"Chez les morts-vivants d'Hiroshima", reportage de John Hersey, France-Soir, 14 septembre 1946 - source RetroNews BnF
Depuis
la naissance du monde, l’homme a eu peur de la fin du monde, mais le 6
août 1945, pour la première fois, l’humanité est devenue capable de se
détruire elle-même. Les causes en sont idéologiques et politiques, et
sont les mêmes que celles qui aujourd’hui entraînent la destruction de
la planète, comme si Hiroshima ne nous avait rien appris.
Au
printemps 1945, avant Hiroshima, une soixantaine de villes japonaises
ont été bombardées par des bombes incendiaires au napalm, faisant des
centaines de milliers de victimes. Dans la seule nuit du 10 mars 1945,
125 000 civils furent tués dans le bombardement de Tokyo.
À la tête de ces opérations, le général d’armée Curtis LeMay, qui s’était donné comme but de « ramener le Japon à l’âge de pierre », déclarait : « nous avons intérêt à gagner, sinon nous serons condamnés pour crime de guerre. »
Son pays a gagné et comme toujours, c’est le vainqueur qui a raconté
l’histoire. La capitulation du Japon qui a suivi les bombardements
d’Hiroshima et de Nagasaki a entraîné des scènes de liesse formidable
aux États-Unis.
Les grands reportages de Là-bas. Dossier Hiroshima
Hiroshima, 6 août 1945 : l’humanité devient capable de se détruire elle-même
Le
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Depuis la naissance
du monde, l’homme a eu peur de la fin du monde, mais le 6 août 1945,
pour la première fois, l’humanité est devenue capable de se détruire
elle-même. Les causes en sont idéologiques et politiques, et sont les
mêmes que celles qui aujourd’hui entraînent la destruction de la
planète, comme si Hiroshima ne nous avait rien appris.
Au printemps 1945, avant
Hiroshima, une soixantaine de villes japonaises ont été bombardées par
des bombes incendiaires au napalm, faisant des centaines de milliers de
victimes. Dans la seule nuit du 10 mars 1945, 125 000 civils furent tués
dans le bombardement de Tokyo.
À la tête de ces opérations, le général d’armée Curtis LeMay, qui s’était donné comme but de « ramener le Japon à l’âge de pierre », déclarait : « nous avons intérêt à gagner, sinon nous serons condamnés pour crime de guerre. »
Son pays a gagné et comme toujours, c’est le vainqueur qui a raconté
l’histoire. La capitulation du Japon qui a suivi les bombardements
d’Hiroshima et de Nagasaki a entraîné des scènes de liesse formidable
aux États-Unis.
L'annonce de la reddition du Japon aux Etats-Unis (document muet)
par Là-bas si j'y suis
La presse a salué la prouesse scientifique, Le Monde du 08 août 1945 annonçait « une révolution scientifique ».
Pour Le Monde, la première bombe atomique est une « révolution scientifique » (7 août 1945)
Mais il y eut aussi des voix discordantes, comme celle d’Albert Camus, dans son éditorial du 08 août 1945 dans Combat : « le
monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun
sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux
et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe
atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de
commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance
moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un
ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se
répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les
inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les
conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe
atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique
vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir
choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif
ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. »
Aujourd’hui, selon une récente enquête du Pew Research Center, encore 56 % des États-uniens considèrent que « les bombardements étaient justifiés [1] ».En
forçant le Japon à capituler, la bombe atomique permettait d’épargner
les vies de milliers de soldats américains. Combien ? 500 000 ?
La bombe, c’était la fin de
la guerre. En somme, la bombe atomique, c’est la paix. D’autres
arguments furent avancés, dont la lutte contre l’autre ennemi, l’URSS,
qui s’apprêtait à prendre le contrôle de la région. La polémique
persiste aujourd’hui, même si selon la même enquête, 40 % des jeunes
Américains de 18 à 29 ans ignorent tout sur Hiroshima.
