mercredi 2 mars 2022

En géopolitique, l’impérialisme est toujours le stade suprême du capitalisme… Et l’impérialisme, c’est la guerre !

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Les responsables des guerres ne sont pas ceux qui les déclenchent, mais ceux qui les ont rendues inévitables… 

Attribué à Montesquieu.

Dans la nuit du 23 au 24 février 2022, l’armée russe a attaqué l’Ukraine. Après le bombardement des bases militaires ukrainiennes, l’encerclement des principales villes se poursuit et Kiev résiste encore en ce dimanche 27. L’analyse de ce jour devra bien sûr être complétée dans nos prochaines livraisons.

Ce « mauvais coup » guerrier n’est pourtant pas le premier en Europe. C’est au moins la deuxième fois, après les plus de 200 000 morts et les centaines de milliers de déplacés qui ont suivi l’éclatement de l’ex-Yougoslavie… Et la troisième fois si on compte l’affaire de Chypre en 1974 avec ses 4 000 morts, 1 000 disparus et 270 000 déplacés… Et même la quatrième, si on compte les plus de 10 000 morts et des deux millions de déplacés de la guerre du Donbass de 2014-2015.

Une fois de plus, les slogans moraux selon lesquels les frontières sont et doivent rester inviolables et l’Union européenne nous apportera la paix éternelle en Europe sont invalidés. D’autant que la reconnaissance unilatérale de la Slovénie et surtout de la Croatie par l’Allemagne et le Vatican ne fut pas pour rien dans le calvaire de l’ex-Yougoslavie. Et nous passons sous silence l’incapacité de l’OTAN de régler de façon interne le différend gréco-turc de 1974 qui perdure toujours 48 ans après.

Cette attaque brutale, sans fondement juridique international, planifiée largement à l’avance par le pouvoir russe, a été précédée par la reconnaissance par la Douma russe des Républiques populaires de Lougansk et de Donetsk, animées par des séparatistes prorusses depuis 2014. Comme quoi, il faut  une fois de plus se méfier des reconnaissances unilatérales(1).

Rappelons la maxime de Jean Jaurès (« Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ») pour éviter de croire que l’on peut aller vers un idéal sans partir du réel. Les injonctions morales ne font pas avancer dans la recherche de la vérité.

Si l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe est inacceptable et doit être condamnée avec la plus grande fermeté, il ne peut s’agir pour nous de présenter les USA et leurs alliés comme l’incarnation du Bien suprême et la Russie comme le symbole du Mal ; nous ne sommes pas de ceux qui déplorent les conséquences tout en chérissant les causes qui ont conduit à cette situation mortifère (humiliation de la Russie, non-respect de la promesse faite lors de la réunification de l’Allemagne de ne pas étendre l’ère d’influence de l’OTAN aux portes de la Russie, qualifier, comme l’avait fait Obama, la Russie de puissance régionale, avoir tenté de faire main basse sur les matières premières russes dans les années 1990 par Exxon interposé…).

Les humiliations des nations et des peuples ont toujours favorisé l’ultranationalisme et le fascisme et conduit à des guerres (1870 pour la France, 1918 pour l’Allemagne…)

Le nationalisme post-soviétique d’un peuple russe humilié

Partons donc de l’écroulement de l’Union soviétique au début des années 90 pour comprendre le traumatisme russe et quelle hégémonie culturelle a remplacé l’hégémonisme soviétique en faillite. La désorganisation post-soviétique, provoquée par les Chicago boys  américains conseillers du nouveau régime capitaliste, se traduisit par un véritable calvaire pour le peuple russe dont l’espérance de vie a reculé de plus de six ans dans les années 90. Si Poutine est encore populaire en Russie, c’est que les citoyens russes se souviennent avec douleur de cette décennie d’enfer.

