Voilà
comment a été immortalisé le président de la libre Amérique, à
Washington, sa capitale, brandissant une bible après avoir ordonné de
disperser violemment une manifestation pacifique de plusieurs centaines
d'opposants devant la Maison blanche. Et dans son discours, Donald Trump
a promis du plomb, du sang et des larmes envers qui ne respecterait pas
son ordre au service du capitalisme dans le pays du dollar, mais aussi
partout dans le monde.
Les
USA s'embrasent depuis qu'un Afro-américain est mort en pleine rue, par
étouffement de la part d'un policier blanc. Une fois de plus, les USA
sont confrontés à des manifestations et des désordres. Des centaines de
milliers d'Américains de toutes les couleurs manifestent en ce moment
contre les brutalités policières, le racisme et les inégalités sociales,
exacerbées par la crise du covid-19.
Dans
ce pays le plus riche au monde mais sans protection sociale pour celui
qui n'a pas d'argent, les millions de chômeurs et les milliers de morts
par le coronavirus se relèvent parmi les défavorisés par le fric roi,
ceux que le libre Amérique dénomment Afro-américains, Latinos ou autres
Amérindiens, eux confinés dans des réserves depuis l'époque de Buffalo
Bill et des tuniques bleues.
Donald
Trump a brandi la bible devant une église à quelques centaines de
mètres de son palais présidentiel. Pas pour prier à la réconciliation
nationale. Mais pour promettre l'envoi de l'armée contre ses opposants.
Et il a tonitrué urbi et orbi: “Notre
pays est grand. C’est ce que je pense. C’est le plus grand pays du
monde. Nous allons le rendre encore plus grand. Nous allons le rendre
encore plus grand et cela ne prendra pas longtemps. Ce ne sera pas long.
Vous voyez ce qui se passe? Ça revient. Ça revient en force. Notre pays
sera plus grand que jamais.”
Donald Trump a convié chez lui les dirigeants des pays les plus riches de la planète. La France de Macron en sera.
Hier
soir, dans cette France-là, à Paris, 20 000 personnes se sont
rassemblées alors que la manif était interdite par la police de
Castaner. Ces manifestants rendaient hommage à Adama Traoré, victime de
violences des forces de l'ordre dans le pays des droits de l'Homme.
Mais aussi à George Floyd, terrassé mortellement par la police
américaine.
Le
28 juin, va voir le deuxième tour des municipales françaises. Avec ou
sans le peuple une fois de plus? En tout cas, les combinaisons
politiciennes semblent faire partout florès, à oublier, une fois encore,
les mots Liberté Fraternité Egalité et les aspirations légitimes du
peuple.
LE Covid 19 : UN CADEAU EN OR POUR LES CAPITALISTES
3 Juin 2020
,
Rédigé par PCF SECTION DES BASTIDES 81
Publié dans
#Social
Le PCF de la section des Bastides-Gaillacois a décidé de s’adresser à vous, en ces temps troublés.
Le confinement : ou comment gouverner par la peur
Le
confinement a eu pour effet de nous faire peur. Les informations au
sujet de la pandémie se sont suivies, contredites. Derrière les
désordres apparents, cette crise montre la nocivité du capitalisme..
La peur a été instrumentalisée.
Pourquoi
cette culture de la peur, quand d’autres pandémies tout aussi graves
dans le passé (en 1970 par exemple) n’ont jamais engendré de telles
mesures ?
Sans
vouloir nier le caractère dangereux du virus, pourquoi confiner tout le
pays alors que deux zones seulement étaient fortement impactées par le
Covid 19 ?
Nous
confiner avec les amendes à l’appui, avec toutes les décisions
répressives qui accompagnaient la mesure, c’était nous faire taire.
C’était nous habituer à obéir, sans regimber. Il y avait une réelle
volonté : museler les forces vives de notre pays qui manifestaient
depuis un an contre la réforme des retraites, de la SNCF, de la santé,
etc. Les journaux, la télé, tous ont relayé la mesure, nous exhortant à
rester chez nous, à nous « protéger », à se méfier de tout et de tous.