Dans ses mémoires, le général Dwight Eisenhower, ancien président des États-Unis, fait part, dit-il, « de la gravité » de ses doutes : « d’abord
sur la base de ma conviction que le Japon était déjà battu, et donc que
l’utilisation de la bombe était complètement inutile. Ensuite, parce
que je pensais que notre pays devait éviter de choquer l’opinion
mondiale en utilisant une arme qui, à mon avis, n’était plus
indispensable pour sauver des vies américaines. »
De la même manière, le chef d’état-major, l’amiral William Leahy, un partisan du New Deal, écrivit : « les
Japonais étaient déjà battus et prêts à capituler. L’usage de cette
arme barbare à Hiroshima et à Nagasaki n’a apporté aucune contribution
matérielle à notre combat contre le Japon. » Les États-Unis, poursuivit-il,
« en tant que premier pays à utiliser cette bombe ont adopté des normes
éthiques semblables à celles des barbares du haut Moyen Âge [2] ».
En combattant le mal par le
mal, les États-Unis se mettaient sur le même plan que les dictatures
qu’ils combattaient. Pour celui qui avait pris l’ultime décision, le
président Harry Truman, c’était « la plus grande chose de l’histoire ».
Rencontre avec ces Hibakusha,
les derniers survivants qui furent très longtemps relégués et
stigmatisés au Japon. Ce jour-là, ils étaient enfants ou adolescents.
Ils étaient près de ou à Hiroshima même. Ils ont vu le soleil tomber, et
se souviennent.
Daniel Mermet
Trois reportages à Hiroshima de Daniel Mermet et Giv Anquetil (mai 2011) :
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[RADIO] Hiroshima, 6 août 1945 (1/3) : l’humanité devient capable de se détruire elle-même [17 mai 2011]
« Le ciel bleu d’août brillait sans un nuage. À une altitude
extraordinaire, un bombardier B-29 apparut, étincelant comme l’argent.
Il semblait voler très lentement, en direction d’Hiroshima. [...] À
cet instant, un éclair éblouissant me frappa à la face et me transperça
les yeux. Une chaleur violente s’abattit sur mon visage et mes bras. En
un instant, je me retrouvai au sol, le visage dans les mains, essayant
instinctivement de fuir au-dehors. Je pensais y trouver des flammes,
mais je ne vis que le ciel bleu entre mes doigts. Les feuilles ne
bougeaient pas d’un pouce. Je regardai alors en direction d’Hiroshima. »
Dr Shuntaro Hida, Little boy, récits des jours d’Hiroshima,
lecture : Yuki Tahata
Programmation musicale : Robert Wyatt : Foreign
L’après-midi du 6 août, à 300 m de l’hypercentre (dessin : Kenichi Nakano)
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[RADIO] Hiroshima, 6 août 1945 (2/3) : l’humanité devient capable de se détruire elle-même [18 mai 2011]
« Une colonne de flammes jaillissait. Sa tête se masquait sous un
nuage énorme. Elle s’éleva de plus en plus haut dans le ciel, comme si
elle voulait franchir le firmament lui-même. Soudainement, un frisson me
parcourut le dos et une peur étrange m’envahit. "Qu’est-ce que c’est ? À
quoi suis-je en train d’assister ?" J’avais devant les yeux un
phénomène inconnu, un événement inédit, et toute l’expérience des mes
vingt-huit années d’existence ne m’était d’aucun secours. »
Dr. Shuntaro Hida, Little boy, récits des jours d’Hiroshima
Programmation musicale : Charles Mingus : Oh Lord don’t let them drop that atomic bomb
Une mère court avec son enfant. Le 7 août, 8h du matin, à 1 km de l’hypercentre (dessin : Yasuko Yamagata)
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[RADIO] Hiroshima, 6 août 1945 (3/3) : l’humanité devient capable de se détruire elle-même [19 mai 2011]
« Pour la seconde fois, l’obscurité est tombée et il me semble que
moi-même je passe la porte de la nuit. Peu à peu ma capacité de
ressentir l’immensité du désastre s’est émoussée. On s’habitue à tout,
même à l’horreur. À la fin du deuxième jour, nous les survivants
d’Hiroshima, nous nous sentons déjà chez nous dans cet empire du chaos
et du désespoir. »
Dr Michihiko Hachiya, Hiroshima, 54 jours d’enfer
Programmation musicale : Ishiji Asada : No More Atomic Bombs
Fukushima Dub : Decontamination Mix
Sons of the pioneers : Old Man Atom
Scène de désastre à Hiroshima (dessin : Genzaburo Oka)
La
masse de la population de tous les pays du monde aspire au socialisme,
même lorsqu’elle a été prévenue par la propagande et l’éducation contre
le terme de « socialisme », ou que ce terme a été galvaudé par des
organisations comme le PS français pratiquant une politique toute
contraire au socialisme.