L’incapacité des communistes russes à construire une alternative populaire a permis aux États-Unis de devenir des prédateurs et de « punir » la nation rebelle. Après que les USA aient soutenu une marionnette alcoolique, Boris Eltsine, qui a confié à des oligarques mafieux toute l’économie russe pour leurs propres intérêts, la misère s’est développée en Russie. Il a été facile, pour Vladimir Poutine, de prendre un profil de droite nationaliste russe allié à l’Église orthodoxe russe, et de construire une bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle. Avec comme but avoué dans tous les médias russes (les oppositions ayant été muselées), de focaliser sur l’humiliation subie par le peuple russe à cause des Occidentaux dans les années 90, comme l’une des plus grandes tragédies de son histoire.

Comme il s’agit d’un peuple profondément patriote (ne jamais oublier que c’est l’armée soviétique, grâce au patriotisme russe et à 26 millions de morts, qui permit le grand tournant de la Seconde Guerre mondiale à Stalingrad début 1943 contre la Wehrmacht, celle-ci perdant plus de 4 millions de soldats sur le front de l’Est), la nouvelle hégémonie culturelle a pu se déployer rapidement. D’autant que les bombardements organisés par l’OTAN contre les « frères » serbes orthodoxes lors des guerres yougoslaves sont largement utilisés dans le discours poutinien.

Un autre élément a aussi contribué à « l’humiliation slave » : le fait d’avoir envahi et détaché le Kosovo de la Serbie pour mettre à la tête du nouvel État une direction politique mafieuse et intégriste islamiste afin d’installer une base étasunienne militaire.
Dans les textes de Poutine que nous avons lus, il est dit que la Russie ne laissera plus l’Occident humilier les Russes orthodoxes. Ainsi fut fait en Transnistrie, en Abkhazie, en Ossétie du Sud, en Crimée, et aujourd’hui en Ukraine.

Les bavardages internationaux sur la morale et les frontières ne résistent pas à l’analyse du réel et aux contradictions entre les puissances.

À noter aussi dans la propagande de Vladimir Poutine le parallèle fait entre la situation présente et l’installation de missiles à Cuba au début des années 60 : pour Poutine l’installation des missiles dans les pays de l’Europe de l’Est contre la Russie est aussi un casus belli. Car pour Moscou, la sécurité de la Russie vaut bien la sécurité des États-Unis.

Un peu de géographie économique pour comprendre

« Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire », disait Zbigniew Brzeziński, le stratège du président Carter. Vladimir Poutine est d’accord avec cela, car pour lui, « la Russie et l’Ukraine sont un seul et même peuple » et « une Ukraine indépendante avec l’allié étasunien ne peut-être qu’anti-russe ».

L’Ukraine, c’est un grenier à blé, c’est aussi du gaz et c’est le principal lieu de transit des gazoducs qui alimentent l’Ouest européen.

Mais c’est aussi une tragédie démographique avec un indice de fécondité des femmes russes orthodoxes trop faible pour le simple maintien de la population et une espérance de vie toujours en berne pour les hommes. Cela peut expliquer la tendance à fournir des passeports à tous ceux qui se considèrent russes orthodoxes, comme en Crimée ou dans le Donbass.

Dernier point, l’Ukraine se tourne de plus en plus vers l’Ouest européen pour les échanges économiques, elle est intégrée à l’économie financière occidentale.

Quel est le récit national de Vladimir Poutine ?

Poutine rappelle que la Crimée est le lieu du baptême du prince Vladimir en 988. Cela joue, comme pour la droite nationaliste chrétienne en France avec le baptême de Clovis. C’est, à ses dires, une terre sacrée « comme le Mont du temple pour les juifs et l’enceinte d’Al Aqsa pour les musulmans ». Il rappelle que le traité de Pereïasliv (1654) unifie toutes les Russies (actuellement la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie). Et que d’ailleurs que le rattachement-cadeau de la Crimée à l’Ukraine a été réalisé pour le 300e anniversaire de ce traité en 1954 par Khrouchtchev.

Par ailleurs, il fustige la Constitution léniniste de 1922 donnant le droit à l’autodétermination des peuples et loue Staline qui était, pour lui, un centraliste efficace. Il regrette simplement que Staline n’ait pas supprimé tous les « cadeaux » léninistes comme le Donbass.