L’ampleur
de la crise sanitaire est une conséquence logique et voulue de trente
ans de casse et de privatisation de l’hôpital public. En 20 ans, 120 000
lits (17 000 depuis 2014) d’hôpital public ont été supprimés ou bradés
aux cliniques privées. Pas assez de soignants, pas de lits, pas de
tests, manque de médicaments en réanimation, pas de masques, Dans le
cadre des traités européens et de la répartition des productions,
l’économie française est basée sur le tout tourisme, ce qui entraine son
affaiblissement industriel et les délocalisations de la production.
D’où ce confinement drastique, véritable atteinte aux libertés (liberté
de se déplacer, liberté de se réunir) et au code du travail.
La France, 6ème puissance mondiale se révèle être un pays sous développé incapable de sauver ses habitants.
Les
salariés se sont vus mettre en télétravail. Quelle riche idée : plus de
liens entre eux, seuls face à leur ordinateur, en relation seulement
avec le patron. Le télétravail empêche toute convivialité au travail.
Mais surtout, et c’est ce qui intéresse le gouvernement et les patrons
capitalistes, plus de contestation organisée, plus de mouvements
sociaux ! Le président du Medef pense déjà aux économies que les patrons
pourraient réaliser sur les locaux et à délocaliser ce type de travail
dans les pays à bas coût.
Le temps du déconfinement : accélération de la régression sociale
Les
écoles réouvrent leurs portes, avec des mesures de sécurité peu
rassurantes (la preuve en est que certaines ont fermé à nouveau, pour
raison sanitaire). Il faut absolument qu’elles accueillent les élèves,
pour qu’on puisse remettre les parents au travail ! Ce n’est pas pour
rien que les lycées et les universités sont restées fermés. Les élèves
les fréquentant sont en âge de se garder seuls. Leurs parents peuvent
reprendre le boulot et servir les entreprises capitalistes et leurs profits.
Car,
dans le même temps que sévit la pandémie, l’économie de notre pays en
prend un coup. Alors, braves gens, il faut remonter la pente ! Et le
gouvernement de prolonger la durée maximale de travail à 60 heures par
semaine, plus le vol de six jours de congés ! Le but du gouvernement au
service du patronat étant de faire travailler davantage les uns et de
laisser au chômage les autres avec des conditions d’indemnisation
réduites (voir projet de loi sur l’assurance chômage).Le développement
du chômage permet de mettre la pression sur les salariés en leur faisant
accepter des conditions de travail dégradées et de baisser le niveau
des salaires.
Mais,
comme toujours dans notre société capitaliste, il y a deux poids deux
mesures : les petites entreprises reçoivent une aide de 1500 euros et
les banques ne leur prêtent plus, alors que les grandes entreprises
reçoivent des milliards. Et les privés d’emplois (et pas tous) …150
euros !
De
grandes entreprises, telles les industries pharmaceutiques, continuent
de faire des choux gras grâce au Covid 19, tel Sanofi dont les
actionnaires ont empoché quatre milliards cette année et à qui le
gouvernement ne demande aucun effort. Tel Korian un des plus grands
groupes privés, propriétaire de nombreux EHPAD dont les personnels
alertent depuis un an sur les sous-effectifs : de nombreux morts dus aux
économies drastiques et à la solitude du confinement. La gestion à la
recherche du profit a tué.
Certes, le personnel hospitalier peut être salué pour son courage, son abnégation. Mais
la sempiternelle quête de rentabilité qui habite notre gouvernement ne
disparaît pas. Oh oui, notre président félicite les soignants, promet
une prime. Mais ce n’est pas une prime que demandent les soignants :
c’est une revalorisation des salaires, une amélioration des conditions
de travail, une augmentation des effectifs. De tout cela, point n’est
question dans les discours gouvernementaux !
La
crise économique amplifiée par la crise sanitaire va être le prétexte à
des attaques tous azimuts contre les droits des salariés. Le risque est
grand que les mesures d’urgence prises par le gouvernement (ex : 60
heures par semaine jusqu’en décembre) soient prolongées et amplifiées.