Elle
veut des services publics de qualité, la sécurité du lendemain, et
mettre au pas oligarques, milliardaires, monopolistes, et mafieux. Elle
veut le droit au travail, santé, éducation et logement gratuits, et
sécurité alimentaire. Elle veut la paix et la tranquillité. Et tout ça,
c’est le socialisme.
Certes
elle désire aussi consommer des marchandises de luxe ou d’ostentation,
mais ce désir n’est pas fondamental, il est suscité par des stimulations
extérieures et disparaît avec elles.
Elle
désire passionnément la paix, la bonne entente avec les voisins et des
rapports de respects mutuel avec tout le monde, et l’harmonie avec la
nature. A cela le capitalisme semble opposer comme modèle une sorte de
crise d’adolescence perpétuelle qui mine toutes les aspirations au
bonheur.
En
apparence les gens se passionnent davantage pour ce qui les oppose,
religions, nationalités, styles de vie, etc. qu'ils sont désireux de
coopérer à réaliser l’intérêt général. On voit prôner partout les
identités qui se repoussent mutuellement, à toutes les échelles
géographiques.
Pourtant
à l’ère de la culture hédoniste et individualiste globale, le fond
culturel des divers peuples de notre monde est de plus en plus homogène.
Laquelle homogénéité impossible à assumer étant loin de pacifier ce
monde.
La
résolution de la contradiction entre les identités locales, nationales,
religieuses, etc, a connu un début de solution en URSS en Tchécoslovaquie
et en Yougoslavie, mais cette solution s’est avérée aussi comme une
faille par où les forces de dissolution pilotées par le capitalisme
occidental ont pénétré, comme elles tentent de le faire aujourd’hui en
Chine au Xinjiang.
Mais
les masses des anciens pays socialistes ont bien compris ce qu’elles ont
perdu en troquant le socialisme avec la consommation et les illusions
identitaires .
Seule
exception au tableau, les adeptes tatoués de l’individualisme de masse,
multipliés par la vogue des réseaux sociaux. L’individualiste de masse
croit qu’il doit affirmer son existence et que pour exister il doit se
distinguer de la masse. Nos masses sont donc de plus en plus constituées
de ces surhommes de papier mâché qui n’ont pas compris que rien n’est
plus vulgaire que la distinction.
Mais
ce que cette foule exprime n’a aucune consistance et passe avec les
saisons, tandis que l’aspiration au socialisme demeure persiste et
s’approfondit.
Le
monde unipolaire dirigé par les États-Unis et l’Occident n'est pas une
étape sur le chemin de l'unité du monde. C'est une impasse et plutôt au
contraire la promesse d'un apartheid mondial. Rien de ce qui contribue à
ce qu'il finisse ne peut être mauvais.
GQ 1er août 2022
mercredi 3 août 2022
Réfugiés à plusieurs vitesses.
Des chiens et des chats, mieux logés que des réfugiés?
Depuis plusieurs semaines, 80 exilés ukrainiens et leurs animaux de compagnie sont accueillis dans le centre d'hébergement de la porte de Versailles, à Paris. Ils sont les seuls occupants dans un bâtiment prévu pour accueillir plus de 500 personnes. Afghans, Soudanais et autres sont priés de se faire secourir ailleurs.
Le 17 juillet, 300 exilés rassemblés par le collectif l'Ambassade des émigré.e.s ont protesté. "Certains dorment dans la rue depuis plusieurs années et voient que d'autres ont accès à tout. La preuve par l'Ukraine que les moyens sont là! dénonce Djamila, bénévole du collectif La Chapelle debout. Dans ce centre, ils - les Ukrainiens - ont accès à des services de l'État comme l'Ofii ( office français de l'immigration et de l'intégration) ou Pôle emploi. Ils peuvent faire une demande d'asile, alors que les autres doivent se rendre eux-mêmes à l'Ofpra ( Office français de protection des réfugiés et apatrides ) et attendre plusieurs mois un rendez-vous.
