'inverse et en permanence quelque soit la couleur du gouvernement de Tel Aviv - appliqué un vaste plan expansionniste en territoire palestinien, s'annexant de fait, par la multiplication des implantations de colonies juives, des pans entiers du territoire palestinien, qui, devait, selon l'ONU, devenir un état arabe.

Rappelons que les Israéliens, en 1948, ont par la terreur, détruits villages et maisons palestiniennes, entraînant un exode massif des populations hors d'Israël...

La Palestine, aujourd'hui, ressemble chaque jour davantage à une peau de panthère, les taches noires représentant les implantations de colons israéliens, fruit de la politique délibérée des gouvernent d'Israël, considérant les terres palestiniennes comme historiquement juives, et les natifs arabes comme des intrus. 

Cette politique raciste et expansionniste des divers gouvernements d'Israël est de fait admise  par les états occidentaux, dont la France, qui par leur silence, entérine sans broncher la politique israélienne.

Ils n'ont pas la même mansuétude aves la Russie, entérinant les sanctions illégales contre Moscou, alors qu'on pourrait au moins attendre des mesures coercitives à l'égard de Tel Aviv.

Les Palestiniens seraient des êtres inférieurs aux Ukrainiens ?

JEAN 
LEVY

 

Pourquoi soutenir la Russie? Sans adhérer au discours des "valeurs traditionnelles" !

19 Avril 2023 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Russie, #Ukraine, #Qu'est-ce que la "gauche", #lutte contre l'impérialisme, #GQ, #Mille raisons de regretter l'URSS

Pourquoi soutenir la Russie? Sans adhérer au discours des "valeurs traditionnelles" !

Certains se demandent pourquoi il faudrait soutenir la Russie plutôt que l’Ukraine, ou s’il ne faudrait pas endosser une position complètement neutre dans ce conflit qui opposerait deux nationalismes d’égale nocivité.

On remarquera que cette dernière position implique au minimum de s'opposer aux livraisons d'armes à l'Ukraine qui prolongent inutilement un conflit dont l'issue en faveur de la Russie ne fait guère de doute, au moins pour ceux qui ne sont pas sous l'influence des médias mainstream. Et c'est triste à dire mais fort peu de ces militants de gauche qui renvoient les deux camps dos à dos atteignent ce minimum requis.

Pour les communistes, soutenir la Russie signifie aussi avaler les couleuvres que nous sert Vladimir Poutine qui ne rate pas une occasion pour manifester son aversion pour Lénine. Avec une grande ingratitude, même de son point de vue, car on peut dire que c’est grâce aux bolcheviks que l’Ukraine et la Russie sont restées liées pendant le XXème siècle, les forces séparatistes organisées de l’extérieur ayant déjà réussi pratiquement à détacher le premier pays du « monde russe « dès 1919.

A propos de « monde russe », ce concept de l'intellectuel réactionnaire russe Douguine (dont la fille a été assassinée par les services ukrainiens en août 2022) n’est qu’une tentative de récupérer le patriotisme soviétique qui reste puissant dans l’ensemble de l’ancienne Union, comme le fait de récupérer le drapeau rouge comme « drapeau de la victoire » apolitique.

On peut soutenir la Russie dans la guerre d’Ukraine, sans pour autant souscrire aux discours idéologiques que la Russie a produit pour justifier cette guerre, production inutile en ce qui nous concerne puisqu’elle est déjà amplement justifiée par les provocations répétées de l’OTAN et de Kiev et par les intérêts nationaux vitaux de la Russie qui doit faire face à un projet officiel de démembrement.

Il semble bien que l'objectif à long terme de la stratégie occidentale unifiée (Occident : triade monde anglo-saxon, Europe, Japon) soit de démanteler ou de dissoudre tout ensemble géopolitique susceptible d’agir de manière autonome et de contester tout ou partie de son hégémonie, donc tous les grands États à commencer par la Chine et la Russie, comme Israël le fait à son échelle en semant le chaos dans le monde arabe et musulman depuis 75 ans. L’Empire occidental est objectivement me nacé par le développement économique, social, et scientifique du Sud et cherche à conserver son hégémonie en le dissociant en entités les plus petites et les plus faibles possibles, les plus manipulables et influençables possibles, comme il a balkanisé l'Afrique au moment des indépendances vers 1960. Il cherche aussi à le conquérir de l’intérieur en modelant ses élites. La seule chose qui l’en a empêché jusqu’à présent, c’est le profond racisme suprématiste inconscient de ses classes dirigeantes qui perce à travers leur langage moralisateur et hypocrite : les bourgeoisies du Sud et de l’Est qui ne demandaient pas mieux que de s’intégrer et de participer à la fête du meilleur des monde du libéralisme technologique se sont faites renvoyées dans leurs buts. Cela s'est fait en général en invoquant à contre-sens l'écologie, les droits de l’homme, de la femme, et des minorités sexuelles.