Il
est grand temps de réagir, si nous ne voulons pas que nos acquis
sociaux et nos libertés soient confisqués. Il ne faudra pas, par
exemple, se contenter d’applaudir aux fenêtres ou de jouer du clairon à
20 heures, mais il faudra soutenir la lutte des hospitaliers et de tous
les salariés, chômeurs et retraités, lutte qui a commencé (grève à
l’hôpital de Saint-Gaudens, manifestations dans les hôpitaux à Toulouse,
à Saint-Etienne...et les salariés de Renault à Maubeuge).
C’est
ensemble dans les luttes que nous mettrons en échec les attaques de
notre gouvernement et que nous construirons une société débarrassée du
capitalisme.
Ces faux policiers arrêtés puis remis en liberté à Paris :combien de mises en scène ? par Karine Bechet-Golovko
Ces faux policiers arrêtés puis remis en liberté à Paris : combien de mises en scène ?
Le site d’informations Actu 17 a signalé une information
intéressante - à plus d’un point de vue. Ainsi, trois faux policiers
dans de véritables uniformes ont été arrêtés à Paris, alors qu’ils
préparaient le tournage d’une fausse interpellation musclée à caractère
raciste visant à discréditer la police. C’était le 31 mai. Puis, le 1er
juin, ils sont ... remis en liberté, avec le "réalisateur" et les
figurants. J’avoue ne pas comprendre. Il n’y a pas eu d’infraction, pas
d’usurpation de fonction ? On ne cherche pas qui est derrière ? Ou bien
face à l’écrasante vague gauhiste-globaliste, qui attaque violemment
l’Etat et ses institutions, les policiers n’ont pas eu le choix, il
fallait les relâcher. A moins qu’il n’y ait eu plusieurs mises en scène
... Il est vrai que cela tombe bien au moment où la proposition de loi
Ciotti visant à interdire la diffusion d’images de policiers est
largement discutée - et contestée. Deux scénarios qui, dans tous les
cas, ne sont pas très positifs ...
Selon Actu 17 ,
le 31 mai, dans le XVe arrondissement de Paris, un groupe de trois
policiers, en tenue un peu débraillées avec une attitude suspecte a
attiré l’attention de la BAC. Bien qu’il s’agissait de véritables
uniformes, les policiers de la BAC en s’approchant ont compris qu’ils
avaient à faire à de faux policiers.
Après contrôle, ils ont appris qu’il s’agissait d’un
tournage sauvage, sans autorisation, avec des figurants et un individu
se présentant comme réalisateur. Ils furent interpelés à des titres
différents :
Les trois faux policiers ont été
interpellés pour l’usage d’une fausse qualité. Le réalisateur ainsi que
le caméraman ont quant à eux été conduits au commissariat pour une
audition libre, dans le cadre d’une enquête préliminaire selon une
source policière.
Le scénario était simple : jeter le discrédit sur la
police nationale en tournant une intervention pour un vol, laissant
partir le voleur - blanc- et interpellant violemment un noir -
évidemment innocent. La question du racisme est à la mode, c’est
parfait.
Les enquêteurs ont trouvé des documents dans un des
uniformes utilisés, qui appartiennent à un véritable policier, affecté à
Paris. Et ce petit monde a été remis en liberté lundi.
Là, je ne comprends plus. Ils se font passer pour des
policiers, utilisent de véritables uniformes de police (d’où
sortent-ils ?), pour influencer l’opinion publique. Cela s’appelle de
l’usurpation de fonction, c’est une infraction pénale ( voir ici), qui est punie par une amende et une peine de privation de liberté. Et ... ils sont remis en liberté ? Je ne vois que deux explications.
La première, en voyant ce
qui se passe aux Etats-Unis actuellement et d’une manière générale la
nécessité de casser les institutions étatiques, dont la police fait
partie, ce "tournage" entre parfaitement dans la vague gauchiste-globaliste,
avec les pauvres étrangers victimes des méchants policiers, qui, à
l’inverse de ce que l’on a vu avec les dernières manifestations, dans
cette fantasmagorie protègent le blanc et frappent le noir.
Ici le jeu est simple. L’image de la police a été
largement détériorée avec la gestion catastrophique de la crise des
Gilets Jaunes et un recours inédit, en France, à la violence. Ces
dernières semaines ont également montré une recrudescence des violences
dans les banlieues.