Par ailleurs, il a très mal vécu l’indépendance de l’église ukrainienne orthodoxe lorsque le tomos d’autocéphalie a été accordé par le patriarche œcuménique de Constantinople ! (2)

À noter que Poutine considère que, depuis Maïdan, le gouvernement ukrainien et son allié étasunien utilisent, financent et recyclent des groupes néo-nazis ukrainiens. Ce dernier point est difficilement contestable d’ailleurs. Souvenons-nous du portrait géant de cinq mètres sur cinq de Stepan Bandera, collaborateur nazi pendant la guerre, trônant en majesté sur la place Maïdan pendant l’émeute de 2014. Les Russes qui ont payé le prix du sang le plus élevé en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale sont sensibles à juste titre sur ce sujet.  

La situation n’a rien à voir avec la guerre froide des années 45-60 

Pendant les années d’après-guerre, bien qu’ils fussent  cyniques et prêts presque à tout, il n’en demeure pas moins que les belligérants avaient  une sorte « d’éthique de la responsabilité » (concept forgé par Max Weber), car on savait qu’une confrontation donnerait une guerre symétrique… jusqu’au bouton nucléaire !

Dans le conflit qui se présente à nous aujourd’hui, il s’agit d’une guerre asymétrique. L’Occident ne veut, ou ne peut, pas se battre contre l’armée russe après le retrait des États-Unis d’Afghanistan, et le retrait de la France au Mali. L’Occident pense, sans forcément y croire, que les sanctions suffiront. Poutine en profite, car il sait qu’il aurait l’avantage dans une « guerre en ligne classique ». De fait, depuis l’effondrement de l’armée américaine en 2005-2006 contre la guérilla irakienne dans le « triangle de Falloujah » en Irak (plus de 5 000 soldats US tués en deux ans) les Occidentaux ne font que perdre en Irak, Afghanistan ou ailleurs. Par contre l’armée russe, et en particulier son aviation, a réussi à maintenir Bachar El Assad au pouvoir à Damas contre vents et marées et, pratiquement, à réduire l’État islamique et Al-Qaïda en Syrie.

Par ailleurs Poutine a fortement modernisé l’arsenal de l’armée et dispose même aujourd’hui d’une avance technologique, comme par exemple le déploiement généralisé dans les unités opérationnelles de missiles hypersoniques. Ces vecteurs balistiques « tueurs de porte-avions » limitent par exemple le déploiement des flottes de l’US Navy en Méditerranée ou dans la Baltique.

Enfin, les deux belligérants principaux des années 45-60 proposaient une vision alternative au monde entier. Aujourd’hui, le projet du capitalisme néolibéral d’un côté et l’idéologie du glacis de protection des Russes orthodoxes de l’autre côté ne font rêver absolument personne ! 

En fait, le conflit couvait depuis huit ans. Déjà, Philippe Hervé le signalait en 2014 dans les colonnes de ReSPUBLICA :

 …. L’Amérique est donc tentée d’utiliser l’Europe comme joker dynamique, en particulier en Afrique, mais aussi à l’Est européen. Élargir le marché captif européen est à l’œuvre en Ukraine. Mais la situation est bien différente de celle du début des années 2000 et des « révolutions orange ». La Russie est aujourd’hui capable de rivaliser. Surtout, Poutine a compris l’un des aspects pratiques de la crise de 2008 : le premier monde peut « mimer la guerre », mais a de grandes difficultés pour la réaliser sur le terrain. Bref, une question se pose : la guerre est-elle simplement possible à grande échelle à la limite du premier monde ?

Dans quelle crise sommes-nous ? N° 6, dans le chapitre « l’Europe future zone des tempêtes ».)

Par ailleurs, depuis Maïdan tout événement « civique », comme l’année dernière en Biélorussie et très récemment au Kazakhstan, apparaît pour Moscou (à tort ou à raison) comme une redite de l’opération Maïdan !

