dimanche 30 avril 2023

tre postures, arrogance, mensonges et vulgarité

Cette semaine a été orchestrée pour passer à autre chose, de l’intervention de lundi aux annonces et déplacements thématiques du président, de la première ministre et de certains ministres. Las, les ressorts d’une communication complètement mensongère sont aujourd’hui trop visibles pour que les Français soient convaincus, accélérant au contraire le discrédit d’une équipe repoussante.

 

Présidence virtuelle et déconnectée

Le plan de communication du président est impressionnant : une intervention lundi soir pour donner un cadre présidentiel aux prochains mois et tenter d’enclencher une nouvelle phase, un déplacement mercredi en Alsace pour parler industrialisation, puis un autre jeudi pour parler éducation, avec des annonces sur la rémunération des enseignants. La première ministre a enchainé vendredi sur le sujet des papiers officiels. Puis, la prolongation du bouclier tarifaire a été annoncée, et une opération de vaste ampleur à Mayotte contre la délinquance et l’immigration illégale a été lancée. L’exécutif a voulu saturer l’actualité de la semaine qui a suivi l’acceptation par le Conseil Constitutionnel de la réforme des retraites pour tenter de passer à autre chose. Mais l’écart est gigantesque entre les mots et les faits.

« Un changement de vie, une petite révolution copernicienne  » : Macron n’a pas manqué d’emphase dans son annonce de jeudi. Pourtant, le même article montre bien que les 100 à 230 euros d’augmentation par mois ne représentent pas grand-chose. « On va les prendre. Les 100 euros ne suffiront pas pour combler la perte de pouvoir d’achat face à l’inflation  » rappelle le secrétaire général du SE-Unsa. Après tout, avec un salaire moyen à 2640 euros, cela ne représente qu’une augmentation de 3,8 à 8,7%... 3,8%, c’est moins que l’inflation pour la seule année 2023 et 8,7%, c’est moins que l’inflation pour 2022 et 2023. En clair, il n’est même pas sûr que les enseignants préservent leur pouvoir d’achat, d’autant plus pour ceux qui doivent beaucoup rouler pour assurer leur mission, et dont le budget carburant a explosé…

Bien sûr, il y a le « pacte » qui promet une hausse de salaires « jusqu’à 500 euros par mois » pour des missions supplémentaires (remplacement, dispositifs « devoirs faits ») mais cela revient à une forme de chantage : le gouvernement n’ayant pas prévu de monter vos maigres salaires, en travaillant encore plus que vous ne le faites déjà (leurs temps de travail est déjà estimé à 43 heures par semaine), ils pourraient gagner plus, façon Sarkozy. Face à la pénurie de candidat à un métier de moins en moins attirant, faire travailler plus longtemps peut paraître plus facile pour les fous qui nous gouvernent qu’une vraie revalorisation… Bref, il s’agit d’un nouveau marché de dupe, et le grand écart entre les éléments de langage de l’exécutif et la réalité a tout pour amplifier plus encore la colère légitime du corps professoral.

Et cela est d’autant plus hypocrite qu’au même moment, c’est l’austérité budgétaire qui se dessine pour la suite du quinquennat. Elisabeth Borne a demandé 5% d’économie aux ministres pour tenir les promesses qui viennent d’être faites à Bruxelles, avec une croissance de 0,6% de la dépense publique, deux fois moins que de 2017 à 2022. Et comme il n’y a pas eu assez d’argent pour payer convenablement professeurs et professionnels de santé pendant le premier mandat de Macron, on ne voit pas comment il pourrait y avoir la moindre révolution alors qu’il y aura moins d’argent à disposition pendant le second mandat. Pire encore, le coût de la dette va augmenter, notamment avec les bons du trésor indexé sur l’inflation, alors qu’il baissait lors du premier mandat. Bref, les annonces de jeudi ne représentent donc qu’un geste unique, une posture mensongère que les syndicats enseignants ont bien décryptée.

La séquence sur la réindustrialisation est tout aussi risible pour le président qui a doublé le déficit commercial. Bien sûr, il vante le nombre de projets, mais ce choix d’indicateur cache des montants d’investissement souvent très limités. En outre, le prix de l’énergie a poussé de nombreux industriels à revoir leurs choix et les Etats-Unis nous mènent une concurrence agressive pour attirer les entreprises. Bref, comme toujours, la macronie est dans la posture superficielle et mensongère, et compte sur les limites du système médiatique pour que ses arrangements avec la réalité soient passés sous silence. Autant dire que les promesses de Borne de diviser par deux le délai pour obtenir ses papiers et l’opération de Mayotte doivent être prises avec la plus grande circonspection. Là encore, il pourrait bien s’agir d’une simple opération de mauvaise communication sans conséquences concrètes pour les Français.

Et pour couronner le tout, il y a ce ton Macron, mélange d’hyperbole complètement déconnectée de la réalité, d’arrogance mal placée, et de manque complet de tenue. Proposer de parler aux syndicats seulement après la promulgation d’une loi, et avoir refusé de leur parler pendant trois mois au sujet de cette loi, alors qu’un mouvement social inédit s’était levé est d’autant plus indécent que les lecteurs de Pif Gadget ont eu droit, eux, à leur entrevue, ainsi que les clients d’un bar de Kinshasa, en plein conflit ! Et que dire de cette ministre déléguée dont les poses dans Playboy semblent un peu trop servir à tenter de faire oublier l’affaire du fonds Marianne. Mais il faut dire que l’exécutif goûte les diversions, comme a pu tenter de le faire Olivier Dussopt dans la dernière ligne droite législative, sans grand effet.

Heureusement, les Français ont beaucoup de bon sens. 78% n’ont pas été convaincus par le discours hors sol de lundi. Et la cote de popularité de Macron se rapproche de ses plus bas historiques malgré les efforts pour rassembler une minorité de fidèles, aisés, et souvent âgés, derrière lui. L’exaspération des Français monte et les manœuvres dérisoires ne parviennent plus à cacher l’absence d’écoute. Pierre Rosanvallon a eu bien raison de parler d’une crise démocratique historique

 

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