Des policiers passent par là, font leur travail et
interpellent ce petit groupe en plein tournage. Qui ... est remis en
liberté. Alors qu’ils avouent avoir pour intention, finalement, de faire
monter encore la pression et de chercher, donc, à déstabiliser la
société. La vague est forte, surtout celle du culte raciste. Là où la
politique domine, le droit recule.
J’espère que l’enquête va continuer
pour savoir d’où sortent ces uniformes, s’il y a ou non quelqu’un
derrière, surtout que l’on a trouvé les papiers d’un vrai policier. La
déstabilisation de la société par la violence est une idée qui n’est pas
nouvelle, surtout maintenant que cette société a été fracturée avec
tant de soin depuis des dizaines d’années. Surtout lorsque le racisme
anti-blanc monte et que la notion de race est sur toutes les lèvres de
ceux qui se présentent comme de grands combattants antiracistes.
L’on en arriverait même à se demander, sinon, combien il y a eu de mises en scène, ce qui est la seconde explication.
Un groupe de la BAC qui passe juste au bon moment (à moins qu’il n’y
ait des dizaines de fausses interpellations racistes filmés chaque jour à
Paris) et permet à la police de préventivement défendre son image
contre des accusations de racismes et de violences, qui deviennent à la
mode.
Et cela tombe quelques jours après la proposition de loi d’Eric Ciotti
visant à interdire de filmer les policiers, très souvent accusé de
violences ces derniers temps, ce que d’aucuns appellent le "policier
bashing" :
« la diffusion, par quelque moyen que ce
soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de la
police nationale, de militaires, de policiers municipaux ou d’agents
des douanes » sous peine d’une condamnation à 15 000 euros d’amende et
un an d’emprisonnement. Les forces de l’ordre doivent être « non
identifiables dans l’espace médiatique, y compris sur les réseaux
sociaux », dit le texte.
Et justement des faux policiers, un tournage prévu pour les réseaux sociaux, le syndicat UNSA Police en charge du 3e district déclarant :
Il est vraiment nécessaire de redoubler de vigilance quant au contenu que nous pouvons visionner en ligne
Vraiment étrange cette affaire. Espérons qu’il ne
s’agisse pas d’une (très grosse) ficelle pour faire passer un texte de
loi largement contesté et contestable. Surtout à l’heure où l’on nous
impose un culte numérique total. Il faudrait choisir votre camp camarade ...
Karine Bechet-Golovko
mardi 2 juin 2020
Note de Pedrito: A côté de çà, les falk-news qui irritent la Macronie, c'est du pipeau!!!!
mardi 2 juin 2020
The New Yorker : l’Amérique va-t-elle vers un nouveau type de guerre civile?
L’Amérique contemple avec stupéfaction non seulement la colère qui a
saisi les noirs, les pauvres, mais le renforcement de l’extrême-droite
et surtout l’absence d’institutions crédibles. Elle cherche ses marques
dans la guerre civile, tant ce sont les mêmes lieux, mais même cette
référence est fausse… Cette manière de se tourner vers le passé pour
tenter de comprendre les déchirures du présent est moins une analogie
que la conscience de l’impossibilité d’échapper à ce que l’Amérique n’a
cessé d’exporter et continue à le faire. En effet, on apprend au même
moment que Trump envoie des militaires en Colombie sous prétexte de
lutter contre le trafic de drogue… au Venezuela, et envoie des navires
de guerre provoquer la Chine. De surcroît ce qui n’est jamais remis en
cause c’est le fondement même de la démocratie non seulement raciste
mais qui repose sur un gouffre inégalitaire et qui fait de tout discours
pseudo égalitaire sur les races à la Obama une duperie (note et
traduction de Danielle Bleitrach).