Car l’OTAN porte une responsabilité particulière dans la situation dramatique que l’Europe commence à subir. Impotente militairement pour le contrôle du terrain, comme l’a révélé de manière brutale la débâcle afghane, l’OTAN « surcompense » sa faiblesse intrinsèque par une guerre virtuelle permanente extrêmement déstabilisatrice. La diplomatie n’est plus aux commandes pour maintenir la paix. Les GAFAM en fusion avec la NSA sont à la manœuvre en toute liberté… et sans aucune responsabilité ni contrôle démocratique ! « Révolutions orange », « Printemps arabes », sont en fait considérés par les Russes et secondairement par les Chinois comme des actes de guerre à part entière depuis une vingtaine d’années… Comme dit le proverbe :  « Tant va la cruche  à l’eau qu’à la fin elle se brise ! ». La brisure a donc eu lieu la semaine dernière en Ukraine.

La troisième différence augmentant l’asymétrie, réside dans le constat d’un peuple slave retrouvant son patriotisme face à des peuples occidentaux qui n’ont plus aucun amour de la Patrie. À cela s’ajoute que dans la période 45-60, la gauche était internationaliste (« Un peu d’internationalisme éloigne de la nation, beaucoup d’internationalisme y ramène », disait Jean Jaurès), ce qui malheureusement n’existe plus depuis l’irruption du primat des luttes identitaires en lieu et place du primat de la lutte des classes, qui seule fédère !

« Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage » (J. Jaurès)

Nous avons affaire à un affrontement inter-impérialiste entre les USA et ses alliés d’un côté et la Russie de l’autre. En France, les premiers sont soutenus par l’extrême centre macroniste, la droite installée, les socialistes et EELV. L’extrême droite ménage la Russie. Avec des variations, le reste de la gauche condamne l’entrée en guerre de la Russie, mais estime que l’OTAN et les USA ont  une part de responsabilité dans le conflit.

Dans ce cas, nous ne prendrons pas une position « campiste »(3) comme d’autres va-t’en-guerre. Sans être pacifistes d’ailleurs, car nous sommes toujours favorables à la préparation de la guerre défensive.

Nous pensons que l’intérêt d’un potentiel bloc populaire – ici ou là-bas incluant la classe populaire ouvrière et employée, une partie des couches moyennes intermédiaires et de la petite bourgeoisie intellectuelle mérite mieux qu’une guerre qui ne sert que les intérêts du patronat et de la caste bureaucratique de part et d’autre. Notre intérêt est donc de travailler à l’autonomie du bloc populaire face aux affrontements inter-impérialistes.

Reste hélas que la France, étant revenue au sein du commandement intégré de l’OTAN en 2009, est dans l’incapacité aujourd’hui de renouveler la position de Chirac et Villepin en 2003 dénonçant l’intervention des USA en Irak. Les troupes françaises sont déjà déployées en Roumanie sous commandement américain… pour le meilleur et pour le pire… surtout le pire !

Si la diplomatie chinoise a largement critiqué les USA et ses alliés de l’OTAN qui ont, d’après Beijing, « jeté de l’huile sur le feu », ne tenant pas compte du besoin de sécurité de la Russie en installant des missiles antirusses à ses portes, la Chine n’a pas voté comme la Russie contre la résolution étasunienne au conseil de sécurité de l’ONU, mais s’est abstenue !
Comme l’Inde et les Émirats arabes unis qui se sont également abstenus de condamner un tel ou un tel, il convient de remarquer une attitude plus mesurée de la Chine, car, à notre connaissance, elle n’a toujours pas justifié l’attaque militaire russe – ce qui ne correspondrait pas à sa stratégie.

La Chine a réussi à rendre les États-Unis dépendants de sa production industrielle, elle cherche encore aujourd’hui à éviter la guerre, non pas par « bons sentiments », mais pour « pousser les contradictions du Capital à son terme » suivant la grille d’analyse de Marx. Les crises financières et bancaires permanentes depuis 2007-2008 semblent lui donner raison. Pour la Chine la guerre est une « échappatoire » pour le Capital occidental, il faut donc l’éviter.