Selon le collectif, la sous-préfète chargée du dossier, a reconnu , durant leur entretien du 19 juillet, une inégalité de traitement due à un "choix politique." La préfecture mentionne, elle, un centre accueillant " de 240 à 300 personnes ukrainiennes en transit". Malcolm, bénévole de la Chapelle debout, insiste: " Lorsqu'on est entrés dans le bâtiment, on comptait plus de vigiles que d'Ukrainiens".
"Des vigiles de compagnie"?, conclut avec humour l'auteur de l'article paru dans le "Canard enchaîné" du 3 août?
..
Onfray : mais qui a engendré ce sinistre crétin et d’autres de la même espèce ? .
Il n’y aura pas ici de débats avec l’extrême-droite et les
falsificateurs de l’histoire sous quelque forme que cette falsification
se présente… La France est asphyxiée sous la domination de ces pseudos
intellectuels, nouveaux philosophes et sélections universitaires
infâmes, mémoire trafiquée par la Mitterrandie. Michel Onfray et ses
pareils n’ont pas dupé éditeurs, médias, ça a été une ligne, la gauche
au pouvoir devait être atlantiste, dénoncer sous un pseudo sociétal la
Révolution, ils ont promu Olympe de Gouges, fait de Lorent Deutsh
l’historien officiel de la mairie de Paris. Aujourd’hui ce sont les
mêmes qui à coup de faux éhontés organisent la diffusion d’un
pseudo-génocide en Chine ou, ce sont les mêmes, qui organisent la
condamnation de l’URSS qui serait coupable de la famine ukrainienne et
blanchissent les crimes dans le Donbass. Les mêmes qui nous distillent
la haine du peuple et l’amour pour les puissants décadents. Le mélange
explosif entre le sensationnel médiatique, l’incurie intellectuelle et
le négationnisme est ici dénoncé mais ne va pas jusqu’à voir le ressort
réel de cette “escroquerie” intellectuelle, l’anticommunisme et sa haine
de classe et le fatras autorisé, promu, alors que d’autres sont
censurés pour cette seule cause avec la substitution d’une pseudo
dimension populaire, en fait tout simplement fasciste, les culpabilités
sont nombreuses à commencer par ceux qui ont suivi Furet et sa haine de
la Révolution avec l’opération de Mitterrand autour du bicentenaire et
les dirigeants liquidateurs du PCF, l’Humanité ont et continuent à jouer
à ce petit jeu de la révision de l’histoire… Alors ces spécialistes
peuvent jouer les prudes du savoir, ils sont eux-mêmes coupés d’un
peuple dont ils ont contribué et contribuent à l’ignorance, la critique
savante est nécessaire mais elle n’est pas suffisante, la gangrène a
pénétré profond dans l’âme de notre peuple. (note de Danielle Bleitrach
pour histoireetsociete)
EntretiensPolitiqueMichel Onfray s’est longtemps fait passer pour un représentant des classes populaires. Alors que sa nouvelle revue Front populaire le
place sans aucun doute possible à l’extrême droite du spectre
politique, deux historiens, qui s’étaient déjà exprimés à son sujet en
2010, dialoguent dans les colonnes du Grand Continent pour
défaire les mythes avec lesquels s’est construite cette personnalité
médiatique. On y découvre un faussaire et un manipulateur de textes,
dont la voix ne porte peut-être déjà plus autant qu’avant.
Il y a 10 ans, deux historiens français, Elisabeth Roudinesco et Guillaume Mazeau, consacraient deux études critiques aussi dures que documentées au travail de Michel Onfray à partir notamment de ses publications sur la révolution française et sur Sigmund Freud1. En
contraste avec l’image véhiculée par les médias d’un philosophe de
gauche, travailleur acharné d’une histoire critique de la philosophie
permettant une nouvelle émancipation populaire par la défense de la
liberté, ils démontraient un usage superficiel et abondant d’auteurs,
d’interprétations et d’imaginaires provenant directement de l’extrême
droite, avec des penchants réactionnaires et parfois même antisémites. Dans cette séquence marquée par la parution de la revue Front Populaire et
la recomposition politique qu’elle semble préparer, le Grand Continent a
souhaité les inviter dans une longue conversation à proposer un aggiornamento de leurs lectures du cas Onfray.