Les
troubles récents à Charlottesville, en Virginie, après un rassemblement
suprémaciste blanc ont attisé les craintes de certains Américains d’une
nouvelle guerre civile. Photographie de Glenna Gordon pour The New Yorker
Un jour après les brutalités racistes en Virginie, le gouverneur
Terry McAuliffe avait demandé: «Comment en sommes-nous arrivés là?» La
question la plus pertinente après Charlottesville – et d’autres épisodes
meurtriers à Ferguson, Charleston, Dallas, Saint-Paul, Baltimore, Baton
Rouge et Alexandrie – est celle de se demander où vont les
États-Unis. Quelle est la fragilité de l’Union, de notre république et
d’un pays qui a longtemps été considéré comme la démocratie la plus
stable du monde? Les dangers vont au-delà des épisodes collectifs de
violence. “La droite radicale a mieux réussi à pénétrer la vie politique
du pays qu’en un demi-siècle”, a rapporté le
Southern Poverty Law Center en février. L’organisation a comptabilisé
plus de neuf cents groupes haineux actifs (et nombreux) aux États-Unis.
La stabilité de l’Amérique est de plus en plus remise en question
dans le discours politique. Il y a peu cette année, j’ai entamé une
conversation avec Keith Mines sur la tourmente américaine. Mines a passé
sa carrière dans les forces spéciales de l’armée américaine, les
Nations Unies et maintenant le département d’État, il a vu des guerres
civiles dans d’autres pays, notamment en Afghanistan, en Colombie, au
Salvador, en Irak, en Somalie et au Soudan. Il est retourné à Washington
seize ans après pour y trouver des conditions qu’il avait vues générer
des guerres civiles à l’étranger maintenant visibles chez lui. Ça le
hante. En mars, Mines était l’un des nombreux experts en sécurité
nationale à qui la politique étrangère a demandé
d’évaluer les risques d’une seconde guerre civile – en établissant un
pourcentage de probabilité. Mines a conclu que les États-Unis étaient
confrontés à une probabilité de 60% de guerre civile au cours des dix à
quinze prochaines années. Les prévisions d’autres experts variaient de
5% à 95%. La moyenne qui donne à réfléchir était de trente-cinq pour
cent. Et c’était cinq mois avant Charlottesville.
«Nous n’arrêtons pas de dire:« Ça ne peut pas arriver ici », mais
pourtant, la fumée indique que cela peut arriver», m’a dit Mines avec
qui j’ai parlé, ce dimanche, de Charlottesville. Le modèle des conflits
civils a évolué dans le monde entier au cours des soixante dernières
années. Aujourd’hui, peu de guerres civiles impliquent des batailles
rangées à partir de tranchées le long de lignes de front géographiques
soignées. Beaucoup sont des conflits de faible intensité avec une
violence épisodique dans des lieux en évolution constante. La définition
d’une guerre civile est une violence à grande échelle qui comprend le
rejet de l’autorité politique traditionnelle et exige que la Garde
nationale s’en occupe. Samedi, McAuliffe a mis la Garde nationale en alerte et a déclaré l’état d’urgence.
Sur la base de son expérience dans les guerres civiles sur trois
continents, Mines a cité cinq conditions qui soutiennent sa prédiction:
une polarisation nationale enracinée, sans lieu de rencontre évident
pour la résolution; une couverture médiatique et un flux d’informations
de plus en plus conflictuels; l’affaiblissement des institutions,
notamment le Congrès et le pouvoir judiciaire; une liquidation ou un
abandon de responsabilité par les dirigeants politiques; et la
légitimation de la violence comme moyen «in» de s’imposer ou de résoudre
des différends.
Le président Trump “a institué la violence comme un moyen de faire
avancer l’intimidation sur le plan politique et il a validé
l’intimidation pendant et après la campagne”, a écrit Mines dans Foreign Policy . “A
en juger par les événements récents, la gauche est maintenant
pleinement d’accord avec cela”, a-t-il poursuivi, citant les anarchistes
dans les émeutes anti-mondialisation comme l’un des nombreux points
chauds. “C’est comme en 1859, tout le monde est hors de soi sur un
problème et tout le monde a un pistolet.”