La situation du jour

Le discours de Poutine du 25 février appelle l’armée ukrainienne à déposer le président ukrainien pour ensuite conclure un accord avec la Russie. Le but semble donc être le changement de régime en Ukraine. On ne peut pas accepter ce mode de gestion qui rappelle étrangement la méthode américaine et plus généralement occidentale (Irak, Libye, Mali, Afghanistan, etc. Nous sommes bien dans un affrontement entre des volontés impérialistes débouchant sur la guerre.

Il est clair que Poutine va gagner la bataille militaire. Mais comment va-t-il se sortir de ce bourbier qui peut déboucher pour lui par une défaite politique, car, compte tenu de la superficie de l’Ukraine, on ne voit pas, économiquement, comment la Russie pourrait financer une occupation ?

Dans les semaines qui viennent le « devoir de responsabilité » impose d’éviter un élargissement du conflit, tant en Europe qu’en Méditerranée. Car la situation est critique. Visiblement Poutine ne craint pas une généralisation du conflit après l’occupation de l’Ukraine. Il faut tout faire pour éviter une nouvelle confrontation guerrière sur le vieux continent. L’ONU peut jouer le rôle pour lequel elle a finalement été créée en 1945, c’est-à-dire pour éviter le désastre de la guerre, ou pire de la guerre nucléaire.

« L’espérance fait vivre », une conférence internationale de sécurité réciproque serait la meilleure sortie possible de ce conflit, étant aussi gardé à l’esprit que les frontières ne devraient être éventuellement modifiées qu’à la suite d’un processus démocratique qui respecte la volonté des populations. Mais pour cela il faut agir vite et éviter les « gesticulations médiatiques » dont sont trop friands certains de nos dirigeants en campagne électorale non déclarée.

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Rappelons que les fragiles accords de Minsk II de février 2015 – supervisés par la France et l’Allemagne, signés par l’Ukraine, la République Populaire de Donetsk (DNR) et la République Populaire de Lougansk (LNR), la Russie ayant le statut d’observateur, différent de celui de haute partie contractante car il ne lie pas l’observateur aux clauses de l’accord – prévoyaient le maintien des frontières de l’Ukraine, avec une autonomie en matière de culture, de langue et d’éducation des Républiques populaires pro-russe, ainsi que le rétablissement des activités commerciales de ces entités avec le reste de l’Ukraine. Le pouvoir ukrainien a refusé le premier point et a ordonné un blocus.
2 Tomos est synonyme de charte. C’est une procédure liée à la religion chrétienne orthodoxe par laquelle le patriarche de Constantinople peut décider quelle église orthodoxe serait indépendante. L’église de Grèce est indépendante depuis 1850. L’église d’Ukraine l’est depuis… 2019. Dépendre du patriarche de Moscou ou être indépendant est directement lié à la politique. Inutile de dire que le patriarche de Kiev est contre les Russes dans la guerre actuelle et que le patriarche de Moscou soutient la guerre de Poutine en bénissant l’armée russe !
3Le campisme est une stratégie du mouvement ouvrier qui estime qu’il y a toujours deux camps et qu’ en cas de lutte entre impérialismes, il faut toujours – systématiquement – en choisir un contre l’autre.

 

Rémy Lefebvre, professeur de sciences politiques publie "Faut-il désespérer de la gauche", un essai dont nous espérons qu'il ne sera pas  masqué par le tintamarre médiatique sur l'Ukraine . Le blog  y  retrouve les idées qui lui sont chères, et mieux exprimées.

  il n'y a pas droitisation de la société. Il y a droitisation du débat public, ce qui n'est pas la même chose.  Des attentes s'expriment en termes d'égalité, de redistribution,, même l'indice de  tolérance progresse.

Pourquoi la gauche n'en profite-telle pas ?

Jamais les partis de gauche n'ont connu une telle "désouvriérisation", Hollande  a démonétisé la social démocratie. L'écologie qui a émergé à la place apparaît comme punitive, sacrificielle. les milieux populaires y voient un signal négatif. Et Mélenchon est jugé erratique lorsqu'il devient populiste.Pire plus du tiers de l'électorat de Hollande qui sait pourtant ce que cela implique est parti vers Macron. Qu'il soit ou non  au PS, cet électorat n'est plus de gauche.