L'Occident du dernier stade de l'impérialisme a développé une économie parasitaire néocoloniale, en externalisant la production industrielle et la classe ouvrière avec elle. Vouloir favoriser sa domination mondiale parce que l'on croit qu'il recèle le nec plus ultra de la modernité et de la liberté des individus, dans l'espoir chimérique qu'il en sortira un dépassement du capitalisme, c'est être en retard d'une ou plusieurs révolutions. L’Occident n'a pas d'autre avenir que le déclassement.

Les Russes, quoiqu'on pense par ailleurs de leur gouvernement, ont donc raison de vouloir mettre fin au régime de Kiev issu du coup d'État du Maidan, en 2014, qui est une sorte de « ISIS » européen, bâtard de postmodernisme ultralibéral terroriste et mafieux et de nazisme assumé. Leur guerre est une guerre défensive contre un adversaire qui a foulé aux pieds tous les principes du droit et de la diplomatie, ainsi que les plus élémentaires décence et moralité et qui très adéquatement représenté par son clown-président.

La Russie oligarchique n’est en rien équivalente moralement à son adversaire de ce point de vue, lequel est tombé dans le caniveau depuis longtemps, depuis les massacres perpétrés à Odessa et dans le Donbass en 2014 avec les encouragements bruyants et la complicité silencieuse des médias de masse occidentaux.

Mais au niveau idéologique, les élites russes tentent de présenter leur combat non seulement pour ce qu’il est c’est à dire un combat existentiel patriotique, mais comme une croisade planétaire contre un mal « globaliste » envisagé d’une manière mystique déraisonnable. Ce faisant elles singent la logique simpliste de la propagande occidentale en tentant simplement d’en inverser la direction, et récupèrent la théorie ad hoc de Samuel Huntington, dite du « choc des civilisations » (comme s’il y avait plusieurs civilisations actuellement sur la planète alors que c’est à peine s’il y en a une!).

Ces élites dont Poutine, Lavrov, Zakharova, Medvedev, Kadyrov, sont des représentants intelligents (on ne peut pas en dire autant des nôtres!) sont embarrassées du fait que l’amour ou la haine de la Russie qui sont fort répandues toutes les deux dans le monde n’ont qu’une seule et même cause : le souvenir encore brûlant de la grande Révolution d’Octobre. La Russie risque bien de reperdre rapidement tout ce que les sacrifices qu’elle consent de faire aujourd'hui sur le champ de bataille lui apporteront si elle persiste à renier le point central de son histoire, qui est l’événement le plus important de l’histoire de l’humanité du dernier millénaire, et qui est la seule cause qui puisse mobiliser en sa faveur les masses, à l'intérieur et dans le monde. et il est de plus en plus évident qu'au-delà de l'épisode de la guerre en Ukraine, qu'elle ne gagnera pas la confrontation globale avec l'Empire occidental - sur l'échelle de temps de la décennie à venir - sans l'intervention des masses.

Il faut aussi noter que le principal allié de la Russie, la Chine, ne montre aucun enthousiasme particulier pour la défense des « valeurs traditionnelles » invoquées contre la décadence de l’Occident. L'affirmation du caractère socialiste de plus en plus explicite de ce pays montre la voie à suivre dans la confrontation contre l'Empire en phase terminale.

La Russie doit gagner pour l’intérêt des peuples qui luttent contre l’impérialisme et pour l’intérêt des classes ouvrières du monde mais ces dernières ne le savent pas. Elle vivent en effet dans le monde imaginaire du spectacle occidental, dans l’univers lénifiant ou pervers des Disney, des Stefen King, etc. Ce n’est pas en inventant un récit du même tonneau qui présente la Russie comme le paladin de valeurs traditionnelles dont les masses mondiales confrontées à la réalité matérielle des crises à répétition se fichent éperdument qu’on va déchirer le voile de quatre générations de propagande de guerre froide qui ont diabolisé ce grand pays.

Le combat de la Russie n’est pas une croisade du « Bien «  contre le « Mal » où on aurait simplement inversé les protagonistes habituels, c’est un combat pour le retour au réel. C’est un combat contre le monde de la post-vérité. C’est un combat, que ça plaise ou non à ceux qui l’ont déclenché à contre-cœur, parce qu'ils y ont été acculés par l'impérialisme, un combat contre le capitalisme à son stade ultime de décomposition.

GQ, 26 août 2022, revu le 1