Pour tester la description de Mines, j’ai contacté cinq éminents
historiens de la guerre civile ce week-end. «Lorsque vous regardez la
carte des États rouges et bleus et que vous superposez la carte de la
guerre civile – et qui était alliée à qui pendant la guerre civile – peu
de choses ont changé», m’a dit Judith Giesberg, rédactrice en chef du Journal de l’ère de la guerre civile et
historienne à l’Université de Villanova. «Nous ne nous sommes jamais
entendus sur l’issue de la guerre civile et sur la direction que le pays
devrait prendre. Les amendements d’après-guerre étaient très
controversés – en particulier le quatorzième amendement, qui offre une
protection égale en vertu de la loi – et ils le sont toujours
aujourd’hui. Que signifie donner le droit de vote aux personnes de
couleur? Nous ne le savons toujours pas. “
Elle a ajouté: «Est-ce que cela nous rend vulnérables à une
répétition du passé? Je ne vois pas de répétition de ces circonstances
spécifiques. Mais cela ne signifie pas que nous n’entrons pas dans
quelque chose de similaire dans le cadre d’une guerre culturelle. Nous
sommes vulnérables au racisme, au tribalisme et aux visions
contradictoires de la voie à suivre pour notre nation. »
L’anxiété face à l’approfondissement des schismes et des nouveaux
conflits trouve un débouché dans la culture populaire: en avril, Amazon
a sélectionné le roman dystopique « American War »
– qui se concentre sur une deuxième guerre civile américaine – comme
l’un de ses meilleurs livres du mois. Dans une revue du Washington Post,
Ron Charles a écrit: «À travers ces pages fortes, éclate avec rage le
choc que beaucoup d’entre nous anticipent avec inquiétude à l’époque de
Trump: une nation déchirée par des idéologies inconciliables, aliénée
par des soupçons bien ancrés. . . une nation à la fois poignante et
horrible. ” Dans le Times le critique de livre a noté: «C’est
une œuvre de fiction. Pour l’instant, de toute façon.” L’auteur du
livre, Omar El Akkad, est né en Égypte et a couvert la guerre en
Afghanistan, le printemps arabe et la manifestation de Ferguson en tant
que journaliste pour le Globe and Mail du Canada.
Avant Charlottesville, David Blight, un historien de Yale, planifiait
déjà une conférence en novembre sur «American Disunion, Then and
Now». «Les parallèles et les analogies sont toujours risqués, mais nous
avons des institutions affaiblies et pas seulement des partis polarisés,
mais des partis qui risquent de se désintégrer, ce qui s’est produit
dans les années 1850», m’a-t-il dit. «L’esclavage a déchiré, en quinze
ans, les deux principaux partis politiques. Il a détruit le Parti Whig,
qui a été remplacé par le Parti républicain, et a divisé le Parti
démocrate en deux zones, le nord et sud. »
“Alors”, a-t-il dit, “il fallait regarder les partis” comme un indicateur de la santé de l’Amérique.
Dans les années 1850, Blight m’a dit que les Américains n’étaient pas
en mesure de prévoir ou absorber le «choc des événements», notamment la
loi sur les esclaves fugitifs, la décision Dred Scott de la Cour
suprême, le raid de John Brown et même la guerre américano-mexicaine.