  Il n'y a plus d'alliance  entre les couches moyennes et les couches populaires.

Les couches populaires sont hétérogènes   , péri urbaines, industrielles , racisées, issues de l'immigration. La seule issue est d'unir justice sociale et lutte contre les discriminations autour d'un discours centré sur l'égalité.

Mais Lefebvre est de notre temps.  Une partie de lui même  est effrayée de ce qu'il avance . ce qu'il dit de Roussel  témoigne d'un pessimisme profond , Il voit un homme d'appareil nostalgique. Il n'y a pas d'issue politique.

Pourtant Roussel commence à proposer  ce que le livre préconise : sécurité, oui mais pour tous, bonne bouffe oui mais pour tous, bonne école oui mais pour tous etc.   Que Lefebvre ne le voit pas est plus courant qu'on ne le pense. Les prisons mentales chères à Gramsci ne craquent pas toutes à la fois.

 Ne faisons pas la fine bouche. L'essai de Lefebvre nous ravit, car il trace une perspective.

HA

 

Von der Leyen s’en va en guerre…

La guerre a au moins un avantage : elle fait tomber les masques. Des vérités qu’on cache d’habitude derrière la prudence diplomatique et la langue de bois apparaissent tout à coup crûment. Et ça donne des situations dans lesquelles le grotesque côtoie le sinistre. Un bon exemple nous a été fourni le week-end dernier par l’ineffable Ursula Van der Leyen (1), dans une déclaration enregistrée dans laquelle elle s’en prend aux médias russes « Sputnik » et « Russia Today » (RT).

Qu’a dit Von der Leyen ? Voici le texte exact : « Nous allons interdire dans l’UE la machine médiatique du Kremlin. Les médias d’Etat Russia Today et Sputnik, ainsi que leurs filiales, ne pourront plus diffuser leurs mensonges pour justifier la guerre de Poutine et pour semer la division dans notre Union. Nous développons donc des outils pour interdire leur désinformation toxique et nuisible en Europe ».

Cette déclaration pose une première question évidente : depuis quand la Commission européenne a le pouvoir d’interdire la diffusion d’un média ? Rien dans les traités européens ne lui donnent un tel pouvoir. Dans la plupart des pays européens la liberté d’expression et de diffusion bénéficie d’une protection constitutionnelle, et ne peut être restreinte que pour des raisons d’ordre public, et l’ordre public est une question régalienne sur laquelle l’Union européenne n’a pas voix au chapitre.

Mais soyons sympa: peut-être que Von der Leyen a voulu dire qu’elle avait l’accord des 27 pour interdire, chacun chez soi, la diffusion de Sputnik et de RT chacun chez soi. Le problème est qu’on voit mal sur quel fondement légal une telle interdiction pourrait avoir lieu. En France, depuis 1881, il n’y a plus de censure préalable : chacun est libre de publier, quitte à rendre des comptes devant le juge s’il viole la loi. Mais quelle loi Sputnik ou RT violent-ils ? A supposer établi que ces deux chaînes mentent comme des arracheurs de dents, cela ne suffit pas. Mentir est peut-être moralement condamnable, mais ce n’est pas un délit. Pour que le délit de “diffusion de fausses nouvelles” soit constitué, il faut non seulement que la nouvelle soit fausse, mais qu’elle ait troublé la paix publique ou soit susceptible de la troubler. On peut difficilement reprocher cela à RT ou à Sputnik.

Mais la déclaration de Von der Leyen pose une deuxième question bien plus gênante. L’Union européenne, si l’on croit cette déclaration, interdira des médias dans le but de les empêcher de « diffuser leurs mensonges ». Ce qui suppose rendre l’Union européenne juge de ce qui est « vérité » et ce qui est « mensonge », et lui donner le pouvoir de réduire au silence ce qu’elle estime « mensonger ». On voit tout de suite à quel point une telle logique serait une menace pour les libertés publiques. D’autant plus que l’Union européenne, par la bouche de Von der Leyen, revendique le pouvoir de faire taire ceux qui mentiraient pour « semer la division dans notre union » – ceux qui mentiraient au contraire pour la renforcer n’ont pas de souci à se faire.