Il y a 10 ans vous commenciez une querelle intellectuelle avec
Onfray. Qu’aviez-vous vu chez lui qui vous appelait à intervenir
publiquement ?
ELISABETH ROUDINESCO
Elisabeth Roudinesco est historienne de la psychanalyse. Elle a publié en 2014 Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre.
J’avais bien sûr déjà croisé Michel Onfray à plusieurs reprises.
Onfray était chez Grasset avec comme éditeur Jean-Paul Enthoven, ami
intime de Bernard-Henri Lévy qui d’ailleurs l’avait soutenu à ses
débuts. En 2010, il bénéficiait du soutien inconditionnel de
Franz-Olivier Giesbert, directeur de publication du Point. Franz-Olivier
Giesbert voyait en Onfray un nouveau Derrida et pensait qu’il était le
plus grand philosophe français du début du XXIème siècle. Onfray était
très implanté dans les médias de gauche et les journalistes croyaient
avoir affaire à un magnifique libertaire d’une érudition phénoménale.
Évidemment aucun d’entre eux, pas plus d’ailleurs que l’éditeur, n’était
capable de regarder de près sa méthode de travail. Il y avait une
fascination pour ce personnage boulimique de tout et qui était très
convainquant dans l’art d’énoncer des fantasmes qu’il prenait pour des
vérités. Quand son livre paraît, Le Crépuscule d’une idole, je m’attendais à une sorte de fourre-tout d’extrême gauche dans le genre : Wilhelm Reich, c’est mieux que Freud. Vieux poncif.
Quelle a été votre première impression de lecture ?
C’était caricatural ! J’étais sidérée parce que je ne m’attendais pas
à ce qu’il y ait deux ou trois erreurs grossières par page. À telle
enseigne que je me suis demandée s’il y avait des correcteurs chez
Grasset. Nous avons tous publié des livres, nous pouvons faire des
erreurs, mais nous relisons et avons des correcteurs qui peuvent
vérifier les textes. Afin d’éviter par exemple à l’auteur d’affirmer que
Freud avait engrossé sa belle-soeur en 1923 alors qu’elle avait 58 ans.
Ou que ses sœurs avaient été déportées à Auschwitz et avaient rencontré
Rudolf Höss. Comment pouvait-on laisser passer une telle erreur sur la
déportation et l’extermination des sœurs de Freud ?
Sur Freud, on voyait tout de
suite, dès la première lecture, qu’il se trompait grossièrement.
Historien c’est un métier, c’est un travail dur, laborieux. Comme tout
travail, cela demande de respecter des savoir-faire. Il est impossible de lire vingt volumes de Freud en un été et de
penser écrire sur Freud quelque chose de révolutionnaire ou même de
pertinent. Très vite j’ai vu qu’il ne s’agissait absolument pas d’une
critique reichienne de Freud mais de bien autre chose.
En quel sens ?
On n’y trouvait pas seulement les thèses antifreudiennes habituelles
qui considèrent Freud comme un manipulateur, un menteur sériel,
presqu’un criminel. Non, les principales sources de sa lecture
provenaient directement de la littérature d’extrême droite païenne. J’y
retrouvais par exemple les propos de Pierre Debray-Ritzen, l’auteur de La scolastique freudienne (1972), antisémite notoire, artisan de la Nouvelle Droite, ou de Jacques Bénesteau, auteur de Mensonges freudiens (2002) qui m’avait intenté un procès – qu’il a perdu – à propos d’un article publié dans Les temps modernes en 2004. Bénesteau avait été soutenu par le Club de l’Horloge de Henry de Lesquen et j’avais démontré que
son livre relevait d’un « antisémitisme masqué ». Le positionnement de
ces auteurs est explicite, vraiment évident quand on connaît un tout
petit peu l’historiographie freudienne et que l’on a une once de sens
critique. Si Onfray reprenait Debray-Ritzen et recopiait Bénesteau,
lequel était soutenu par le Club de l’Horloge et défendu, lors de son
procès, par Wallerand de Saint-Just, c’est que leur positionnement
politique lui convenait parfaitement.