«Personne ne les avait prédits. Ils ont forcé les gens à se
repositionner », a déclaré Blight. «Nous traversons actuellement l’un de
ces repositionnements. L’élection de Trump en fait partie, et nous
essayons toujours de comprendre pourquoi ça a eu lieu. Mais ce n’est
pas nouveau. Cela remonte à l’élection d’Obama. Nous pensions que cela
entraînerait la culture dans l’autre sens, mais ce n’est pas le cas »,
a-t-il déclaré. «Il y avait une énorme résistance de la droite, puis ces
épisodes de violence policière, et toutes ces choses [du passé] ont de
nouveau explosé. Ce n’est pas seulement une polarisation raciale mais
une crise d’identité. »
En règle générale, Blight a ajouté: «Nous savons que nous courons un
risque de guerre civile, ou quelque chose du même genre, lorsqu’une
élection, une loi, un événement, une action du gouvernement ou de
personnes haut placées devient totalement inacceptable pour un parti, un
grand groupe, un groupe important. ” La nation a été témoin de
changements tectoniques à la veille de la guerre civile et pendant l’ère
des droits civiques, les troubles de la fin des années 1960 et de la
guerre du Vietnam, a-t-il déclaré. «Cela ne s’est pas produit avec Bush
c. Gore, en 2000, mais nous en étions peut-être proches. Il n’est pas
inconcevable que cela puisse arriver maintenant. »
Dans un renversement de l’opinion publique à partir des années 1960, a
déclaré Blight, l’affaiblissement des institutions politiques
aujourd’hui a conduit les Américains à changer d’avis sur les
institutions qui sont crédibles. «En qui avons-nous confiance
aujourd’hui? Peut-être, ironiquement dans le FBI », a-t-il dit. «Avec
tous ces militaires dans l’administration Trump, c’est là que nous
mettons notre espoir pour l’usage de la raison. Ce n’est pas le
président. Ce n’est pas le Congrès, qui est totalement dysfonctionnel et
dirigé par des hommes qui ont passé des décennies à nous diviser pour
garder le contrôle, et pas même la Cour suprême, parce qu’elle a été
tellement politisé. »
Dans le sillage de Charlottesville, le chœur de condamnations des
politiciens de tous les horizons politiques a été encourageant, mais ce
n’est pas nécessairement rassurant ou un indicateur de l’avenir, m’a dit
Gregory Downs, historien à l’Université de Californie à Davis. Pendant
la guerre civile, même les politiciens du Sud qui ont dénoncé la
sécession ou se sont méfiés de la sécession pendant des années – dont
Jefferson Davis – ont fini par devenir les dirigeants de la
Confédération. “Si la source du conflit est profondément ancrée dans les
forces culturelles ou sociales, alors les politiciens ne sont pas
intrinsèquement capables de les tenir par des appels à la raison”, a
déclaré Downs. Il a qualifié les suprématistes et les néonazis blancs
nocifs de «messagers» plutôt que d ‘«architectes» de l’effondrement
potentiel de la République. Mais, a-t-il averti, “Nous tenons notre
stabilité pour acquise.”
Il a creusé pour moi une citation du livre du journaliste Murat Halstead « The War Claims of the South »,
publié en 1867. «La leçon de la guerre qui ne devrait jamais nous
quitter», écrit Halstead, «est que le peuple américain n’est en rien
exempté du sort ordinaire de l’humanité. Si nous péchons, nous devons
souffrir pour nos péchés, comme les empires qui chancellent et les
nations qui ont péri. »
Eric Foner, l’historien de la Columbia University, a remporté le prix Pulitzer, en 2011, pour son livre « The Fiery Trial: Abraham Lincoln and American Slavery ». Comme
les autres universitaires à qui j’ai parlé, Foner est sceptique que le
fait que le futur conflit pourrait ressembler à la dernière guerre
civile américaine. “De toute évidence, nous avons des divisions assez
profondes le long de plusieurs lignes – raciale, idéologique, rurale
contre urbaine”, m’a-t-il dit. «Qu’ils mènent à une guerre civile, j’en
doute. Nous avons de fortes forces gravitationnelles qui contrecarrent
ce que nous voyons aujourd’hui. » Il a souligné que «l’étincelle à
Charlottesville – abattre une statue de Robert E. Lee – n’a rien à voir
avec la guerre civile. Les gens ne débattent pas de la guerre
civile. Ils débattent de la société et des races américaines
aujourd’hui. »
Charlottesville n’a pas été la première manifestation de la
soi-disant alt-droite, ni la dernière. Neuf autres rassemblements sont prévus le week-end prochain et d’autres en septembre.
L’Europe, une affaire allemande.
Pour des raisons géographiques, historiques. Et bien sûr économiques.
Dès lors, quand la chancelière franchit ses propres « lignes rouges »,
c’est qu’à Berlin, on s’inquiète vraiment. Il convient, a martelé Angela
Merkel, d’« agir en responsabilité pour que l’euro puisse subsister ».
Rien de moins. C’était l’objet de la proposition conjointe du « couple
franco-allemand » annoncée le 18 mai : un plan de 500 milliards qui
seraient empruntés sur les marchés par la Commission européenne puis
donnés – et non prêtés – aux secteurs et régions agonisants.