La déclaration de Von der Leyen révèle une vision totalitaire : Celle d’un pouvoir qui s’autorise non seulement à décider ce qui est vrai et ce qui est faux et à faire taire quiconque ne rentre pas dans sa définition, mais aussi de décider quels sont les mensonges permis, et quels sont les mensonges interdits. Elle révèle le caractère fondamentalement antidémocratique de l’Union européenne. Parce que la démocratie repose précisément sur l’acceptation de la diversité et le refus de l’unanimité. Seuls les régimes totalitaires prétendent à l’unité du discours, et criminalisent ceux qui « sèment la division dans l’union » pour construire une fausse unité. Le désaccord, le débat, la querelle sont inséparables du processus démocratique.

La démocratie repose aussi sur l’idée qu’on peut faire confiance au peuple souverain pour voir à travers les discours, pour distinguer le vrai du faux. La logique qui veut qu’il faille protéger le peuple des « mensonges » – ce qui revient à s’octroyer le droit de décider ce que le peuple peut ou ne peut pas entendre – est la logique paternaliste des régimes oligarchiques. Cela revient à confiner le peuple dans le rôle d’un mineur sous tutelle. Et si l’on pousse ce raisonnement, si on accepte l’idée que les peuples européens ne sont pas capables de voir à travers les mensonges de Sputnik ou de RT, ne faut-il pas admettre qu’ils sont incapables de voir à travers les mensonges d’un Macron, d’une Pécresse ou d’une Le Pen ? Comment confier à un peuple incapable de voir à travers les mensonges l’élection des gouvernants ?

Les partisans de la construction européenne partagent tout à fait ce diagnostic. C’est pourquoi ils ont fait en sorte que l’Union européenne ne soit pas gouvernée par des représentants élus, mais par une oligarchie cooptée qui est la seule à la fois à savoir où est la vérité, ce qui est bon pour les citoyens, et quels sont les discours que les citoyens doivent entendre… Madame Von der Leyen en a fourni, ce dernier week-end, la preuve.

Descartes

(1) Il est difficile de regarder les prestations de Von der Leyen à propos de l’Ukraine sans avoir l’impression que cette dame voit l’affaire essentiellement sous l’angle de la propagande européenne. Avec quelquefois des télescopages amusants. Ainsi, on découvre que les armes que la Commission voudrait fournir à l’Ukraine seront payées… par le “Fonds Européen pour la Paix”. Avouez que c’est drôle.

 

MOBILISATION les 2 et 5 MARS !

NON A LA GUERRE EN UKRAINE !
APPEL
NATIONAL INTER-ORGANISATIONS 

 

LA GUERRE N’EST JAMAIS LA SOLUTION
OUI  A UNE SOLUTION POLITIQUE NÉGOCIÉE

 

Les tensions entre les États-Unis et la Russie – deux puissances nucléaires – atteignent des proportions alarmantes avec des mouvements de troupes russes massifs aux frontières de l’Ukraine d’une part et des livraisons d’armes et envoi de troupes par l’OTAN dans les pays limitrophes d’autre part. Cette politique de confrontation ne peut produire que des perdants.

Nous ne sommes pas à l’abri de provocations qui déboucheraient sur une guerre d’ampleur.

L’Ukraine paie un lourd tribut économique et humain en raison des hostilités nationalistes attisées au niveau international. Ces tensions peuvent avoir des conséquences très négatives pour tous les peuples d’Europe bien au-delà de la zone du conflit, par exemple la flambée des prix du gaz…

Nous choisissons la voie du dialogue et de la paix. Il existe des solutions diplomatiques à la crise.

Nous dénonçons les jeux géopolitiques à l’œuvre tant de la part de la Fédération de Russie, de l’Union Européenne, de l’OTAN et d’autres…

Nous demandons à tous les responsables politiques d’arrêter de suivre la logique militaire et de faire prévaloir l’aspiration des peuples à la paix.