Chez Onfray, on retrouve les
éléments d’un discours antisémite inconscient. Il récuse la lutte des
classes au profit de la lutte des origines
ELISABETH ROUDINESCO
Jusqu’à l’antisémitisme ?
Je me suis demandée s’il était conscient ou non de copier des textes à
caractère antisémite et venus de l’extrême-droite. On ne copie pas
impunément Debray-Ritzen si l’on est un peu cultivé. On ne copie pas
Bénesteau si l’on connait un peu l’histoire. Pour moi c’est devenu
évident que s’il en était à recopier et à reprendre leurs thèses, c’est
qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans sa pensée. Bien
entendu, aujourd’hui on ne peut pas être antisémite comme ça,
en direct comme dans les pamphlets de l’entre-deux-guerres. C’est
inavouable et c’est interdit par la loi. En ce sens-là, chez Onfray, on
retrouve les éléments d’un discours antisémite inconscient, mais alors
c’est encore plus grave quand on se dit érudit. Par exemple, il récuse
la lutte des classes au profit de la lutte des origines : la terre
contre la ville, la bonne nature du peuple contre les bourgeois, les
fils de femmes de ménages (comme il dit) contre les fils de la haute
société, celle des banquiers, de la finance, assignés à une identité
d’exploiteur des pauvres, etc. C’est une manière de se réclamer de la
lutte des races, des ethnies avec une essentialisation des origines qui
procède d’un raisonnement binaire et de chaînes de syllogismes
pervertis : « Si je suis, moi, fils de femme de ménage, ça veut dire donc ancré dans la terre, ça veut dire donc que tous les bourgeois parisiens sont une élite qu’il faut combattre, etc ».
C’est la manière qu’a l’extrême droite de se représenter le monde. La
tendance de ce genre d’argumentation, c’est de tomber très vite dans
l’imaginaire antisémite qui renvoie l’élite en général à l’élite juive
qui posséderait l’argent, le pouvoir médiatique, le pouvoir intellectuel
et qui, dans le cas de Freud, serait obsédé par le sexe. L’argent, le
sexe (lubricité), l’intellect sont les trois grands signifiants du
discours antisémite : il n’y a qu’à lire La France juive d’Edouard Drumont pour s’en convaincre.
On retrouve cette tendance d’une manière spectaculaire dans les
premières lignes d’une préface à un livre publié en 2017 par un influent
membre de la Nouvelle Droite2 où Onfray oppose Proudhon issu « d’une lignée de laboureurs francs » de Karl Marx « issu d’une lignée de rabbins ashkénazes »3
Oui, évidemment, mais quand j’interviens en 2010 avec Guillaume Mazeau, nous ne disons jamais qu’Onfray est antisémite. Nous établissons un
fait : Onfray reprend telle quelle la vulgate de l’extrême droite
antisémite. Nous souhaitons rester à un niveau d’érudition pour le
confronter à son inculture, pour démasquer son ignorance qui le porte à
traiter les juifs persécutés de véritables bourreaux ou à traiter Freud
de nazi, d’antisémite, de fasciste en répétant des mécanismes propres
aux négationnistes.
Le plus étonnant, c’est qu’il va ensuite passer son temps à dire qu’on
le traite d’antisémite, de nazi, de fasciste, de négationniste, etc. Ce
qui n’a jamais été le cas. Mais cela montre qu’il est obsédé par cette
thématique.
Note de P. La suite de cet article sur ce méprisable courtisan des rois et des maîtres du monde capitaliste à lire sur le blog de Danielle "Histoire et société".
D’après les chiffres de l’ONU, la faim dans le monde n’a pas attendu
la guerre en Ukraine pour frapper dans des proportions terribles.
D’après l’ONU, en 2020, bien avant que la guerre ne s’intensifie en
Ukraine, plus de 800 millions de personnes souffraient de la faim dans
le monde, avec 9 millions de morts. Cela dans le monde du Capitalisme.
Rappelons qu’une partie seulement du budget militaire américain
suffirait à éradiquer entièrement la faim dans le monde.