C’est la violence de la crise déclenchée
par le virus qui a conduit Mme Merkel à briser ce tabou majeur : une
mutualisation des dettes et un remboursement collectif, non par les
bénéficiaires, mais par les Etats les plus riches : l’Allemagne, bien
sûr, mais aussi la France, qui, si le plan était adopté par les
Vingt-sept, co-financeraient le renflouement italien ou espagnol – un
point sur lequel le président français ne s’est pas étendu. Il s’est en
revanche flatté d’avoir amené sa partenaire vers les vues
traditionnelles de Paris : plus de fédéralisme économique et budgétaire.
La concession allemande doit
probablement plus au réalisme de sa partenaire qu’au charme jupitérien.
Berlin est depuis longtemps accusé – à juste titre – de profiter
largement de la monnaie unique pour accumuler excédents commerciaux et
budgétaires, et ce, au détriment des pays les plus faibles. Cette
situation menaçait de devenir explosive.
Car si tous les pays sont touchés par
une brutale récession avec des conséquences sociales jamais connues
depuis la guerre, la puissance économique germanique devrait permettre
de remonter la pente, là où les pays du sud risquent de plonger sans
retour. Avec à la clé une aggravation du fossé au sein même de la zone
euro. C’est politiquement de moins en moins tenable, et, surtout,
économiquement, périlleux : quel avenir pour une puissance massivement
exportatrice si nombre de ses voisins sombrent ?
Un autre événement germano-allemand, et non des moindres, a bousculé la chancelière : l’arrêt historique du Tribunal constitutionnel fédéral
du 5 mai. Les juges de Karlsruhe ont exigé de la Banque centrale
européenne (BCE) qu’elle s’explique sur le programme de création
monétaire massive lancé en 2015, et fixé un ultimatum de trois mois. Il
est peu probable qu’à cette échéance de très court terme, la Cour
ordonne finalement à la banque centrale allemande de se retirer du
programme, comme elle en a brandi la menace, car cette arme nucléaire
provoquerait illico la désintégration de l’euro : pour l’Italie et
l’Espagne notamment, mais aussi pour la France, cesser l’injection
monétaire de la BCE reviendrait à débrancher le respirateur artificiel
d’un patient Covid en réanimation.
En revanche, les juges constitutionnels
ont rappelé que la participation de Berlin à un programme de planche à
billets (quels que soient les déguisements inventés par les juristes
financiers) était contraire à l’« identité constitutionnelle » du pays.
Le nouveau programme lancé en mars, censé combattre la course à l’abîme
économique déclenchée par le virus, est donc dans le viseur. Bref, le
sauvetage de la zone euro par la voie monétaire, comme c’est le cas
depuis 2011, est désormais interdit. Ne reste que la voie budgétaire,
par la communautarisation des dettes.
Le tribunal de Karlsruhe a ainsi
confirmé que la primauté du droit communautaire ne vaut que dans la
mesure où les Etats l’acceptent
Le Tribunal constitutionnel a posé, par
son verdict, une bombe encore plus explosive, cette fois pour l’UE dans
son entier. Il a confirmé que, de son point de vue, il existe des
circonstances où le droit national doit prévaloir sur le droit européen,
ce qui a immédiatement fait hurler les partisans de l’intégration. Ce
faisant, il prolonge ses sentences précédentes et confirme ainsi que la
primauté du droit communautaire, à l’origine simplement auto-proclamée
par la Cour de justice de l’UE, ne vaut que dans la mesure où les Etats
l’acceptent.
Si les juges constitutionnels allemands
ont strictement dit le droit, ils ont aussi traduit un état d’esprit
répandu parmi les Allemands, peu enclins à accepter des sacrifices
supplémentaires (notamment en matière d’affaiblissement de l’épargne) au
nom de l’Europe. Un état d’esprit populaire sur lequel pourrait surfer
une partie de l’élite dirigeante d’outre-Rhin, y compris au sein même du
parti de la chancelière.
Et un état d’esprit qui est partagé –
pour des raisons certes diverses – dans de nombreux pays de l’UE.
L’Europe, ou plutôt sa mise au rancart : une affaire des peuples.