Tous les peuples sans exception – qui sont confrontés à une crise globale (climatique, sanitaire sociale…) frappant les plus pauvres , les plus fragiles – n’ont rien à gagner à une nouvelle guerre !

Les priorités pour les peuples et l’avenir de l’humanité se nomment : Paix, climat, justice sociale, réalisation des droits humains, désarmement !

 Nous revendiquons :

  1. Des négociations immédiates pour la désescalade
  2. L’arrêt des menaces, des concentrations de troupes de l’OTAN et de la Russie et des livraisons d’armes à toutes les parties
  3. Un cessez-le-feu en Ukraine et la mise en œuvre des accords existants
  4. Que les Nations-Unies soient le cadre privilégié d’élaboration des solutions politiques et diplomatiques pour régler la question ukrainienne.

 

Sur ces bases nous appelons aux mobilisations les plus larges possibles

 

Les journées du 2 mars et du 5 mars

seront des journées de mobilisation.

 

Premiers signataires :

 

 Le Mouvement de la Paix, FSU, CGT, Enseignants Pour la Paix (EPP), ATTAC, PUGWASH-France, AFCDRP (Association française des communes départements et régions pour la Paix), Appel des Cent Bagnolet, ACCA (Agir contre le colonialisme aujourd’hui), Parti Communiste Français (PCF),

République et Socialisme, Collectif citoyen pour la paix en Ukraine, Conseil de coordination du Forum des Russes de France, APCV (Association de promotion des cultures du voyage), Parti pour la laïcité et la démocratie en Algérie (PLD), IDRP (Institut de Recherche pour la Paix), Vrede (Mouvement Belge pour la Paix),

Union des fédérations de pionniers de France, Abolition des armes nucléaires, Abolition des armes nucléaires – Maison de vigilance, Université Européenne de la Paix (UEP), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Alerte Otan (Belgique), Pôle de renaissance communiste en France (PRCF),

Mouvement pour une Alternative Non Violente (MAN), France Amérique Latine (FAL), La Voix Lycéenne, AFPS Paris-Sud, Collectif Faty KOUMBA (Association des Libertés, Droits de l’Homme et non-violence), Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (MNLE), FNDIRP 38, FNDIRP 44, Pour une Ecologie Populaire et Sociale (PEPS), Stop Fuelling War, Initiative Féministe EuroMéditerranéenne (IFE), Fondation Copernic, ATTAC,

Un jour la paix, Unis Pour Le Climat et la biodiversité, Marche Mondiale des Femmes (MMF France), Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF), ATTAC Toulouse, Comité départemental du Souvenir 44, Amicale Châteaubriant Voves Rouillé Aincourt, Radio For Peace International, Union syndicale Solidaires, Union communiste libertaire, Université Ouverte

 

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Ce  mercredi 2 mars, juste après déjeuner, franceinfo informe les auditeurs français des limites de plus en plus étroites des libertés d'information dont sont victimes les Russes.

francinfo nous décrit ainsi une télé aux ordres du pouvoir, avec des journalistes univoques, assurant la publicité de la seule politique poutinienne, toute  de velléité de critique étant proscrite, avec une presse au diapason avec de rares journaux d'opposition soumis au contrôle vigilant des autorités. 

franceinfo nous précise que  les Russes, dans leur grande majorité, ne regardent plus la télé, suivie essentiellement "par les plus de quarante ans" ,et que les réseaux sociaux sont devenus la première source d'information crédible des jeunes.

Nous n'avons aucune raison de mettre en doute la description de l'univer médiatique russe faite ainsi par franceinfo.

Une seule réaction cependant : en écoutant cette émission, n'a-t-on pas comme une impression de déjà ressenti dans notre propre pays ?

franceinfo serait-il passé à l'opposition au régime d'information auquel Macron, son pouvoir et ses oligarques nous soumettent? En utilisant simplement la transposition de situation, si chère à Voltaire et son Candide ? 

Jean LEVY